Joël Bernat
Une notion “ boussole ” : Weltanschauung
(La vision-du-monde)[1]
En quoi pourrions-nous affirmer que la question de la
vision-du-monde est centrale pour l'analyse et l'analyste, si l’on
se réfère aux
Nouvelles conférences d'introduction
à la psychanalyse ? Car il y a à remarquer le peu
d’estime ou de curiosité pour cette dernière des
conférences, “ Sur une
Weltanschauung ”,
qui, une fois Freud disparu, fut au moins déconsidérée,
sinon déniée ; par exemple, dans sa note introductive
à l'édition anglaise, le traducteur James Strachey, la place
radicalement “hors du champ de l’analyse”. Nous retrouvons
cette tendance à effacer, non pas le nom de Freud mais les bases
même de sa pensée, bases de la psychanalyse. Cet acte est fait sous
l’influence d'une
vision-du-monde médicale, qui
évacue l’Éthique sous prétexte de
“ scientifique ”. Dès lors la psychanalyse peut
devenir une simple technique, pire, une récitation de connaissances ou
une recette et donc le début de son déclin, son vidage, ainsi que
Freud l’écrivait dans sa lettre à la
Medical Review of
Reviews : “Les psychiatres et les neurologues se servent souvent
de la psychanalyse comme d’une méthode thérapeutique, mais
ils montrent en règle générale peu
d’intérêts pour ses problèmes scientifiques et sa
significativité culturelle (...) Ils se créent un
méli-mélo de psychanalyse et d’autres éléments
et donnent cette démarche pour preuve de leur largeur d’esprit,
alors qu’elle prouve seulement leur manque de
jugement”
[2]. Strachey propose
de traduire
Weltanschauung par
philosophie de la vie. Ce qui
n’est pas du tout le cas, et d’autant plus que Freud fut assez
réactif face aux philosophies de la vie. En témoigne une
réponse sèche à Putnam sur ce
sujet
[3] : il “ nous
pardonnera de ne pas partager son opinion, lorsqu’il prétend que la
psychanalyse doit se mettre au service d’une conception philosophique
particulière de l’univers qui obligerait le patient à
s’élever moralement. (...) sorte de tyrannie voilée par
la noblesse du but à atteindre. (...) Nous ne cherchons ni à
édifier [le sort du patient], ni à lui inculquer nos
idéaux, ni à le modeler à notre image avec l’orgueil
d’un Créateur. (...) [mais à] le pousser à
libérer et à perfectionner sa propre
personnalité ”.
De nos jours, la psychanalyse dans les
médias s’offre comme clef ou savoir universel, fonctionnant comme
post-éducation ou mode de vie, pire, comme nouvelle morale. Elle
n’est plus une peste (puisqu’elle est intégrée dans la
culture) mais une volonté de norme. J.-P. Vernant dénonçait
un tel fonctionnement : celui d’une interprétation qui
“ façonnerait l’œuvre en forme de serrure pour
mieux y adapter une
clef ”
[4] : mais ce
n’est que de la toute-puissance magique (des mots, de la pensée et
de l’acte). Voire, pour certains, la psychanalyse n’est plus
qu’une technique parmi d’autres. Il nous faut donc reprendre cette
notion de
Vision-du-monde, fréquente chez Freud, en ce
qu’elle énonce une éthique du
psychanalyste.
I - Histoire de la notion
Le terme de
Weltanschauung est un composé
de
Welt et de
Anschauung :
-
Welt, le monde,
est un vieux substantif composé, lui aussi, de deux termes : le
premier,
We, signifiant l’être humain, que l’on
retrouve par exemple dans
Werwolf, homme loup, le loup-garou ; le
second, l’ancien adjectif indo-européen
alt, avait rapport
avec la croissance, l’altitude (comme le latin
altus). Il a
donné
old, humanité, temps, soit un facteur temporel pour
parler d’une époque. Cette racine a donné en allemand
All, le cosmos,
Alter, l’âge et
Welt, le monde
des humains.
-
Anschauung (intuition, vision) renvoie à une
expérience vécue et visuelle des choses, une
intériorisation immédiate de ce qui se présente comme un
contenu de chose rattaché à une forme par analogie, et qui ainsi
présenterait un sens. Une des définitions en philosophie est celle
qui en fait la saisie empirique, non conceptuelle, et non rationnelle, de la
réalité. Ce que Freud nomme :
perception endopsychique
reprojetée. Ce terme de
Weltanschauung est
forgé par Kant pour désigner une intuition du monde par les sens.
Elle fut reprise par les philosophes du Romantisme allemand, notamment
Schelling
[5], pour définir un
produit inconscient de l’intelligence :
“ L’intelligence est productrice de deux manières :
soit aveuglément et sans conscience, soit librement et
consciemment : productive sans conscience dans la
vision-du-monde,
consciemment productive dans la création d'un monde
idéal ”
[6].
Heidegger, en son cours de 1928/29, avance que la vision,
Anschauung,
n’est pas connaissance ou contemplation (
théôria) ni
intuition esthétique, mais une image liée à une
conviction, qui n’est en rien possession d’un savoir mais
qui, en revanche, nous meut. Ainsi, la
Vision-du-monde est la somme
d’une expérience de vie (
Lebenserfarung) et d’une
image du monde (
Weltbild), somme qui produit un idéal de
vie (
Lebensideal) : définition qui reprend celle de
Dilthey. Dès lors, la
vision-du-monde est une
présupposition de la philosophie qui, du coup, ne se développe
pas, c'est un abri, une magie, une
incantation
[7] : la
toute-puissance d’une pensée magique.
Wilhelm
Dilthey
[8] précisait
qu’aucune
vision-du-monde ne détient la
vérité, chacune d’entre elles ne montre qu’un aspect
du monde. Ce qui l’a conduit à définir trois
visions-du-monde majeures : philosophique, religieuse et
artistique, et trois types fondamentaux conditionnant les
théorisations :
- le
naturalisme : l’homme
est conçu comme être biologique, orienté vers la
satisfaction des pulsions, soumis aux conditions matérielles de son
existence et au phylogénétique ;
-
l’idéalisme de la liberté : soit le libre
déploiement créateur de soi, enraciné dans
l’indépendance d’esprit à l’égard des
conditions externes, où prime
l’ontogénétique ;
-
l’idéalisme
objectif : soit la recherche de l’équilibre individu -
monde, de l’harmonie universelle des êtres.
Je ne sais
si Freud avait connaissance de Dilthey, son contemporain célèbre.
En tous cas, lors d’une séance de la Société
Psychanalytique de Vienne
[9],
c’est bien Dilthey que l’on croit entendre lorsque Freud
répond à Reik qui venait d’exposer une présentation
commentée de
L’avenir d’une illusion. Freud, rapporte
Sterba, expose quelles sont les différentes
visions-du-monde :
- la
vision-du-monde animiste
[traitée dans
Totem et tabou] ;
- la
vision-du-monde religieuse [abordée dans
L’avenir d'une
illusion puis dans
Malaise dans la civilisation] ;
- la
vision-du-monde matérialiste, par exemple marxiste [voir la XXXV
conférence des
Nouvelles conférences d'introduction à la
psychanalyse et l’éviction de Reich] ;
- la
vision-du-monde scientifique, et là encore Freud de rappeler que la
science à laquelle, lui, se réfère, est fragmentaire et
agnostique, imparfaite, et renonce à toute
généralité (l’esprit de système).
S’appuyer sur la science, c’est renoncer à attendre une
structure unitaire bien définie (une
vision-du-monde). [Voir
l'éviction d’Adler (l’infériorité
d’organe) ou de Rank (le traumatisme de la naissance) ] ;
-
la vision-du-monde mystique, avec le constat que si beaucoup de peuples
civilisés se sont libérés de la
vision-du-monde
religieuse, ceux-ci n’ont fait que la remplacer par une
vision-du-monde mystique, qui tient en haute estime l’irrationnel.
Avec cette
vision-du-monde mystique, l’explication psychologique
n’est d’aucun secours du fait d’un trop de croyance en
l’irrationnel, et du fait que les parapsychologues voudraient transformer
la
vision-du-monde scientifique en
vision-du-monde mystique. [Voir
l’éviction de Jung]
[10].
1928 semble être une
année particulière chez Freud : à parcourir textes et
correspondances, il en ressort l’impression générale
qu’il instruit ses disciples sur cette question des
visions-du-monde, ce qui marque un changement par rapport aux années
1910 et l’application de l’analyse hors analyse. Par exemple en
1914, il écrivait déjà que “ La psychanalyse n'a
jamais eu la prétention de donner une théorie complète de
la vie psychique de l’homme en général : elle demandait
seulement qu’on utilisât ses données pour compléter et
corriger celles qui avaient été acquises et obtenues par
d’autres
moyens ”
[11].
Mais c’est dans sa correspondance au pasteur Pfister que Freud indique
quelque chose de la
vision-du-monde, où Pfister n’entend
rien, du moins sur ce sujet. Par exemple : “ Je ne sais si vous
avez saisi le lien secret qui existe entre l’“Analyse par les
non-médecins” et l’“Illusion”. Dans l’un,
je veux protéger l’analyse contre les médecins, dans
l’autre, contre les prêtres. Je voudrais lui assigner un statut qui
n’existe pas encore, le statut de pasteurs d’âmes
séculiers qui n’auraient pas besoin d’être
médecins et pas le droit d’être
prêtres ”
[12]. Soit
la dénonciation de deux
visions-du-monde majeures, unifiantes,
incompatibles avec la démarche psychanalytique. Freud donnera, dans les
Minutes, un exemple de l’effet d’une
vision-du-monde
religieuse, au sujet de Pfister : celui-ci dévie tous les transferts
amoureux vers Dieu. Il n’est donc pas touché par le
transfert !
En tous cas, Freud revient à la charge trois
mois plus tard : “ L’analyse n’amène pas
à une nouvelle conception du monde. Elle n’a pas besoin de cela,
car elle repose sur la conception scientifique générale du monde,
avec laquelle la conception religieuse reste
incompatible ”
[13].
Pfister avait fait l’hypothèse que l’analyse
n’était qu’une nouvelle vérité, donc une
formation néo-religieuse remplaçant l’ancienne, et seulement
cela.
Donc, pas question, pour Freud, que la psychanalyse devienne, à son tour,
une
vision-du-monde. C’est ce qui arrive lorsque l’analyse
est érigée en
système, en hypothèse qui gouverne
le tout, retrouvant ainsi une dimension de
vision-du-monde religieuse,
lorsque, notamment, ses tenants en abrègent l’étude et les
préliminaires pour se contenter des seules applications pratiques
[14].
II - Clinique et psychopathologie de la vision-du-monde
L’élaboration freudienne va amener, peu à peu, la
vision-du-monde dans le champ de la clinique psychanalytique. Nous citerons
trois voies qui éclairent en quoi Freud traitait finalement toute
vision-du-monde comme pathologie narcissique.
a - La
première élaboration, dès les lettres avec Fließ,
puis avec les études sur la psychose, fut celle de la projection
“ des mythes endopsychiques ”, source de paranoïa,
soit individuelle, et c’est le délire, soit collective, et le
délire collectif est
système, conception philosophique du
monde, religion ou mystique : “ Imagines-tu ce que peuvent
être les mythes endopsychiques ? (...) L’obscure perception
interne par le sujet de son propre appareil psychique suscite des illusions qui,
naturellement, se trouvent projetées au dehors et, de façon
caractéristique, dans l’avenir, dans l’au-delà.
L’immortalité, la récompense, tout l’au-delà,
telles sont les conceptions de notre psyché interne... C’est une
psycho-mythologie ”
[15].
Peu après, en 1901, Freud ajoute
ceci
[16] :
“ L’obscure connaissance (la perception pour ainsi dire
endopsychique - qui ne présente en rien le caractère d’une
connaissance vraie) de l’existence de facteurs et de faits psychiques
propres à l’inconscient se reflète (...) dans la
construction d’une réalité suprasensible, que la science a
pour but de retransformer en psychologie de l’inconscient (...) à
transformer la métaphysique en métapsychologie ”. Cela
sera concentré dans la petite note de 1938 : “Mystique,
l'obscure autoperception du royaume extérieur au moi, au
ça”
[17].
Freud
remarquait dès 1897 que, si dans l’hystérie les fantasmes
sont indépendants ou
contradictoires
[18], dans la
paranoïa, ils sont systématiques et concordants : il y a une
tendance à l’unification des fantasmes (d’où la
possibilité de produire des systèmes où prime la
synthèse du Un). Rappelons que de façon générale les
fantasmes combinent des choses vécues et entendues, et relèvent de
déplacements lors d’élaborations secondaires :
-
par voie associative dans l’hystérie ;
- par
similarité conceptuelle dans la névrose obsessionnelle ;
- par déplacement d’ordre causal dans la paranoïa,
où l’élaboration secondaire occupe la première place
comme fausse perception
[19] ;
c’est cet effet concordant des fantasmes qui est source de principes
universels et de systèmes. Et n’oublions pas la centralité
de la problématique narcissique de cette affection.
Le fantasme
du Un, est un fantasme narcissique qui s’oppose au clivage du moi et
à tout jugement d’existence de l’autre ou de la
différence. Ce n’est pas un hasard si, avec la dérive
jungienne dans ce fantasme, à partir de 1912, Freud publie en 1914
“ Pour introduire le narcissisme ” et sa suite un an
après, “ Pulsions et destins des pulsions ”
où il montre l’arrimage narcissique de ce fantasme du Un ;
fantasme qui fit retour avec le “ sentiment
océanique ” de son ami Romain Roland, ce qui entraîna
une nouvelle suite élaborative dans les premiers paragraphes du
Malaise dans la civilisation.
Il ne faut pas confondre
l’unification des fantasmes et la synthèse du moi. Rappelons que
Freud tenait pour certaine la fonction de synthèse du moi. Dans
“ Pour introduire le narcissisme ”, il place, à
côté d’une sexualité auto-érotique
non-liée et partielle, un Éros dont la tendance est à
l’unification, à la synthèse dans et par un objet
d’amour. Et le premier objet d’amour, c’est le moi, instance
qui a en charge l’unification des pulsions sexuelles. Mais en 1938, Freud
est amené à énoncer ceci : “ Nous
considérons la synthèse des processus du moi comme allant de soi.
Mais là, nous avons manifestement
tort
[20] ”. Ce que Freud
avance avec prudence tient en ce que le clivage semble général et
non pas exclusif aux seuls psychotiques ou pervers. Dans
l’
Abrégé, le clivage du moi est
généralisé aux névroses, définitivement
puisque jusqu’ici, il n’était reconnu que pour l’Homme
aux Loups et l’Homme aux Rats. En tous cas, la
vision-du-monde se
présente comme moyen de dénier le clivage du moi (cela est tout
à fait remarquable dans le mysticisme), elle réinstaure le
narcissisme et sa tendance, sinon son vœu, à produire du
Un
par ses représentations unifiantes. Ainsi, ce qui se présente
comme
vision (
Anschauung) et qui reçoit une
élaboration secondaire produisant une
vision-du-monde, fait du Un
contre le deux du clivage, et interdit de penser la différence.
C’est une pathologie narcissique : être un dans le regard (de
Dieu ou de l'autre), au sein de la vérité, etc. Un autre destin de
cela, ainsi que Freud l'indique, est la religion, qui promet la
réalisation de ce fantasme, et la métaphysique :
s'élever à un principe universel et invisible.
Mais, de
façon plus masquée, il y a une autre clinique du “ un
contre le deux ” du clivage, qui n’est pas manifestement
pathologique selon les critères psychopathologiques habituels, mais qui
est pourtant une manifestation pathologique, que Freud dénonçait
chez ses disciples, et qui se manifeste dans les “ modes de
penser ” produisant des monismes.
b - Suite
à la conclusion des études sur le fétichisme (de 1905
environ, à 1927 avec l'article terminal, “ Le
fétichisme ”), la
vision-du-monde peut prendre la forme
et la fonction d’un fétiche, celui d’un mot, d’un
concept, d’un système ou d’une théorie, comme, par
exemple : c’est l’Idée qui fait la chose (Hegel), le
langage qui fait que la chose existe (Lacan, lecteur de Hegel), ce qui va
à l’encontre de la question de la perception : au début
serait donc le Verbe, formulation religieuse qui dénie l’acte
perceptif et ses élaborations, ce qui a pour conséquence toute une
théorie de la langue. Et non plus qu’une chose est perçue,
admise ou refusée, puis nommée, ce qui accorde la primauté
aux sens, le “tiers-état” de Feuerbach si
apprécié de Freud
[21],
réalité et langage étant en un rapport
d’étrangement, tout comme sexualité physique et psychique.
Ce que nous montre Freud est que le mécanisme qui institue le
fétiche est le même que celui qui élève un fragment
du tout en représentation du tout (selon le principe de la synecdoque, de
la généralisation), qui fonctionnera ensuite comme clef
universelle : ainsi, la toute-puissance magique projetée sur les
dieux est déplacée sur le mot ou le
concept
[22].
Isolation
d’un fragment, détachement du tout, abstraction du fragment par
symbolisation, et incarnation : c’est-à-dire une
représentation qui donne l’illusion d’un sensible (en
remplacement du sensible réfuté) que l’on
posséderait, et qui aurait pouvoir de dire l’innommable. Il ne
manque pas de concepts qui relèvent de cette opération (par
exemple, la définition de l’objet petit-a). L’objet
fétichique prend, dès lors, une fonction de restauration
(ainsi que l’a montré
Smirnoff
[23]) : celle
d’une continuité psychique perdue, et de reconnaissance
puisque le fétiche est surajouté au sujet, et pris dans le langage
et la culture.
C’est ainsi qu’opèrent certaines
représentations fétiches, fondatrices de
visions-du-monde,
ainsi que nous pouvons les trouver tout aussi bien dans les religions
(l’idée d’Un Dieu Tout) ou dans certains concepts ou
conceptions (qui se signalent par leur énoncé :
il y a un
primat), et ce, par exemple, très tôt avec les
présocratiques et leur notion d'
Archè comme principe unique
des choses, ou encore la notion de
paradigme fonctionnant comme
“aveu” d'une
vision-du-monde[24] :
un concept va fonctionner comme fétiche. Ainsi rencontre-t-on des
“
tout est ” au sens où ce
Tout produit du
Un : sens, langage, sexuel, fantasme, etc.
Ces formes défendent la croyance en un primat, l’existence du Un
comme principe universel, qui réaliserait un idéal narcissique ou
la nostalgie de la fusion : un mot, qui aurait pouvoir de refouler la
composition polymorphe de notre psyché et ses
clivages
[25].
c - Enfin, en 1929, la
vision-du-monde trouve une place dans le
fantasme ordinaire du névrosé, à partir de la
méditation sur le “ sentiment océanique ”
que Romain Rolland propose à Freud.
Être-Un-avec-le-Tout[26],
autre formulation freudienne du
fantasme originaire du retour dans le ventre
maternel, dont une des expressions possibles, sur le mode de
l’éprouvé, serait le “ sentiment
océanique ” ou mystique, ou sur le mode plus rationnel et
moral des religions, “ l’amour universel ” ou
encore, sur le mode intellectuel de l’hypothèse qui gouverne le
tout, ou du fragment pour le tout. Plus quotidiennement et
“ normalement ”, c'est l’éprouvé de la
jouissance sexuelle comme dissolution des frontières moi/monde des
objets.
Ce fantasme d’
Être-Un-avec-le-Tout est
indissociable de l’angoisse devant la perte d’amour, source de
détresse, de dépendance, de demandes de protection et de
sécurité. Mais sur un autre versant, la jouissance vise ou menace
d’effacer la frontière moi-objet. Ambivalence qui signe la
régression à un état antérieur, le retour au
programme du principe de plaisir, retrouvaille d’un
“ moi-plaisir primitif ”, temps où le moi contient
tout avant de se séparer d’une partie, le monde externe. Or
c’est, par exemple, ce qu’offrent ou promettent les
visions-du-monde religieuses monothéistes qui exploitent la tendance
des êtres à retrouver ce moi-plaisir primitif :
- soit
sous la forme d’un Dieu, “ père exalté jusqu'au
grandiose ”, ou une communication avec un
au-delà ;
- soit sous la forme d’un principe impersonnel
et abstrait, une clef universelle (la Beauté ou la Métaphysique,
par exemple) ;
- ou la forme d’une fantaisie, ou encore
d’un adjuvant chimique, etc.
C’est tout cela que rassemble la XXXV
e conférence de
1932 : donc, pas de
vision-du-monde pour l’analyse et l’analyste,
encore moins sur le patient, ce qui opérerait une contrainte. Ce sont
là des
visions endopsychiques du monde reprojetées, du
Un-pour-le-Tout, narcissiques et/ou fétichiques, du fantasme :
ce qui est incompatible avec l’analyse. Pas de
vision-du-monde
comme
a priori ou but, non plus, dans la recherche ou dans la théorie.
III - Les visions-du-monde dans les théories
analytiques
Passons rapidement sur la psychanalyse appliquée,
c'est-à-dire sur une psychanalyse appliquée comme clef, ou
système. En revanche, il serait bien plus intéressant pour la
psychanalyse de repérer ces fonctionnements du
Un dans certaines
théories ; en effet, certaines sont construites sur une telle
vision-du-monde quasi religieuse, puisqu’on y retrouve des
présupposés du genre :
tout est langage,
tout
est sens,
tout est sexuel,
tout est fantasme, etc., au sens
où ce
Tout produit du
Un. Et l'on sait pourtant combien
Freud a combattu cela
[27] ! Par
exemple :
-
Tout est fantasme, base théorique de Jones
et surtout de Mélanie Klein ; l’on voit bien qu’une
telle préconception, dénie les autres formations inscrites dans le
système Perception-Conscience et le jugement d’existence.
-
Tout est langage, affirmation de
Lacan
[28], vient dénier
l’acte perceptif inconscient, les voies d’élaboration de
l’imaginaire comme porteuses de l’élément nié,
le jugement d’attribution et la dimension d’
acte psychique,
de perception ou de négation. Le dénié fait retour en
théorie sous des formes telles que celle de l’objet a. Un
exemple : “ C’est pour ça que... N’essayez
pas de chercher quelle est ma
Weltanschauung - je n’ai aucune
Weltanschauung, pour la raison que ce que je pourrais à la rigueur
en avoir, ça consiste à dire que le Welt, le monde, c’est
bâti avec du
langage ”
[29].
-
Tout est sexuel dénie les formules de négation de Thanatos
et l’on peut relire la lettre de Freud à Claparède quant
à cet énoncé qu’il accorde à Jung. La libido
devient une force universelle, et disparaissent les formules de négation
du fantasme, négation qui fait retour sous la forme d’une
désexualisation progressive de la libido.
-
Le monisme de
certaines théories prônant ainsi qu’il y a du Un, un principe
premier et de base, en opposition, justement, au dualisme freudien
Éros-Thanatos, aux fondements physiologiques. Pensons au Un de la
psyché sous les formes d’un primat, par exemple celui du moi de
l’
Ego-Psychology ou du ça de Groddeck.
- La
volonté de psychanalyse à la
française
[30], selon
Laforgue, ou mieux, Édouard Pichon : “ Mr. Freud ?
On peut rendre hommage à son génie clinique et psychologique sans
adopter les démarches de son
esprit ”
[31], rejetant
les étrangers, qui ne pourront pas influer “ sur la production
intellectuelle française ”. Ailleurs c’est le devoir de
l’analyste de défendre l’institution sacrée du
mariage
[32].
L’analyste ne se défait pas facilement de ses positions
narcissiques et des fantasmes qui en dépendent. Ainsi, à
côté des fantasmes originaires, Freud a décrit des fantasmes
narcissiques relevant d’un second temps d’élaboration,
omniprésents dans les formations délirantes : ainsi
qu’il l’a maintes fois écrit, l’écart entre
théorie et délire est mince, et seule une méthode et ses
garde-fous, comme la
vision-du-monde, protègent le
théoricien de la pente délirante ou métaphysique. Et
surtout, protège le patient de l'influence qu’exerceraient les
convictions de l’analyste, qui opéreraient une
Behauptung,
c’est-à-dire une affirmation produisant une contrainte externe,
Forderung, sur le patient, dans une demande de séduction.
Ainsi, la XXXV
è conférence est la synthèse, en
1932, de cet ensemble de réflexions. Freud définit la
vision-du-monde, de façon classique : “ C’est
un terme qui rendrait compte d’une construction intellectuelle qui
résout, de façon homogène, tous les problèmes de
notre existence à partir d’une hypothèse qui commande le
tout, où, par conséquent, aucun problème ne reste ouvert,
et où tout ce que à quoi nous nous intéressons trouve sa
place déterminée ”. L'on voit que Freud reprend les
définitions de ses prédécesseurs. “ La
psychanalyse est, à mon sens, incapable de créer une
vision-du-monde (...) Elle n'en a pas besoin (...) elle ne prétend pas
constituer un ensemble cohérent et systématique (...) Une
vision-du-monde édifiée sur la science a (...) essentiellement des
traits négatifs comme la soumission à la vérité, le
refus des illusions. Celui qui, parmi nos semblables, est insatisfait de cet
état de choses (...) nous ne pouvons pas l’aider, mais
nous ne pouvons pas non plus, à cause de lui, penser
différemment ”
[33].
La psychanalyse est inapte à former une
vision-du-monde, elle doit
adopter celle de la science, soit une élaboration intellectuelle
d’observations soigneusement vérifiées, sans aucune
connaissance par révélation, intuition ou divination qui ne
seraient que des illusions d’accomplissements de désir.
De plus, toute
vision-du-monde opère un
interdit de penser,
(Denkverbot), afin de s’autoconserver, en opérant des
surestimations magiques du mot : et Freud de citer, de nouveau,
“ l’obscure philosophie
hégélienne ”.
C’est pour cela que Freud
affirme et réaffirme que le psychanalyste ne peut avoir, et ne doit avoir
de
vision-du-monde, que cela est incompatible avec la psychanalyse, et
d’ajouter, que celui à qui cela ne plaît pas, eh bien, il
n’a rien à faire avec la psychanalyse ... Pour peu que l’on
soit attentif à cela, nous remarquerons alors que, par exemple,
c’est sur cette question que les dissidences se firent avec Freud, ne
reconnaissant plus ses disciples à partir du moment où ceux-ci
firent - ou laissèrent primer - une
vision-du-monde sur la
psychanalyse : Adler, Jung, Reich, Rank, etc.
Ce que Ferenczi, qui
ne fut pas “ dissident ”, avait entendu et assez
tôt : “Vous m’avez dit un jour que la psychanalyse
était une science de faits, de constats à l'indicatif qui ne
doivent pas être traduits à l’impératif, ce qui serait
paranoïaque. D’après cette conception, il n’y aurait pas
de vision du monde psychanalytique, pas d’éthique psychanalytique
ni de règles de conduite
psychanalytique”
[34].
IV - Pour conclure
Freud n’a donc cessé de dénoncer les
visions-du-monde comme étant incompatible avec la démarche
analytique, et pour en donner encore un exemple, nous reprenons la mise en garde
qu’il inscrit dans “ Pour introduire le
Narcissisme ” (mais est-ce là un hasard ?) :
“ Une théorie spéculative des relations en cause se
proposerait avant tout de se fonder sur un concept défini avec vigueur.
Pourtant voilà précisément, à mon avis, la
différence entre une théorie spéculative et une science
bâtie sur l’interprétation de l’empirie. La
dernière n’enviera pas à la spéculation le
privilège d’un fondement tiré au cordeau, logiquement
irréprochable, mais se contentera volontiers de conceptions fondamentales
nébuleuses, évanescentes, à peine représentables,
qu’elle espère pouvoir saisir plus clairement au cours de son
développement, et qu’elle est prête aussi à
échanger éventuellement contre d’autres. C’est que ces
idées ne sont pas le fondement de la science, sur lequel tout
repose : ce fondement, au contraire, c'est l’observation seule. Ces
idées ne constituent pas les fondations mais le faîte de tout
l’édifice, et elles peuvent sans dommage être
remplacées et
enlevées ”
[35].
Nous savons que ce texte fut écrit en réaction à la
parution des
Métamorphoses et symboles de la libido de C.-G. Jung,
ouvrage qui marque la rupture définitive entre les deux hommes. Non pas
sur la base de ce qui serait un écart théorique, ni même une
modification de la technique, mais parce que les conceptions de Jung
s’organisaient en un
Tout, dessinant une métaphysique que
Freud désignait comme pathologie narcissique, c’est-à-dire
comme paranoïa : c’est cela que recouvre le terme de
“ dissidence ”.
Pathologie narcissique en ce sens
que c’est bien Narcisse qui est animé par la quête du
Un, dont une autre forme est celle du
Tout. Et c’est au fil
des années trente que Freud, pas à pas, renonce à sa
conception d’un moi qui aurait en charge le travail de
synthèse, pour verser cette synthèse du côté
du seul Narcissisme, le moi étant fondamentalement clivé. Et
c’est pour cela, que dans le même mouvement, les écrits de
Freud s’émaillent d’indications contre les
visions-du-monde, le nécessaire morcellement des acquisitions
scientifiques et des avancées théoriques, etc. Il n’y aurait
de synthèse, et donc de
système que par
l’intervention du narcissisme et de ses spéculations.
Alors,
il y a à différencier deux grands types de
théories :
- l’une, dite scientifique par Freud, est une
construction qui rassemble les faits d’observation sans
a priori,
et qui de ce fait reste parcellaire : elle est bien le fruit du travail du
moi ;
- l’autre, est l’élaboration secondaire
poussée et rationalisée des fantasmes, théories sexuelles
infantiles, etc., dans une unification en système qui est due au souci
narcissique d’unité, contre le clivage et la castration ; mais
elle n’est que la reprise et la poursuite de la pathologie du sujet.
D’ailleurs, celui-ci s’identifie à sa théorie, et sa
théorie devient son symptôme (ou, pour reprendre la formulation de
Fédida
[36], le symptôme
est la théorie du sujet) : c’est pour cela que dans ces cas,
l’auteur n’accepte aucune remise en cause ou abandon de ses
thèses, ce serait sa remise en cause ou l’abandon de
lui-même. Nous sommes dans une pathologie narcissique, premier pas vers la
paranoïa (dont une particularité est bien l’unification des
fantasmes). Ainsi, la
Weltanschauung est un symptôme qui se
manifeste dans - et infeste - la théorie où elle s’est
projetée.
C’est dans ce sens que nous pourrions aussi
entendre la célèbre sentence de Freud :
“ J’ai réussi là où le paranoïaque
échoue ”.
[37]
[1]
Article paru dans
Le Mouvement Psychanalytique, vol. IV, n° II,
2003,
L‘Harmattan.
[2]
S. Freud, “ Préface à la
Medical Review of Reviews
” (1930),
OCF-P, XVIII, PUF, 1994, p. 337-338 (je souligne).
N’oublions pas que le terme de jugement renvoie, pour Freud, au
jugement
d’existence.
[3]
S. Freud, “ Les voies nouvelles de la thérapie
psychanalytique ” (1919),
in
La technique
psychanalytique, PUF
, p. 138-139 (nos soulignements et
crochets).
[4]
J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, “ Œdipe sans
complexe ”, in
Mythe et tragédie en Grèce
ancienne, Maspéro, 1972, p.
77-78.
[5]
F. N. J. Schelling,
Introduction au projet d'un système de la
philosophie de la nature
(1799).
[6]
J. Wahl, “ Leçon XI : la conception de
'vision-du-monde' ”, in
Introduction à la pensée de
Heidegger, cours de 1946 en Sorbonne, sur celui de Heidegger à
Fribourg en 1928-29, Biblio/Essais, 1998, p.
129-142.
[7]
J. Wahl, “ Leçon XIX : La 'vision-du-monde' comme
maintien et la question de l'être ”,
op. cit., p.
227-238 (je
souligne).
[8]
W Dilthey, “ L'essence de la philosophie ”,
Le monde de
l'esprit (1907), Aubier-Montaigne, 1947, p.
378-379.
[9]
Séance du 09.XII.1928, rapportée par R. F.
Sterba, in
Réminiscences d'un psychanalyste viennois, Privat,
1986, p.
93-95.
[10]
Nos crochets, soulignements et
parenthèses.
[11]
S. Freud, (1914) “ Contribution à l'histoire du mouvement
psychanalytique ”, in
Cinq leçons sur la psychanalyse,
Payot, 1984, p.
131.
[12]
S. Freud, Lettre à Pfister du 25 XI 1928, in
Sigmund Freud,
Correspondance avec le pasteur Pfister 1909-1939, Gallimard, 1991.
[13]
S. Freud, Lettre à Pfister, le 16.II.1929,
op.
cit.[14]
S. Freud, (1930), “ Préface à la
Medical review of
Reviews ”,
op.
cit.
[15]
S. Freud, lettre à Fließ du 12.XII.1897,
La naissance de la
psychanalyse, PUF, 1969, p.
210-211.
[16]
S. Freud,
Psychopathologie de la vie quotidienne, p. 411-412, mais aussi
L’homme aux rats ou
Résultats, idées,
problèmes, ou encore les lettres à Fließ : par
exemple celle du 12. II. 1896 où apparaît pour la première
fois le terme et le projet d’une
métapsychologie, et celle
du 12. XII. 1897 sur la
perception endopsychique reprojetée qui
compose en partie la
Weltanschauung et qui pourrait aussi traduire
l'
Anschauung.
[17]
S. Freud, (1938) “ Résultats, idées, problèmes
”,
Résultats, idées, problèmes, tome II, PUF,
1985, p. 288, note du 22 VIII. Notes qui, pour rappel, sont préparatoires
à la rédaction de l'
Abrégé, où on les
retrouve
développées.
[18]
Voir S. Freud, le manuscrit 25 de mai 1897,
La naissance de la psychanalyse,
PUF, 1956, p.
181
.[19]
S. Freud,
Leçons d'introduction à la psychanalyse,
Gallimard, p.
360.
[20]
S. Freud, “ Le clivage du moi dans les processus de
défense ”, in
Résultats, idées,
problèmes, II, PUF,
1985.
[21]
Selon Feuerbach, le mépris de la nature dans la philosophie moderne est
un héritage de la théologie chrétienne – de sa
vision-du-monde – préconception qui fait de cette
philosophie moderne rien d’autre que de la “ théologie
dissoute et transformée en philosophie ”. Hegel est ainsi un
“ travesti ” : sa doctrine (la Réalité
est posée par l’Idée) n’est que l’expression
rationnelle de la doctrine théologique (la Nature est crée par
Dieu) : c’est ainsi qu’échoue toute philosophie
spéculative. Notons le glissement de la croyance en un Dieu vers celle en
un mot ou concept. Pour éviter cela, il faut recourir au
“ tiers-état ”, les
sens, qui eux seuls
donnent accès aux vérités philosophiques, sans omettre que
la confirmation doit en passer par autrui. Enfin, notons que Feuerbach pense
à partir de notions telles que l’altérité, amour
sexuel, moi
sexué.
[22]
Ce mouvement s’observe dans la mise au singulier du terme, puis sa mise en
majuscule : par exemples, “ les jouissances ”
deviennent “ la jouissance ” et enfin “ La
Jouissance ” ; soit du plus commun au plus
obscur.
[23]
V. Smirnoff, “ La transaction fétichique ”,
Objets du
fétichisme, NRP, 2, Gallimard, 1970, p. 41
sq.
[24]
Voir à ce sujet les travaux de T. S. Kuhn,
La structure des
révolutions scientifiques, Flammarion, 1972 ; P. Duhem, (1903)
La théorie physique, son objet, sa structure, Vrin,
1981.
[25]
Sur cette question, voir J. Bernat,
Transfert et pensée,
L’Esprit du temps, 2001, pp.
195-253.
[26]
S. Freud, “ Malaise dans la culture ”, in
OCF-P, XVIII, PUF,
1994, p. 251
sq.
[27]
Comme exemple, voir S. Freud, la lettre à Claparède (1920) quant
au
tout est sexuel, in
OCF-P, XV, PUF,
1996.
[28]
Formulation reprise comme titre d’un recueil de travaux sous la direction
de Françoise Dolto, chez
Gallimard.
[29]
Lacan, “ Du discours
psychanalytique ”, Conférence de Milan, le 12 mai 1972, in
En Italie Lacan, La Salamandra, 1978, p. 186-201 ;
Bulletin de
l’Association freudienne, 1984,
10.
[30]
Voir V. Smirnoff, “ De Vienne à Paris ”,
NRP, 20,
Gallimard,
1979.
[31]
E. Pichon, “ La réalité devant M. Laforgue ”,
RFP, X, PUF, 1938, p.
688.
[32]
E. Pichon, “ La famille devant M. Lacan ”,
RFP, XI, PUF,
1939, p.
132.
[33]
S. Freud,
Nouvelles conférences d'introduction à la
psychanalyse, (1932), Gallimard, 1984, p. 243 sq., (je
souligne).
[34]
Lettre de Ferenczi à Freud, le 03. X. 1910,
Correspondance
Freud-Ferenczi,
I, Calmann-Lévy, 1992, p.
229.
[35]
S. Freud, “ Pour introduire le narcissisme ” (1914),
La vie
sexuelle, Paris, PUF, 1972, p. 84
sq.
[36]
P. Fédida, “ Théorie des lieux. Nouvelles
contributions ”, in
Le site de l’étranger, P.U.F.
1995, pp.
267-298.
[37]
S. Freud - S. Ferenczi,
Correspondance 1908-1914, Tome I,
Calmann-Lévy 1992 : lettre 171 de Freud du 6 octobre 1910, p.
231.