psychanalyse.lu

Joël Bernat


La crise du sujet savant : Freud, ou l’illusion de « progrès »

(Conférence donnée au Colloque « Ethiques et modernités », décembre 2002, oganisé par l'U.F.R. Langues et Civilisations Étrangères, CENTRE D'ÉTUDES GERMANIQUES ET SCANDINAVES « LIRA », « Littérature, religion, anthropologie ».)

Introduction

Au sujet de l’œuvre de Freud, il est souvent énoncé un « virage des années vingt » ; formule à succès qui repose sur le constat qu’apparaissent alors une nouvelle topique de la psyché et une nouvelle théorie des pulsions dont l’élément clef est la célèbre pulsion de mort, accueillie à l’époque avec de grandes résistances, admise aujourd’hui avec de grandes dérives.
À lire Freud, on ne relève pas d’évolution logique dans cette refonte théorique : il y a bien une rupture dans la pensée. Mais ce qui n’est pas indiqué est la raison de ce « virage », ses racines, ou plutôt l’expérience qui a initié ce mouvement de refonte : l’on sait que Freud ne voulait de théories que fondées sur l’expérience de la pratique analytique, et surtout pas de théories a priori ou de systèmes. L’événement - Erlebnis - en cause ici n’est pas, comme d’habitude, une observation clinique qui contredirait la théorie, mais la première guerre mondiale et son effet de vérité sur l’homme Freud : cet événement (psychique) définirait deux Freud.

1. Le premier Freud : l’Utopie, les Lumières et la formation scientifique

Malgré les permanentes et insistantes critiques de ses collègues, Freud s’est toujours référé, sans jamais en donner la raison, aux Lumières :
- les Lumières allemandes, avec une fréquente référence à Kant ;
- mais aussi les Lumières européennes et notamment anglaises, avec références à Newton et Bacon ;
- citons enfin son appartenance de toujours et son activité dans la société B'Nai B'Rith qu'il rejoignit en 1897, qui avait pour but l'unité et la solidarité du peuple juif, ce que tout le monde sait, mais dont on oublie volontiers l'autre objectif : défendre les idées libérales des Lumières.
Cette référence aux Lumières se repère en différents points :
- socialement, dans la pratique et le respect d’une éthique bourgeoise libérale et ses principes éducatifs ;
- surtout une Méthode : celle de la pratique, de la pensée, de l’écriture et, finalement de la psychanalyse elle-même[1] ;
- et enfin, une représentation du « savant » et de ses objectifs.
Cette référence aux Lumières porte en elle la notion de « Progrès »[2], s’appuyant « scientifiquement » sur les thèses de Darwin, mais surtout celles de Lamarck, résumées par la « loi de biogénétique fondamentale » d’Ernst Haeckel : « l'ontogenèse est la récapitulation brève et rapide de la phylogenèse. »[3] Il y aurait ainsi :
- un progrès de civilisation que Freud nomme Kulturarbeit ;
- dont les acquis se déposent phylogenétiquement selon un modèle géologique de strates ;
- dépôt qui serait inscrit dans la psyché selon le constat de la neurophysiologie : la structure du cerveau présente bien tous les stades d’évolution ;
- il y aurait donc du « Progrès » de civilisation, et la première visée de la psychanalyse s’y inscrivit (par exemple, remplacer le refoulement par une répression consciente, sublimer, etc.) ; notons que cette « Idée du progrès » porte en elle, de façon sous-jacente, celle d’une « élite ».

1.a. La représentation du savant

Au milieu du XVIIe siècle, la Royal Society exclut du champ des sciences les affaires religieuses et politiques, la science moderne ne pouvant qu'être distante des idéologies et des normes pour préserver son indépendance de pensée et se prévenir de tout a priori, selon les modèles en vigueur : la méthode de Newton ou de Bacon (Lord Francis). Alors se dessine la représentation d'un homo europaeus, scientifique par excellence et de la plus haute expression de l'espèce humaine : il est, selon Carl von Linné[4], vif, spirituel et inventif, fruit d'un processus de civilisation qui oblige au contrôle des passions, contrôle qui deviendra aussi une norme bourgeoise. Un bel exemple nous est donné par Robert Burton[5] en 1621, qui, après son Anatomie de la mélancolie, écrivit une Utopie : l'intellectuel des Lumières européennes serait capable de changer ses douleurs - face au monde - en pensées. Ces intellectuels devinrent, selon Jens Peter Jacobsen, "une compagnie mélancolique" créateurs d'utopies dont toute mélancolie était exclue[6].
Au XIXe siècle, le clivage est effectif entre deux modes d’existence :
- la via activa, comme effet d’embourgeoisement et éthique protestante, idéal de comportement. Le capital serait la panacée contre la mélancolie ;
- et la via contemplativa, celle de l’Homo europaeus Intellectualis, marquée par la relation utopie / mélancolie fonctionnant en une sorte de cycle : une plainte du monde, produit la pensée utopique d’un monde meilleur, sans mélancolie (mais qui, appliquée dans la réalité, mise en actes, devient l’impératif d’un bonheur « obligé », soit un interdit de dire ses passions ou sa mélancolie : d’où la nécessité de nouvelles utopies, etc.)
Enfin, le scientifique cessa d'être philosophe et littéraire pour tenter de se situer au-delà de la mélancolie, et en deçà de l'utopie. Mais, remarquons-le, si l'homme n'était plus au centre de l'univers après Copernic et Darwin, le scientifique a cru ou espéré prendre cette place vacante...

1.b. La Weltanschauung scientifique

Au XIXe siècle, les humains se dégagèrent de l'emprise religieuse et tournèrent leurs espoirs vers la Science prometteuse ; par exemple, le chimiste et académicien Marcelin Berthelot, alors Ministre de l'Instruction, lançait, en 1887 : "L'univers est désormais sans mystères"... Les humains furent, apparemment, de nouveau déçus et durent investir d'autres registres. Ainsi, en 1930, Freud notait que les progrès scientifiques n'avaient pas augmenté le degré de satisfaction et de plaisir que les humains attendaient de la vie, ni rendus plus heureux, ce qui est attendu de tout progrès culturel. Et de conclure que "le pouvoir sur la nature n'est pas l'unique condition du bonheur humain"[7] : or, c’est justement cette promesse de pouvoir sur la nature qui fut la motivation du jeune Freud pour s’orienter, non plus vers la philosophie, mais la médecine[8].
Paul Valéry, en 1942, fait le même constat : face au dégagement de la religion, l'espoir fut mis du côté de la science. Mais, de 1850 à 1890, il faut reconnaître une certaine faillite de la Science, qui n'a pu donner que de la science, et pas "une échappatoire à l'envie naturelle et peut-être naïve de l'homme, de savoir quelque chose de plus que ce qu'il sait"[9]. Il manquait du merveilleux, et de là, pour Valéry, la floraison littéraire et notamment, le Symbolisme.
Ce "splendide isolement" du scientifique et de la science afin de préserver une certaine "pureté", position suivie à la lettre par Freud, eut des effets paradoxaux : la science fut sans cesse récupérée pour des fins idéologiques et normatives, la science "pure" a servi des buts "impurs" (c'est exemplaire en médecine, notamment sur la sexualité, ou bien en politique[10]). Le « premier » Freud, le savant, adhéra à cette représentation du scientifique pur, à l'écart du monde[11], se référant à Voltaire, Diderot, Turgot, et Newton. Dès lors, la primauté absolue est donnée à l’expérience et au dieu Logos[12] : "ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu’elle [la science] ne peut nous donner."[13]

1.c. La thèse évolutionniste de Freud, ou l'idée de progrès : Kulturarbeit

La thèse freudienne quant au rapport individu-société est des plus simples, entièrement appuyée sur la dimension phylogénétique, et ce jusqu'en 1915, avec son apothéose, abandonnée aussitôt rédigée : Vue d'ensemble sur les névroses de transfert. (L'état de guerre ayant offert beaucoup de temps libre à Freud, il avait en effet entrepris en 1914 une somme qui devait rassembler tous les acquis de la psychanalyse à cette date, et s'intituler Métapsychologie. Il en détruisit la plupart des chapitres.)
Cette notion de Kulturarbeit se situe entre les buts privés, individuels, et l'intérêt général du groupe, ensemble pensé comme garant d'une satisfaction collective face à l’environnement hostile, mais au prix du renoncement partiel à des satisfactions pulsionnelles égoïstes : c'est-à-dire, refouler. La Kulturarbeit est un "processus ou travail de civilisation" (selon la métaphore de l’assèchement des marais du Zuyderzee : la civilisation assècherait le pulsionnel). Ce processus amène l'individu à sublimer : ce qu’il refoule fait retour sous un autre mode, accepté par le groupe. Ces retours créent un dépôt qui est celui de la culture. D'où une position paradoxale du refoulement : à la fois une privation pour le sujet pour des raisons de civilisation, et un gain culturel pour le groupe.
À partir de là, il fut tenu pour certain que des sociétés hautement civilisées (essentiellement européennes) avaient atteint un haut degré de sublimation des pulsions notamment hostiles et sadiques ; cette pensée était prise dans l'explication phylogénétique lamarckienne : les refoulements et donc les acquisitions civilisatrices de nos ancêtres sont transmis aux générations suivantes comme caractères acquis (ce qui permettrait d'atteindre à une société éclairée, et ainsi : plus jamais la guerre ! ). Ces caractères acquis sont eux-mêmes pensés sur le mode neurologique, à l'instar de ce qu'enseigne la moindre dissection : en remontant l'échelle animale, l'on voit bien la complexification progressive, par exemple du cerveau : ainsi chez l'humain, on retrouve toutes les strates successives de l'évolution, depuis le cerveau archaïque des reptiliens jusqu'au neocortex qui nous singularise.
Afin d'éclairer un minimum cette transmission, Haeckel et sa loi fournirent à Freud un point de vue qui donna une place centrale à cette règle : l'enfant répète à grande vitesse tous les acquis de sa race, déposés dans l'inconscient sous formes de schémas phylogénétiques congénitaux, et répète donc, les fantasmes originaires comme les refoulements et autres nouvelles organisations contre les pulsions sadiques et sexuelles.
Il en a résulté une vision-du-monde bien dans l'esprit évolutionniste qui a pu se formuler ainsi : "Parallèlement à la domination progressive du monde par l'homme, a lieu une évolution de sa conception du monde, qui s'écarte de plus en plus de sa croyance primitive en la toute-puissance et s'élève de la phase animiste à la phase scientifique par l'intermédiaire de la phase religieuse[14]."
Cette affirmation s'appuie évidemment sur les travaux anthropologiques de l'époque (Frazer, Frobenius, etc.) – qui prolongeaient une pensée importante des Lumières – ainsi que sur certains travaux philosophiques, l'ensemble restant au service des adhésions de Freud à Lamarck et Haeckel, et au positivisme. Mais c’est une Weltanschauung.
La civilisation se construirait donc sur la répression des pulsions sexuelles, refoulements qui en retour, par le mécanisme de sublimation ou celui de la formation de symptômes, alimentent la production culturelle. La transmission des transformations historiques à l'individu (loi de Haeckel) se fait aussi par l'éducation, la morale et l'identification au collectif. Mais le sexuel, du fait de sa fonction individuante, fait de la résistance, s'oppose radicalement à cette transmission des refoulements collectifs : l'individu sexué est alors résistant sinon déviant, ce que certains romans ont mis en scène[15]. Nous voici dans un dualisme fondamental, source de tensions et de conflits, et aussi source de pathologies ; ce que peut illustrer une petite phrase de Freud selon laquelle le remède à la maladie nerveuse reste l'infidélité[16]...
Donc, la Kulturarbeit canalise, met en forme, en représentation, les buts pulsionnels égoïstes de destruction et sexuel. Le refoulement est le garant du progrès social. À l'inverse, se pose la question de savoir comment l'individu singulier peut maintenir un minimum de cohésion interne nécessaire à sa survie face à la masse, toujours totalitaire et écrasante ? Masse qui des-individualise l'esprit, le corps et les modes relationnels. Ce qui introduit la question clinique.

1.d. Le lien à la théorie clinique

S'il y a une certaine insistance de Freud dans le rappel, de 1905 à 1913, des trois phases d'évolution de la pensée de l'humanité, cela tient peut-être au fait que, peu à peu, il va les relier à des formes cliniques. Freud s'explique ainsi sur ce lien des trois phases avec la clinique : "L'hystérique est un indubitable poète, bien qu'il présente ses fantaisies essentiellement sur un mode mimique et sans prendre en considération la compréhension des autres ; le cérémonial et les interdits du névrosé de contrainte nous obligent à juger qu'il s'est créé une religion privée, et même les formations délirantes des paranoïaques montrent une ressemblance externe et une parenté interne qu'on ne souhaitait pas avec les systèmes de nos philosophes. On ne peut se défendre de l'impression qu'ici les malades entreprennent pourtant, d'une manière asociale, les mêmes tentatives pour résoudre leurs conflits et apaiser leurs pressants besoins que celles qui s'appellent poésie, religion et philosophie quand elles sont effectuées d'une manière acceptable pour une majorité."[17]
Ce lien entre phases de l'humanité et clinique ne pouvait s'expliquer que phylogénétiquement et selon une thèse lamarckienne, qui fut donc "poussée" à un certain terme dans le texte de 1915 non publié, Vue d'ensemble des névroses de transfert, selon lequel l'histoire du développement individuel de la libido répète le développement phylogénétique de l'espèce. Le lien pathologie – phase de l'humanité fut d'abord évident pour Freud dans l'association névrose obsessionnelle – religion : "On pourrait se risquer à concevoir la névrose obsessionnelle comme constituant un pendant pathologique de la formation des religions, et à qualifier la névrose de religiosité individuelle, la religion de névrose obsessionnelle universelle". Ceci est illustré dans Totem et tabou.
La clinique comme fixation à une trace de la phylogenèse, stoppant l’ontologie.
Ainsi, "Dans la phase animiste [ou la névrose hystérique], c'est à lui-même que l'homme attribue la toute-puissance ; dans la phase religieuse [ou la névrose obsessionnelle], il l'a cédée aux dieux, sans toutefois y renoncer sérieusement, car il s'est réservé le pouvoir d'influencer les dieux de façon à les faire agir conformément à ses désirs. Dans la conception scientifique du monde, il n'y a plus place pour la toute-puissance de l'homme, qui a reconnu sa petitesse et s'est résigné à la mort, comme il s'est soumis à toutes les nécessités naturelles."[18]
Donc, le procès de civilisation refoule ou sublime les pulsions sexuelles ou hostiles, sadiques, ce qui produit la culture. Et le savant est donc un sommet, une finalité... Mais il suffit d’une guerre ou d’un mouvement d’humeur...
À cela s'ajoute l'héritage phylogénétique des comportements acquis. Nous sommes toujours dans Totem et Tabou. Le primitif comme le névrosé est exclu du procès de civilisation : il en reste à la première phase de l'humanité et, ainsi, leurs pulsions hostiles s'expriment librement. Et le "haut" de l'évolution de la pensée est la phase scientifique... La science s'oppose à l'animisme et la religion, aux croyances populaires et infantiles, aux Weltanschauungen. La science et la culture font barrage à la toute-puissance de la pensée, contre l'état primitif et la pathologie. Quant au politique, il n'est que du néo-religieux.
Cette conviction des trois phases, on la trouve aussi chez Auguste Comte[19].

2. Le choc de la première guerre mondiale : l’épreuve de la réalité et le second Freud

Peu de choses pour se nourrir, peu de patients et surtout l’absence des riches anglo-saxons, et des fils sur le front dont on a peu de nouvelles ; des collègues qui meurent. Freud qui, en 1914, avait commencé une somme de tous les acquis de la psychanalyse sous le nom de « Métapsychologie », va en détruire la majeure partie. La guerre de 1914 provoqua la désillusion de Freud sur la Kulturarbeit et la science, et c'est cela qu'il va tenter de réparer en repensant toute sa théorie, en intégrant tout ce que le monde extérieur apporte comme contradiction. Il n'a pu qu'observer les deux points suivants : d'une part, les nations en guerre étaient aussi celles qui étaient tenues pour les plus civilisées, sinon "éclairées", et d'autre part, des esprits brillants oubliaient leur culture pour régresser à un niveau de barbarie et de pensée qui n'avait plus rien de scientifique et rien à envier aux peuples dit primitifs ou aux névrosés les plus graves : les refoulements ne tiennent plus, les acquis culturels disparaissent, on régresse à l’animisme, ce qui invalide toute idée de dépôt et de transmission des acquis phylogénétiques. Cette guerre et sa réalité font donc naître de nouvelles orientations :
- s’il existe un progrès technologique et une évolution biologique, ainsi qu’une progression des connaissances, en revanche il n’existe pas de progrès psychique de l’humain ; si le processus de civilisation ne cesse d’élaborer des stratégies de répressions et de refoulements, il n’en reste pas moins que les pulsions sont inéducables et immuables, au-delà des âges (la haine comme l’amour n’évoluent pas) ; le progrès culturel est donc un progrès d'objets, le sujet restant, éternellement, au-delà des générations, dans les mêmes conflits intrapsychiques (les intérêts égoïstes contre ceux du groupe) en une sorte d'éternel retour, que Freud nommera : compulsion de répétition. Et si les objets de satisfaction viennent à manquer, c'est le retour des pulsions archaïques et hostiles, comme si ces objets n'avaient été que des écrans ou des couvercles temporaires. Pour exemples :
- c’est la fin de la croyance en une Weltanschauung scientifique : la science ne peut qu’être parcellaire et doit le rester pour ne point devenir un système de croyance ou de masses[20] ; Freud va dès lors traquer toute vision-du-monde ;
- S’il n’y a pas de progrès de l’humain, c’est toute la dimension prophylactique de la psychanalyse qui disparaît;  un certain pessimisme gagne Freud, et il annonce que la théorie de la libido, clef de voûte de la psychanalyse, sera battue en brèche et disparaîtra de nouveau - et donc la psychanalyse, qui sera reprise par les Weltanschauungen médicales, religieuses et métaphysiques, et son institutionnalisation sera sa mort puisqu’elle deviendra un phénomène de masse ;
- lente admission des pulsions de destruction[21] longtemps repoussées ; Les écrits de 1920 font apparaître la compulsion de répétition et la pulsion de mort, Thanatos, qui a le pouvoir de défaire ce qu'Éros (pulsion de vie) construit, unifie. Mais durant cette guerre, Freud énnonçait ainsi son constat : « Il n’y a en nous pas la moindre répugnance instinctive à verser le sang. Nous sommes les descendants d’une longue chaîne de générations de meurtriers. Nous avons le plaisir du meurtre dans le sang et peut-être le détecterons-nous bientôt à d’autres endroits encore.[22] » Bien plus tard, il reconnaîtra ses résistances : « ... Je me rappelle ma propre résistance à la conception d'un instinct de destruction quand elle se fit jour dans la littérature psychanalytique ; et combien j'y restai inaccessible. Le fait que d'autres aient manifesté cette même répugnance, et la manifestent encore, me surprend moins. Il est vrai que ceux qui préfèrent les contes de fées font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l'homme à la « méchanceté » à l'agression, à la destruction, et donc aussi à la cruauté. »[23]
- reste la répression consciente... mais ce n’est plus un trajet de civilisation, c’est un trajet individuel : « Wo es war, soll ich werden »[24], et l’assèchement du Zuydersee... deviennent des Idéaux individuels du moi ;
- l'analyse obligatoire des psychanalystes (leur savoir scientifique n'est plus une garantie...).

2.a. Les Weltanschauungen sont des pathologies narcissiques

Freud prend conscience, avec l'état de guerre, que la science à laquelle il se référait, était une illusion, ou du moins, qu'une utopie gisait en son sein ; on le repère dans la suite de ses écrits avec des petites notations qui, regroupées, énoncent ceci : il y a dans tout discours scientifique des éléments de vérité mais aussi des restes de croyances infantiles ou primitives. Dès lors, nous devons nous contenter de connaissances fragmentaires. Et la théorie psychanalytique n'est qu'une fiction avec quelques connaissances sûres, la théorie des pulsions est une mythologie nécessaire, etc. Il faut renoncer au projet de maîtrise, par la science, à la connaissance du tout, aux systèmes explicatifs, aux illusions des visions-du-monde. Croyance dans lesquelles est pris le scientifique, malgré la longue histoire des guerres : il fallait en faire l'épreuve par soi-même ! Cette illusion aura aussi pour destin, dans les écrits de Freud, une véritable chasse envers tout ce qui serait mystique, moniste ou métaphysique, toute tentative de faire système ; car ce qui fut une illusion, Freud le mesure, reposait sur une vision-du-monde, une Weltanschauung.

2.b. Révisions

C'est en 1921, avec "Psychologie des masses et analyse du moi" que Freud revient sur des thèses d'avant-guerre et sur le rapport individu-société, sachant que ce rapport est au centre de l'explication des pathologies. Rapidement : 
A -- La masse obéit au seul principe de plaisir, pense par image et refuse toute nouveauté. Alors, dans la foule, les acquisitions individuelles s'effacent et l'inconscient collectif ressort. L'appartenance à une masse donne un sentiment de toute-puissance (l'individu se sent souvent incomplet quand il est seul) sentiment qui permet à l'individu de se débarrasser de ses refoulements et censures[25]. Ainsi, l'individu en masse descend plusieurs degrés d'évolution, et Freud de citer Schiller[26] : "Tout homme, pour peu qu'on le considère isolément, est plus ou moins intelligent et raisonnable. Sont-ils in corpore, il vous en ressort un seul imbécile."
B -- Avec la guerre, se produit une suspension des liens affectifs et une privation des sources habituelles de satisfaction de la libido, ce qui entraîne une situation de danger et, par voie de conséquence, une levée des refoulements (voir le texte même de "La Marseillaise"). Alors la libido se recentre sur un objet commun, désigné comme mauvais car source de frustration : l'ennemi. Et les pulsions sadiques qui furent réprimées sont alors autorisées et se libèrent. Et l'on oublie que cet ennemi fut peu avant considéré comme un peuple ami et hautement cultivé ! En même temps, la manipulation politique consiste à présenter un chef comme bon objet, c'est-à-dire objet de remplacement pour ces liens menacés ou perdus et donc comme sécurité et nouvel objet de satisfaction. Ce nouvel objet prend la place de l'idéal du moi selon un processus hypnotique (le chef comme l'hypnotiseur prend la place de l'idéal du moi : et si un sujet n'a pas différencié en lui moi et idéal, il est conduit à s'identifier à un idéal de masse, entraîné par la suggestion).
Cela est tout à fait comparable au mécanisme de la religion, ce qui amène Freud à conclure que le lien politique prend souvent la place du lien religieux, ce n'est qu'un changement de forme.
C -- Enfin, au sujet du processus civilisateur, il consiste en l'instauration de l'amour (Éros) qui est culturellement et surmoïquement imposé aux pulsions sexuelles ; ainsi passe-t-on de l'amour de soi, égoïste (auto-érotisme) et du jeu des pulsions sexuelles, à l'amour d'objet (altruisme) : c'est là le facteur de civilisation, détournant progressivement la pulsion de son but sexuel, et l'individu de ses buts égoïstes pour des buts collectifs et "civilisés". Mais il n'en reste pas moins que la névrose est une fuite, comme une satisfaction substitutive face à la répression sociale et la "civilisation" de la sexualité, et face aux interdits de penser. De même, la psychose une tentative de révolte désespérée[27].
D -- Quant à la technique psychanalytique, elle aussi subit peu à peu un changement radical, ainsi que la représentation du patient : le refoulement n'est pas un mécanisme définitif mais labile, et réclame une énergie psychique permanente pour être maintenu. Ce qui fait que dans la cure le patient résiste, afin de défendre ses refoulements, contre l'intention de l'analyste qui vise la levée de ces refoulements par ses interprétations. L'analyse s'est ainsi transformée :
1- elle était un art d'interprétation qui visait l'abréaction des affects fourvoyés sur de fausses routes, une sorte de catharsis, où l'inconscient était pensé comme un rébus dont l'analyste possédait la clef : l'analyste "ne pouvait viser rien d'autre qu'à deviner l'inconscient qui est caché au malade, en rassembler les éléments et les communiquer au moment opportun. La psychanalyse était avant tout un art d'interprétation"[28] et l'analyste un savant. Mais "La tâche thérapeutique n'était pas pour autant liquidée (par l'interprétation), on fît aussitôt un pas de plus en se proposant d'obliger le malade à confirmer par ses propres souvenirs la construction de l'analyste." "Le but fixé - rendre conscient l'inconscient - ne pouvait être pleinement atteint même par une telle voie. Le malade ne peut pas se souvenir de ce tout ce qui est en lui refoulé (...) il n'acquiert pas la conviction du bien-fondé de la construction qui lui a été communiquée. Il est bien plutôt obligé de répéter le refoulé comme expérience vécue dans le présent au lieu de se le remémorer."
2- dès lors l'analyse et sa tâche thérapeutique eurent pour but la mise au jour des refoulements et leur remplacement par des actes de jugements (d'attribution et d'existence, composant le processus de la Bejahung selon le schéma Perception-Conscience), jugements qui, eux seuls, pouvaient aboutir à l'acceptation ou au rejet de ce qui avait été jadis repoussé. C'est ainsi que l'accent se trouva déplacé sur les résistances du sujet. Il ne s'agit pas d'enseigner le patient, ni de refaire son éducation, mais simplement de lui permettre de devenir individu avec sa parole propre et son penser propre, selon l'impératif kantien de la Aufklärung : Sapere Aude !

3. Il n’y a pas de « progrès » de l’humain. Utopie et Mélancolie

Première lettre de Freud à Romain Rolland, le 4 mars 1923 : « ... votre nom est lié pour nous à la plus précieuse de toutes les belles illusions, celle de l’extension de l’amour à tous les enfants des hommes. ... j’ai utilisé une grande part du travail de ma vie à détruire mes propres illusions et celles de l’humanité. » Destruction qui donnera naissance à la notion d’Idéal du moi, en 1920, comme source interne des illusions individuelles et collectives.
Ce mouvement de Freud est repérable aussi bien chez des écrivains que des savants. On peut se le représenter en l’inscrivant sur un axe, une alternative : Utopie - ou - Mélancolie.
Connu, en effet, et depuis toujours ! Que l’on pense à Condorcet par exemple, réfugié après la Révolution chez des amis ; il occupe ses jours en rédigeant une Esquisse d’un tableau historique de l’esprit humain, ce qui constitue en fait une « utopie » du progrès, car ce texte promeut, avec optimisme, une évolution, celle de l’humain. Ayant achevé son travail, il sort de sa cachette, est aussitôt arrêté et embastillé et meurt mystérieusement le lendemain. Ce texte reprend et prolonge sa thèse développée lors de son Discours de réception à l’Académie Française, à savoir que « Toute découverte dans la science est un bienfait pour l’humanité ». Ce qui se disait de ce « bon » docteur Guillotin et de sa machine...
Le progrès humain est l’affaire d’un individu et non d’une masse, et il disparaît avec la mort de cet individu : ce qu’a dramatiquement compris Kleist, si cher à Freud :
"Nous ne pouvons décider si ce que nous nommons vérité est vraiment la vérité, ou si elle nous paraît seulement telle. Dans ce dernier cas, la vérité que nous amassons ici-bas n'existe plus après la mort (...) Ah, Wilhelmine, si l'épine de cette pensée n'atteint pas ton cœur, ne souris pas d'un autre qu'elle a blessé au plus profond de son être le plus sacré. Mon unique but, mon but le plus suprême s'est effondré, et je n'en ai plus aucun désormais." [29]
Freud, âgé, fit le même constat[30] : « Lors d’une discussion [à la Société viennoise de psychanalyse], quelqu’un a émis l’opinion que l’humanité entière y gagnerait si tous les hommes d’État étaient analysés. Un débat animé s’en est suivi ; Freud n’a pas dit grand-chose ; il était souffrant ce jour-là. Finalement on s’est tourné vers lui. Il se réjouissait, dit-il, que ses élèves aient une aussi haute opinion de la psychanalyse. Puis il a marqué une pause, a fait le tour de la pièce du regard, et a ajouté : "Quand je vous vois, et que je pense que vous avez été analysés, je ne peux m’empêcher d’être sceptique." »

À la fin de l'an 1999, l'on a pu voir à la télévision des enfants de tous les pays du monde qui disent - ou à qui l'on fait dire -, des vœux de paix pour le troisième millénaire, paix qui serait renforcée par la communication, l'école et l'instruction, sources d'un monde meilleur ; c'est exactement ce que croyait Freud jusqu'en 1915, sur la base de cette idée reçue : le degré d'instruction est la meilleure arme contre la barbarie... La guerre serait une affaire de peuples primitifs. Ou de pathologies. C'est aussi une position que défendait Einstein[31].

Conclusions

La crise du sujet Freud a donc consisté en une "révélation" : par le jeu des identifications à ses maîtres et idoles, s'était forgé en lui une représentation idéale de la science et du savant. Au-delà des masses, dégagé des croyances populaires et infantiles, le savant serait la représentation d'un être éclairé. Voilà une croyance qui n'existe que dans le regard de qui contemple son idole. Mais c'est surtout le statut de la science, jusqu'alors placée au plus haut d'une échelle d'évolution de l'humanité et base solide d'acquis définitifs, qui va être révisé, ou du moins désidéalisé.
L'idée de science portait en elle une utopie : celle d'un progrès des êtres, progrès transmissible de génération en génération, les élevant ainsi progressivement. Il y avait là une confusion : s'il y a un progrès, il n'est que du côté des objets (de satisfaction par exemple). Ou encore, le progrès des modes de répression, s'intériorisant au fil des générations. Pour ce qui est des êtres, leur histoire reste un éternel recommencement.
De plus, le savant n'en reste pas moins un être humain, pris dans une sorte de tension conflictuelle entre le progrès des connaissances (confondue avec une élévation du sujet) et ses problématiques personnelles qui sont susceptibles d'envahir ou de parasiter ses théories. (Il doit faire avec lui-même !) L'acquisition de connaissances, si elle permet un savoir-faire, se doit d'être accompagnée d'un savoir-être avec son pulsionnel.
Freud a fini par comprendre, avec l’expérience de la guerre, puis l’observation quotidienne, sceptique et désabusée des humains que l’acquisition de connaissances a deux destins[32] :
- soit elle est intégrée à la personne et lui permet d’évoluer ;
- soit elle n’a pour fonction que de constituer un barrage contre le pulsionnel : alors, la moindre frustration fait exploser la muraille et réapparaissent l’infantile, le primitif, le barbare sans âges.
Effondrement de Kleist, désillusion de Freud : mélancolie réveillée, pour celui-ci, par la première guerre mondiale, amenant la révision complète de la théorie psychanalytique, avec le risque d'une nouvelle utopie pour, de nouveau, refouler cette mélancolie... Et, de plus, l’Utopie n’est permise que par l’amnésie, c'est-à-dire le refoulement de l’histoire, refoulement qui empêche la transmission de l’expérience vécue.
Or, cette seconde topique n’a pas grand succès ! Lacan, par exemple, n’a théorisé qu’avec la première, c'est-à-dire la topique de l’utopie : d’où son succès ? Les humains aiment les illusions, promesses de merveilleux ou de métaphysique... : osons le mot : l’u-topique ? Toujours et encore ...


[1] La Méthode des Lumières se résume à ceci : refus de tout a priori lié à une mise en système ou à une vision théologique ou métaphysique ; quête des choses observables par les sens, et dans la seule expérience. Car seule l'expérience authentifie l'idée, qui est relative à nos sens.
[2] La notion de « progrès » est apparue à la fin du XVIIè siècle avec Condorcet, Leibniz et Fontenelle. Auparavant l'opinion était que l'humanité était vieille et proche de sa fin. Jean Delumeau rapporte que Napier, à la fin du XVI° siècle inventa les logarithmes pour pouvoir calculer plus facilement la date de la fin du monde que Nicolas de Cues envisageait pour l'année 1700 et Christophe Colomb pour 1656. Luther estimant que la somme des péchés était arrivée à un niveau intolérable aux yeux de Dieu, déclara un jour : « Nous avons atteint le temps du cheval blême de l'Apocalypse... Ce temps ne durera pas plus de cent ans. ».
[3] Ernst Haeckel (1834-1919), Les preuves du transformisme (réponse à Virchow), préface de J. Soury, Paris 1879.
[4] Cité par Wolf Lepenies, La fin de l'utopie et le retour de la mélancolie. Regards sur les intellectuels d’un vieux continent, Leçon inaugurale du Collège de France, 21. 02. 1992, Ed. Collège de France.
[5] Voir aussi Thomas Moore, Georges Orwell, etc.
[6] Ou encore, selon le mot de Paul Valéry : « L’esprit sait changer ses douleurs en œuvre, et au lieu de sombrer dans le désespoir, en tire un chant. », in Souvenirs poétiques, Guy Le Prat, 1947.
[7] Sigmund Freud, (1930) Le malaise dans la culture, OCF-P XVIII, P.U.F 1994.
[8] Ceci à la lecture de : La Nature de Tobler, théologien suisse, texte longtemps attribué à Goethe.
[9] Paul Valéry, op. cit., pp. 25-26.
[10] Voir Hitler, Staline (“Là où il y a des hommes, il y a des problèmes. Supprimez les hommes, vous supprimez les problèmes.”), etc. Les formules d’un bonheur obligatoire.
[11] Il n'y a, dans tous les écrits de Freud y compris sa correspondance, pratiquement aucune ligne sur le contexte socio-économique et politique de son temps, sinon quelques petites phrases sibyllines telles que, en 1930 : "notre patrie s'était confinée dans l'étroitesse".
[12] Ce que Freud reprend aux pp. 79-80 de L’avenir d’une illusion, OCF-P XVIII, P.U.F. 1994.
[13] Ibid., p. 197, et Joël Bernat, Le processus psychique et la théorie freudienne, Harmattan, 1996.
[14] Sigmund Freud, L'intérêt de la psychanalyse, (1913), in Résultats, idées, problèmes, tome I, PUF 1984 (p. 209) ; ou, encore, Totem et tabou, (1913), Gallimard, 1993, p. 191.
[15] Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley ou 1984 de Georges Orwell.
[16] Sigmund Freud, (1908), La morale sexuelle 'civilisée' et la maladie nerveuse des temps modernes, in La vie sexuelle, P.U.F. 1969.
[17] Freud S., (1913) Totem et tabou, op. cit., p. 183 ; de même, Les fantasmes hystériques et leur relation à la bisexualité, texte de 1908, in Névrose, psychose et perversion, PUF 1973, p. 149, ou encore dans Les trois essais sur la théorie sexuelle, (1905), Gallimard 1987 ; et Avant-propos à Théodore Reik, Problèmes de psychologie religieuse (1919), OCF-P. XV, PUF 1996, p. 213.
[18] Freud S., Totem et tabou, op. cit., p. 104.
[19] Le positivisme repose sur la loi des trois états, en rapport au développement spirituel de l'humanité, de la science comme de l'individu, développement qui passe donc par : un état animiste, théologique ou fictif où l'homme explique les phénomènes du monde par l'action d'êtres surnaturels. Un état métaphysique ou abstrait équivalent à des théories, qui sont des croyances masquées, où les êtres surnaturels sont remplacés par des êtres abstraits, vides : stade non productif. Un état scientifique ou positif, où la recherche de la cause dernière est abandonnée pour les faits établis : abandon du "pourquoi" pour le "comment".
[20] Voir le Malaise dans la civilisation, L’avenir d’une Illusion, etc., et Joël Bernat, Transfert et pensée, L’Esprit du temps, 2001.
[21] Dont Freud entendait parler depuis longtemps par ses disciples, Alfred Adler dès 1906, Sabina Spielrein en 1911.
[22] Conférence au B’nai B’rith, en 1915.
[23] Malaise dans la civilisation, op. cit.
[24] Voir Nouvelles conférences, Gallimard, 1984, p. 110.
[25] Par exemple, le Carnaval au Moyen-Âge.
[26] Distique tiré des Xénies, intitulé : "Sociétés savantes".
[27] Malaise dans la civilisation, op. cit., pp. 271-272.
[28] Freud S., Au-delà du principe de plaisir (1920), in Essais de psychanalyse, Payot, 1981, pp. 57-58.
[29] Kleist H. von, lettre du 22 - III - 1801 à Wihelmine von Zenge, sa fiancée. Citée in Lou Andreas-Salomé, Carnets intimes des dernières années, Hachette 1983, p. 206.
[30] Anecdote que Wilhelm Reich aurait conté à Bettelheim : cf. Bruno Bettelheim & David James Fischer : L’ultime conversation, in Nouvelle Revue de Psychanalyse, L’excès, Gallimard, n°. 43, printemps 1991, p. 327.
[31] Voir, par exemple, Comment je vois le monde, Flammarion 1979.
[32] Ce qu’il avait théorisé en 1910 au sujet de Léonard de Vinci. Il y a trois destins pour la "pulsion d'investigation" :
- soit l'avidité de savoir partage le destin de la sexualité : elles sont donc inhibées, ce qui produit une névrose.
- soit le développement intellectuel est vigoureux et résiste au refoulement, seule disparaît l'investigation sexuelle ; mais l'intelligence, sur la base de ses anciens liens, offre son aide pour contourner le refoulement du sexuel, et l'investigation sexuelle réprimée revient de l'inconscient sous la forme d'une compulsion de rumination, déformée et non libre, mais sexualisant la pensée, la marquant de plaisir et d'angoisse, signes du conflit intrapsychique. L'investigation devient une activité sexuelle, mais reproduit le caractère inachevé, sans conclusion, de sorte que cette rumination ne trouve jamais fin ni solution :"cette rumination et ce doute deviennent le prototype de tout travail ultérieur de la pensée appliquée à tous les problèmes et le premier échec exerce toujours une action paralysante." (voir "Les théories sexuelles infantiles", ainsi qu'Hamlet ou l'homme aux loups).
- soit, plus rare et plus parfait : la libido se soustrait au destin du refoulement en se sublimant dès le début en avidité de savoir, et s'associant à la puissante pulsion d'investigation.

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