Joël Bernat
La crise du sujet savant : Freud, ou l’illusion
de « progrès »
(Conférence donnée au Colloque « Ethiques et modernités »,
décembre 2002, oganisé par l'U.F.R. Langues et Civilisations Étrangères,
CENTRE D'ÉTUDES GERMANIQUES ET SCANDINAVES « LIRA »,
« Littérature, religion, anthropologie ».)
Introduction
Au sujet de l’œuvre de Freud, il est souvent
énoncé un « virage des années
vingt » ; formule à succès qui repose sur le
constat qu’apparaissent alors une nouvelle topique de la psyché et
une nouvelle théorie des pulsions dont l’élément clef
est la célèbre pulsion de mort, accueillie à
l’époque avec de grandes résistances, admise
aujourd’hui avec de grandes dérives.
À lire Freud, on
ne relève pas d’évolution logique dans cette refonte
théorique : il y a bien une rupture dans la pensée. Mais ce
qui n’est pas indiqué est la raison de ce
« virage », ses racines, ou plutôt
l’expérience qui a initié ce mouvement de refonte :
l’on sait que Freud ne voulait de théories que fondées sur
l’expérience de la pratique analytique, et surtout pas de
théories a priori ou de systèmes.
L’événement - Erlebnis - en cause ici n’est pas, comme
d’habitude, une observation clinique qui contredirait la théorie,
mais la première guerre mondiale et son effet de vérité sur
l’homme Freud : cet événement (psychique)
définirait deux Freud.
1. Le premier Freud : l’Utopie, les Lumières et la
formation scientifique
Malgré les permanentes et insistantes critiques de ses
collègues, Freud s’est toujours référé, sans
jamais en donner la raison, aux Lumières :
- les
Lumières allemandes, avec une fréquente référence
à Kant ;
- mais aussi les Lumières européennes
et notamment anglaises, avec références à Newton et
Bacon ;
- citons enfin son appartenance de toujours et son
activité dans la société B'Nai B'Rith qu'il rejoignit en
1897, qui avait pour but l'unité et la solidarité du peuple juif,
ce que tout le monde sait, mais dont on oublie volontiers l'autre
objectif : défendre les idées libérales des
Lumières.
Cette référence aux Lumières se
repère en différents points :
- socialement, dans la
pratique et le respect d’une éthique bourgeoise libérale et
ses principes éducatifs ;
- surtout une
Méthode : celle de la pratique, de la pensée, de
l’écriture et, finalement de la psychanalyse
elle-même
[1] ;
-
et enfin, une représentation du « savant » et de ses
objectifs.
Cette référence aux Lumières porte en elle
la notion de
« Progrès »
[2],
s’appuyant « scientifiquement » sur les thèses
de Darwin, mais surtout celles de Lamarck, résumées par la
« loi de biogénétique fondamentale »
d’Ernst Haeckel : « l'ontogenèse est la
récapitulation brève et rapide de la
phylogenèse. »
[3]
Il y aurait ainsi :
- un progrès de civilisation que Freud
nomme Kulturarbeit
;
- dont les acquis se déposent
phylogenétiquement selon un modèle géologique de
strates ;
- dépôt qui serait inscrit dans la
psyché selon le constat de la neurophysiologie : la structure du
cerveau présente bien tous les stades
d’évolution ;
- il y aurait donc du « Progrès » de civilisation,
et la première visée de la psychanalyse s’y inscrivit (par
exemple, remplacer le refoulement par une répression consciente, sublimer,
etc.) ; notons que cette « Idée du progrès »
porte en elle, de façon sous-jacente, celle d’une « élite ».
1.a. La représentation du savant
Au milieu du XVII
e siècle, la Royal Society exclut du
champ des sciences les affaires religieuses et politiques, la science moderne ne
pouvant qu'être distante des idéologies et des normes pour
préserver son indépendance de pensée et se prévenir
de tout a priori, selon les modèles en vigueur : la
méthode de Newton ou de Bacon (Lord Francis). Alors se dessine la
représentation d'un homo europaeus, scientifique par excellence et de la
plus haute expression de l'espèce humaine : il est, selon Carl
von
Linné
[4],
vif, spirituel et inventif, fruit d'un processus de civilisation qui oblige au
contrôle des passions, contrôle qui deviendra aussi une norme
bourgeoise. Un bel exemple nous est donné par Robert
Burton
[5] en
1621, qui, après son
Anatomie de la mélancolie,
écrivit une
Utopie : l'intellectuel des Lumières
européennes serait capable de changer ses douleurs - face au monde - en
pensées. Ces intellectuels devinrent, selon Jens Peter Jacobsen, "une
compagnie mélancolique" créateurs d'utopies dont toute
mélancolie était
exclue
[6].
Au XIX
e siècle, le clivage est effectif entre deux modes
d’existence :
- la
via activa, comme effet
d’embourgeoisement et éthique protestante, idéal de
comportement. Le capital serait la panacée contre la
mélancolie ;
- et la via contemplativa, celle de l’Homo
europaeus Intellectualis, marquée par la relation utopie /
mélancolie fonctionnant en une sorte de cycle : une plainte du
monde, produit la pensée utopique d’un monde meilleur, sans
mélancolie (mais qui, appliquée dans la réalité,
mise en actes, devient l’impératif d’un bonheur
« obligé », soit un interdit de dire ses passions ou
sa mélancolie : d’où la nécessité de
nouvelles utopies, etc.)
Enfin, le scientifique cessa d'être
philosophe et littéraire pour tenter de se situer au-delà de la
mélancolie, et en deçà de l'utopie. Mais, remarquons-le, si
l'homme n'était plus au centre de l'univers après Copernic et
Darwin, le scientifique a cru ou espéré prendre cette place
vacante...
1.b. La Weltanschauung scientifique
Au XIX
e siècle, les humains se dégagèrent
de l'emprise religieuse et tournèrent leurs espoirs vers la Science
prometteuse ; par exemple, le chimiste et académicien Marcelin
Berthelot, alors Ministre de l'Instruction, lançait, en 1887 :
"L'univers est désormais sans mystères"... Les humains furent,
apparemment, de nouveau déçus et durent investir d'autres
registres. Ainsi, en 1930, Freud notait que les progrès scientifiques
n'avaient pas augmenté le degré de satisfaction et de plaisir que
les humains attendaient de la vie, ni rendus plus heureux, ce qui est attendu de
tout progrès culturel. Et de conclure que "le pouvoir sur la nature n'est
pas l'unique condition du bonheur
humain"
[7] :
or, c’est justement cette promesse de pouvoir sur la nature qui fut la
motivation du jeune Freud pour s’orienter, non plus vers la philosophie,
mais la
médecine
[8].
Paul
Valéry, en 1942, fait le même constat : face au
dégagement de la religion, l'espoir fut mis du côté de la
science. Mais, de 1850 à 1890, il faut reconnaître une certaine
faillite de la Science, qui n'a pu donner que de la science, et pas "une
échappatoire à l'envie naturelle et peut-être naïve de
l'homme, de savoir quelque chose de plus que ce qu'il
sait"
[9]. Il
manquait du merveilleux, et de là, pour Valéry, la floraison
littéraire et notamment, le Symbolisme.
Ce "splendide isolement" du
scientifique et de la science afin de préserver une certaine
"pureté", position suivie à la lettre par Freud, eut des effets
paradoxaux : la science fut sans cesse récupérée
pour des fins idéologiques et normatives, la science "pure" a servi des
buts "impurs" (c'est exemplaire en médecine, notamment sur la
sexualité, ou bien en
politique
[10]).
Le « premier » Freud, le savant, adhéra à
cette représentation du scientifique pur
, à
l'écart du
monde
[11], se
référant à Voltaire, Diderot, Turgot, et Newton. Dès
lors, la primauté absolue est donnée à
l’expérience et au dieu
Logos
[12] :
"ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce
qu’elle [la science] ne peut nous
donner."
[13]
1.c. La thèse évolutionniste de Freud, ou l'idée de progrès :
Kulturarbeit
La thèse freudienne quant au rapport individu-société
est des plus simples, entièrement appuyée sur la dimension
phylogénétique, et ce jusqu'en 1915, avec son apothéose,
abandonnée aussitôt rédigée :
Vue d'ensemble
sur les névroses de transfert. (L'état de guerre ayant offert
beaucoup de temps libre à Freud, il avait en effet entrepris en 1914 une
somme qui devait rassembler tous les acquis de la psychanalyse à cette
date, et s'intituler
Métapsychologie. Il en détruisit la
plupart des chapitres.)
Cette notion de
Kulturarbeit se situe entre
les buts privés, individuels, et l'intérêt
général du groupe, ensemble pensé comme garant d'une
satisfaction collective face à l’environnement hostile, mais au
prix du renoncement partiel à des satisfactions pulsionnelles
égoïstes : c'est-à-dire, refouler. La Kulturarbeit est
un "processus ou travail de civilisation" (selon la métaphore de
l’assèchement des marais du Zuyderzee : la civilisation
assècherait le pulsionnel). Ce processus amène l'individu à
sublimer : ce qu’il refoule fait retour sous un autre mode,
accepté par le groupe. Ces retours créent un dépôt
qui est celui de la culture. D'où une position paradoxale du
refoulement : à la fois une privation pour le sujet pour des raisons
de civilisation, et un gain culturel pour le groupe.
À partir de
là, il fut tenu pour certain que des sociétés hautement
civilisées (essentiellement européennes) avaient atteint un haut
degré de sublimation des pulsions notamment hostiles et sadiques ;
cette pensée était prise dans l'explication
phylogénétique lamarckienne : les refoulements et donc les
acquisitions civilisatrices de nos ancêtres sont transmis aux
générations suivantes comme caractères acquis (ce
qui permettrait d'atteindre à une société
éclairée, et ainsi : plus jamais la guerre ! ).
Ces caractères acquis sont eux-mêmes pensés sur le mode
neurologique, à l'instar de ce qu'enseigne la moindre dissection :
en remontant l'échelle animale, l'on voit bien la complexification
progressive, par exemple du cerveau : ainsi chez l'humain, on retrouve
toutes les strates successives de l'évolution, depuis le cerveau
archaïque des reptiliens jusqu'au neocortex qui nous singularise.
Afin
d'éclairer un minimum cette transmission, Haeckel et sa loi fournirent
à Freud un point de vue qui donna une place centrale à cette
règle : l'enfant répète à grande vitesse tous
les acquis de sa race, déposés dans l'inconscient sous formes de
schémas phylogénétiques congénitaux, et
répète donc, les fantasmes originaires comme les refoulements et
autres nouvelles organisations contre les pulsions sadiques et
sexuelles.
Il en a résulté une vision-du-monde bien dans
l'esprit évolutionniste qui a pu se formuler
ainsi : "Parallèlement à la domination progressive du
monde par l'homme, a lieu une évolution de sa conception du monde, qui
s'écarte de plus en plus de sa croyance primitive en la toute-puissance
et s'élève de la phase animiste à la phase
scientifique par l'intermédiaire de la phase
religieuse
[14]."
Cette affirmation s'appuie évidemment sur les travaux
anthropologiques de l'époque (Frazer, Frobenius, etc.) – qui
prolongeaient une pensée importante des Lumières – ainsi que
sur certains travaux philosophiques, l'ensemble restant au service des
adhésions de Freud à Lamarck et Haeckel, et au positivisme. Mais
c’est une Weltanschauung.
La civilisation se construirait donc sur la
répression des pulsions sexuelles, refoulements qui en retour, par le
mécanisme de sublimation ou celui de la formation de symptômes,
alimentent la production culturelle. La transmission des transformations
historiques à l'individu (loi de Haeckel) se fait aussi par
l'éducation, la morale et l'identification au collectif. Mais le sexuel,
du fait de sa fonction individuante, fait de la résistance, s'oppose
radicalement à cette transmission des refoulements collectifs :
l'individu sexué est alors résistant sinon déviant, ce que
certains romans ont mis en
scène
[15].
Nous voici dans un dualisme fondamental, source de tensions et de conflits, et
aussi source de pathologies ; ce que peut illustrer une petite phrase de
Freud selon laquelle le remède à la maladie nerveuse reste
l'infidélité
[16]...
Donc, la Kulturarbeit canalise, met en forme, en représentation,
les buts pulsionnels égoïstes de destruction et sexuel. Le
refoulement est le garant du progrès social. À l'inverse, se pose
la question de savoir comment l'individu singulier peut maintenir un minimum de
cohésion interne nécessaire à sa survie face à la
masse, toujours totalitaire et écrasante ? Masse qui
des-individualise l'esprit, le corps et les modes relationnels. Ce qui introduit
la question clinique.
1.d. Le lien à la théorie clinique
S'il y a une certaine insistance de Freud dans le rappel, de 1905 à
1913, des trois phases d'évolution de la pensée de
l'humanité, cela tient peut-être au fait que, peu à peu, il
va les relier à des formes cliniques. Freud s'explique ainsi sur ce lien
des trois phases avec la clinique : "L'hystérique est un indubitable
poète, bien qu'il présente ses fantaisies essentiellement sur un
mode mimique et sans prendre en considération la compréhension des
autres ; le cérémonial et les interdits du
névrosé de contrainte nous obligent à juger qu'il s'est
créé une religion privée, et même les formations
délirantes des paranoïaques montrent une ressemblance externe et une
parenté interne qu'on ne souhaitait pas avec les systèmes de nos
philosophes. On ne peut se défendre de l'impression qu'ici les malades
entreprennent pourtant, d'une manière asociale, les mêmes
tentatives pour résoudre leurs conflits et apaiser leurs pressants
besoins que celles qui s'appellent poésie, religion et philosophie quand
elles sont effectuées d'une manière acceptable pour une
majorité."
[17]
Ce lien entre phases de l'humanité et clinique ne pouvait
s'expliquer que phylogénétiquement et selon une thèse
lamarckienne, qui fut donc "poussée" à un certain terme dans le
texte de 1915 non publié,
Vue d'ensemble des névroses de
transfert, selon lequel l'histoire du développement individuel de la
libido répète le développement phylogénétique
de l'espèce. Le lien pathologie – phase de l'humanité fut
d'abord évident pour Freud dans l'association névrose
obsessionnelle – religion : "On pourrait se risquer à
concevoir la névrose obsessionnelle comme constituant un pendant
pathologique de la formation des religions, et à qualifier la
névrose de religiosité individuelle, la religion de névrose
obsessionnelle universelle". Ceci est illustré dans
Totem et
tabou.
La clinique comme fixation à une trace de la
phylogenèse, stoppant l’ontologie.
Ainsi, "Dans la phase
animiste [ou la névrose hystérique], c'est à lui-même
que l'homme attribue la toute-puissance ; dans la phase religieuse [ou la
névrose obsessionnelle], il l'a cédée aux dieux, sans
toutefois y renoncer sérieusement, car il s'est réservé le
pouvoir d'influencer les dieux de façon à les faire agir
conformément à ses désirs. Dans la conception scientifique
du monde, il n'y a plus place pour la toute-puissance de l'homme, qui a reconnu
sa petitesse et s'est résigné à la mort, comme il s'est
soumis à toutes les nécessités
naturelles."
[18]
Donc, le procès de civilisation refoule ou sublime les pulsions
sexuelles ou hostiles, sadiques, ce qui produit la culture. Et le savant est
donc un sommet, une finalité... Mais il suffit d’une guerre ou
d’un mouvement d’humeur...
À cela s'ajoute
l'héritage phylogénétique des comportements acquis. Nous
sommes toujours dans
Totem et Tabou. Le primitif comme le
névrosé est exclu du procès de civilisation : il en
reste à la première phase de l'humanité et, ainsi, leurs
pulsions hostiles s'expriment librement. Et le "haut" de l'évolution de
la pensée est la phase scientifique... La science s'oppose à
l'animisme et la religion, aux croyances populaires et infantiles, aux
Weltanschauungen. La science et la culture font barrage à la
toute-puissance de la pensée, contre l'état primitif et la
pathologie. Quant au politique, il n'est que du néo-religieux.
Cette
conviction des trois phases, on la trouve aussi chez Auguste
Comte
[19].
2. Le choc de la première guerre mondiale : l’épreuve
de la réalité et le second Freud
Peu de choses pour se nourrir, peu de patients et surtout l’absence
des riches anglo-saxons, et des fils sur le front dont on a peu de
nouvelles ; des collègues qui meurent. Freud qui, en 1914, avait
commencé une somme de tous les acquis de la psychanalyse sous le nom de
« Métapsychologie », va en détruire la majeure
partie. La guerre de 1914 provoqua la désillusion
de Freud
sur la Kulturarbeit et la science, et c'est cela qu'il va tenter de
réparer en repensant toute sa théorie, en intégrant tout ce
que le monde extérieur apporte comme contradiction. Il n'a pu qu'observer
les deux points suivants : d'une part, les nations en guerre
étaient aussi celles qui étaient tenues pour les plus
civilisées, sinon "éclairées", et d'autre part, des esprits
brillants oubliaient leur culture pour régresser à un niveau de
barbarie et de pensée qui n'avait plus rien de scientifique et rien
à envier aux peuples dit primitifs ou aux névrosés les plus
graves : les refoulements ne tiennent plus, les acquis culturels
disparaissent, on régresse à l’animisme, ce qui invalide
toute idée de dépôt et de transmission des acquis
phylogénétiques. Cette guerre et sa réalité font
donc naître de nouvelles orientations :
- s’il existe un
progrès technologique et une évolution biologique, ainsi
qu’une progression des connaissances, en revanche il n’existe pas de
progrès psychique de l’humain ; si le processus de
civilisation ne cesse d’élaborer des stratégies de
répressions et de refoulements, il n’en reste pas moins que les
pulsions sont inéducables et immuables, au-delà des âges (la
haine comme l’amour n’évoluent pas) ; le progrès
culturel est donc un progrès d'objets, le sujet restant,
éternellement, au-delà des générations, dans les
mêmes conflits intrapsychiques (les intérêts
égoïstes contre ceux du groupe) en une sorte d'éternel
retour, que Freud nommera : compulsion de
répétition. Et si les objets de satisfaction viennent à
manquer, c'est le retour des pulsions archaïques et hostiles, comme si ces
objets n'avaient été que des écrans ou des couvercles
temporaires. Pour exemples :
- c’est la fin de la croyance en
une Weltanschauung scientifique : la science ne peut
qu’être parcellaire et doit le rester pour ne point devenir un
système de croyance ou de
masses
[20] ;
Freud va dès lors traquer toute vision-du-monde ;
- S’il
n’y a pas de progrès de l’humain, c’est toute la
dimension prophylactique de la psychanalyse qui disparaît; un
certain pessimisme gagne Freud, et il annonce que la théorie de la
libido, clef de voûte de la psychanalyse, sera battue en brèche et
disparaîtra de nouveau - et donc la psychanalyse, qui sera reprise par les
Weltanschauungen médicales, religieuses et métaphysiques, et son
institutionnalisation sera sa mort puisqu’elle deviendra un
phénomène de masse ;
- lente admission des
pulsions de
destruction
[21]
longtemps repoussées ; Les écrits de 1920 font
apparaître la
compulsion de répétition et la
pulsion de mort, Thanatos, qui a le pouvoir de défaire ce
qu'Éros (pulsion de vie) construit, unifie. Mais durant cette guerre,
Freud énnonçait ainsi son constat : « Il n’y
a en nous pas la moindre répugnance instinctive à verser le sang.
Nous sommes les descendants d’une longue chaîne de
générations de meurtriers. Nous avons le plaisir du meurtre dans
le sang et peut-être le détecterons-nous bientôt à
d’autres endroits
encore.
[22] »
Bien plus tard, il reconnaîtra ses résistances :
« ... Je me rappelle ma propre résistance à la
conception d'un instinct de destruction quand elle se fit jour dans la
littérature psychanalytique ; et combien j'y restai inaccessible. Le fait
que d'autres aient manifesté cette même répugnance, et la
manifestent encore, me surprend moins. Il est vrai que ceux qui
préfèrent les contes de fées font la sourde oreille quand
on leur parle de la tendance native de l'homme à la «
méchanceté » à l'agression, à la destruction,
et donc aussi à la
cruauté. »
[23]-
reste la répression consciente... mais ce n’est plus un trajet de
civilisation, c’est un trajet individuel : « Wo es war,
soll ich
werden
»[24],
et l’assèchement du Zuydersee... deviennent des Idéaux
individuels du moi ;
- l'analyse obligatoire des psychanalystes (leur
savoir scientifique n'est plus une garantie...).
2.a. Les Weltanschauungen sont des pathologies narcissiques
Freud prend conscience, avec l'état de guerre, que la science
à laquelle il se référait, était une illusion, ou du
moins, qu'une utopie gisait en son sein ; on le repère dans la
suite de ses écrits avec des petites notations qui, regroupées,
énoncent ceci : il y a dans tout discours scientifique des
éléments de vérité mais aussi des restes de
croyances infantiles ou primitives. Dès lors, nous devons nous contenter
de connaissances fragmentaires. Et la théorie psychanalytique
n'est qu'une fiction avec quelques connaissances sûres, la théorie
des pulsions est une mythologie nécessaire, etc. Il faut renoncer au
projet de maîtrise, par la science, à la connaissance du tout, aux
systèmes explicatifs, aux illusions des visions-du-monde. Croyance dans
lesquelles est pris le scientifique, malgré la longue histoire des
guerres : il fallait en faire l'épreuve par
soi-même ! Cette illusion aura aussi pour destin, dans les
écrits de Freud, une véritable chasse envers tout ce qui serait
mystique, moniste ou métaphysique, toute tentative de faire
système ; car ce qui fut une illusion, Freud le mesure,
reposait sur une vision-du-monde, une Weltanschauung.
2.b. Révisions
C'est en 1921, avec "Psychologie des masses et analyse du moi" que Freud
revient sur des thèses d'avant-guerre et sur le rapport
individu-société, sachant que ce rapport est au centre de
l'explication des pathologies. Rapidement :
A -- La masse
obéit au seul principe de plaisir, pense par image et refuse toute
nouveauté. Alors, dans la foule, les acquisitions individuelles
s'effacent et l'inconscient collectif ressort. L'appartenance à une masse
donne un sentiment de toute-puissance (l'individu se sent souvent incomplet
quand il est seul) sentiment qui permet à l'individu de se
débarrasser de ses refoulements et
censures
[25].
Ainsi, l'individu en masse descend plusieurs degrés d'évolution,
et Freud de citer
Schiller
[26] :
"Tout homme, pour peu qu'on le considère isolément, est plus ou
moins intelligent et raisonnable. Sont-ils in corpore, il vous en ressort un
seul imbécile."
B -- Avec la guerre, se produit une
suspension des liens affectifs et une privation des sources habituelles de
satisfaction de la libido, ce qui entraîne une situation de danger et, par
voie de conséquence, une levée des refoulements (voir le texte
même de "La Marseillaise"). Alors la libido se recentre sur un objet
commun, désigné comme mauvais car source de
frustration : l'ennemi. Et les pulsions sadiques qui furent
réprimées sont alors autorisées et se libèrent. Et
l'on oublie que cet ennemi fut peu avant considéré comme un peuple
ami et hautement cultivé ! En même temps, la manipulation
politique consiste à présenter un chef comme bon objet,
c'est-à-dire objet de remplacement pour ces liens menacés ou
perdus et donc comme sécurité et nouvel objet de satisfaction. Ce
nouvel objet prend la place de l'idéal du moi selon un processus
hypnotique (le chef comme l'hypnotiseur prend la place de l'idéal du
moi : et si un sujet n'a pas différencié en lui moi et
idéal, il est conduit à s'identifier à un idéal de
masse, entraîné par la suggestion).
Cela est tout à
fait comparable au mécanisme de la religion, ce qui amène Freud
à conclure que le lien politique prend souvent la place du lien
religieux, ce n'est qu'un changement de forme.
C -- Enfin, au sujet du
processus civilisateur, il consiste en l'instauration de l'amour
(Éros) qui est culturellement et surmoïquement imposé aux
pulsions sexuelles ; ainsi passe-t-on de l'amour de soi,
égoïste (auto-érotisme) et du jeu des pulsions sexuelles,
à l'amour d'objet (altruisme) : c'est là le facteur de
civilisation, détournant progressivement la pulsion de son but sexuel, et
l'individu de ses buts égoïstes pour des buts collectifs et
"civilisés". Mais il n'en reste pas moins que la névrose est une
fuite, comme une satisfaction substitutive face à la répression
sociale et la "civilisation" de la sexualité, et face aux interdits de
penser. De même, la psychose une tentative de révolte
désespérée
[27].
D -- Quant à la technique psychanalytique, elle aussi subit
peu à peu un changement radical, ainsi que la représentation du
patient : le refoulement n'est pas un mécanisme définitif
mais labile, et réclame une énergie psychique permanente pour
être maintenu. Ce qui fait que dans la cure le patient résiste,
afin de défendre ses refoulements, contre l'intention de l'analyste qui
vise la levée de ces refoulements par ses interprétations.
L'analyse s'est ainsi transformée :
1- elle était un art
d'interprétation qui visait l'abréaction des affects
fourvoyés sur de fausses routes, une sorte de catharsis, où
l'inconscient était pensé comme un rébus dont l'analyste
possédait la clef : l'analyste "ne pouvait viser rien d'autre
qu'à deviner l'inconscient qui est caché au malade, en rassembler
les éléments et les communiquer au moment opportun. La
psychanalyse était avant tout un art
d'interprétation"
[28]
et l'analyste un savant. Mais "La tâche thérapeutique
n'était pas pour autant liquidée (par l'interprétation), on
fît aussitôt un pas de plus en se proposant d'obliger le malade
à confirmer par ses propres souvenirs la construction de l'analyste." "Le
but fixé - rendre conscient l'inconscient - ne pouvait être
pleinement atteint même par une telle voie. Le malade ne peut pas se
souvenir de ce tout ce qui est en lui refoulé (...) il n'acquiert pas la
conviction du bien-fondé de la construction qui lui a été
communiquée. Il est bien plutôt obligé de
répéter le refoulé comme expérience vécue
dans le présent au lieu de se le remémorer."
2- dès
lors l'analyse et sa tâche thérapeutique eurent pour but la mise au
jour des refoulements et leur remplacement par des actes de jugements
(d'attribution et d'existence, composant le processus de la Bejahung selon le
schéma Perception-Conscience), jugements qui, eux seuls, pouvaient
aboutir à l'acceptation ou au rejet de ce qui avait été
jadis repoussé. C'est ainsi que l'accent se trouva déplacé
sur les résistances du sujet. Il ne s'agit pas d'enseigner le patient, ni
de refaire son éducation, mais simplement de lui permettre de devenir
individu avec sa parole propre et son penser propre, selon l'impératif
kantien de la Aufklärung : Sapere Aude !
3. Il n’y a pas de « progrès » de l’humain.
Utopie et Mélancolie
Première lettre de Freud à Romain Rolland, le 4 mars
1923 : « ... votre nom est lié pour nous à la plus
précieuse de toutes les belles illusions, celle de l’extension de
l’amour à tous les enfants des hommes. ... j’ai
utilisé une grande part du travail de ma vie à détruire mes
propres illusions et celles de l’humanité. » Destruction
qui donnera naissance à la notion d’Idéal du moi, en 1920,
comme source interne des illusions individuelles et collectives.
Ce
mouvement de Freud est repérable aussi bien chez des écrivains que
des savants. On peut se le représenter en l’inscrivant sur un axe,
une alternative :
Utopie - ou - Mélancolie.
Connu, en
effet, et depuis toujours ! Que l’on pense à Condorcet par
exemple, réfugié après la Révolution chez des
amis ; il occupe ses jours en rédigeant une
Esquisse d’un
tableau historique de l’esprit humain, ce qui constitue en fait une
« utopie » du progrès, car ce texte promeut, avec
optimisme, une évolution, celle de l’humain. Ayant achevé
son travail, il sort de sa cachette, est aussitôt arrêté et
embastillé et meurt mystérieusement le lendemain. Ce texte reprend
et prolonge sa thèse développée lors de son
Discours de
réception à l’Académie Française, à
savoir que « Toute découverte dans la science est un bienfait
pour l’humanité ». Ce qui se disait de ce
« bon » docteur Guillotin et de sa machine...
Le
progrès humain est l’affaire d’un individu et non d’une
masse, et il disparaît avec la mort de cet individu : ce qu’a
dramatiquement compris Kleist, si cher à Freud :
"Nous ne
pouvons décider si ce que nous nommons vérité est vraiment
la vérité, ou si elle nous paraît seulement telle. Dans ce
dernier cas, la vérité que nous amassons ici-bas n'existe
plus après la mort (...) Ah, Wilhelmine, si l'épine de cette
pensée n'atteint pas ton cœur, ne souris pas d'un autre qu'elle a
blessé au plus profond de son être le plus sacré. Mon unique
but, mon but le plus suprême s'est effondré, et je n'en ai plus
aucun désormais."
[29]Freud,
âgé, fit le même
constat
[30] :
« Lors d’une discussion [à la Société
viennoise de psychanalyse], quelqu’un a émis l’opinion que
l’humanité entière y gagnerait si tous les hommes
d’État étaient analysés. Un débat animé
s’en est suivi ; Freud n’a pas dit grand-chose ; il
était souffrant ce jour-là. Finalement on s’est
tourné vers lui. Il se réjouissait, dit-il, que ses
élèves aient une aussi haute opinion de la psychanalyse. Puis il a
marqué une pause, a fait le tour de la pièce du regard, et a
ajouté : "Quand je vous vois, et que je pense que vous avez
été analysés, je ne peux m’empêcher
d’être sceptique." »
À la fin de l'an
1999, l'on a pu voir à la télévision des enfants de tous
les pays du monde qui disent - ou à qui l'on fait dire -, des vœux
de paix pour le troisième millénaire, paix qui serait
renforcée par la communication, l'école et l'instruction, sources
d'un monde meilleur ; c'est exactement ce que croyait Freud jusqu'en 1915,
sur la base de cette idée reçue : le degré
d'instruction est la meilleure arme contre la barbarie... La guerre serait une
affaire de peuples primitifs. Ou de pathologies. C'est aussi une position que
défendait
Einstein
[31].
Conclusions
La crise du sujet Freud a donc consisté en une "révélation" :
par le jeu des identifications à ses maîtres et idoles, s'était
forgé en lui une représentation idéale de la science et
du savant. Au-delà des masses, dégagé des croyances populaires
et infantiles, le savant serait la représentation d'un être éclairé.
Voilà une croyance qui n'existe que dans le regard de qui contemple son
idole. Mais c'est surtout le statut de la science, jusqu'alors placée
au plus haut d'une échelle d'évolution de l'humanité et
base solide d'acquis définitifs, qui va être révisé,
ou du moins désidéalisé.
L'idée de science
portait en elle une utopie : celle d'un progrès des êtres,
progrès transmissible de génération en
génération, les élevant ainsi progressivement. Il y avait
là une confusion : s'il y a un progrès, il n'est que du
côté des objets (de satisfaction par exemple). Ou encore, le
progrès des modes de répression, s'intériorisant au fil des
générations. Pour ce qui est des êtres, leur histoire reste
un éternel recommencement.
De plus, le savant n'en reste pas
moins un être humain, pris dans une sorte de tension conflictuelle entre
le progrès des connaissances (confondue avec une élévation
du sujet) et ses problématiques personnelles qui sont susceptibles
d'envahir ou de parasiter ses théories. (Il doit faire avec
lui-même !) L'acquisition de connaissances, si elle permet un
savoir-faire, se doit d'être accompagnée d'un savoir-être
avec son pulsionnel.
Freud a fini par comprendre, avec
l’expérience de la guerre, puis l’observation quotidienne,
sceptique et désabusée des humains que l’acquisition de
connaissances a deux
destins
[32] :
-
soit elle est intégrée à la personne et lui permet
d’évoluer ;
- soit elle n’a pour fonction que de
constituer un barrage contre le pulsionnel : alors, la moindre frustration
fait exploser la muraille et réapparaissent l’infantile, le
primitif, le barbare sans âges.
Effondrement de Kleist,
désillusion de Freud : mélancolie réveillée,
pour celui-ci, par la première guerre mondiale, amenant la
révision complète de la théorie psychanalytique, avec le
risque d'une nouvelle utopie pour, de nouveau, refouler cette
mélancolie... Et, de plus, l’Utopie n’est permise que par
l’amnésie, c'est-à-dire le refoulement de l’histoire,
refoulement qui empêche la transmission de l’expérience
vécue.
Or, cette seconde topique n’a pas grand succès ! Lacan, par
exemple, n’a théorisé qu’avec la première,
c'est-à-dire la topique de l’utopie : d’où son
succès ? Les humains aiment les illusions, promesses de merveilleux
ou de métaphysique... : osons le mot : l’u-topique ?
Toujours et encore ...
[1] La
Méthode des Lumières se résume à ceci :
refus de tout a priori lié à une mise en système ou
à une vision théologique ou
métaphysique ; quête des choses observables par les sens,
et dans la seule expérience. Car seule l'expérience authentifie
l'idée, qui est relative à nos
sens.
[2]
La notion de « progrès » est apparue à la fin du
XVIIè siècle avec Condorcet, Leibniz et Fontenelle. Auparavant
l'opinion était que l'humanité était vieille et proche de
sa fin. Jean Delumeau rapporte que Napier, à la fin du XVI°
siècle inventa les logarithmes pour pouvoir calculer plus facilement la
date de la fin du monde que Nicolas de Cues envisageait pour l'année 1700
et Christophe Colomb pour 1656. Luther estimant que la somme des
péchés était arrivée à un niveau
intolérable aux yeux de Dieu, déclara un jour : « Nous avons
atteint le temps du cheval blême de l'Apocalypse... Ce temps ne durera pas
plus de cent ans. ».
[3] Ernst
Haeckel (1834-1919),
Les preuves du transformisme (réponse
à Virchow), préface de J. Soury, Paris
1879.
[4]
Cité par Wolf Lepenies,
La fin de l'utopie et le retour de la
mélancolie. Regards sur les intellectuels d’un vieux continent,
Leçon inaugurale du Collège de France, 21. 02. 1992, Ed.
Collège de France.
[5] Voir
aussi Thomas Moore, Georges Orwell,
etc.
[6] Ou
encore, selon le mot de Paul Valéry : « L’esprit
sait changer ses douleurs en œuvre, et au lieu de sombrer dans le
désespoir, en tire un chant. », in
Souvenirs
poétiques, Guy Le Prat,
1947.
[7]
Sigmund Freud, (1930)
Le malaise dans la culture, OCF-P XVIII, P.U.F
1994.
[8]
Ceci à la lecture de :
La Nature de Tobler, théologien
suisse, texte longtemps attribué à
Goethe.
[9]
Paul Valéry,
op. cit., pp.
25-26.
[10]
Voir Hitler, Staline (“Là où il y a des hommes, il y a des
problèmes. Supprimez les hommes, vous supprimez les
problèmes.”), etc. Les formules d’un bonheur
obligatoire.
[11]
Il n'y a, dans tous les écrits de Freud y compris sa correspondance,
pratiquement aucune ligne sur le contexte socio-économique et politique
de son temps, sinon quelques petites phrases sibyllines telles que, en
1930 : "notre patrie s'était confinée dans
l'étroitesse".
[12]
Ce que Freud reprend aux pp. 79-80 de
L’avenir d’une illusion,
OCF-P XVIII, P.U.F.
1994.
[13]
Ibid., p. 197, et Joël Bernat,
Le processus psychique et la
théorie freudienne, Harmattan,
1996.
[14]
Sigmund Freud,
L'intérêt de la psychanalyse, (1913),
in
Résultats, idées, problèmes, tome I, PUF 1984 (p.
209) ; ou, encore,
Totem et tabou, (1913), Gallimard, 1993, p.
191.
[15]
Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley ou
1984 de Georges
Orwell.
[16]
Sigmund Freud, (1908),
La morale sexuelle 'civilisée' et la maladie
nerveuse des temps modernes, in
La vie sexuelle, P.U.F. 1969.
[17]
Freud S., (1913)
Totem et tabou, op. cit., p. 183 ; de même,
Les fantasmes hystériques et leur relation à la
bisexualité, texte de 1908, in
Névrose, psychose et
perversion, PUF 1973, p. 149, ou encore dans
Les trois essais sur la
théorie sexuelle, (1905), Gallimard 1987 ; et
Avant-propos
à Théodore Reik, Problèmes de psychologie religieuse
(1919),
OCF-P. XV, PUF 1996, p.
213.
[18]
Freud S.,
Totem et tabou, op. cit., p.
104.
[19]
Le positivisme repose sur la loi des trois états, en rapport au
développement spirituel de l'humanité, de la science comme de
l'individu, développement qui passe donc par : un état
animiste, théologique ou fictif où l'homme explique les
phénomènes du monde par l'action d'êtres surnaturels. Un
état métaphysique ou abstrait équivalent à des
théories, qui sont des croyances masquées, où les
êtres surnaturels sont remplacés par des êtres abstraits,
vides : stade non productif. Un état scientifique ou positif,
où la recherche de la cause dernière est abandonnée pour
les faits établis : abandon du "pourquoi" pour le
"comment".
[20]
Voir le
Malaise dans la civilisation,
L’avenir d’une
Illusion, etc., et Joël Bernat,
Transfert et pensée,
L’Esprit du temps,
2001.
[21]
Dont Freud entendait parler depuis longtemps par ses disciples, Alfred Adler
dès 1906, Sabina Spielrein en
1911.
[22]
Conférence au B’nai B’rith, en
1915.
[23]
Malaise dans la civilisation,
op.
cit.[24]
Voir
Nouvelles conférences, Gallimard, 1984, p.
110.
[25]
Par exemple, le Carnaval au
Moyen-Âge.
[26]
Distique tiré des
Xénies, intitulé :
"Sociétés
savantes".
[27]
Malaise dans la civilisation,
op. cit., pp. 271-272.
[28]
Freud S.,
Au-delà du principe de plaisir (1920), in
Essais de psychanalyse, Payot, 1981, pp.
57-58.
[29]
Kleist H. von, lettre du 22 - III - 1801 à Wihelmine von Zenge, sa
fiancée. Citée
in Lou Andreas-Salomé,
Carnets
intimes des dernières années, Hachette 1983, p.
206.
[30]
Anecdote que Wilhelm Reich aurait conté à Bettelheim : cf. Bruno
Bettelheim & David James Fischer :
L’ultime conversation, in
Nouvelle Revue de Psychanalyse, L’excès, Gallimard, n°.
43, printemps 1991, p.
327.
[31]
Voir, par exemple,
Comment je vois le monde, Flammarion
1979.
[32]
Ce qu’il avait théorisé en 1910 au sujet de Léonard
de Vinci. Il y a trois destins pour la "pulsion d'investigation" :
-
soit l'avidité de savoir partage le destin de la sexualité :
elles sont donc inhibées, ce qui produit une névrose.
- soit
le développement intellectuel est vigoureux et résiste au
refoulement, seule disparaît l'investigation sexuelle ; mais
l'intelligence, sur la base de ses anciens liens, offre son aide pour contourner
le refoulement du sexuel, et l'investigation sexuelle réprimée
revient de l'inconscient sous la forme d'une compulsion de rumination,
déformée et non libre, mais sexualisant la pensée, la
marquant de plaisir et d'angoisse, signes du conflit intrapsychique.
L'investigation devient une activité sexuelle, mais reproduit le
caractère inachevé, sans conclusion, de sorte que cette rumination
ne trouve jamais fin ni solution :"cette rumination et ce doute deviennent
le prototype de tout travail ultérieur de la pensée
appliquée à tous les problèmes et le premier échec
exerce toujours une action paralysante." (
voir "Les théories
sexuelles infantiles", ainsi qu'Hamlet ou l'homme aux loups).
- soit, plus
rare et plus parfait : la libido se soustrait au destin du refoulement en
se sublimant dès le début en avidité de savoir, et
s'associant à la puissante pulsion d'investigation.