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Joël Bernat 

Présentation de Jacques-Antoine Dulaure (1755 – 1835)


Il y a des auteurs que l’on dit « tombés dans l’oubli ». Certains du fait que leur œuvre fut vraiment secondaire, d’autres parce qu’ils ont été parfaitement refoulés tant leur propos ne pouvaient que déranger. Alors, jusqu’à leur nom est effacé. Dulaure fait partie de ces derniers, et ce n’est pas par coquetterie que nous en disons un mot, car il nous semble important de maintenir en tension certaines idées sans cesse refoulées par les majorités.
Jacques-Antoine Dulaure
Il y a deux cents ans se produisit quelque chose de bien remarquable. En effet, en 1802 René de Chateaubriand publiait le Génie du Christianisme, suivi, en 1805, d’une forme de réponse, celle que fit Jacques-Antoine Dulaure avec ses Divinités Génératrices. De cette opposition qui n’ouvrit aucun dialogue, Chateaubriand l’a emporté et Dulaure passa aux oubliettes. Son texte néanmoins se maintient discrètement en survie, tantôt publié sous la bannière de l’ésotérisme, tantôt sous celle de l’érotisme...
Malgré quelques rééditions fort discrètes, ce qui est maintenu effacé est la portée philosophique et la démarche de cet auteur tout à fait dans l’esprit des Lumières. Car les Divinités Génératrices sont une façon anthropologique de démonter l’idée religieuse, de dénoncer l’animisme des humains dans une démarche révolutionnaire (l’on a trop souvent oublier que la Révolution française ne fut pas qu’une histoire de barricades mais aussi une tentative de révolution de la pensée).
Donc, Chateaubriand publie le Génie du christianisme en 1802. Ce texte, qui deviendra un livre culte du Romantisme, s’adressait à une France qui « sortait du chaos révolutionnaire », et qui, pour lutter contre ce chaos, cet effondrement d’un monde, « avait alors un besoin de foi », tant elle était dans « une avidité de consolation religieuse ». Il s’agit donc de reconstruire l’Église abattue par la Révolution.
Mais cette apologie du christianisme vise aussi un autre registre, celui de la pensée en général, et des Lumières en particulier. Chateaubriand l'écrira dans ses Mémoires d'outre-tombe, il cherche à « détruire l'influence de Voltaire » et des philosophes du XVIIIe siècle. Et, en lieu et place de cette errance de la pensée, il s’agit donc de réinstaurer dans les mentalités collectives les souvenirs séculaires qu'y a déposés le christianisme que la Révolution n'a pu effacer. Chateaubriand magnifie et encourage l'adhésion aux formes du sublime chrétien que recèlent aussi bien la doctrine, le culte, la sensibilité nouvelle à la nature et aux arts que développe le christianisme. C'est donc la « beauté de Dieu » qui définit l'homme comme un être de manque et de désir, divisé entre l'inquiétude, cette impossibilité du repos qu'alimente l'insatisfaction devant ce qui est fini, et la mélancolie, nostalgie d'un absolu perçu comme évident et pourtant inaccessible.
Et puis Dulaure « répond », trois ans plus tard (1805) avec son HISTOIRE ABREGEE DE DIFFéRENS CULTES en deux volumes (voir la préface d’Henri J. Marteau et surtout celles de Dulaure infra).

Biographie succincte

Nous savons peu de choses sur cet homme et il est fort difficile de trouver quelques éléments de biographie.
Jacques-Antoine Dulaure est né à Clermont-Ferrand, le 3 septembre 1755. Fils d'un commerçant, il entra en 1779 dans l'atelier de l'architecte du Panthéon, Rondelet, où il inventa le pantographe, instrument destiné à faciliter la levée des plans, puis publia des ouvrages sur l'architecture.
Enthousiasmé par les idées nouvelles, franc-maçon (loge Osiris de Sèvres), il fonda un journal, le Thermomètre du jour qui le fit connaître puis élire député du Puy-de-Dôme à la Convention. Dans une Réclamation d’un citoyen contre la nouvelle enceinte de Paris, il condamna l’octroi par ce vers : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ». Siégeant à la Plaine, il soutint les Girondins dans son journal et fut attaqué par Hébert dans son Père Duchesne. Lors du procès de Louis XVI, il vota la mort du roi. Décrété d'arrestation à la suite du rapport d'Amar pour avoir soutenu dans le Thermomètre les députés proscrits, il parvint à se cacher en Suisse et ne revint qu'après Thermidor occuper son siège à la Convention (8 décembre 1794). Envoyé en mission à Bergerac et à Tulle, il se montra très modéré, faisant libérer les contre-révolutionnaires et les prêtres, qui, fort peu reconnaissants, menèrent ensuite une insurrection : son indulgence lui fut bien sûr reprochée. Réélu au Conseil des Cinq-Cents, il réclama un enseignement obligatoire et national. Le 18 brumaire ayant brisé sa carrière, il se retira et se consacra à des travaux historiques et archéologiques, créant l'Académie celtique, devenue aujourd'hui la Société des antiquaires de France. Il fut donc ingénieur-géographe, publiciste, secrétaire de la Société des Droits de l'homme (1790), archéologue, homme politique, etc... Il meurt à Paris le 18 août 1835.
Son oeuvre d'historien est fort importante et comprend entre autres une histoire des cultes et une, célèbre, de la ville de Paris. J.A. Dulaure reflète fort bien l'esprit de la Révolution française et le présent ouvrage en est sans doute l'illustration la plus frappante. Ici, la philosophie des Lumières y éclate presque à toutes les pages.
Ceci pour les événements et les faits, mais qui n’indiquent rien du contenu et de la démarche.

Bibliographie

Il nous faut la diviser en deux parts, deux visages.
I :
II : les écrits historiques

[1] « Un homme sans barbe sera moins surprenant de nos jours qu’une femme barbue, ce qui prouve combien peu naturels sont nos goûts et nos coutumes »...

 

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