Joël Bernat
Le processus psychique et la théorie freudienne
(Extraits de Joël Bernat, Le processus psychique et
la théorie freudienne, collection “Etudes Psychanalytiques”,
L’Harmattan, 1996.)
"J'ai un talent particulier pour le contentement fragmentaire."
S. Freud
[1]
"Dans les domaines auxquels nous avons affaire, la connaissance ne se présente
qu'en éclair. Le texte est le roulement bien tardif du tonnerre."
W. Benjamin
[2]
L'Einfall en 1920
Dès lors que la psychanalyse est dotée d'une nouvelle topique
et de sa théorie des pulsions, indissociables d'une révision de la
technique, au cours des années vingt Freud peut qualifier de
"préhistoriques" deux éléments techniques : la
Katharsis et l'
Einfall. Ceux-ci ne furent pas sans le destin
propre à toute cryptomnésie, opérant dans des liens
transférentiels forts, l'un avec Breuer, l'autre avec Ferenczi, en des
retours masquant ou dévoilant des liens plus
anciens.
Éléments préhistoriques et qualité
cryptomnésique : nous pouvons soutenir, de cette place de lecteur
non exempte de transfert, que ces deux éléments eurent une
influence profonde, voire déterminante, sur l'exigence, non pas "de"
Freud, mais "en" Freud : ceci pour différencier un mode de penser
appliqué à, ou sur, un objet externe, d'un autre : l'accueil
en soi de l'objet interne. Nous qualifions cette exigence en Freud d'un "encore,
et sans cesse", tant pour l'élaboration de la théorie que de la
pratique, cela par opposition à des systèmes clos tel celui de
Fliess, se situant du côté d'un "enfin", celui d'une
vérité paranoïaque. En d'autres termes, il fut pour Freud
essentiel de maintenir l'inachèvement comme un véritable
processus ; celui de l'exigence, qu'entre autres noms il baptisa :
affirmation d'Éros, ou encore, et pourquoi pas, psychanalyse.
Cette
exigence produisit la pensée freudienne, théorique comme
technique, lorsque chaque soir, il se retirait dans la "cuisine de la
sorcière", qui était aussi son lieu d'écoute des patients.
Mais que s'y opérait-il donc ?
Soit ici le lieu d'emprunts
devenus inconscients ou cryptomnésiques, dont il s'agira de mettre en
lumière les effets, tant techniques que théoriques, en prenant
appui, par exemple, sur deux phénomènes : l'
Einfall et
la
Katharsis, en tant que processus (préhistoriques quant à
l'analyse) déterminants de la pensée de Freud.
"Sur la
préhistoire de la technique
psychanalytique"
[3]
est un court texte de 1920, répondant à un écrit d'Havelock
Ellis, où celui-ci suppose que la règle fondamentale de la
technique psychanalytique n'est, en fait, que l'emprunt fait à un
poète du dix-neuvième siècle, le Dr. J. J. Garth Wilkinson
(plus connu comme poète mystique et rocailleux que comme médecin,
note Freud) et sa méthode de l'
Impression quant à
l'écriture poétique : on choisit tout d'abord un titre, et la
première idée qui vient doit être accueillie sans jugement,
car l'on doit toujours se fier à l'
influx des pensées
toujours adaptées à leur objet...
La technique
psychanalytique serait donc le résultat, selon Ellis, du transfert d'une
technique littéraire vers la psychanalyse, ce qui lui permet de soutenir
que l'œuvre de Freud n'est pas tant une œuvre scientifique qu'une
réalisation artistique.
Freud y réagit non pas quant
à la forme (car, comme nous le verrons, si Ellis ignore la culture
allemande, ce n'est certes pas le cas de Freud, qui sait ce que cette
méthode doit à Schiller et aux romantiques allemands), mais quant
au fond, puisqu'il diagnostique là une forme de résistance et un
refus opposé à la psychanalyse ; la réduction de la
règle fondamentale à une technique d'écriture connue
viendrait nier ou refouler une autre dimension bien plus importante. Ce qu'il va
argumenter de façon étonnante, en employant à son propre
sujet la troisième personne, en cet article paru anonymement dans le
Zeitschrift, signé "F.".
C'est en 1919 que Freud
reconnaît tout le poids d'une lecture de jeunesse, via un curieux chemin
[4] : il
s'agit d'un recueil de textes de Ludwig Börne (1786 - 1837, de son vrai
nom, Löb Baruch), seul ouvrage nous précise-t-il avoir
conservé de cette époque. Il gardait en mémoire quelques
textes sauf celui qui l'avait alors le plus impressionné : "L'art de
devenir écrivain en trois jours" (1823), dont il extrait, à la
relecture, le conseil suivant :
" Prenez quelques feuilles de papier et transcrivez trois jours durant,
sans tricherie ni hypocrisie, tout ce qui vous passe par la tête.
Écrivez ce que vous pensez de vous-même, de vos femmes, de la
guerre contre les Turcs, du Jugement Dernier, de vos supérieurs - et au
terme de ces trois jours vous n'en reviendrez pas d'avoir eu tant d'idées
neuves et inouïes. Tel est l'art de devenir en trois jours un
écrivain original !".
Nous pouvons voir ici une des lignes
fondamentales de l'exigence en Freud, celui du mode d'accueil de "l'idée
spontanée" (c'est-à-dire : Einfall), pour l'instant
dans le champ de l'écriture. Cela vient en éclairer la place et la
fonction chez Freud, tant au niveau du volume de sa correspondance, lieu donc
d'émergence des idées, qu'au niveau de la brièveté
du temps mis pour écrire certains textes, ou bien encore de sa
"règle" de conduite : chaque soir, écrire.
Cette
définition du mode d'accueil, devenu cryptomnésique, sera l'outil
même de l'accueil de ce qui surgit et donc de l'auto-analyse, en soi comme
dans le champ transférentiel de la correspondance, mais aussi celui de
bien d'autres éléments repérables après-coup dans le
rappel que fait Freud d'autres fragments du texte de Börne, par
exemple :
"Une honteuse peur de penser nous retient tous. Plus oppressante que la
censure des gouvernements est la censure qu'exerce l'opinion publique sur les
œuvres de notre esprit."
Le texte de Börne définit donc
deux lieux "pré-topiques", deux éléments d'un conflit
psychique : celui de la source de l'idée et celui de la censure, ce
qui, nous pouvons ainsi le supposer, offre à l'adolescent Freud une
première représentation - ou, devrions-nous dire, une
crypto-représentation ? - de la psyché, et promeut le
rôle et l'importance de l'écriture quant à la connaissance
de soi. Mais Börne n'est pas l'inventeur de cette méthode de
réception de l'idée ; en effet, elle n'est pas nouvelle en
soi, et à ce titre Freud cite une lettre de Schiller
[6], qu'Otto
Rank lui fit remarquer, et jugée assez importante pour être
ajoutée lors d'une réédition de la
Traumdeutung :
"Il me semble que la racine du mal est dans la contrainte que ton
intelligence impose à ton imagination. Je ne puis exprimer ma
pensée que par une métaphore. C'est un état peu favorable
pour l'activité créatrice de l'âme que celui où
l'intelligence soumet à un examen sévère, dès
qu'elle les aperçoit, les idées qui se pressent en foule. Une
idée peut paraître, considérée isolément, sans
importance et en l'air, mais elle prendra parfois du poids grâce à
celle qui la suit ; liée à d'autres, qui ont pu
paraître comme elle décolorées, elle formera un ensemble
intéressant. L'intelligence ne peut en juger si elle ne les a pas
maintenues assez longtemps pour que la liaison apparaisse nettement. Dans un
cerveau créateur tout se passe comme si l'intelligence avait
retiré la garde qui veille aux portes : les idées se
précipitent pêle-mêle, et elle ne les passe en revue que
quand elles sont une masse compacte. Vous autres critiques, ou quel que soit le
nom qu'on vous donne, vous avez honte ou peur des moments de vertige que
connaissent tous les vrais créateurs et dont la durée, plus ou
moins longue, seule distingue l'artiste de rêveur. Vous avez
renoncé trop tôt et jugé trop sévèrement, de
là votre stérilité." [je souligne].
Les
"pensées non voulues" déclenchent une résistance
très vive qui tend à les empêcher d'émerger, et se
transforment en images visuelles ou auditives. Et il y aurait ainsi à
différencier, quant à l'Einfall, les modes de
réception visuel et verbal, ce dernier sans doute comme effet d'un
après-coup élaboratif. L'Einfall est donc
surgissement : miracle de l'instant (d'où l'impératif,
à venir, du hic et nunc pour la psychanalyse et qui sera
développé dans l'étude sur le Witz), c'est un point
de vue non reproductible mais inducteur (tel l'inquiétante
étrangeté) : pas d'emprise possible, sinon par la suite des
associations. C'est-à-dire qu'elle pulvérise les constructions,
les représentations ; temps d'entre-deux, de suspension.
Mais
de tout cela, ce qui importe pour nous tient au destin de la technique, et
à l'évolution cryptomnésique de ce texte. En effet, Freud
fit de ce rapport à l'Einfall bien autre chose qu'un mode
littéraire, qui n'interviendrait
"pas tant comme la preuve que Freud œuvre en artiste, que comme la
conséquence de sa
conviction, enracinée en lui comme un
préjugé, du déterminisme universel de tout
phénomène psychique." [je souligne]
Cela est
d'importance, et nous comprenons pourquoi Freud a repoussé Breton et la
technique de l'
écriture automatique
[7] comme
celle de l'
Impression de Wilkinson, malgré l'apparente
proximité du mode technique ; ce qui l'intéresse, c'est le
déterminisme psychique : d'où, et comment, soit ses modes
d'apparition.
D'autres destins sont repérables, notamment techniques
(d'où le titre précis de l'article : préhistoire de la
technique, et non de la théorie) avec la "règle fondamentale",
héritière directe de l'
Einfall cryptomnésique, qui
recevra sa pleine formulation dès les
Études sur
l'hystérie [8].
Mais notons que ce sont des patientes hystériques qui sont à la
source de l'invention technique : avec Frau Câcilie M., son
"institutrice", qui demande à Freud qu'il respecte la règle de
l'
Einfall, pour l'instant toujours cryptomnésique en lui, ou Emmy
von N.
[9],
et Anna O., pour Breuer
[10], avec la
cure par la parole (
talking cure) comme
chimney sweeping, en son
effet cathartique. Peut-être pour cela, peut-il accéder à
ces demandes ? Dès lors, la règle, sous l'influence de ces
patientes, va passer de l'écrit vers la cure et la parole en prescrivant
l'
Einfall au patient, soit l'ouverture d'un champ par le retrait de
l'instance critique, "qui monte la garde" selon l'expression de Schiller, pour
ainsi aboutir à la réception, l'admission des idées
incidentes, latérales, qui chutent
[11]
en la conscience non sans parfois produire un effet d'inquiétante
étrangeté
[12], et sa
suite d'associations libres de toute
censure
[13].
C'est l'acte d'ouverture de la cure, mais aussi d'ouverture au
déterminisme psychique. Et Freud, sur la question du hasard n'en attribue
aucun à l'
Einfall (il n'y a donc pas de hasard dans la
réalité psychique) par opposition au
Zufall, le hasard dans
la réalité externe (
voir infra).
Einfall
n'est pas
Zufall du seul fait du déterminisme psychique
inconscient.
Mais la prescription est également valable pour
l'écoute de l'analyste et son mode, qualifiée de "flottante" et de
"neutralité bienveillante", du fait de la suspension de sa censure (par
son silence ou son retrait) : cette exigence trace là aussi un
espace d'accueil des présentations (
Darstellung) du patient.
L'attention flottante crée l'espace pour le fonctionnement de la
règle fondamentale (au sens de fondation), suscitant
l'étranger.
Quant à la censure, elle va trouver une pleine
figuration (tant en ce qui concerne le rapport au rêve que celui de
l'analyste au rêve) et donc sa (première) place dans la
théorisation du rêve : car c'est en l'accueillant sur le mode
de l'
Einfall que fut possible, par les associations libres, que le
rêve soit autre chose qu'un phénomène purement
physiologique.
L'
Einfall est donc le premier "outil" de l'exigence
en Freud, permettant de saisir les processus psychiques à l'œuvre
grâce à la suspension de la garde de la censure, et mode
d'être en Freud importé comme technique dans la cure, une fois le
renoncement à l'hypnose effectué (comme technique d'une exigence
externe de la levée de la censure pour le surgissement de
l'idée ?). Et c'est en ce sens que l'on peut soutenir que Freud est
la psychanalyse, car son mode d'être, son rapport à ses objets
internes et donc son mode de penser, devinrent la technique psychanalytique.
Dès lors :
"Le meilleur conseil que je puisse donner à toute personne
qu'intéresse l'acheminement de la catharsis vers la psychanalyse est de
commencer par les études sur l'hystérie et de suivre ainsi la voie
que j'ai moi-même parcourue."
[14]Cela
est clair : il y a tout un chemin (
Weg) a parcourir, en chacun, afin
de dépasser l'idée et le fonctionnement cathartique pour que le
processus psychanalytique soit ainsi conquis. C'est ce que n'a pas saisi
Havelock Ellis.
La voie est celle du rapport interne à
l'
Einfall, voie qu'il ne cessa d'indiquer avec insistance à ses
correspondants et disciples, soit au fil de citations comme celle de
Cromwell : "un homme ne monte jamais aussi haut que lorsqu'il ne sait pas
où il va"
[15], soit
d'exclamations comme : "si seulement je le savais ! Je dois m'en
remettre à mon ics"
[16]. Soit
s'en remettre au seul déterminisme psychique...
Indications
réitérées à propos de la tentation ou du danger de
l'effort théorique. Le fonctionnement psychanalytique n'est pas du
côté de l'effort intellectuel ni des systèmes, d'une emprise
sur l'objet, mais bien à l'inverse l'emprise de l'objet inconscient sur
le sujet, sur le mode de l'écoute flottante propice à la
réception de l'
Einfall :
"j'estime que l'on ne doit pas faire de théories - elles doivent
tomber à l'improviste dans notre maison, comme des hôtes qu'on
n'avait pas invités, alors qu'on est occupé à l'examen de
détails."
[17]
Que ces hôtes portent en eux, transfèrent quelques
cryptomnésies est inévitable ; d'où la conclusion de
Freud sur ce sujet :
"...part de cryptomnésie qu'en de si nombreux cas, il est permis de
présumer derrière une apparente originalité."
La
question de la cryptomnésie sera reprise plusieurs fois, et l'on pourrait
lire en ce sens la "Note sur le bloc-notes magique" de 1924, ou encore au sujet
d'Empédocle d'Agrigente et de l'Einfall, "Analyse avec fin et
analyse sans fin" de 1938, de façon plus nette :
" Je sacrifie volontiers à cette confirmation le prestige de
l'originalité, d'autant plus que, vu l'ampleur de mes lectures de
jeunesse, je ne puis jamais savoir avec certitude si ma prétendue
invention n'a pas été une production de la cryptomnésie."
Et "...personne ne peut prévoir sous quel habillage le noyau de
vérité contenu dans la doctrine d'Empédocle" [ou celle de
Freud] "se présentera à des vues ultérieures".
[18]L'accueil
de cet hôte éveillant ou véhiculant quelques
dépôts en soi, peut convoquer parfois l'accusation d'emprunt ou de
plagiat. Que Freud réagisse si fort à Havelock Ellis tient au fait
qu'il ne s'agit pas d'une affaire d'emprunt, et encore moins littéraire,
mais bien plutôt de la règle fondamentale même (qui vise
donc, non pas une création, mais l'expression du déterminisme
psychique, et sa reconnaissance : perception puis conscience), la sienne et
donc celle de la psychanalyse, la seule qui permette l'accueil et la saisie ou
reconnaissance des processus inconscients qui nous gouvernent. Aussi Ellis
fait-il de la résistance, d'autant que celui-ci fait porter la question
sur un objet externe (emprunt d'une technique) et non sur le processus
même : car avec l'emprunt d'un objet, c'est-à-dire d'un
contenu, quelque chose est clos ou fait symptôme.
L'
Einfall
est un temps de surgissement, épiphanique, l'hôte étranger
que l'on n'attendait pas ; cet étranger tombe sur le moi comme
l'ombre de l'objet dans la mélancolie. C'est un effet de l'instant, non
reproductible, hors emprise, qui pulvérise les constructions (il est
remarquable que cette qualité du
hic et nunc définissant
l'
Einfall soit aussi celle du transfert comme du
Witz). Accueilli
sur le mode de l'
Unheimliche, du trouble de mémoire ou du
"déjà vu", repoussé comme idée obsédante ou
phobogène ou "déjà raconté", il suscite de la part
du moi un travail de liaison, celui des associations libres. Ou à
l'inverse, le déploiement des associations déliant peu à
peu la garde peut amener l
'Einfall. Il devient donc, dans le champ de la
psychanalyse, une exigence, celle que formule la règle
fondamentale : énoncé et acte d'ouverture de la cure, ouvrant
à l'imprévu du déterminant psychique, entre autres
choses.
La règle fondamentale prescrit l'
Einfall
[19], soit
l'attente du surgissement
hic et nunc de l'idée hors toute
censure, tel le
Witz. Elle ouvre à l'imprévu par
transgression du déterminisme externe et du déterminisme
inconscient en créant un nouveau déterminisme. Et la contrainte
à lier/associer pour le moi face au danger de
l'Einfall. Son
énoncé met le sujet face à une page blanche, un
écran, c'est-à-dire d'emblée face à la
censure : ainsi l'analyse devra en passer d'abord par l'analyse des
résistances.
Einfall n'est surtout pas associations libres,
celles-ci en sont la suite élaborative et/ou défensive. Et ce
n'est pas une loi surmoïque mais une règle telle que le jeu la
pratique naturellement. Mais son énonciation (et non annonciation)
implique transfert et assujettissement, soit la névrose de
transfert : car cette règle impossible dévoile les conflits
internes (Schiller), l'obstacle (le noyau de la résistance), c'est un
acte d'autorité dont l'effet révèle qu'il y a du
caché en s'opposant d'emblée au refoulement, à la censure,
au surmoi.
Avec l'
Einfall comme règle fondamentale, c'est
sans cesse et sans fin que l'hôte non désiré s'impose
lorsque la garde est levée, chaque
Einfall "inachevant" la
précédente (toute réponse se mue en nouvelle question),
suscite de nouvelles associations. Avantage de la méthode, certes, mais
surtout garantie pour l'analyse que l'on retrouve avec la règle
fondamentale, dont une des caractéristiques est essentielle en ce sens
pour Freud :
"Un autre avantage de la méthode est qu'elle ne peut à vrai
dire jamais aboutir à une impasse. Il doit être toujours en
théorie possible d'avoir une idée, si l'on renonce à toute
exigence quant à la qualité de celle-ci."
[20]Ceci
éclaire l'occurrence et la nécessité, dans le texte
freudien, des phrases qui remettent à plus tard un développement,
une suite (qui n'eut jamais lieu dans certains cas) et n'eut pour fonction que
de laisser ouvert un espace pour la pensée et ses rebonds. On pourrait
illustrer cela avec le cavalier
Itzig
[21] :
"mon travail m'a été entièrement dicté par
l'ics suivant la célèbre phrase d'Itzig, le cavalier du
dimanche : "Où vas-tu donc, Itzig ?" - "Moi, je n'en sais rien.
Interroge mon cheval ! "Au début d'un chapitre, j'ignorais toujours
à quoi j'allais aboutir."
[22]Ce
type d'indication de Freud, quant à sa méthode, est
omniprésent dans ses écrits, dévoilant ainsi quelque
insistance à transmettre le psychanalytique en son essence ; autre
exemple :
"Je ne me fais pas illusion sur mon art d'exposition, au point d'attribuer
un charme particulier à chacun de ses défauts (...) Il y a dans la
matière même qu'on traite quelque chose qui vous commande et vous
détourne de vos intentions premières. Même un travail aussi
insignifiant que la disposition des matériaux ne dépend pas
toujours et entièrement de la volonté de l'auteur : elle
s'opère toute seule, et c'est seulement après-coup qu'on peut se
demander pourquoi les matériaux se trouvent dispersés dans tel
ordre plutôt que dans un autre."
[23]Si
le cheval fait retour, plus tard, comme métaphore du ça et le
cavalier comme celle du moi
[24], la
référence à
Itzig convoque par assonance
Witzig (plein d'esprit, spirituel) ; en effet, en 1905 on retrouve
Itzig dans le travail de Freud sur le
Witz, lequel s'inscrit dans
la suite élaborative de l'
Einfall. Le
Witz a le
caractère de l'idée qui vient, qui surprend, ici et maintenant
[25], non sans
quelque effet cathartique.
Sans doute ici doit-on relever la
présence de Novalis, théoricien du fragment mais aussi, ou bien
donc, du
Witz :
"Le Witz est créateur, il fabrique des
ressemblances."
Des ressemblances, peut-être au sens d'Aristote,
c'est-à-dire des métaphores. Ainsi le Witz est l'essence du
fragment (voir Scheirmaier) et produit, selon Novalis, soit une
sociabilité absolue, soit une génialité fragmentaire :
dès lors,
"Le dialogue (
Gespräch) authentique est un pur jeu de
mots" ; "c'est que le bavardage à bâtons rompus et son
laisser-aller si dédaigné sont justement le côté
infiniment sérieux de la langue."
[26]Présence
aussi de Kleist, au sujet duquel Lou Andreas-Salomé écrivait
à Freud, le 3- III - 1934 :
"je sais maintenant à quel point Kleist était proche de
notre, de votre cause."
[27]En
quoi ? Certainement, entre autre, qu'un court texte, "De
l'élaboration progressive des pensées dans le
discours"
[28],
a pu jouer de quelque influence, car on y relève, par exemple, que :
"
l'idée vient en parlant", car "ce n'est pas
nous qui
savons, c'est avant tout une certaine
disposition de notre être qui
sait." Cette dimension infiniment sérieuse et sa
prédétermination, qu'indiquent Novalis et Kleist, ne se
dévoile qu'en un laisser-aller de la parole, à bâtons rompus
(les bâtons de la censure) comme les Romantiques allemands l'ont
défini. Et Kleist de remarquer, un peu plus loin :
"- il est si difficile d'agir sur l'âme et de lui arracher une voix
qui lui soit singulière, elle se désaccorde si vite sous des mains
malhabiles, que même le plus exercé des praticiens de la nature
humaine, le plus magistralement doué dans l'art d'accoucher les
pensées, pour reprendre l'expression de Kant, là encore risque de
se tromper parce qu'il connaît trop peu son parturiant."
Sans doute
Freud a-t-il médité sur ce passage, en tout cas quant à
l'hypnose ?
La cryptomnésie est-elle une trace transférentielle, un trait
identificatoire ? Toujours est-il qu'il y a dans cette affaire un intermédiaire,
un tiers : Dubowitz ou Rank le furent quant à l'Einfall de
façon révélatrice en levant la cryptomnésie de Freud
quant à l'Einfall, tandis que Breuer eut la fonction d'écran
dans le cas du second élément préhistorique, c'est-à-dire
la Katharsis. La cryptomnésie semble ici avoir été
maintenue.
La Katharsis en 1925
La
Katharsis est l'autre élément qu'en 1925 Freud qualifie
de "préhistorique"
[29] et
dont la cryptomnésie n'est pas levée, puisqu'il en attribue l'origine
à Joseph Breuer
[30]. Mais
un "J. B." peut en cacher un autre, et ici, il s'agit de Jacob Bernays, dont
le prénom comme le nom lui sont évidement très proches.
Cet oncle de Martha Freud fut un célèbre philologue (1824-1881)
dont Freud ne dit quasiment mot, sinon en une lettre à Jung
[31]
quant à la dot de sa femme qui lui vint de cet oncle et permis sa subsistance
lors de l'installation de son cabinet, et une autre lettre à Arnold Zweig
[32] accompagnant l'envoi d'un recueil
de textes (
Ein lebensbild in Briefen) de cet homme qu'il qualifie de
remarquable.
En quoi ? Jacob Bernays
fut connu pour la publication, en 1857, d'un texte sur la
Katharsis
[33]
où il reprenait les définitions d'Aristote pour en opérer
le transfert du terme médical de "purgation " vers la tragédie
comme "purification" (soit les deux sens du terme de
Katharsis) :
"la tragédie est une imitation, faite par des personnes en action" [
et l'on peut entendre là une des définitions ultérieure de
l'acting, transfert en acte comme répétition en séance] "et
non par le moyen d'une narration, et qui par l'entremise de la pitié et
de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre."
[34].
Bernays
opère ainsi un retournement qui réimporte l'effet de la
tragédie vers le médical, amenant ainsi la notion de
purgation/purification des émotions dans le champ médical.
Dès lors, la
Katharsis est pour lui la désignation,
" transférée du corps au domaine psychique, du traitement
d'un sujet entravé, qui au lieu de tenter de transformer ou repousser
l'élément entravant, cherche à l'exciter et à le
faire apparaître pour produire un soulagement".
C'est un principe
ancien, toujours actif : nommer, narrer, faire parler le mal, ou le malin,
pour l'éliminer ; et son envers de quête de mots, de
représentations à cette fin. C'est peut-être une des
fonctions de la tragédie dans la cité que de donner des mots
"purgatifs" en puissance, ou des scènes, au spectateur. Ainsi n'y
aurait-il pas à s'étonner de la plasticité, de la
théâtralité comme de la temporalité des
symptômes hystériques. Cela est remarquable et marqué sous
la plume de Breuer
[35] quant
à Anna O. :
"Elle ne raconte plus de charmants petits contes d'Andersen mais revit
[
sie durchlebend] et tragédie [
tragierte] des
hallucinations morbides", et ainsi, "Les souvenirs traumatiques peuvent
être purgés-narrés [
wegerzälht]"
Si
l'hypnose induisait cet effet de purgation, son échec pouvait tenir en ce
que, entre autre, faisait défaut une dimension importante, celle de la
scénarisation
hic et nunc telle que le transfert peut
l'opérer. Quoi qu'il en soit pour l'instant, la
Katharsis
définit une des fonctions de la scène sous la forme d'une
effectivité
[36] de
l'
Einfall (comme
Darstellung) que la tragédie produit sur
le spectateur. Et l'on sait le goût comme l'importance qu'ont eu pour
Freud les tragédies et leurs figurations, de ce qu'elles pouvaient
présenter (Oedipe-Roi, Hamlet ou Faust) et que, par l'élaboration
de Freud, elles re-présentent désormais pour nous, psychanalystes.
Or, bien plus tard, la méthode cathartique qu'aurait inventé
Breuer avait pour visée de :
"canaliser le quantum d'affect utilisé à entretenir le
symptôme, coincé sur des fausses-routes, vers des voies
d'abréaction."
[37]Nous
pouvons faire l'hypothèse d'une cryptomnésie en Freud,
hypothèse dont le seul intérêt réside en cette
fonction de scène et son effectivité, fonction du
"théâtre privé" ou "d'autre scène", ce lieu du
cabinet, la "cuisine de la sorcière", où ce qui vient comme
Einfall a un effet cathartique, voire d'auto-analyse. L'acte
d'écrire est cathartique, telle une épiphanie
[38], en ce
qu'il maintient une scène ouverte pour la réception des processus
psychiques inconscients (au sens de mise en scène, en forme, en jeu, de
présentation,
Darstellung, par opposition à la
Vorstellung qui est re-présentation, par exemple dramatique,
théâtrale). C'est ce temps épiphanique qui est prescrit par
Schiller puis Börne sur le mode de l'
Einfall.
Puis cette
scène pour le surgissement dans l'écriture sera
transférée à la parole et son écoute, vers 1895,
acte opérant ainsi le passage de la préhistoire vers l'histoire de
la psychanalyse, d'une "crypto-méthode" vers la méthode
psychanalytique.
Mais il y a peut-être une autre dimension de la
cryptomnésie, en ce que, si l'on suit la thèse par exemple de
Michel de Certeau
[39], Freud
aurait "emprunté" les modèles de la tragédie et de la
rhétorique, tels que répertoriés par
Aristote
[40] ;
ainsi les modèles de l'écriture du cas proviendraient de ce champ
et réinscrits, transformés par leur inscription dans un champ
historique (
voir le chapitre sur la perlaboration). Ce qui serait une
autre cryptomnésie liée à Jacob Bernays.
Nous
pensons que l'alliance de ces deux éléments
"préhistoriques",
Einfall et
Katharsis, d'une part
révèle ce qui définit l'exigence en Freud, et d'autre part
fonde la méthode de Freud, et donc progressivement les bases de la
technique psychanalytique. Exigence en Freud, bien avant qu'elle ne se
transmette comme exigence, doctrinale, de Freud ; à ce sujet, dans
"Traduire Freud"
[41], il est
noté l'usage assez systématique du terme chez Freud :
Anspruch (revendication) est ce qui vient de l'intérieur, par
exemple comme
Triebanspruch (revendication pulsionnelle), et comme
déterminisme psychique, qui fait
Einfall, en opposition à
Forderung, exigence de
l'extérieur
[42]
comme
Realforderung, exigence du réel
. (Nous retrouverons
cela plus loin, en 1925.) Exigence en Freud que nous entendons au sens de Jean
Laplanche :
"l'exigence, c'est quelque chose qui est dicté par l'objet : ni
par l'homme Freud, ni non plus par la logique (...) c'est l'objet ics qui
oriente l'évolution même de la pensée."
[43]
Cette exigence de travail et d'être, Freud ne cessa de
l'élaborer et d'en témoigner en plusieurs temps de son œuvre,
avec une certaine insistance, dès qu'il comprit que c'est l'objet de sa
recherche qui le mène : cherchant à saisir l'inconscient,
c'est ce dernier qui le saisit. Mais où cela mène
Itzig, au
début des années 1900 ? Disons à une première
formulation de ce autour de quoi graviteraient les processus psychiques
inconscients : des contenus représentatifs tels que la
différence des sexes, ou bien l'origine des enfants, en tant que contenus
de pensées représentant une exigence interne.
En effet, dans
cette période 1900-1905, Freud écrit la
Traumdeutung, les
Trois essais sur la théorie sexuelle, et travaille sur le
Witz : ce qui, à première vue semble disparate. Si le
rêve et le
Witz sont du côté de l'étude de ce
qui véhicule le surgissement des processus psychiques, ce qui fait
Einfall, les
Trois essais concluent une autre ligne, celle du
surgissement du sexuel. Or ces deux axes vont se réunir dans les textes
de 1905 à 1910, période où les questions de l'origine du
sexuel, de l'idée spontanée, du rêve, et de la
névrose, se retrouvent rassemblées, condensées, dans celle
de l'origine des enfants : période où la technique rejoint la
clinique dans la théorie.
[1] Freud S., lettre à G.
Groddeck du 17-IV-1921, in
Ça et moi, Paris, Gallimard 1977, p.
70-71.
[2]
Benjamin W., in Passages,
Œuvres, N. I,
1.
[3]
Freud S.,
Résultats, idées, problèmes, tome I,
Paris, PUF 1984, p. 255
sq.
[4]5
Magrit Dubowitz est une ex-patiente de Ferenczi que Freud a sur son divan ;
c'est d'elle, ou par elle transmettant une remarque de son mari, Hugo, en
analyse avec Ferenczi, que Freud redécouvre Börne.
Voir la
lettre du 9 - IV - 1919 à Ferenczi, in :
Correspondance Freud -
Ferenczi, Tome II, Calmann-Lévy, 1996, p. 381 : " Je sais
aussi par elle où Börne veut en venir dans l'article que vous
destinez à Imago. La chose me paraît extrêmement
plausible ; j'ai reçu très tôt Börne en cadeau,
peut-être pour mon 13
è anniversaire, l'ai lu avec grand
enthousiasme, et le souvenir de certains de ces petits articles m'est toujours
resté très présent. Pas les cryptomnésiques,
naturellement. Quand je les ai relus, j'ai été
étonné de constater
à quel point certaines choses qui
s'y trouvent recouvrent quasi textuellement des choses que j'ai toujours
soutenues et pensées. Il pourrait alors vraiment être la source de
mon originalité." (je souligne) Rapporté aussi par Mahony P.
J. in
Freud l'écrivain, Paris, Les Belles Lettres, 1990, p.
233 ; Jones E., in
La vie et l'œuvre de S. Freud, Tome I,
Paris, PUF 1958, p.
271-2.
[6]
Schiller, lettre du 1-XII-1788 à Körner, citée dans
L'interprétation des rêves, Paris, PUF 1971, p.
96
.[7]
Voir les quatre lettres de Freud de 1932 à 1937 à
André Breton in
OCF-P., tome XIX, PUF 1995, pp.
295-304.
[8]
Freud S. & Breuer J.,
Études sur l'hystérie, Paris, PUF
1971, p. 226 &
233 sq.
[9]
Ibid., p. 38 : "Ne bougez pas ! Ne dites rien ! Ne me
touchez pas !
"
[10]
Ibid., p. 21 sq. Anna - Bertha Pappenheim, dont le père se
prénommait Siegmund.
Voir Freeman Lucy,
L'histoire d'Anna
O., PUF
1977
.[11]
Freud différencie la chute de l'idée de celle dans la
névrose :
Verfall, en tant que
décomposition.
[12]
A ce sujet, ne peut-on pas lire ce texte comme illustration d'une
Einfall
visuelle?
Voir in Freud S.,
L'inquiétante
étrangeté, Gallimard 1985, pp. 209-263, en opposition à
l'
Einfall verbale telle que Freud la rapporte dans son travail sur le
rêve?
[13]
Einfall et associations libres ne sont surtout pas la même chose,
malgré certaines
traductions
.[14]
Freud S.,
Études sur l'hystérie, op. cit.., p. XII de
l'avant-propos à la seconde édition de
1908.
[15]
Rapporté par Sachs H. in
Freud, mon maître et ami, Paris,
Denoël 1977, p. 63, et Blanton S.,
Journal de mon analyse avec
Freud, PUF, 1973, p. 28. Ce témoignage, avec toutes les
réserves d'usage, est intéressant en ce qu'il est riche des
incessants rappels de Freud quant à la règle de l'
Einfall
et ses résistances;
voir pour exemple, les pp. 24-5, 31, 54-5,
58-9, 72, 82,
116.
[16]
Cité par Jones E., in
La vie et l'œuvre de S. Freud,
op.cit.
[17]
Freud S., lettre de 1915 à Ferenczi citée dans
Vue d'ensemble
sur les névroses de transfert, Paris, Gallimard 1986, p.
113.
[18]
Freud S., in
Résultats, idées, problèmes, tome II,
Paris, PUF 1985, p.
260.
[19]
Voir Freud S., "Le début du traitement", in
La technique
psychanalytique, PUF 1972, p. 94
sq.
[20]
Freud S., in
S. Freud présenté par lui-même, Paris,
Gallimard 1984, p.
70.
[21]
Itzig est le nom qui désigne familièrement le Juif en
allemand,
der Itzig, déformation de l'hébreu
Yizhaq.
[22]
Freud S., lettre à Fliess du 7-VII-1898, in
La naissance de la
psychanalyse, Paris, PUF 1969, p.
229.
[23]
Freud S.,
Introduction à la psychanalyse, Petite
Bibliothèque Payot n°.6, p.
357.
[24]
Voir Nouvelles conférences d'introduction à la
psychanalyse, Gallimard 1984, p.
106.
[25]
A ce sujet,
itzt est la forme archaïque de
jetzt, maintenant.
Quand au rapport du
Witz avec le
Wit shakespearien,
voir
Starobinsky J., p. XXXIII de sa préface à
Hamlet et
Œdipe de Jones E., coll. Tel, Gallimard
1989.
[26]
Voir Novalis:
"Les grains de pollen", Monologue vol 2 p. 86, et
"Hymnes à la nuit", Aubier
1983.
[27]
Freud - Salomé,
Correspondance, Gallimard 1970, p.
249.
[28]
Kleist H. von, Éditions Séquences, 1991, pp.42, 56,
57.
[29]
Voir S. Freud présenté par lui-même,
op.cit., p. 93, et
Introduction à la psychanalyse, pp.
261-62. Freud utilisera cette méthode à partir de 1889.
[30]
Voir Mikkel Borch-Jacobsen,
Souvenirs d'Anna O., Aubier 1995, pp.
61-66.
[31]
Freud S., lettre du 9-II-1909, in
Correspondance Freud-Jung, tome I,
Paris, Gallimard
1975.
[32]
Freud S., lettre du 27-XI-1932, in
Correspondance Freud - A. Zweig,
Paris, Gallimard
1973.
[33]
Cité par Bollack J., "Le fils de l'homme" in
L'écrit du
temps n°12, 1986, Paris, Éditions de Minuit, p. 7. En 1880, J.
Bernays publie
Théorie des Drama, chez W. Hertz, Berlin, où
il a tenté de reconstituer la partie perdue de la
Poétique
d'Aristote.
[34]
Aristote, voir le Livre VIII, 7, de
Politique ou le chapitre VI de la
Poétique.
[35]
Voir Hirschmüller A.,
Jacob Breuer, PUF 1991, et
Études sur l'hystérie, op. cit., pp. 19 et
25-26.
[36]
Soit le sens premier de
Wirklichkeit, la
réalité.
[37]
S. Freud présenté par lui-même,
op.cit., p.
38.
[38]
Épiphanie et apophanie marquent les temps d'apparition et de disparition
du dieu invisible car toujours masqué, Dionysos ; et sa survenue
produit un temps de panique, de
mania, de désorganisation de
l'ordre par exemple social, rationnel. C'est l'incident, ce qui qualifie toutes
les formations de l'inconscient lorsqu'elles font
retour.
[39]
Certeau M. de,
Histoire et psychanalyse, entre science et fiction,
Gallimard 1987, p. 125
sq.
[40]
Aristote,
voir Poétique II, B, 1449 b - 1458 a, pour la
tragédie, et
Rhétorique II, 1450 a-
1453.
[41]
Traduire Freud, Paris, PUF 1989, p.
104.
[42]
Terme que Lacan traduira par "demande";
voir son séminaire sur
Les formations de
l'inconscient.[43]
Laplanche J.,
Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez
Freud, Paris, Les empêcheurs de tourner en rond, 1993, p.
7.