Joël Bernat
Présentation de Ruth Mack Brunswick (1897-1946)

Le nom de Ruth Marck Brunswick nous paraît
familier pour peu que l'on ait quelques lectures des premiers temps de
l'histoire de la psychanalyse, bien plus familier encore pour qui
s'intéresse à l' « Homme aux
Loups », c'est-à-dire Sergueï Pankeïev,
célèbre patient de Freud. En effet, à suivre cette
histoire, on ne peut que rencontrer Ruth Marck Brunswick.
Et cela
s'arrête le plus souvent là.
Mais vaut-il la peine pour
autant de s'attarder à cette psychanalyste américaine ?
Et bien, nous allons soutenir que tel est le cas. Pas tant pour se nourrir un
peu plus d'Histoire ou même d'histoires, mais bel et bien
parce que nous avons quelque chose à apprendre tant sur le plan des
apports théoriques que sur celui de la pratique de la cure, notamment
avec des patients psychotiques.
Pourtant, les textes de Ruth Marck
Brunswick sont rares : huit en tout et pour tout, couvrant une
période de vingt-quatre années de pratique dont dix-sept à
Vienne. De ces textes, l'un est donc bien connu puisqu'il relate le
premier épisode de la seconde cure de l'« Homme aux
Loups ». Un second l'est un peu moins, où, la
première, elle introduit la notion de « phase
préœdipienne ». D'autres textes restaient
inédits en français, que nous présentons dans ces
pages.
* * *
Une brève
histoire
Il est peu question, dans les quelques notes biographiques que
l'on trouve sur Ruth, de sa famille, et souvent les informations restent
contradictoires et les témoignages rapportés sans sources
citées. Ce qui en fait un personnage quelque peu
effacé.
[1]Ruth Mack naquit le 17
février 1897, à Chicago, seul enfant d'une famille
fortunée dont le père, Julian Mack était un
célèbre juge, membre du conseil à Harvard. Cet homme fut
aussi décrit comme juif philanthrope.
Elle fit ses études au
Radcliffe College, puis en 1918, refusée du fait de son sexe à
l'Université de médecine de Harvard, elle étudia
médecine et psychiatrie à la Tuft's Medical School dont elle
sortit diplômée en 1922.
C'est aussi
l'année où elle épouse un cardiologue, Hermann
Blumgart, un cousin germain de la mère de Ruth. Blumgart fut, à
l'École de médecine de Harvard, un élève
d'E. B. Holt, le premier à donner un cours sur Freud et à
rédiger un manuel de psychanalyse. Quant au frère d'Hermann,
Leonard, il était analyste à New York après avoir avait
fait une analyse avec Freud peu avant la fin de la Première Guerre
mondiale. Et c'est donc par son entremise que Ruth va rencontrer Freud.
Pour ce faire, elle quitte son mari et son pays, pour, à vingt-cinq ans,
aller vers Vienne, Freud et la psychanalyse, et une cure qui durera
jusqu'à son retour aux USA, en 1938. Selon Roazen, Ruth
était une américaine élégante et cultivée,
charmante et intelligente, et dotée d'un courage moral qui plaisait
à Freud.
Comme son séjour se prolongeait, Hermann Blumgart
traversa l'Atlantique dans le but de ramener sa femme : il rencontra Freud
afin de sauver son mariage, mais en vain. Démarche qui indique la place
de Freud pour Ruth ! Ainsi retourna-t-il seul en Amérique.
En
1925, Ruth commence à pratiquer la psychanalyse.
C'est alors
qu'arrive un jeune cousin de Blumgart, Mark Brunswick, qui était
amoureux de Ruth depuis que, à vingt ans, il avait assisté
à son mariage, trois ans auparavant. Notons que la mère de Mark
épousera le juge Mack, devenu veuf, dans leurs dernières
années de vie.
Mais Mark souffrant de troubles névrotiques,
Ruth s'arrangea pour qu'il fasse une analyse avec Freud.
C'était visiblement une condition pour un mariage avec Ruth. Freud
discutait du cas de Mark avec Ruth, ce qu'il reconnut être une erreur par
la suite. Au bout de trois ans d'analyse, il put enfin épouser
Ruth, en mars 1928.
Ce fut un grand mariage à l'Hôtel
de Ville, avec beaucoup d'analystes, et Freud - alors même qu'il
était l'analyste des deux époux – fut l'un des
témoins, l'autre étant Oscar Rie, vieil ami et
pédiatre des petits-enfants de Freud et, plus tard, de la fille de Ruth
et de Mark, mais aussi le père de Marianne Kris, la meilleure amie de
Ruth. Les documents du mariage avaient été rédigés
par Martin, fils de Freud, qui était juriste. Il y avait aussi le
frère de Mark, David (qui était aussi en analyse chez Freud), et
sa plus jeune sœur (qui, elle, était en analyse chez Hermann
Nunberg).
A la même période, nous trouvons à Vienne le
frère de Mark, David Brunswick, qui avait entendu parler de
l'analyse par Léonard Blumgart, frère du premier mari de
Ruth. Il fera une analyse, lui aussi avec Freud, de 1927 à 1930, puis
pratiquera à Los Angeles). Cela fait que Freud a, en même temps sur
son divan, Ruth, David et Mark Brunswick...
Ruth Mack fut adoptée
par Freud
[2],
qui la combla d'idées et de patients, et contrairement à
d'autres, elle ne fut jamais en opposition. C'est donc à
cette époque qu'elle reçut en analyse l'
« Homme aux Loups » d'octobre 1926 à
février 1927 (analyse qui reprendra, de façon intermittente, de
1929 à 1938) ; et Robert Fließ, le fils de Wilhelm
Fließ, Karl Menninger, Max Schur et sa femme, l'actrice Myrna Loy
(star d'Hollywood de l'entre-deux guerres), ainsi que de nombreux
patients hollandais ; et puis Muriel Gardiner pour une première
tranche d'analyse en 1926, autre américaine de vingt-cinq ans,
venue en même temps faire ses études de médecine à
Vienne.
Ruth faisait partie des intimes de Freud, prenait des repas chez
lui et le rejoignait en vacances. Elle était, dit-on, à la fois
aimée et jalousée comme une rivale par la fille de Freud, Anna.
Dans sa biographie de Freud, Jones ne mentionne à aucun moment la
position de cette analyste, bien qu'elle fut l'une des femmes à
recevoir de Freud le fameux anneau. En effet, sous l'influence de Jones,
on oublie que Freud a donné cet anneau, non seulement aux hommes du
comité secret, mais aussi à des femmes, et Jones ne cite que :
Marie Bonaparte, Lou Andréas-Salomé, Anna Freud et Katherine
Jones. Il faut donc ajouter Ruth Mack Brunswick, ainsi que Dorothy Tiffany
Burlingham, Gisela Ferenczi, Jeanne Lampl-de-Groot, Edith Jackson, Henry Freud,
et Eva Rosenfeld
Freud admirait son intérêt pour les
psychotiques, et, devenue membre de la Société Psychanalytique de
Vienne en 1928, elle dirigea un séminaire sur les psychoses, ce qui
n'était pas au programme de l'Institut, mais plutôt un
séminaire « de troisième cycle » ; Marie Bonaparte,
la grande amie, et Paul Federn, entre autres, assistaient à ces
séances dans sa maison de Vienne.
En 1929, le couple quitta Vienne
pour les États-Unis, où elle devint membre de l'Association
psychanalytique de New-York, et donna naissance à une petite fille, qui
reçut le prénom de Mathilda en souvenir de Mathilda Hollitscher,
la fille aînée de Freud, qui était aussi une amie proche
(Lorsque Paul Roazen rencontra Mathilda, alors âgée de soixante
deux ans, elle portait la bague que Freud offrit à sa mère). Mais
peu après, voici Ruth et Mark de retour à Vienne, où ils
resteront jusqu'à la guerre, et Paula relève que Ruth est
accueillie « très fraîchement » par
Anna.
Ruth trouve une place nouvelle, celle de médecin personnel de
Freud, et retrouve « sa famille » : par exemple, pour
ses trente-trois ans, Freud lui offrit un bracelet d'opale, et à
l'automne 1932, les Brunswick l'amènent en automobile chez
Anna et Dorothy Burlingham, à la campagne. De même, c'est
à Ruth que l'on doit le film sur les noces d'or des Freud, en
1936.
Freud avait donc auprès de lui deux médecins,
« deux
Leibärzte »
[3],
Ruth Mack Brunswick - toujours en analyse chez lui - et Max Schur, analysant de
Ruth. Tous deux accompagnèrent Freud pour une intervention chirurgicale
à la clinique Auersperg, en 1931. Ce fut Ruth qui, grâce à
l'influence de son père sur l'Université d'Harvard,
s'arrangea pour qu'un professeur de médecine mette au point une
prothèse pour la bouche de Freud. Marie Bonaparte et elle payèrent
la note élevée, ce que Freud finit par regretter, d'autant
que cette prothèse fut un échec.
Si Ruth fut, avec Max Schur,
le médecin personnel de Freud, elle fut aussi celui de Marie Bonaparte,
en même temps qu'une forte amitié liait ces deux femmes
fortunées. Elles voyagèrent ensemble, s'occupèrent de
Freud, et partagèrent des confidences. Marie Bonaparte rapporte
l'une d'elle dans son Journal à la date du 31.1.1926 :
« Ruth était "plus fière de son onanie que de ses dix
échelons de doctorat en médecine ! Elle se croit
indépendante de Mark, de Freud...". »
En tant que
médecin, elle accompagna Marie Bonaparte lors de ses opérations
sur le clitoris afin de le rapprocher de l'ouverture vaginale pour ainsi
guérir de sa frigidité, bien qu'étant en analyse chez
Freud. Celui-ci, paraît-il, hochait de la tête, mais Marie Bonaparte
insistait malgré les échecs. Les deux amies se rendirent ainsi
chez le docteur Halban pour la première intervention en 1927, puis de
nouveau le 14.05.1930 à l'hôpital américain de Neuilly
avec Schur, pour une nouvelle intervention à laquelle Halban ajouta une
hystérectomie pour éliminer une salpingite chronique...
En
1932, elle devient collaboratrice du
Psychoanalytic Quarterly. Deux ans
plus tard, Mark Brunswick tomba amoureux d'une jeune fille et fit de nouveau
appel à Freud ; certains pensent que le patient auquel se
réfère Freud, pour l'article de 1938, « Le clivage
du moi dans les processus de défense », est bien Mark. Celui-ci
divorça de Ruth en 1937, mais six mois plus tard, ils se
remarièrent, pour re-divorcer peu avant la mort de Ruth.
C'est
à partir de 1933 que la santé de Ruth se dégrada. Des
insomnies l' « obligèrent » à prendre
des somnifères, elle souffrait également de névrite et de
violentes douleurs causées, pensait-elle, par la vésicule
biliaire, qui l' « obligèrent » à
prendre des sédatifs, essentiellement de la morphine. Elle en devint
progressivement dépendante. Sur l'indication de Freud, alors
qu'elle était toujours en analyse avec lui, elle se fit hospitaliser afin
de vaincre sa toxicomanie, mais en vain.
Alors, elle fit faire une
intervention chirurgicale en juillet 1933, opération de col de
l'utérus d'une tumeur finalement non maligne, intervention
donc sans succès là aussi, car sa vésicule n'était
pas atteinte (elle recommencera en avril 35 avec le même résultat).
Max Schur, son médecin, pensait qu'elle n'avait pas de calculs biliaires.
Les médecins se succédaient et, dans le milieu des analystes, on
parlait d'hypocondrie, d'attachement prégénital non
surmonté, de caractère préœdipien... de tendance
à « somatiser » ses problèmes affectifs, etc.
Soit le renvoi cruel de la théorie à son auteur par les
frères et sœurs...
Sa santé déclinait, elle
s'accrochait à Mark, à ses amis, mais on commençait
à se détourner d'elle et se décourager. Certains la
décrivent comme une personne « accaparante et
collante », d'autres avancent qu'elle ne semblait pas
avoir une personnalité démesurément perturbée ou
pathologique. Elle pratiqua néanmoins l'analyse avec le même
talent jusqu'à sa mort, toujours considérée comme une
psychanalyste de pointe.
Mais, quand même, en 1937, elle est malade,
intoxiquée et malheureuse dans sa vie de couple. C'est
l'année suivante, en 1938, que les événements les
plus difficiles se déroulèrent : quitter Vienne, se
séparer de Freud et de ses amis, de tout ce que cette ville pouvait
représenter pour elle. D'abord, la guerre menaçait, Ruth et
Mark, comme beaucoup d'autres, suppliaient Freud de quitter
l'Autriche. Paula rapporte que de 1933 à 1938, Ruth faisait des
propositions d'immigration aux Freud :
« C'était surtout Mrs. Brunswick qui revenait sans cesse
à la charge pendant le dîner, mais Monsieur le Professeur disait
seulement : "Je suis déjà presque mort." Ce faisant, il
souriait toujours. »
Mais il y avait aussi d'autres tristes
nouvelles : le père de Ruth, âgé (et remarié
à la mère de Mark) réclamait sa fille car il perdait la vue
et la mémoire. Mark, revenu auprès de son beau-père,
téléphonait fréquemment d'outre-Atlantique les
nouvelles ; la mère de Mark était restée, elle,
à Vienne avec sa belle-fille, Ruth et sa petite-fille Mathilda :
Ruth n'avait pas accompagné Freud à Londres.
Elle fut
donc contrainte de revenir à New-York, où elle rejoignit la
New
York Psychoanalytic Society ; elle y donna des cours sur la technique
psychanalytique et l'analyse des rêves tout en poursuivant sa
pratique privée malgré une santé déclinante. Cette
année là, elle rompt avec le
Psychoanalytic Quarterly,
qu'elle rejoindra de nouveau en 1944.
Elle vint voir Freud à
Londres en 1938 avec Marie Bonaparte, rencontre dont il nous reste le film
qu'elle fit, dans le jardin de Maresfield. Elle souhaita revenir
l'année suivante, mais Freud ne voulait pas, lui reprochant le
désir, selon lui, « éternellement
féminin », de voir son père mourir. Au cours de ce mois
d'août 38, à Londres, elle revit Pankeïv pendant dix
jours pour quelques séances.
De retour à New-York, elle eut
de terribles douleurs aux yeux et finit par perdre un œil, contractant
aussi une pneumonie, s'auto-prescrivant des stupéfiants,
malgré la présence de Max Schur, son médecin personnel. Sa
mère mourut en 1940, puis, peu après, son père. Les
rapports avec Mark étaient toujours aussi complexes, d'autant
qu'elle luttait contre l'alcoolisme de Mark. Il était sans
doute le dernier soutien qu'il lui restait après toutes ces pertes.
Ainsi, au début de l'an 1945, tout va mal : Ruth est
malade, aveugle d'un œil, et son couple a sombré de nouveau.
« Tout ce qu'elle adorait semblait s'être écroulé,
alors elle s'écroula à son tour » dira Mark plus tard
à Marie Bonaparte, à Paris, pour lui parler du problème de
Ruth, avant de la quitter une nouvelle et dernière fois. Paula, de
passage, note ceci dans son carnet : « À deux heures chez
le Docteur Brunswick, qui habite une demeure terriblement sale »,
Altar Avenue.
Alors, Ruth s'adressa à Hermann Nunberg pour une
nouvelle analyse.
Le 23 janvier 1946, elle organisa une réunion pour
sa grande amie Marie Bonaparte afin de lui faire rencontrer ses collègues
américains. Un repas fut donné au chevet de Ruth qui ne pouvait
pas se lever. Le lendemain, elle glissa dans la salle de bains et dans sa chute
se fit une fracture du crâne dont elle mourut. Elle avait quarante neuf
ans.
Roazen fit ce commentaire
« engagé » : « On ne peut pas,
à proprement parler, qualifier la mort de Ruth de suicide, mais on peut
dire qu'elle fut le résultat d'une semi-intention de
s'autodétruire. Quoique, au départ, les maladies aient
suscité en elle une propension à se droguer aux
médicaments, elle finit par consommer du parégorique, elle prenait
aussi des barbituriques, et sa santé était minée par des
années de consommation médicamenteuse. Elle n'avait aucune crise
et n'exhibait aucun autre symptôme d'intoxication, mais se trouvait sur
les listes du Bureau de la Brigade fédérale des
Stupéfiants. Puis elle contracta une pneumonie.
La mort de Ruth, fut
un grand choc pour tout le monde. Mark l'avait vue six heures plus tôt. La
cause officielle de sa mort était une « crise cardiaque induite par
la pneumonie », mais c'était un pieux mensonge. Elle était
morte d'un excès d'opiacés et d'une chute dans sa salle de bains
(se cognant la tête et se fracturant le crâne). Elle souffrait alors
d'une forte diarrhée, ce qui l'avait poussée à prendre de
la morphine, avant de tomber endormie sur le carrelage de la salle de bains. Il
est possible que, ce dernier soir, elle ait aussi pris trop de
somnifères, ce qui pourrait avoir provoqué sa chute ; ce fut
cette chute qui la tua. »
Les circonstances de la mort de Ruth
Mack Brunswick empêchèrent sans doute ses collègues de lui
rendre hommage : il n'y eut pas de notice nécrologique dans
l'
International Journal of Psychoanalysis. Seul, Hermann Nunberg,
l'analyste des dernières années a rédigé quelques
lignes dans l'
American
Quarterly[4].
* * *
Sigmund
Freud, 1931 : « Sur la sexualité
féminine » :
« Les personnes du sexe féminin, ayant un fort lien
à leur mère sur lesquelles j'ai pu étudier la phase
préœdipienne se sont accordées à dire qu'elles ont
offert une grande résistance aux lavements et aux injections intestinales
que leur mère entreprenait sur elles et qu'elles avaient coutume d'y
réagir par de l'angoisse et un cri de fureur. Cela peut bien être
un comportement très fréquent ou très régulier des
enfants.
Je dois à Ruth Mack Brunswick, qui s'est occupé de
ce problème en même temps que moi, d'avoir compris le fondement de
cette révolte particulièrement forte. Ruth Mack Brunswick
comparait ce cri de fureur après le Klysma à l'orgasme obtenu par
excitation génitale. Quant a l'angoisse elle devait être comprise
comme la transformation du plaisir d'agression stimulé par ces
injections. Je pense que tout ceci est conforme à la
réalité : au stade sadique-anal, la stimulation intense passive de
la zone intestinale provoque en réponse une explosion du plaisir
d'agression qui se manifeste directement comme colère ou bien, par suite
de sa répression, comme angoisse. Cette réaction semble cesser
dans les années ultérieures.
...
C'est la doctoresse
Ruth Mach Brunswick qui, la première, a décrit un cas de
névrose attribuable à une fixation préœdipienne, la
situation œdipienne n'ayant jamais pu s'instaurer. Il s'agissait d'une
paranoïa de jalousie à pronostic
favorable. »
Sigmund Freud, 1937 :
« Analyse avec fin et analyse sans fin » [au sujet de
l'Homme aux Loups]
« L'habileté d'une de mes élèves, Mme le Dr
Ruth Mack Brunswick, a mis à chaque fois un terme à ces
états, après un bref traitement; j'espère qu'elle relatera
bientôt elle-même ces expériences. Dans quelques-uns de ces
accès, il s'agissait encore et toujours des reliquats du transfert; ils
présentaient alors clairement, malgré toute leur fugacité,
un caractère paranoïaque. Mais dans d'autres, le matériel
pathogène consistait en fragments de son histoire infantile qui, dans
l'analyse avec moi, ne s'étaient pas révélés et se
détachaient après coup - on ne peut éviter cette
comparaison - comme des fils après une opération ou des fragments
osseux nécrosés. Je trouvais l'histoire de la guérison de
ce patient non moins intéressante que l'histoire de sa
maladie. »
Hermann Nunberg, 1946,
« In Memoriam » :
Dans l'éloge qu'il écrit à la mort de
Ruth, il rapporte qu'elle était riche de souvenirs de Freud, ce qui
était pour elle une source de joie, de courage et de stimulations pour
ses travaux. Et il conclut ce bref éloge par ces mots :
« Il n'était pas mort pour elle. Elle n'est pas
morte pour nous. »
Sergueï
Pankeïev, l' « Homme aux Loups »
C'est dans la salle d'attente qu'il rencontre Muriel
Gardiner, jeune américaine de 25 ans qui est, elle aussi, en analyse chez
Ruth ; il lui donne des cours de russe, ce que Ruth désirait aussi,
mais cela n'a jamais pu se faire. Pankeïev se souvient fort peu de
cette période. Il rapporte ceci : « J'ai toujours eu
l'impression qu'elle ne pouvait pas me sentir, et pourtant Mme
Gardiner m'a écrit après la guerre que Mme Mack avait
toujours parlé avec éloge de mon intuition, de ma
logique... » ... « Un jour, elle m'a dit : "Vous
me rappelez un artiste américain qui a beaucoup souffert." Il
s'appelait Brunswick et elle l'a
épousé. »
Jacques
Lacan, 1952 :
Selon des notes prises à son séminaire de 1952-1953 sur
l' « Homme aux Loups », voici ce qu'il aurait
pensé de la façon de travailler de Ruth Mack Brunswick :
« Si le génie de R. M. Brunswick fut grand, elle ne le
formule pas toujours bien. Si elle put faire quelque chose c'est dans la mesure
où, par position, elle coïncidait, avec le personnage de la
sœur [de Pankéïev]. Elle était objectivement entre Freud
et le malade, subjectivement, Freud vint toujours entre elle et le malade. Elle
réussit là où la sœur avait échoué. Le
père était trop proche du malade, la sœur aussi (elle avait
fait son identification au père) et elle est active dans leur relation et
d'une façon traumatique, trop proche, qui entraînait la même
panique de la passivation que devant le père. Elle est identifiée
au père par le malade. Au lieu de ça R.M. Brunswick sut à
la fois participer d'une certaine dureté propre au caractère
paternel, d'un autre côté, elle se soumet à la
réalité du sujet : il y a une sorte de retour à
l'école du sujet par ce que les Chinois appellent "la douceur
malléable de la femme". Elle sait lui montrer qu'elle n'est pas
adhérente à Freud, donc pas identifiée au père et
pas "trop forte". Le sujet est ré-enfanté par elle et, cette fois
de la bonne façon. »
Muriel Gardiner,
1981 :
De passage à Paris, elle répondit à quelques questions
pour la revue
L'Âne[5],
dont nous retiendrons ceci :
[...]
Question : Vous ne
faites pas le même diagnostic qu'elle [Ruth Mack Brunswick],
n'est-ce pas ?M. G. : En effet. Pour moi, ce
n'est pas une vraie psychose, ni une véritable paranoïa.
Certes, il a des traits paranoïaques, mais ses convictions pouvaient
s'amender. Or, à Vienne et aux États-Unis, le critère
de la paranoïa, c'est une conviction inébranlable. À
mes yeux, c'est un obsessionnel fortement hypocondriaque, avec, en partie,
une névrose hystérique.
Ruth Mack Brunswick est
d'ailleurs la seule analyste qui ait diagnostiqué une paranoïa
chez l'Homme aux loups.M. G. : Il m'a raconté
que lorqu'elle lui avait dit qu'il était paranoïaque, il
avait simplement répondu : « Il faut que je m'en
débarrasse. Je n'ai pas envie d'être appelé
paranoïaque. » Je sais qu'elle a discuté de son cas
avec Freud, bien qu'elle ait dit à l'Homme aux loups
qu'il n'en était rien. Sans doute a-t-elle nié pour
l'aider à se débarrasser de ce qu'elle
considérait comme sa mégalomanie.
[...]
Ruth Mack
Brunswick était trop directive pour vous...M. G. : Oui,
trop. À mon goût. Ma mère a gouverné ma vie tout le
temps où j'ai vécu à la maison ;
jusqu'à l'âge de seize ans. Ruth Mack Brunswick a
continué. Elle m'emmenait avec elle pendant ses vacances,
c'était très fréquent chez les analystes de
l'époque, Freud le faisait aussi. Le la suivais, mais j'ai
senti qu'elle se comportait comme une mère, et une fois j'ai
désobéi : je lui ai caché quelque chose. Cela ne
concernait pas, je le précise, mon activité politique, dont
j'ai toujours pu parler avec elle : je n'aurais jamais choisi
une analyste qui aurait eu la moindre sympathie pour les fascistes. J'ai
terriblement souffert de lui cacher quelque chose. À ma mère, oui,
je cachais des choses, sans mauvaise conscience, mais dans l'analyse, vous
êtes supposée dire tout ce que vous pensez, et je prenais cette
règle très au sérieux. Quelques semaines après,
j'ai décidé d'arrêter l'analyse.
C'est la seule fois où j'ai demandé une séance
supplémentaire. Je l'ai appelée au téléphone,
, elle m'a reçue, elle m'écoutait,
m'écoutait, j'étais dans un état affreux, puis
elle m'a dit : « Je me suis beaucoup trop mise à la
place de votre mère, je vous ai rendu les choses difficiles ».
Elle prenait, elle aussi, la responsabilité de ce que je
considérais comme mon péché essentiel. C'est
resté pour moi le modèle de l'interprétation,
correcte et courageuse.
[...]
* * *
Le fil d'une
œuvre
Deux périodes, 1928
& 1943, Vienne & New-York
En fait, sur huit textes publiés par Ruth, sept sont dus à la
période viennoise entre 28 et 30 : celui de 1940 est en fait la
rédaction ou la publication du travail fait avec Freud en 1930. Il ne vit
le jour que du fait de la mort de Freud. L'on pourrait dire que
l'essentiel fut produit dans cette période viennoise, en deux
années, c'est-à-dire avant les dégradations dues à
la maladie et aux échecs de la vie amoureuse.
Puis, un seul article
pour la période américaine, en 1943, soit treize années
plus tard.
Centralité de la
pratique clinique
La production peut se regrouper ainsi :
- deux textes cliniques importants : « L'analyse
d'un délire de jalousie », et la seconde analyse de
l'Homme aux Loups, tous deux abordant la question psychotique ;
- quatre petits textes qui consistent en précisions cliniques sur le
cas de l'Homme aux Loups, liées aux tranches d'analyse
successives avec Ruth ;
- et un texte de synthèse théorique, sur la base des deux cas
cliniques publiés : « La phase préœdipienne du
développement de la libido ».
Apparemment, deux
axes
A première vue, il ressort deux préoccupations principales
dans les écrits de Ruth :
- la cure, ou les cures, de l'Homme aux Loups ;
- la cure psychanalytique de la psychose, où elle fait des apports
essentiels et d'une certaine façon, premiers ; pour reprendre
une expression de Freud, ce serait un premier « regard par-dessus le
mur » de la psychose.
Mais les deux axes se rejoignent,
en fait, en un seul, et c'est bien la dimension du préœdipien
qui semble avoir été au travail, ou avoir travaillé Ruth
Mack Brunswick. Ce qui fait de son texte de synthèse, sur le
préœdipien, une sorte d'aboutissement des vingt-quatre
années de sa vie et de sa pratique analytique.
Mais il y a aussi des
thèmes qui reviennent dans chaque texte :
- la séduction féminine : il y a une omniprésence
des cas de séduction féminine infantile, essentiellement par une
sœur :
- l'onanisme a une place centrale dans les problématiques
présentées ;
- et chaque fois, sont relevées des rages, de brutales fureurs et
l'irruption foudroyante de la sensation sexuelle, etc :
« la rage comme équivalent anal de l'orgasme
génital » ; Freud : « Ruth Mack Brunswick
comparait ce cri de fureur après le Klysma à l'orgasme obtenu par
excitation génitale ».
Nous allons
maintenant, et brièvement, présenter ces textes.
* * *
Présentation
chronologique des écrits
1927 :
Un rêve d'un roman japonais du XIè
siècle
« A Dream from an Eleventh Century Japanese Novel »,
Int. J. Psa, VII, 1927.
« Ein Traum aus einem japanischen Roman des elften
Jahrhunderts »,
Imago, XIV, 1928.
Ce premier
article, peu avant l'admission de Ruth à la Société
psychanalytique de Vienne et à l'Association psychanalytique de
New-York, est fort bref. Il consiste en fait à souligner, à partir
d'un roman
japonais
[6],
combien les découvertes scientifiques de la psychanalyse rejoignent les
insights de certains poètes quant à la constitution psychique
polymorphe et sa conflictualité.
1928 :
En supplément à l' "Histoire d'une névrose infantile"
de Freud
« A supplement to Freud's "history of an infantile neurosis".
International Journal of Psycho-Analysis 1928, vol. 9, n° 4, pp.
439-476 ; in Fliess R. - The psycho-analytic reader. An anthology of
essential papers with critical introductions, Londres, Hogarth Press 1950,
pp. 65-105 ; in Gardiner M. (Ed.) - The Wolf-man and Sigmund Freud,
Freud, Anna (préf.) ; Strachey, Alix (trad.). Londres, Hogarth Press
1972, pp. 263-310
« Ein Nachtrag zu Freuds Geschichte einer "Infantilen
Neurose" », Int. Ztschr. F. Psa., XV, 1929. Leipzig, Vienne,
Zürich, Internationaler Psychoanalytischer Verlag 1929, 56
p.
« En supplément à l'"Histoire d'une névrose
infantile" de Freud », Revue Française de Psychanalyse
1936, vol. 9, n° 4, pp. 606-655. Revue Française de
Psychanalyse 1971, vol. 35, n° 1, pp. 5-46.
L'état du
patient s'aggravant, Freud l'adressa à Ruth Mack Brunswick pour un
traitement gratuit. Il souffrait alors d'un délire paranoïaque
centré sur l'intestin, puis sur le nez et les dents. Au bout de quelques
mois de cure l'état du patient s'améliora : la rechute
était le fait d'un reliquat de transfert envers Freud, non
résolu (ce qui est souvent la raison de nouvelles tranches
d'analyse), et selon Ruth, pas suffisamment revécu.
Il y a
quelques indications cliniques, comme celles-ci : il existerait trois modes
d'expression de la passivité : névrotique avec le
masochisme ; pervers dans l'homosexualité passive ;
psychotique dans la paranoïa.
Un élément important pour
la cure des psychosés est celui que souligne Ruth fort justement :
le sexe de l'analyste « importe »...
« C'est une toute autre chose de jouer le rôle du
persécuteur envers une paranoïaque, femme déjà
châtrée ! et de le jouer envers un homme pour qui la
castration est encore une possibilité réelle. Dans les psychoses,
il faut se rappeler, les choses redoutées sont des choses auxquelles on
croit réellement. »
1929 :
L'analyse d'un délire de jalousie
« Die Analyse eines Eifersuchtwahnes », Int. Ztschr.
F. Psa., XIV, 1928. Leipzig, Vienne, Zürich, Internationaler
Psychoanalytischer Verlag 1929, 60 p.
« The Analysis of a Case of Paranoia », The Journal
of Nervous and Mental Disease, vol. 70, juillet 1929.
« L'analyse d'un cas de paranoïa : délire de
jalousie », Archives de psychanalyse, 1988, n° 19, 68
p. ; in Hamon M.Ch. (Ed.) - Féminité mascarade.
Penisson P. (trad.). Paris, Seuil 1994, pp. 133-195.
C'est le texte qui introduit en psychanalyse la notion de
préœdipe, que Freud reprendra en 1931 dans "Sur la sexualité
féminine" où il évoque, lui aussi, le cas de cette jeune
femme. Il y reconnaît, comme fondement de la paranoïa
« l'intense fixation de la petite fille à sa mère,
lien exclusif et prolongé dans lequel le père n'intervient
même pas à titre de rival dans l'amour de la
mère ». Par ailleurs, Freud avait insisté pour qu'un cas
de paranoïa féminine soit trouvé. Le voici.
Il
s'agit du récit de la cure brève (deux mois et demi)
d'une jeune femme présentant un délire de jalousie. A le
lire, l'on voit un analyste au travail, interprétant, construisant,
analysant les rêves et ne cédant en rien sur la théorie de
la libido ou celle de la castration, ni sur les noyaux de vérités
dans les fantasmes ou les délires. Récit qui nous saisit par
l'écart d'avec ceux d'aujourd'hui !
Il
s'y pose aussi les premiers jalons d'une cure de la psychose et des
jeux transférentiels, dont nous relèverons les
éléments suivants :
- il y a d'abord à transformer la psychose en
« psychose de transfert » ;
- puis maîtriser cette psychose de transfert. Dans le cas d'une
paranoïa intense, l'analyste est de suite le
persécuteur : il lui faut alors empêcher le transfert,
éviter les affects jusqu'à ce qu'il puisse saper
quelques noyaux délirants ;
- mais dans les stades initiaux de la psychose, le patient tente de garder
pour lui-même son délire et d'en fermer l'accès
à l'analyste (car le délire a une fonction écran et
défensive) : il y a donc à contraindre la psychose à
se manifester dans le transfert ;
- elle pose que, dans la paranoïa, un tau de « pression
interne » est supportable, et que le déclenchement, la
décompensation apparaît avec une « pression
externe », ce qui est un élément d'importance pour
une cure ;
- il y a du transfert dans la schizophrénie : aux stades
précoces de la maladie, le malade, pour surmonter ou combattre la
régression narcissique, crée de nombreuses identifications et
liens amoureux ; mais chez lui, l'inconscient est
conscient ;
- enfin, une différenciation clinique dans la paranoïa : la
forme persécutrice est plutôt masculine avec un délire qui
systématise et philosophe ; la forme de jalousie est plutôt
féminine (tout en pouvant masquer des thèmes persécutifs)
avec un délire plus rudimentaire ;
- l'attente paranoïaque quête partout amour et
reconnaissance : attitudes normales chez l'enfant, psychotique chez
l'adulte.
Cette position et ces élaborations de Ruth
Mack Brunswick éclaire le ton plutôt
« musclé », affirmé, de la conduite de cette
cure du psychosé.
1929 : Note sur la
théorie infantile du coït a tergo
« Eine Beobachtung über die kindliche Theorie des Koitus a
tergo », Int. Ztschr. F. Psa., XV, 1929.
« A note on the childish theory of coitus a tergo »,
International Journal of Psycho-Analysis 1929, vol. 10, n° 1, pp.
93-95
« Note sur la théorie infantile du coït a
tergo », Le Mouvement psychanalytique, vol. III, n° 1,
2000, L'Harmattan, Paris.
Cet article apporte indirectement
quelques nouvelles informations sur l'Homme aux Loups, à partir de
sa nouvelle « tranche » avec Ruth. Partant du constat de
l'importante fréquence de la représentation a tergo
de la scène primitive, et qu'une observation réelle ne peut
en être la source, elle établit le « double
rôle » de qui se révèle être un
fantasme :
- il y a un noyau de vérité – comme dans tous fantasmes
– qui consiste en, non pas l'observation réelle de la
scène primitive, mais la découverte du vagin qui produit celle de
la castration. Le fantasme, sur ce versant, reconnaît donc et
l'existence du vagin, et celle de la castration ;
- mais sur son autre versant, le fantasme nie défensivement ces
découvertes par un déplacement vers l'anus, organe commun
aux deux sexes : ainsi, la position a tergo représente la
suppression de l'existence du vagin et donc de la
castration.
Dénis qui expliquent la remarquable
fréquence de ce fantasme.
1930 :
Notes cliniques non publiées (extraits)
Quelques extraits traduits dans Le Mouvement psychanalytique, vol.
III, n° 1, 2000, L'Harmattan, Paris, à partir de Kurt R.
Eissler, “Comments on erroneous interpretations of Freud's seduction
theory”, Journal of the American Psychoanalytic Association,
1993, vol. 41, n° 2, pp. 571-583. Notes déposées par
Muriel Gardiner à la Library of Congress, Archives Freud,
Washington.
Ces notes portent essentiellement sur l'Homme aux
Loups, à partir d'un souvenir retrouvé et inconnu
usqu'alors, tant de lui-même que de Ruth et de Freud : vers
deux ans et demi, sa nurse, Nania, opère une première
séduction en pratiquant sur lui, pour le libérer d'une
constipation et déféquer, une masturbation anale avec son doigt.
Ce souvenir était masqué par celui de la séduction par sa
sœur, plus tardif, Ruth ramène la problématique à
cette influence de la nurse là où Freud l'inférait au
souvenir de la scène primitive. Ainsi de même, la relation passive
au père en recouvre une plus primitive, celle à la mère ou
à la nurse. Ce qui fait que le fantasme du coït a tergo chez
l'Homme aux Loups est une construction (écran) de tout cela (Ruth
ne connaît pas la dimension d'après-coup). Mais
l'interprétation du coït a tergo par le patient,
enfant, s'est faite sur la base de cette première expérience
vécue, la séduction par masturbation anale de la
Nania.
1930 :
Réponse aux remarques critiques de Hárnik
« Entgegnung auf Hárnik's
krtitischeBemerkungen », (Nachtrag) Int. Ztschr. F. Psa., XVI,
1930.
« Réponse aux remarques critiques de
Hárnik », Le Mouvement psychanalytique, vol. III,
n° 1, 2000, L'Harmattan, Paris.
La discussion porte sur
l'Homme aux Loups :
La peur d'« être
regardé » est liée à l'observation du
coït (voir l'épisode du « trou sur le
nez »). C'est un renversement par déplacement et
projection : la peur éprouvée lors de l'observation de
la scène primitive, donc la peur de ce qui est vu, devient la peur
d'être regardé. Mais cette crainte fut si intense
qu'elle a cherché une issue dans les processus paranoïaques.
Par ailleurs, la masturbation, chez l'Homme aux Loups, mettait en
scène tous ces aspects, sans aucune honte du fait de son puissant
narcissisme, ni culpabilité, du fait des fantasmes passifs masochistes
qui la neutralise.
1931 :
Épilogue
« Schlusswort », Int. Ztschr. F. Psa., XVII,
1931.
« Épilogue »,Le Mouvement
psychanalytique, vol. III, n° 1, 2000, L'Harmattan,
Paris.
Les suppositions d'Hárnik contre le
matériel clinique ne reposent pas sur un matériel clinique...
Mais, si les effets de la scène primitive sont si intenses, c'est
qu'il y a des troubles plus anciens.
1940 :
La phase préœdipienne du développement de la libido
« The preoedipal phase of the libido development »,
Psychoanalytic Quarterly 1940, vol. 9, n° 2-3, pp. 293-319 ; in
Fliess R. - The psycho-analytic reader. An anthology of essential papers with
critical introductions. Londres, Hogarth Press 1950, pp.
231-252.
« La phase préœdipienne du développement de la
libido », Revue Française de Psychanalyse 1967, vol. 31,
n° 2, pp. 267-291 ; in Hamon M.Ch. (Ed.) - Féminité
mascarade. Richaud J. (trad.), Paris, Seuil 1994, pp.
295-326.
C'est un texte riche et dense, car il est la
synthèse de la pratique et de la réflexion de Ruth sur le
préœdipien. Mais il ne fut publié qu'en 1940 dans le
numéro du Psychoanalytic Quarterly consacré à
l'œuvre de Freud, un an après sa mort. Mais comme la postface
l'indique, il est le résultat du travail avec Freud en 1930
(notamment à partir de « L'analyse d'un
délire de jalousie »), travail qui donna, chez Freud,
l'article « Sur la sexualité féminine ».
Il espérait que les analystes femmes apporteraient, grâce à
leur expérience avec des patientes, de nouveaux éclaircissements
sur la relation précoce mère - fille. Pour cela, Ruth avait
noté tous les commentaires et suggestions de Freud lors de discussions
communes, sans plus très bien savoir l'appartenance des
idées développées dans ce texte : un cas de
« communisme intellectuel » ? Mais si l'on
compare les deux textes nés de ces échanges, l'on peut
aisément relever ce qui est d'elle dans les écarts
d'avec la conception freudienne. Par exemple, trois dimensions
importantes :
- le désir d'enfant est antérieur à
l'envie de pénis et en lien avec la mère omnipotente ;
-
l'envie du pénis est d'abord en lien avec l'attachement à la
mère ;
- la relation préœdipienne du garçon
à sa mère peut être très agressive.
1943 :
Le mensonge consenti
« The accepted lie », Psychoanalytic Quarterly
1943, vol. 12, n° 4, pp. 458-464.
Un patient accuse Ruth de lui
avoir menti : soit une identification projective qui répète
dans le transfert le lien à sa jeune sœur. S'il reconnaissait
la castration de sa mère ou des bonnes dont il avait vu le sexe, il la
niait pour sa sœur dont le sexe, sans toison pubienne, n'avait rien
d'effrayant, d'autant plus que le renflement pubien avait pour lui
une apparence phallique. En déniant la castration de sa sœur, il le
faisait pour lui, évitant ainsi la menace de sa castration (ce qui serait
une des raisons de l'attirance pour les jeunes filles : il n'y
a pas de castration). Ce déni (mensonge) originel du garçon se
répète mais par projection, il est attribué aux femmes.
Soit une double dimension :
- l'insupportable absence de pénis sur le corps de la
femme ;
- le bénéfice étant de se débarrasser de son
mensonge à l'attribuant à la femme.
Mais ce
déni est partagé, consenti par la femme : elle accueille avec
plaisir ce déni de sa castration, ce qui en retour vient rassurer
l'homme, et tous les deux partagent en fait le même manque et le
même désir : celui d'avoir un pénis. Cette double
négation produit donc une affirmation.
Cela se retrouve dans bien
des mensonges : sur l'âge, ou encore la simulation de
l'orgasme.
* * *
Quelques
« fils rouges » de la recherche...
Une question
technique : le sexe de l'analyste
Voici une dimension fort peu questionnée dans les écrits
analytiques : les conséquences psychiques de la différence
anatomique des sexes des protagonistes de la cure analytique.
A la fin de
son article sur la cure de l' "Homme aux Loups", Ruth précise que les
résultats thérapeutiques obtenus n'auraient sans doute pas
été possibles avec un analyste homme : « ... c'est
une toute autre chose que de jouer le rôle du persécuteur envers
une paranoïaque, femme déjà châtrée ! et de
le jouer envers un homme pour qui la castration est encore une
possibilité réelle. Dans les psychoses, il faut se rappeler, les
choses redoutées sont des choses auxquelles on croit réellement...
C'est peut-être là, la seule situation où le sexe de
l'analyste importe ».
Certainement, mais est-ce si sûr que
ce ne soit pas, de façon plus silencieuse, de même dans la cure du
névrosé ?
Une élaboration
progressive – Lexique théorique
Dès les premiers textes, on relève la dimension du double
rôle, dans le fantasme, le délire, le jeu ou la masturbation, qui
annonce les couples antithétiques de la phase préœdipienne.
Les thèses de Ruth peuvent ainsi s'organiser :
1 :
le noyau de la névrose serait, pour les femmes, antérieur à
l'Œdipe ;
2 : jusqu'ici, les théories de
la castration ne concernent que le garçon ;
3 : il y a des
différences de structure entre les surmois féminin et masculin.
Cela est du aux faits suivants :
- pour la fille, il y a deux objets d'amour et deux organes
sexuels : elle a donc à renoncer à un objet et un organe [ ce
sont donc des pertes] ;
- pour le garçon, il ne doit que changer d'attitude, de passif
à actif envers le même objet d'amour avec un seul organe
sexuel.
Cela implique que la phase préœdipienne est
plus étendue pour la fille.
4 : jusqu'à trois ans, les zones
prégénitales l'emportent sur les zones
génitales.
5 : nécessité de créer des
termes propres à cette période préœdipienne :
soit trois « couples antithétiques » qui
« guident » le développement, mais qui ne
coïncident jamais.
a : actif –
passif :
* Le développement serait en fait celui de
l'activité. Mais cette dernière est-elle :
- une passivité d'origine peu à peu convertie en
activité ?
- ou une dimension propre se développant
progressivement ?
* Cette phase est pré-phallique,
c'est-à-dire antérieure à la différence sexuelle
(donc : mon sexe, quel qu'il soit, est universel). Il n'y a pas de
primats d'une zone érogène sur les autres, il y a une seule
organisation sexuelle pour tous jusqu'à la découverte du
phallus.
* Le rôle de la mère y est, non pas féminin,
mais actif.
* Chaque élément d'activité se fonde
sur une identification à la mère active qui donne ainsi une forme
à l'activité consciente de l'enfant (par exemple,
l'enfant joue le double rôle, la mère et l'enfant).
L'identification à la mère active remplace
l'attachement à la mère (qui est passif) et chaque
identification à la mère la rend moins nécessaire (voir la
théorie freudienne : « être comme » avec
l'identification ; « avoir comme » dans
l'investissement d'objet). Si la mère entrave cette
activité, cela produit des blessures narcissiques et entraîne des
réactions agressives contre cette mère alors omnipotente.
*
Autre identification : avoir un bébé, ce qui est un
désir asexuel. Avec la phase anale organisée autour de
« donner – recevoir », c'est dans un premier
temps, « recevoir » un bébé de la mère,
puis en avoir un pour le « donner » à la mère.
Par la suite, ce désir est transféré sur le père,
puis abandonné. Ce désir existe chez les deux sexes.
* Cela
signifie que, contrairement à ce qui fut dit, le désir
d'avoir un pénis n'est pas échangé contre celui
d'avoir un bébé, mais c'est l'inverse.
Désir qui est d'abord actif, et qui devient passif (le recevoir de
l'homme) : ces deux aspects finissent par s'unir.
* Il y a
trois types d'activité :
- l'identification à une mère omnipotente ;
- l'identification au père préœdipien, mais il y a
une incapacité à l'accomplir pleinement, d'où
les tendances aux relations homosexuelles et la rivalité envers les
hommes ;
- et, plus méconnu, être un enfant non châtré ou
sexuellement indifférencié (par exemple, le
« page »).
Il existe un « noyau
passif », premier, d'origine constitutionnelle.
b :
phallique – châtré
* C'est une phase où
domine l'activité et où se découvre la
castration : ce qui va produire une nouvelle antithèse.
* Le
désir phallique passif : être masturbé par la
mère (comme lors des soins) puis par le père ; et sa forme
active : toucher ou voir les organes génitaux de la mère ou
du père.
* C'est la phase de passage de l'attachement
à la mère à celui pour le père, mais en passant par
une sorte de latence préœdipienne. Et il serait plus juste de
dire : complexe œdipien actif ou passif, plutôt que positif ou
négatif.
* Le vagin n'existe pas comme tel car il n'y a
pas de représentation de la pénétration [ou elle est
associée à la bouche ou l'anus]. La représentation
première est : se toucher les organes génitaux. Le vagin tire
sa sensibilité du clitoris et de l'anus [voir la thèse de
Lou Andréas-Salomé], ce qui pose l'existence d'une
sensibilité vaginale précoce, contrairement à la conception
de Freud..
* La masturbation de la fille commence avec l'abandon de
la mère comme objet d'amour. La mère, lors des soins, est
obligée de toucher les parties génitales, ce qui opère une
séduction. L'on retrouve cela dans la masturbation où la
fille est à la fois la mère et l'enfant [donc à la
fois active et passive], répétant ainsi le type de soins, jouant
la mère par rapport à elle-même ; l'enfant
désire être touché/se touche pour retrouver les mêmes
sensations de plaisir : c'est un fantasme phallique précoce.
Mais la masturbation est la base qui permet d'intégrer la
scène primitive et oriente son interprétation. Le fantasme de
scène primitive peut être oral, anal ou phallique.
* La
castration est la base narcissique du refoulement de la masturbation
féminine.
* Théories sexuelles infantiles de cette
phase :
- la perte du sein est transférée dans la castration, ce qui
dévalorise la mère comme objet d'amour ; elle la hait et se
tourne vers le père et sublime l'activité en
maternité...
- le fantasme phallique est de nature passive selon la théorie sexuelle
infantile des soins maternels à son égard. La tendance active
prend le dessus dans le complexe d'Œdipe actif avec la
curiosité au sujet des relations parentales : que fait le
père à la mère, comment il la touche ? Elle
imagine : soit que la mère donne le sein au père passif, ou
que le père tète activement un objet passif ; soit une
relation sado-masochiste où le viol est l'expression motrice de
l'érotique anale ;
- selon un troisième type de théories sexuelles infantiles, se
pose un équivalent anal de l'orgasme génital, selon une
masturbation réciproque, ou une pénétration
phallique ;
- phase d'émergence du désir de bébé, car
celui-ci est un attribut de la mère omnipotente ; d'où
un quatrième type de théories sexuelles infantiles, celui du
désir d'omnipotence, désir qui préexiste donc au
désir de pénis. Néanmoins, l'envie du pénis a une
source orale : avoir un pénis pour posséder la mère,
ce que la fillette abandonne car son pénis ne peut
féconder.
c : masculin –
féminin
C'est la phase qui s'installe avec la
puberté.
* Si les mères active et châtrée
existent de fait, la mère phallique est un pur fantasme régressif
et compensatoire, par déplacement et projection : du sein comme
organe actif, au pénis.
La découverte de la castration de la
mère ruine les espoirs d'acquisitions d'omnipotence pour la
fillette, et elle transfère alors sur le père ses tendances
passives en s'identifiant à la mère châtrée. Mais, la
différence, ici, est que la fille attend du père une castration
érotisée.
Si elle refuse la castration maternelle, cela
devient une source d'homosexualité.
... et de la
personne : l'analyse sans fin ?
A lire les cas cliniques de Ruth, on est frappé par ce
qu'il conviendrait de nommer, de nos jours, des « cures
éclairs », aussi bien pour l' "Homme aux Loups" que pour le
« délire de jalousie ».
Mais lorsque Freud
rédige « Analyse sans fin... », est-ce un hasard si
le nom de Ruth Mack Brunswick lui vient deux fois sous la plume, mais,
remarquons-le, non pas comme cas d'analyse infinie ? Et pourtant, il
y avait matière à prendre l'exemple bien de Ruth (de 1922
à 1938) avec celui de l' « Homme aux Loups »
(de 1910 à 1938) ! Car tous deux firent une cure que, seul, le
départ de Vienne en 1938, viendra interrompre, quoique
momentanément.
D'autant que Freud, au sujet de l' "Homme aux
Loups", s'interroge ainsi, en 1937 : « Mais à
plusieurs reprises durant ce temps, son bon état de santé fut
interrompu par des incidents morbides, que l'on ne pouvait comprendre que comme
- die Auslaüfer seiner Lebensneurose-, des prolongements [ou
séquelles, selon les traductions] de sa névrose de
vie. »
Souvenons-nous de ce que Ruth écrit en conclusion
de son article sur la cure de l' "Homme aux Loups", en 1928 :
« ... nous n'avions à nous occuper que d'une seule chose, d'un
reliquat du transfert sur Freud. Ce reliquat implique naturellement que le
patient n'a pas été entièrement libéré de sa
fixation au père... » Puis elle poursuit, attribuant la
guérison de son patient au fait « qu'il avait suffisamment
perlaboré ses réactions envers le père et pouvait par la
suite y renoncer ». Ruth qui a bien décrit
« l'attente paranoïaque d'amour et de
reconnaissance », normale seulement chez l'enfant.
Ce qui
vaut pour l'un, vaut peut-être pour l'autre ? Mais,
à cette question du père, l'on se doit d'ajouter une
autre dimension, celle que d'ailleurs Freud indique dans sa correspondance
ou dans ses carnets. Par exemple, ceci :
- le 23.X.32 à Jeanne
Lampl de Groot, « ... une patiente très
irrégulière, et difficile à saisir en raison de ses
accidents de santé. » ;
- le15.IV.33 à Jeanne
Lampl de Groot : « ... éternellement malade, elle tousse
et a de la fièvre. » ;
- le 01.VIII.38 à Anna
Freud : « Ruth (...) prétend être dans un
état dépressif. Ce qui est vrai c'est qu'elle ne cesse
de rire sottement. »
- le 22.VIII.38 à Jeanne Lampl de
Groot : « Ruth est toujours ici (...) et elle a repris une
tranche d'analyse, ce qui lui fera probablement du bien. Je me rends
compte combien mes analyses précédentes étaient
incomplètes. »
Nous aimerions quand même
indiquer l'aspect suivant : notre sentiment, à lire les
témoignages, d'un imbroglio, ou d'un état de peu de
différenciation, de confusion, des liens, confusion qui s'est
rejouée dans la vie viennoise. Pour exemple :
- les Mack et les Brunswick étaient unis par des liens de
parenté, avant les mariages de Ruth Mack et Mark Brunswick, et –
comme sa fille – le mariage du juge Mack avec madame Brunswick,
mère de Mark et David ;
- Leonard et Hermann Blumgart étaient cousins germains avec madame
Brunswick ; etc.
Presque tout le monde se retrouve ou est
venu à Vienne, et sur le même divan, voire, en même temps,
notamment Ruth, Mark et David, soit pour Freud, à ce moment-là,
presque la moitié de sa clientèle. Et comme nous l'avons vu,
tout le monde se retrouvait en dehors des séances. Nous pouvons parler de
« horde », qui fonctionne en masse, où les individus
sont indifférenciés. Cette massification se retrouve aussi chez
Ruth, où elle analyse aussi bien Max Schur que sa femme, Schur
qu'elle retrouve au chevet de son analyste, ou Schur qui vient à
son chevet lorsqu'elle est malade. Nous n'allons pas multiplier les
exemples.
L'imbroglio familial s'est déplacé,
transféré, quelles qu'en soient les raisons, vers la
« famille analytique ». Peut-être là un
début d'explication quant à la volonté de Ruth de ne
vivre qu'avec un homme analysé, afin qu'il soit lui aussi
dans la masse ? Ce que refusera Hermann Blumgart.
Mais,
parallèlement à ces massifications et au lien analytique qui
perdure, la vie de Ruth, comme nous l'avons vu, est inversement
scandée par de multiples ruptures, tels les paliers successifs
d'une chute, aussi bien envers les hommes (Hermann Blumgart et Mark
Brunswick), qu'envers les villes (les départs de Chicago, de
Vienne), ou le Psychoanalytic Quarterly, etc. ; mais aussi envers
les pères (le sien propre et Freud) bien qu'il s'agisse
là de pertes subies en peu de temps. Inversement, l'on
relève des liens forts et stables avec des femmes, par exemple Marie
Bonaparte, ou Muriel Gardiner, qui, à sa façon, poursuivra les
travaux de son analyste sur le cas de l' "Homme aux Loups".
Autres
ruptures, sur un autre mode, les interventions chirurgicales, les ablations
d'organe, ou encore l'opposition entre les théorisations du
génital et la défense de la masturbation clitoridienne, le tout
dans une autre massification avec Marie Bonaparte.
Fusions, masses ou
ruptures, coupures, se répètent. On ne peut s'empêcher
de faire le lien avec la théorie du préœdipien.
Fusions
et divorces, incidents morbides, lien non suffisamment perlaboré aux
pères, complexe de castration, problématiques
préœdipiennes, hypocondrie, « névrose de
vie », ou relevons cette phrase dans « L'analyse
d'un délire de jalousie » : « ... destins
de l'organe sexuel dont on a abusé, qui aussi bien dans la
névrose que dans la psychose, est si bien symbolisé par le cerveau
(malade). ». Ou encore : un effet de
l'interprétation plus que complexe des transferts à cette
époque ?
Etc. : de quoi faire bien des hypothèses,
ce que nous laisserons à la méditation du
lecteur...
* * *
[1] Nous
avons puisé dans les textes suivants : Célia Bertin,
La
dernière Bonaparte, Perrin 1982 ; Paul Rozen,
La saga
freudienne, PUF 1986, "Les patients de Freud",
Coq-Héron,
n° 139, 1995 ; Karin Obholzer :
Entretiens avec l'Homme aux
Loups, Gallimard 1981 ;
S. F., Chronique la plus brève. Carnets
intimes 1929-1939, Albin Michel 1992 ; Max Schur,
La mort dans la vie de
Freud (1972), Paris, Gallimard, 1975 ; Peter Gay, Freud:
Une vie
(1988), Paris, Hachette, 1991 ; Ernest Jones,
La vie et l'œuvre de
Sigmund Freud, tomes I, II, III, P.U.F 1969 ; Deltef Berthelsen :
La famille Freud au jour le jour. Souvenirs de Paula Fichtl, P.U.F.
1991.
[2]
Freud écrivit à Ernst, le 28 04 1927 : « ... elle
fait presque partie de la
famille... ».
[3]
Ainsi qu'il les nomme dans une lettre à Eitingon le 16. IV. 1931.
Cf. aussi Schur,
op. cit., p.
504.
[4]
Nunberg, Herman, « In memoriam: Ruth Mack Brunswick
(1897-1946) »,
Psychoanalytic Quarterly, 1946, vol. 15, n°
2, pp.
141-143.
[5]
L'Âne, été 1981, n°
2.
[6]
The Tale of Genji, de Lady Murasaki, traduit en anglais par Arthur Waley.
London, George Allen and Unwin, Ltd. First published, Juin 1925.