psychanalyse.lu

Joël Bernat 

Introduction générale à l'histoire
des théories psychanalytiques sur la sexualité



« Nous avons tous les pieds dans la boue,
mais certains regardent les étoiles »
Oscar Wilde

« On a enseigné à mépriser les tout premiers instincts de la vie ; on a imaginé par le mensonge l'existence d'une " âme ", d'un " esprit " pour ruiner le corps ; dans les conditions premières de la vie, dans la sexualité, on a enseigné à voir quelque chose d'impur. »
Friedrich Nietzsche[1]

« Ainsi, il y a entre Kant et les éléates, entre Schopenhauer et Empédocle, entre Eschyle et Richard Wagner de telles affinités et relations, que l'on est presque tangiblement poussé au rappel
de l'essence très relative de tous les concepts de temps : il semble presque que certaines choses vont ensemble et que le temps n'est qu'un nuage qui rend difficile à nos yeux de voir cette parenté.
Surtout l'histoire des sciences exactes donne l'impression que aujourd'hui,
nous nous trouvons dans la plus grande proximité du monde alexandrin-grec
et que le pendule de l'histoire retourne à ce point d'où il a commencé par osciller... »
Friedrich Nietzsche [2]

« Rare est le nombre de ceux qui regardent avec leurs propres yeux
et qui éprouvent avec leur propre sensibilité. »
Albert Einstein[3]

« L'accent mis sur l'importance de la vie sexuelle pour toutes les réalisations humaines
et l'élargissement ici tenté du concept de la sexualité ont fourni,
depuis toujours, les motifs les plus forts à la résistance contre la psychanalyse ».
Sigmund Freud[4]

« Nous devrions être très vite mis à l’index là-bas,
dès qu’ils tomberont sur les soubassements sexuels de notre psychologie. »
Sigmund Freud[5]


Nous poursuivons – ou nous sommes poursuivis – par un projet qui peut paraître ambitieux. Ce terme nous semblant porter en lui un jugement moral, nous dirons qu’il s’agit plutôt d’une Anspruch, une nécessité intérieure, celle de la curiosité infantile d’avant son refoulement, toute à la fois sexuelle et intellectuelle[6]. Pour ce faire, notre projet s’est doté de trois outils :

1. Utopie de l’unité

Tenter une histoire des pensées sur la sexualité, de l’Antiquité à nos jours, semblait « océanique », tant thèses et théories foisonnent. De même, tenter une histoire de la pensée psychanalytique sur la sexualité est tout aussi « océanique » : le seul consensus est celui de l’adjectif « psychanalytique », comme nous allons le voir. Ce qui, en soi, pose et impose une sérieuse question aux psychanalystes, puisque une théorie psychanalytique est sensée naître selon une méthode et une pratique spécifiques. Malgré cela, aucune unité n’est visible, bien au contraire.
De plus, les différences entre auteurs ne sont jamais énoncées clairement ou mises en exergue. Les différences, parfois fondamentales, courent dans ou sous le texte, voire, parfois, sont des a priori qui ne reposent pas sur des observations cliniques. Pour exemple, et nous le verrons, le registre moral est une belle source d’a priori.
Une question, qu’il va nous falloir mettre en marge - c'est-à-dire ne pas perdre de vue en espérant qu’elle reçoive quelques éléments de réponse au cours de notre cheminement -, porte évidemment sur la raison d’une telle multiplicité de théories de la part des psychanalystes censés utiliser la même méthode dans une pratique avec des « cas » qui offrent, en fait, peu de grandes divergences hormis le noyau clinique (le fameux trépied : névrose, psychose et perversion). Mais cette première formulation est assez naïve, car elle ne peut se soutenir que de l’oubli que l’observation n’est pas « pure » puisqu’il y a un observateur, ce qui convoque le mécanisme de la projection. Une fort belle illustration nous en est donnée aussi bien par les philosophes que par les physiciens ou les artistes : sous un saule, Tschouang T’seu rêve d'un papillon. Ou est-ce l'inverse ? Deux millénaires plus tard, c'est au tour des physiciens quantiques de Berkeley de s'interroger : « Est-ce la particule que j’observe, ou bien moi-même à travers elle ? »[10] De même le peintre Marcel Duchamp de constater que c’est le regardeur qui fait le tableau. Nous avons vu l’an passé combien la formule est juste quant au regard médical constituant le « tableau clinique », niant l’existence de l’hymen ou redécouvrant le clitoris au XVIIe siècle.
Il va de soi qu’une telle question est fondamentale pour le psychanalyste. Et donc pour nous.
Mais une des dimensions tragiques de la pensée est bien ici : chaque penseur pense depuis une doxa qui lui est propre mais qu’il n’interroge pas et qui alors fonctionne, au mieux, à son insu, imposant sa direction à la pensée. Le succès de sa théorie, nous pouvons le supposer, tiendra à l’accord de sa doxa avec celle de la majorité des auditeurs, et pas forcément à la « profondeur » de son propos. Mais cela oblige à un nouveau questionnement ! Peut-on penser hors de sa doxa, en s’exilant de soi ? De plus, la doxa peut n’être qu’une forme de pensée régnante à une époque particulière. Laissons cela en suspens pour l’instant.
Ainsi, ce que j’observe, si l’on imagine avoir réglé la question de la dimension projective de l’observation, rencontre cet aspect : mes perceptions sont mises en forme, pour devenir des représentations, par des catégories ou des formes préexistantes, en moi, à mon observation[11], ce qui produit une déformation. À moins de questionner ces formes, sans cesse : pourquoi celle-ci, d’où vient-elle, que dévoile-t-elle et que voile-t-elle en même temps ? (Ce qui est la question fondamentale avec toute représentation).
Donnons ici une autre illustration, sous la forme d’une nouvelle question : peut-on penser la différence des sexes autrement qu’en termes de symétrie ? Mieux : qu’est-ce qui fait en nous que l’on y est sans cesse amené, comme aspiré, dans cette logique symétrique ? Ainsi nous pourrions ou devrions nous questionner sur une « essentielle dissymétrie des sexes »[12]. Formule qui peut être tout aussi bien être prise dans un « jeu » de la symétrie (symétrie – dissymétrie)... Ou alors, tenter de penser une « altérité radicale » des sexes, voie évidente avec l’anatomique, bien moins évidente avec le psychique.
Nous l’avons vu tout au long de l’année dernière, la logique symétrique est omniprésente dans la question que nous parcourrons, et, il faut bien le dire, tellement pratique ! Mais elle vient occulter – et c’est peut-être bien une de ses fonctions premières – bien des choses.
Par exemple, nous l’avons vu avec éros et Antéros : ceux-ci, au temps des Grecs antiques, étaient frères complémentaires, ce que désignait ante qui indique, en grec, le complément et la réciproque. A partir des Romains, par le jeu de la « complaisance de la langue », l’ante grec est devenu l’anti latin et ainsi Antéros devint un anti éros, en une opposition symétrique (du genre positif – négatif)[13]. Ce qui permit de refouler toute la dimension de la réciprocité des désirs, comme cela est toujours de mise de nos jours dans certains commentaires de texte, notamment celui de Platon[14], au profit d’un duo actif-passif (dont nous aurons l’occasion de parler plus loin).
Nous allons « laisser flotter », pour l’instant, ces questions, sans les perdre de vue.

2. Entre-gloses et fabrique de slogans

Face à ces océans de pensées, nous utiliserons encore la même méthode : comment pense tel ou tel auteur, c'est-à-dire selon quel mode, que ce mode soit une méthode ou bien s’impose à son insu.
Cela nous impose de relire attentivement ces auteurs en essayant de nous dégager des influences interprétatives sur les textes d’origine, soit quelque chose que déjà Montaigne indiquait : « Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre subject : nous ne faisons que nous entre-gloser. »[15] C'est bien cette entre-glose dont il s'agit de se déprendre ! Et au sujet de Freud, ce n’est pas ce qui manque.[16]
Pour exemple, il est d’usage de répéter après lui que « l’enfant est un pervers polymorphe ». La formule fait slogan (là aussi, cela devrait faire question : le succès d’un slogan est-il du à ce qu’il dévoile ou à ce qu’il cache ?) d’autant plus que la formule est marquée du sceau du nom de Freud. Or, si l’on revient au texte, ici les Trois essais sur la théorie sexuelle, l’on découvre que la formule est en partie vraie et en partie fausse, puisqu’elle est – comme pour tout slogan – amputée. Voyez vous-même ce qu’écrit Freud deux fois dans son texte de 1905 :
« Il est instructif de constater que, sous l’influence de la séduction, l’enfant peut devenir pervers polymorphe et être entraîné à tous les débordements imaginables. Cela démontre qu’il porte dans sa prédisposition les aptitudes requises ; leurs mises en acte ne rencontre que de faibles résistances parce que, suivant l’âge de l’enfant, les digues psychiques qui entravent les excès sexuels : pudeur, dégoût et morale, ne sont pas encore établies ou sont seulement en cours d’édification. »[17]
Quelques pages plus loin, Freud revient sur cette question et précise :
« Nous avons établi en outre, en nous appuyant sur l’expérience, que les influences externes de la séduction pouvaient provoquer des interruptions prématurées de la période de latence, voire sa suppression, et qu’à cette occasion la pulsion sexuelle de l’enfant se révélait en fait perverse polymorphe (...) »[18]
L’on voit ici à l’œuvre que le slogan referme ce que Freud ouvre : le slogan coupe une phrase, une pensée pour en refouler l’autre partie, et ainsi circule bien puisqu’il maintien un refoulement. Ferenczi, quelques trente ans plus tard, avait tenté de ré-ouvrir la question avec son texte sur « La confusion des langues », et l’on sait l’oubli dans lequel il est tombé. Mais le titre même de l’article de Ferenczi offre un diagnostic au sujet de ce slogan : ce dernier œuvre pour maintenir une confusion des langues, c’est-à-dire que l’adulte répète quelque chose qu’il produit sur l’enfant et qu’il a lui-même vécu (nous y reviendrons).
Pour l’instant, on voit que dans la pensée de Freud, ce n’est pas l’enfant qui est « polymorphiquement pervers », mais la pulsion sexuelle. Mais pour que la pulsion impose sa et cette dimension au sujet, il est requis deux conditions ;
- une faiblesse de l’organisation du moi ; dans la suite du texte, Freud évoque, outre l’enfant, la femme inculte[19] et la prostituée ;
- et une action externe, celle d’un séducteur (Verführer) qui, selon l’habileté et l’influence de sa conduite (il est aussi führer), amène aux conduites perverses : c’est-à-dire qu’il met à jour, ou exploite, les composantes perverses de la pulsion[20]. Mettons en marge une remarque : Freud écrit cela dix ans après avoir renoncé à sa théorie de la séduction (par le père - alors considéré comme pervers – sur l’enfant, renoncement qui est lié à la découverte du fantasme[21]. Il faudra alors nous demander de quelles séductions parle Freud, mais ce que l’on peut dire est que, en 1895 il croyait en une séduction sexuellement agie, ce qui n’est plus le cas en 1905[22].
C’est donc assez radicalement différent de soutenir que l’enfant est pervers polymorphe (ce qui implique un certain type d’éducation ou de dressage de ce petit sauvage selon la pensée chrétienne ou rousseauiste) ou bien de poser que c’est la pulsion sexuelle qui est par essence polymorphiquement perverse et inéducable. C’est la pulsion et non le tout d’un sujet. Et c’est bien la visée de Freud, qui est ici très claire : c’est un trait universel et originel de tous les humains que d’être prédisposé (par la pulsion, donc) à toutes les perversions – et pas seulement l’enfant.[23]
Enfin, un dernier mot sur la traduction : Freud écrit en fait « Polymorph pervers », c'est-à-dire « polymorphiquement pervers ». Ce qui n’a pas le même sens que « pervers polymorphe ». Il y a un écart entre être « bêtement humain » et être un « humain bête »... Ce renversement ou cette transformation de l’adverbe en adjectif[24] doit, là aussi, nous intriguer et nous faire demander ce que l’on y gagne en opérant tous ces glissements : de pulsion à enfant, de polymorphiquement à polymorphe...[25]
Nous avons pointé ailleurs ce que les jeux de traduction pouvaient refouler (par exemple en traduisant tout par le seul terme de « désir »).
Ces observations ne sont pas là pour défendre une position doctrinale face au texte freudien, ni de faire de cet homme un « maître de la vérité ». Si nous tentons de suivre sa pensée, ce n’est pas pour la défendre mordicus, c’est la suivre non sans l’interroger de façon critique dans son mouvement même.

Un autre exemple afin de montrer la dérive que produit l’entre-glose selon ce que j’appellerais volontiers l’ « axiome de Montaigne », dérive qui nous montre le risque qui nous attend tous, celui de projeter notre « équation personnelle » ou notre doxa (nos « préférences pulsionnelles », disait Freud) dans ce que nous lisons ou observons. L’exemple est celui que l’on peut tirer de phrases telles que le « roc du féminin » ou le « roc de la féminité », évidemment attribuées à Freud, dans le sens, comme on le lit souvent, de point énigmatique de la sexualité, un point de butée constitué par un refus. Or, si Freud écrit, en 1937, « féminité », on observe souvent, dans l’entre-glose, le passage ou le glissement à « féminin » et parfois à « femme ». Mais il y a un autre point, un autre glissement dans les commentaires, un glissement qui se constitue par la suppression d’un terme dans l’écrit de Freud, le terme « biologique », ce qui crée une équivoque : le refus de la féminité semble alors être le fait d’un sujet ou de on ne sait trop quoi. Freud écrivit ceci :
« (...) car pour le psychisme, le biologique joue vraiment le rôle du roc qui se trouve au-dessous de toutes les strates. Le refus de la féminité ne peut être qu’un fait biologique, une partie du grand mystère de la sexualité. » [26]
C’est bien le biologique qui refuse cette féminité, que ce soit chez la femme ou chez l’homme. Nous reviendrons sur ce sujet plus loin.
En tous cas, ce qui est refoulé du texte freudien par ces deux slogans, ce sont la pulsion et le biologique, refoulements qui déplacent la source, c’est-à-dire l’accent du substrat organique vers le psychique, vers un sujet. Ce qui réduit la fameuse blessure narcissique que la psychanalyse de Freud a infligée à l’être humain. Narcisse se défend !
Voici donc les risques que l’on côtoie à faire du commentaire de texte : soit tomber dans l’axiome de Montaigne, ou encore de ne faire que dans la note de bas de page ajoutée au texte d’origine, remarque attribuée à tord à Bertrand Russel puisqu’elle est de Whitehead[27] qui énonçât exactement ceci : « La manière la plus prudente de caractériser la tradition philosophique en Europe est de dire qu’elle consiste en une succession de notes ajoutées au texte de Platon. » Autant de variantes de l’injection de sa propre doxa, c'est-à-dire en fait de sa « préférence pulsionnelle » refoulée derrière un Freud dixit.[28]

3. Questions

Enfin, dernier point : par rapport aux questions introductives de l’an dernier, nous avons vu qu’aucune, en vingt-cinq siècles, n’avait reçue de réponses. La psychanalyse, et tout d’abord Freud, a-t-elle éclairé la chose sexuelle ? C’est ce que nous allons tenter de voir en abordant le discours psychanalytique quant aux théories sexuelles, en premier lieu, les thèses de Freud. Mais nous verrons, avec les disciples et successeurs ou les dissidents, de quelles façons ceux-ci se divisent sur nos questions de départ, c'est-à-dire que sous couvert de science, certaines thèses de l’antiquité grecque et du christianisme, sont toujours vivaces et empêchent de répondre à nos questions – je vous les rappelle :

1 - S’agit-il de libérer le sujet de la sexualité (position de Lacan entre autres[29]), ou de libérer la sexualité du sujet (dont l’extrême de cette position est celle de Reich par exemple) ?
2 - Quels sont le but et l’objet de la sexualité ? Est-elle un Mal, ou alors une source de bien-être ? Est-elle pathogène ou thérapeutique ?
3 - La sexualité est-elle innée, déjà-là, en chaque petit humain ? Ou bien est-elle apportée de l’extérieur, c’est-à-dire imposée à l’humain, qui en devient ainsi le sujet[30] ? Ou, en d’autres termes, la sexualité est-elle première ou seconde ? (par exemple, certains diront que c’est la pulsion de mort qui est première) ;
Ce qui est perdu, depuis Freud, nous semble être une voie médiane entre ces alternatives, où « s’approprier » est le « maître mot »[31].
Ce qui nous montrera qu’un individu, fut-il psychanalyste, s’il ne fait pas ce travail de questionnement sur les modes de pensées dont il est prisonnier – ou auxquels il est « assujetti » -, finit par répéter toujours et encore les mêmes schémas d’inhibitions et d’interdits.
Mais avouons que la position de Freud était ambivalente à ce sujet. En effet, si cet homme a produit des révolutions dans la pensée de l’humain (de nouvelles coupures), telles que :
- la séparation radicale de la sexualité physique d’avec la sexualité psychique ;
- l’invention de la sexualité infantile et de l’auto-érotisme face à la sexualité génitale (seule reconnue et retenue jusqu’alors), soit des voies médianes de compréhension d’une sexualité dont les bornes extrêmes seraient la reproduction de l’espèce et la volupté ;
- la constitution psychique bisexuelle ;
- les maladies de l’esprit ne sont pas organiques mais psychiques, malgré leurs noms (névrose = maladie des nerfs, hystérie = maladie de l’utérus, etc.) : les symptômes ne sont pas l’effet de dysfonctionnements mais l’expérience d’un acte psychique avec un message, le produit actif d’un sujet ;
- l’opposition au discours psychiatrique et médical ambiant, par exemple celui de Möbius : la femme a un cerveau congénitalement inférieur à celui de l’homme...
il n’en fut pas moins prisonnier de certains modes de penser, notamment sur la sexualité féminine.

Dans un premier temps, nous allons aborder les thèses de Freud, en deux temps : son apport, puis ses résistances.

Rappel des cinq coupures relevées l’an passé, de l’Antiquité grecque au XXe siècle :
- 1 – La coupure divine ou naturelle, ou l’invention des sexes (homme / femme) ;
- 2 – La coupure grecque ou l’invention du masculin et du féminin ;
- 3 – La première coupure romaine ou l’invention de l’antinomie actif / passif ;
- 4 – La seconde coupure romaine ou le clivage femme / mère ;
- 5 – La coupure monothéiste ou le clivage âme / corps.


[1] Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, « Pourquoi je suis un destin », § 7.
[2] Friedrich Nietzsche, 4ème intempestive.
[3] Albert Einstein, Comment je vois le monde, Flammarion, 1934.
[4] Sigmund Freud, 1920, préface de la quatrième édition de L’histoire du mouvement psychanalytique.
[5] Sigmund Freud à Sandor Ferenczi, lettre du 10 01 1909, tome I, p. 40. Correspondance Freud-Ferenczi, I, II, III, 1908-1933, Calmann-Lévy.
[6] Voir Sigmund Freud, Un souvenir d’enfance de Leonard de Vinci.
[7] En nous référant à la « Science de l’Histoire », sorte de tiers-état entre les Sciences de la Nature et celles de l’Esprit ainsi que Windelband, par exemple, a pu la définir in « Histoire et sciences de la Nature » (1894) Les études philosophiques, 1/2000, PUF.
[8] En traitant la culture comme un individu.
[9] Par exemple, le fantasme est externe, dit par les dieux dans Œdipe de Sophocle. Ce qui est très remarquable est que son intériorisation progressive suit ou précède celle de la scène du théâtre et l’augmentation du nombre des acteurs.
[10] Zukov G., La danse des éléments, Laffont 1980.
[11] Nous avions dénommé cela opsis dans Transfert et pensée (sur la transmission de pensée en psychanalyse), L’Esprit du temps, 2001.
[12] J’exploite ici un beau titre de Pierre Fédida, « D’une essentielle dissymétrie en psychanalyse », in Nouvelle Revue de Psychanalyse, n° VII, Gallimard 1973.
[13] Autre exemple : la troisième loi de Newton énonce que « toute action produit une contre-action ». Mais soit l’on entend cela en termes symétriques (anti) sur le mode par exemple photographique (positif – négatif), soit en termes de compléments réciproques et donc indissociables et non en opposition, et sans jugement de valeur.
Par ailleurs, nous le verrons plus loin, la logique symétrique atteint son sommet avec la phase phallique des quatre ans.
[14] Ce que nous avions montré lors de deux exposés faits à la Société Luxembourgeoise de Philosophie en juillet 2004 (« le désir comme manque et le désir comme plein »).
[15] Montaigne Michel de, Essais III, P.U.F 1965, p. 1069.
[16] Un fort bel exemple est donné par un livre récemment paru démontrant que Freud est métaphysicien. Freud est lu à travers Lacan, qui a lu Freud à travers Hegel, Freud qui était un anti-hégélien féroce, c’est-à-dire un anti-métaphysicien total (mais cette notion n’existe pas en France...).
[17] Freud Sigmund, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Gallimard 1987, p. 118.
[18] Ibid., p. 184.
[19] Relevons le lien, pour l’instant entre inculture et faiblesse des digues psychiques (du moi), inculture, comme nous le verrons, qui peut être compensée par un ordre moral, religieux ou social (c’est-à-dire surmoïques, exerçant une répression de la fonction individuelle de jugement en lui substituant un jugement tout fait, collectif) élaboration externe et collective qui vient en lieu et place d’une élaboration interne et individuelle. Cette inculture, nous la tiendrons pour acquise, suite au refoulement de la curiosité infantile, refoulement qui, entraînant un interdit de penser, mets le sujet en soumission à un « maître de la vérité » ou un « Livre », sources supposées d’éclaircissement (Aufklärung) sur la sexualité.
[20] Ce qui ré-interroge la question de la pédophilie ou de l’inceste agi, de façon fort « délicate » (ex, MLR). Mais aussi la situation même dans la cure psychanalytique !
[21] Notons que tout fantasme est pervers.
[22] Il est bien intéressant de faire le lien avec la situation psychanalytique qui s’offre, de par sa composition, à la répétition de la scène de séduction : un analyste « adulte » séducteur et un patient « enfant », sachant que l’un ou l’autre – ou les deux – peuvent être dans la compulsion de répétition et ainsi « libérer » la dimension polymorphiquement perverse de la pulsion sexuelle (ce que développe Freud dans « L’amour de transfert »).
Mais l’on peut aussi penser au cas de figure suivant : le lecteur séducteur par rapport au texte – enfant de Freud, lui faisant dire et faire un polymorphisme pervers (voir Pichon) par projection entre autres, soit pour y trouver une autorisation, soit y trouver de quoi justifier son opposition. La situation inverse est tout aussi possible : le texte de Freud mis en position d’adulte séducteur pour « libérer la perversion sexuelle en moi, lecteur « enfant » (voir les accusations de « pansexualisme » de Freud). Bien sûr, tout cela ne fait que répéter un fragment de mon histoire selon mes « préférences pulsionnelles », abritée ou masquée derrière un Freud dixit...
[23] Ibid., p. 119.
[24] Cette transformation de l’adverbe (indiquant une action) en adjectif (indiquant un état) est-elle un effet de refoulement ?
[25] N’oublions pas que la névrose est le négatif de la perversion au sens où les fantasmes sont exactement les mêmes mais conscients chez le pervers et inconscients chez le névrosé (et attribués, projetés sur un autre dans la psychose). Le terme de perversion, apparu en 1444, signifiait « mise à l’envers » ou « renversement » (voir l’inversion sexuelle). La notion de « perversion sexuelle » est due à Charcot et Magnan, en 1880, puis développée par Ellis et Krafft-Ebbing.
Lucien Israël, Le désir à l’œil, Séminaire 1975-1976, Arcanes, Paris, 1994, p 176) : « Freud a, en effet, déclaré un jour que la névrose était le négatif de la perversion. Du coup, chacun a entendu que la perversion était le négatif de la névrose. Ça part d’une logique curieuse de croire que le négatif et le positif, ça s’inverse. [...] Comme si le positif et le négatif d’une photo étaient deux productions isolées. Comme si l’une n’était pas nécessaire à la construction de l’autre et c’est là qu’on peut pousser l’analogie. [...] En fait, les deux structures dépendent l’une de l’autre. Lorsque Freud parlait de négatif, il désignait, bien sûr, les moments d’inhibition de la névrose qui faisait que, chez le névrosé pur sang, seul le fantasme était pervers alors que chez le pervers impur - parce qu’il n’y a pas de pervers pur sang - le fantasme était substitué par le scénario. Tout fantasme est pervers. Il n’est pas nécessaire que je vous le rappelle. Autrement dit, il n’y a pas de fantasme dans lequel ne se joue la pure et simple copulation par les voies naturelles dans un but reproducteur. Il s’agit toujours d’autre chose ».
[26] Sigmund Freud, « Analyse avec fin et analyse sans fin ».
[27] Whitehead, Procès et réalité (conférences de Gifford, 1927-1928), Gallimard 1995.
[28] Sur cette question, voir J. Bernat, « Introduction » in Le processus psychique et la théorie freudienne, L’Harmattan, 1996, ou sur le site www.psychanalyse.lu.
[29] Qui illustre l’influence de Platon et du christianisme.
[30] Sujet au sens premier (latin) de sub jectum, c'est-à-dire de jeté dessous, ou de soumis, assujetti.
[31] Voir le vers de Goethe que Freud cite si souvent : “Ce que tu as hérité de tes ancêtres, tu dois te l’approprier”.

 

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