José Bleger
Psychanalyse du cadre psychanalytique
(Dans
Crise, Rupture et dépassement, Dunod, 1979,
pp. 255-285.
[1])
Winnicott (1956)
définit le « setting » comme « la somme de tous les
détails de l'aménagement du dispositif ». Je suggère,
pour des raisons qui s'éclairciront par la suite, d'appliquer le terme de
« situation psychanalytique » à l'ensemble des
phénomènes inclus dans la relation thérapeutique entre
l'analyste et le patient. Cette situation comprend des phénomènes
qui constituent un processus, lequel est l'objet d'étude,
d'analyse et d'interprétation ; mais elle comprend également un cadre, c'est-à-dire un « non-processus » en ce sens
qu'il est fait de constantes, à l'intérieur duquel le processus
lui-même a lieu[2].
On peut
ainsi étudier la situation analytique du point de vue de la
méthodologie qu'elle représente ; son cadre correspondra alors aux constantes d'un phénomène, d'une méthode ou d'une
technique, et le processus à l'ensemble des variables. Il n'est
cependant pas de notre intention de prendre en considération ces aspects
méthodologiques, et nous ne les avons évoqués ici que pour
souligner le fait qu'il est impossible d'explorer un processus sans maintenir
les mêmes constantes (c'est-à-dire le cadre). Aussi incluons-nous
à l'intérieur du cadre psychanalytique le rôle de
l'analyste, l'ensemble des facteurs affectant l'espace (ambiance) et le temps,
et la part de là technique (y compris les problèmes
afférents aux horaires, la ponctualité, le paiement, les
interruptions, etc.). Le cadre, en fait, se réfère à une
stratégie plutôt qu'à une technique. Une partie de ce cadre
concerne le « contrat psychanalytique » lequel est « un accord
entre deux individus qui implique deux éléments formels
d'échange mutuel : le temps et l'argent » (Liberman,
1961).
Dans la présente étude mon objet sera la psychanalyse
du cadre psychanalytique; celui-ci est souvent évoqué dans la
littérature lorsqu'il s'agit de la nécessité de son
maintien et des éventuelles interruptions et entorses qu’y apporte
communément le patient en cours d'analyse (comportement qui varie en
intensité et en caractère depuis l'auto-satisfaction
obsessionnelle exagérée jusqu'au refoulement, l'acting-out, ou la
désintégration psychotique). Mon travail d'analyse de cas
psychotiques a clairement mis en lumière pour moi l'importance du
maintien et de la protection de fragments ou d'éléments qui ont pu
être conservés, ce qui ne peut parfois être obtenu que par
l'hospitalisation. Cependant il n'est pas de mon propos d'étudier ici l'
« éclatement » du cadre ou les « attaques » contre
lui. Ce que je désire étudier ce sont les implications du maintien
d'un cadre idéalement normal Le problème peut être
rapproché de ce que les physiciens appellent une expérimentation
idéale, c’est-à-dire un problème qui ne se produit
pas réellement ni précisément de la manière
décrite ou exposée, mais qui néanmoins se
révèle être d'une grande utilité pratique.
Peut-être est-ce là ce à quoi se référait
Rodrigué lorsqu’il évoquait ce patient dont personne n'a
jamais écrit l'histoire, et dont personne ne pourra jamais
l'écrire.
Ma manière de définir le problème
laisse penser qu'une telle étude est d'avance impossible, puisqu'une
analyse idéale n'existe pas; je suis bien d'accord sur ce point. Il n'en
est pas moins vrai que, parfois de façon permanente, d'autres fois de
façon discontinue, le cadre, de simple arrière-plan d'un ensemble,
d'une Gestalt, devient une figure, c'est-à-dire un processus. Mais
même dans de tels cas, il ne s'agit pas du même processus que celui
de la situation analytique elle-même, parce que chaque fois que viennent
à se produire des « défauts » dans le cadre, nous avons
toujours tendance à le maintenir ou à Ie restaurer à coup
d'interprétation; c'est là une attitude tout à fait
différente de celle que nous adoptons à l'intérieur du
processus analytique lui-même. En ce sens, ce qui m'intéresse,
c'est précisément d'examiner la signification psychanalytique du
cadre lorsqu’il ne fait pas problème, dans l'analyse «
idéale » (ou bien aux moments ou aux stades où elle se
présente comme telle). Ainsi, ce qui m'intéresse c'est la
psychanalyse du cadre lorsqu'il se maintient et non pas lorsqu'il se rompt,
quand il demeure un ensemble de constantes et non pas quand il s'est
transformé en variables. Le problème que je désire
approfondir concerne les analyses où le cadre ne fait pas problème
- dans le but, très précisément, de montrer qu’il est
un problème - un problème qui n'a cependant été
jusqu'ici ni défini ni reconnu.
Une relation humaine qui dure
des années, au sein de laquelle se maintient un ensemble de normes et
d'attitudes n'est rien moins qu'une véritable définition de l'institution. Le cadre est donc une institution à
l'intérieur des limites de laquelle se produisent certains
phénomènes auxquels nous donnons le nom de comportement. Ce qui
m'a conduit à faire cette étude a été, en partie,
une série de séminaires sur la psychologie institutionnelle, et
également mon expérience (bien qu'actuellement limitée)
dans ce domaine. Ce qui s'est imposé à moi comme évidence
c'est que toute institution est une partie de la personnalité de
l'individu; et cela au point que l'identité est toujours
entièrement, ou en partie, institutionnelle au sens qu'au moins une
partie de l'identité se structure par l'appartenance à un groupe,
à une institution, à une idéologie, à un parti, etc.
Fenichel (1945) a écrit : « il est hors de doute que les structures
de l'individu créées par les institutions contribuent à
conserver ces mêmes institutions ». Mais outre cette interaction
entre individu et institution les institutions fonctionnent toujours à
des degrés variés comme délimitations de limage du corps et
comme le noyau de base de l'identité.
Le cadre se maintient et a
tendance à être maintenu (activement de la part du psychanalyste)
comme invariable ; et aussi longtemps qu'il existe en tant que tel il semble ne
pas exister ou il n'entre pas en ligne de compte, de la même
manière que nous ne devenons conscients des institutions ou des relations
humaines, que lorsqu'elles font défaut, lorsqu'elles se bloquent ou ont
cessé d'exister (je ne me rappelle plus qui a dit de l'amour et des
enfants qu'on ne reconnaît leur existence que lorsqu'ils pleurent). Mais
précisément quelle est la signification du cadre lorsqu'il est
maintenu, lorsqu il « ne pleure pas » ?. C’est là, en
tout cas, le problème de la symbiose, qui est « muette » et
n'apparaît que lorsqu'il y a rupture ou menace de rupture. C'est aussi ce
qui se produit, avec l'image du corps dont l'étude a commencé avec
la pathologie qui en révéla en premier lieu l'existence. De la
même façon que nous parlons du « membre fantôme »,
il nous faut admettre que les institutions et le cadre constituent toujours un « monde fantôme », celui de l'organisation la
plus primitive et la moins différenciée. Ce qui est toujours
là ne se remarque que lorsqu il vient à faire défaut; il
nous semble permis d'appliquer au cadre le néologisme utilisé par
Wallon pour ce qu'il appelait les « ultra-choses » (ultra-things),
c'est-à-dire tout ce qui, dans l'expérience, apparaît comme
étant vague, indéfini, sans conceptualisation ou sans connaissance
qui y soit applicable. Ce qui va constituer le Moi ce ne sont pas seulement les
relations régulières et stables avec les objets et les
institutions, mais les frustrations et les gratifications ultérieures
qu'elles apportent. De ce qui est toujours présent, il n'y a pas de
perception consciente. La conscience de l'objet qui manque ou qui gratifie vient
plus tard; le premier pas est la perception d'une certaine «
incomplétude ». Ce qui existe dans la perception consciente de
l'individu est ce que l'expérience lui a appris pouvoir manquer. D'autre
part, les relations stables ou immuables (les non-absences) sont celles qui
organisent et préservent le non-Moi et servent de base pour la
construction du Moi selon les expériences frustrantes et gratifiantes. Le
fait que le non-Moi ne soit pas perçu ne signifie pas qu’il
n'existe pas psychologiquement pour l'organisation de la personnalité. La
connaissance d'une chose n'apparaît que dans l'absence de cette chose,
jusqu’à ce qu'elle se soit introjectée comme objet interne.
Mais ce dont nous ne nous apercevons pas n'en est pas moins présent. Et
'C'est précisément pour cette raison que le « monde
fantôme » est également présent dans le cadre,
même lorsque celui-ci n'a pas été rompu.
Il me
faut à nouveau faire une digression qui, je l'espère, fournira
davantage d'éléments pour la présente étude.
Jusqu'à une époque récente, nous avons travaillé
confortablement dans les domaines de la science, du langage, de la logique,
etc., sans nous rendre compte que tous ces phénomènes du
comportement (je ne m'y intéresse que dans la seule mesure où ce
sont des comportements, c'est-à-dire des 'phénomènes
humains) se présentent dans un contexte de présupposés que
nous ignorions ou dont nous pensions qu'ils étaient inexistants ou
invariables; mais à l'heure actuelle nous savons que la communication
recèle une méta-communication, la science une méta-science,
la théorie une méta-théorie, le langage un
méta-langage, etc. Qu'on fasse varier le « méta-», et le
contenu va varier du tout au
tout[3].
Ainsi le cadre est
constant et il est de ce fait un facteur déterminant dans les
phénomènes qui régissent les processus du comportement.
Autrement dit, le cadre est un méta- comportement, et les
phénomènes que nous allons distinguer en tant que comportement en
dépendent. Il est l'implicite dont dépend l'explicite.
Le
méta- comportement fonctionne comme ce que M. et W. Baranger ont
appelé un « rempart », dans la phase où l'analysant
essaie de ne pas prendre le risque de faire infraction à la règle
fondamentale. En ce qui concerne le méta- comportement, ce qui
m'intéresse c'est l'analyse des cas où la règle
fondamentale est pleinement respectée, et je me préoccupe
précisément de l'examen de ce bon fonctionnement de la
règle. Je suis d'accord avec les auteurs cités plus haut pour
considérer la relation analytique comme une relation symbiotique ; mais
dans les cas où la règle est respectée et remplie, le
problème réside dans le fait que c'est le cadre lui-même qui
est le récepteur de la symbiose, et que cette dernière
n'apparaît pas comme présente dans le processus analytique
lui-même. La symbiose avec la mère (immuabilité du non-Moi),
permet à l'enfant de développer son Moi. Le cadre a une fonction
comparable ; il agit comme support, comme étai, cependant nous ne le
percevons, pour le moment, que lorsqu’il se modifie ou se casse. Le «
rempart » le plus puissant, le plus durable, et en même temps le
moins apparent, c'est bien celui qui repose sur le cadre.
Je veux
maintenant illustrer la description que je viens de faire du cadre à
l'aide d'un exemple. Il s'agit d'un patient, Mr A.,- au caractère
phobique et dont la dépendance intense est dissimulée sous une
indépendance réactionnelle. Pendant longtemps, il oscilla entre
l'hésitation, le désir et la peur d'acheter un appartement dans
une transaction qui s'était avérée interminable. A un
moment donné il vient à savoir - par hasard que j'avais quelque
temps auparavant acheté un appartement qui était encore en cours
de construction, et cette découverte fut le point de départ d'une
période d'anxiété et d'acting-out.
Un jour il
m'informa de ce qu'il avait appris, et, j'ai alors interprété sa
réaction : sa manière de m'en parler comportait le reproche
à mon égard de ne pas l'avoir mis au courant de mon acquisition
alors que je savais que c'était pour lui un problème fondamental.
Il essaya d'ignorer ou d'oublier l'incident, manifestant de très fortes
résistances chaque fois qu'avec insistance j'établissais un lien
entre ce fait et son acting-out, jusqu'à ce que de puissants sentiments
de haine; d'envie, de frustration, mêlés d'attaques verbales,
fassent leur apparition, suivis d'un sentiment de détachement et de
désespoir.
Comme nous avancions dans l'analyse de ces situations, l'
« arrière-plan » de son expérience enfantine
commença graduellement à émerger à partir du
récit des différents souvenirs. A la maison, ses Parents n'avaient
jamais rien fait sans l'informer ou le consulter au préalable; tous les
détails du développement de la vie familiale avaient
été connus par lui. A partir de l'apparition de ces souvenirs et
de l'interprétation que j'en donnais, à l'encontre d'une grande
résistance, il se mit à m'accuser d'avoir brisé notre
relation et se dit désormais dans l'incapacité de me faire
confiance. Des fantasmes de suicide, des conduites de désorientation, des
confusions fréquentes et des symptômes hypocondriaques n'ont pas
tardé à faire leur
apparition.[4]
Pour le patient
quelque chose s'était brisé, quelque chose de l'ordre du c'est
ainsi et du ce doit nécessairement être comme ça a toujours
été, il était incapable de concevoir que les choses
puissent être autrement. Ce qu'il exigeait c'était une
répétition de ce qui avait été vécu, de ce
qui, pour lui « avait toujours été ainsi », exigence ou
configuration qu'il était toujours parvenu à maintenir à
travers sa vie jusque-là, en restreignant ou en limitant son Moi dans les
relations sociales, en imposant à ces relations un contrôle
rigoureux et en exigeant de la part de ses objets une forte
dépendance.
Je veux ici, à Partir de cet exemple, souligner
comment, parce que le cadre était respecté, la «
non-répétition » a mis à jour l'élément
le plus stable et le plus permanent de sa personnalité, son « monde
fantôme ». Le transfert illusoire (Little) ou la partie psychotique
de sa personnalité était un non-Moi qui constituait la toile de
fond de son Moi et de son identité. Ce n'était qu'à partir
de la « non-satisfaction » de son « monde fantôme »
qu'il pouvait percevoir que mon cadre était différent du sien et
que, avant même cette « non-satisfaction », son « monde
fantôme » existait déjà. Il me faut ici insister
cependant sur le fait que le maintien du cadre est bien ce qui a conduit
à l'analyse de la partie psychotique de sa personnalité. La
question importante n'est pas quelle part de ces phénomènes est
attribuable à la frustration ou à la rencontre brutale avec la
réalité (le cadre), mais plutôt quelle part n'apparaît
pas et ne sera donc vraisemblablement jamais analysée. Il est dans mon
pouvoir, non pas d'apporter à cette question une réponse, mais
seulement de délimiter le problème. Cela peut se comparer à
ce qui se passe dans le cas d'un trait de caractère qui doit être
transformé en symptôme afin de pouvoir être analysé,
c’est-à-dire cesser d'être « syntone au Moi »
(ego-syntonic). Ne devrait-on pas, à l'égard du cadre, adopter la
même pratique que dans l'analyse du caractère ? Le problème
diffère, cependant, et il est plus complexe, puisque le cadre n'est pas
syntone au Moi, d'une part, et que de l'autre, il est la toile de fond sur
laquelle le Moi et l'identité de l'individu sont construits; en outre, il
est fortement séparé par rapport au processus analytique,
c'est-à-dire par rapport au Moi qui module le transfert
névrotique.
Même si l'on adopte le point de vue que, dans le
cas évoqué plus haut, ce matériel aurait de toutes les
façons émergé puisqu'il était là, le
problème de la signification psychanalytique du cadre reste
entier.
Pour résumer, on pourrait- dire que le cadre (ainsi
défini en tant que problème) est la compulsion de
répétition la plus
parfaite[5] et qu'en
réalité il y a deux cadres, celui qui est proposé et
maintenu par l'analyste et consciemment accepté par le patient et celui
du « monde fantôme » sur lequel le patient
projette[6]. Ce dernier
représente la compulsion de répétition la plus parfaite,
puisqu'il en est l'exemple le plus complet, le moins connu et le moins
facilement décelable. Rodrigué (1966) parle d'un « transfert
suspendu » et « d'une difficulté qui surgit parce que nous
parlons -d'un phénomène qui, s'il existait dans sa forme la plus
épurée, devrait nécessairement être muet par
définition ».
Il m'a toujours paru surprenant et passionnant de
relever, dans l'analyse des psychotiques, cette coexistence d'un total
déni de l'analyste avec une sensibilité exagérée
à la moindre infraction de n'importe quel détail de «
l'habituel » (c'est-à-dire du cadre) et comment le patient peut se
troubler et devenir violent, par exemple, pour une différence de quelques
minutes dans le commencement ou la fin de la séance. Maintenant je
comprends mieux : ce qui se déstructure alors est son «
méta-Moi » qui est, pour une bonne part, tout ce qu'il
possède. Je pense que l'on conclut hâtivement lorsque l'on passe
son temps à parler de « l'attaque » du cadre dans les cas
où le patient n'y adhère pas. Le patient y apporte ce qu'il a, et
ce qui est en cause n'est pas toujours une « attaque », mais sa propre
organisation bien que désordonnée.
Dans le transfert
psychotique, ce n'est pas l'affect qui est transféré mais «
une situation totale, l'ensemble du développement » (Lagache), il
serait peut-être préférable de dire, l'ensemble d'un «
non-développement ». Pour Mélanie Klein, le transfert
reproduit les relations d'objet primitives, mais je pense que ce qui est encore
plus primitif (la non-différenciation) se répète dans le
cadre. L'ambiguïté du « comme si » de la situation
analytique étudiée par W. et M. Baranger (1961-1962) ne couvre pas
« tous les aspects du champ analytique », selon leur formule, mais
seulement le processus. Le cadre n'admet pas d'ambiguïté ni de la
part du patient ni de la part de la technique de l'analyste. Chaque cadre est,
et n'admet aucune ambiguïté. De la même façon, je pense
que le phénomène de participation (Lévy-Bruhl) ou de
syncrétisme reconnu par ces auteurs dans la situation analytique, ne se
réfère en fait qu'au cadre.
Jaques (1955) affirme que
les institutions sociales sont inconsciemment utilisées en tant que
défense contre l'anxiété psychotique. Je les crois, quant
à moi, dépositaires de la partie psychotique de la
personnalité, c'est-à-dire de la partie
non-différenciée et non-dissoute des liens symbiotiques primitifs.
Des anxiétés psychotiques se produisent à
l'intérieur de l'institution, et, dans le cas de la situation
psychanalytique, à l'intérieur de ce que nous avons décrit
comme étant le processus, - à savoir ce qui « est mobile
» par rapport à ce qui ne lest pas : le cadre. Reider (l 953) a fait
la description de différents types de transferts sur l'institution
plutôt que sur le thérapeute, et il y apparaît que la
psychanalyse en tant qu'institution fonctionne comme moyen de restaurer le
sentiment perdu de la toute-puissance grâce à la participation au
prestige d'une grande institution. Je pense que l'important ici est de
considérer la situation psychanalytique comme une institution en
elle-même, spécialement quant à son cadre.
Le
développement du Moi, dans l'analyse, dans la famille, ou au sein de
n'importe quelle institution, dépend de l'immuabilité du non-Moi.
Cette dénomination de non-Moi nous le donne à penser comme quelque
chose de non-existant, alors qu'il existe réellement et à ce point
que c'est de ce « méta-Moi » que dépend la
possibilité même de la formation et du maintien du Moi. De sorte
que nous pourrions affirmer que l'identité dépend de la
manière de gérer ou de maintenir le non-Moi. A toute variation
dans le méta-comportement vont correspondre des changements à des
degrés probablement équivalents en quantité et en
qualité dans l'ensemble du Moi. Garcia Reinoso (1956) a affirmé
qu'il est tout aussi vrai de dire du non-Moi ce qu’affirme Freud au sujet
du Moi, c'est-à-dire qu'il est corporel. Nous pourrions aller
jusqu'à ajouter ceci : que le non-Moi est un Moi différent, ayant
des caractéristiques distinctes, que je propose (Bleger, 1967) d'appeler Moi syncrétique. Cette proposition implique qu'il n'y a pas
seulement un sens de la réalité, ni un manque de ce même
sens : il y a des structures différentes du Moi et du sens de la
réalité.
Le non-Moi est le fond (back-ground) ou le
cadre du Moi organisé : le non-Moi et le Moi sont le « fond »
et la « figure » d'un même ensemble. Entre le Moi et le non-Moi,
ou entre les parties névrotique et psychotique de la personnalité,
il n'y a pas dissociation mais clivage, ainsi que je l'ai établi dans une
étude antérieure.
Mlle N., une patiente à la
personnalité à la fois très rigide et limitée, avait
toujours vécu à l'hôtel avec ses parents dans
différents pays; la seule chose qu'elle portait toujours avec elle
était une petite image. La relation insatisfaisante avec ses parents et
les déménagements répétés avaient fait de
cette image son « cadre », qui lui donnait l'élément
immuable (non-change) de son identité.
Le cadre est la partie la
plus primitive de la personnalité, c'est l'élément
fusionnel Moi-corps-monde, de l'immuabilité de laquelle dépendent
la formation, - l’existence et la différenciation (du Moi, de
l'objet, de l'image du corps, du corps, de l'esprit, etc.) . Les patients qui
ont des tendances à « l'acting-in », ou les psychotiques,
apportent également « leur propre cadre » et l'institution
de leur relation symbiotique primitive; cependant, ils ne sont pas les seuls
à le faire ; tous les patients l'apportent avec eux. C'est ainsi que nous
sommes mieux à même de comprendre la situation catastrophique qui,
à un degré ou à un autre, survient toujours lors de la
rupture par l'analyste du cadre, c'est-à-dire lors des vacances, de
modifications d'horaire, etc... car ces ruptures sont les occasions de
l'ouverture d'une « brèche » par laquelle s'infiltre une
réalité qui apparaît au patient comme catastrophique; «
son » cadre, son « monde fantôme » demeurent sans
réceptacle, et l'évidence s'impose à lui que son cadre
n'est pas le cadre psychanalytique, ainsi que cela se produisit dans le cas de
M.A.
Je souhaite maintenant donner l'exemple d'une « brèche
» que le patient a maintenue jusqu'à ce qu'il ressente le besoin de
recouvrer sa toute-puissance, « son » cadre.
M. Z. fils unique
d'une famille qui, dans son enfance, était riche et jouissait d'une
position sociale influente, vivait dans un vaste et luxueux hôtel
particulier avec ses parents et ses grands-parents ; il était l'objet de
toutes leurs sollicitudes. Par la suite, pour des raisons politiques, une partie
importante de leurs possessions furent expropriées, ce qui entraîna
déclin et ruine. L'ensemble de la famille tenta d'abord, au prix de
grands efforts, de maintenir l'apparence d'une vie de riches, mais ses parents
à lui finirent par déménager dans un appartement exigu et
par accepter. de prendre une activité professionnelle (la mort des
grands-parents était entre temps survenue). Mais alors que sa famille
finit par accepter et affronter le changement, lui continua à vouloir
maintenir la façade. Il se coupa de ses parents pour s'engager dans la
profession d'architecte et en vivre. et il réussit si bien à
camoufler sa grande insécurité et son instabilité
économique que tout le monde le crut riche. Il vivait et entretenait le
fantasme que « rien ne s'était produit », préservant de
la sorte le monde sûr et idéalisé de son enfance, son «
monde fantôme ». L'impression qu'il me produisit au cours du
traitement était celle d'une personne « aisée »,
appartenant à la classe socialement et économiquement
supérieure, qui, sans l'ostentation du parvenu, maintenait l'air discret
de sécurité, de dignité et de supériorité, de
quelqu'un qui se situe au-delà des « misères* » et des
« mesquineries » de la vie, y compris de l'argent.
Le cadre a
d'abord été bien maintenu, le patient payait
régulièrement et avec ponctualité. A mesure que
s'approfondit l'analyse du clivage de sa personnalité avec celle de sa
double existence dans deux univers, il commença à me devoir de
l'argent, à manquer de ponctualité, et à évoquer -
avec de grandes difficultés - ses problèmes financiers ressentis
par lui comme « très humiliants ». La rupture du cadre, ici,
signifiait un éclatement certain de son organisation toute-puissante,
l'apparition d'une « brèche » qui devint la voie où
« attaquer » sa toute-puissance (le monde sûr et stable de son
enfance). Le plein respect du cadre permettait de recevoir le dépôt
de son monde magique omnipotent, de sa dépendance infantile, de son
transfert psychotique. Son fantasme le plus profond était que l'analyse
allait renforcer cette toute-puissance et lui ferait retrouver son « monde
fantôme ». « Vivre » dans le passé, telle
était l'organisation fondamentale de son existence.
Le
matériel suivant vient d'une séance qui eut lieu à la suite
d'un accident. au cours duquel ses parents furent gravement blessés. Lors
de la séance précédente il m'avait payé une partie
de sa dette, et il commença. la séance dont il est maintenant
question en me déclarant qu’il, m'avait versé autant
d'argent qu'il m'en devait encore. Il ressentait sa dette « comme une
brèche, comme quelque chose qui manquait ». Après un silence,
il poursuivit : « Hier, j'ai eu un rapport sexuel avec ma femme et au
commencement j'étais impuissant et cela m'a fait peur » (il avait
été impuissant au début de son mariage). Je lui
interprétais cela en lui disant que maintenant qu'il avait à
suivre une situation difficile à cause de l'accident de ses parents, il
désirait retrouver la sécurité dont il jouissait dans son
enfance, ses parents et ses grands-parents à l'intérieur de
lui-même, et que la relation avec sa femme, avec moi, et avec la
réalité présente le rendaient impuissant à accomplir
ce vœu. Il ressentait un besoin de colmater la brèche en
s'acquittant de l'ensemble de sa dette, de telle sorte que l'argent puisse
disparaître entre nous deux, et de telle sorte que moi-même et tout
ce qui le faisait souffrir maintenant, puissions disparaître
également. Il répliqua que le jour précédent il
avait eu la pensée qu'en fait il n'avait besoin de sa femme que par
incapacité d'être seul, et qu'elle n'était qu'un simple
surcroît dans sa vie. J'ai interprété qu'il désirait
aussi que je satisfasse ses besoins de réalité (reality-needs)
afin de les faire disparaître et qu'il puisse, lui, revenir ainsi à
la sécurité de son enfance et à son fantasme de
réunification avec ses grands-parents, son père et sa mère,
exactement comme dans ses premières années.
Après un
silence, il dit que lorsqu'il entendait le mot fantasme, il trouvait cela
étrange que je puisse employer ce terme, et qu'il avait peur de devenir
fou. Je lui répliquai qu'il me demandait de lui redonner toute la
sécurité de son enfance, qu'il essayait de préserver
à l'intérieur de lui-même , afin de pouvoir faire face
à la situation difficile et que, d'autre part, il était en train
d'éprouver le sentiment que moi-même et la réalité
avec ses besoins et ses souffrances, étions en train de nous infiltrer
par la brèche ouverte que sa dette avait créée entre nous.
Il a terminé la séance en évoquant un travesti; j'ai
interprété qu'il se sentait lui-même travesti : par moments
le riche fils unique, par moments son père, par moments sa mère,
par moments son grand-père, et dans chacun de ses rôles à la
fois pauvre et riche.
Toute variation dans le cadre amène le
non-Moi à un état de crise, « dément », la fusion
« défie » le Moi, et impose la réintrojection, la
ré-élaboration du Moi, ou suscite une ré-organisation des
défenses pour immobiliser ou projeter à nouveau la partie
psychotique de la personnalité. M. Z. pouvait accepter l'analyse de
« son » cadre jusqu'au moment où, défensivement, il lui
était d'une nécessité vitale de le recouvrer; ce qui est
important ici est que son « monde fantôme » apparaît et
est mis en question à travers les « défauts » du cadre
(sa dette) et que le recouvrement de son « monde fantôme »
était lié au respect minutieux de mon cadre,
précisément afin de m'ignorer ou de me
détruire.
Le phénomène souvent
évoqué de la réactivation des symptômes à la
fin d'un traitement psychanalytique trouve son explication également dans
une mobilisation et une régression du Moi attribuable à une
mobilisation du « méta-Moi ». Ce qui était le fond
devient figure[7]. De cette
façon, il est possible de considérer le cadre comme une «
accoutumance » (« addiction ») qui, si elle n'est pas
analysée systématiquement, peut prendre la forme d'une
organisation stable, et fournir le fondement d'une organisation de la
personnalité à partir de laquelle l'individu forme un Moi «
ajusté » et qui prend pour modèle les institutions dont il
fait partie. C'est là, je pense, la base de ce que Alvarez de Toledo,
Grinberg et Langer (1966) ont appelé « le caractère
analytique », que les existentialistes nomment existence « factice
» et que nous reconnaîtrions comme « Moi factice » [8].
Ce « Moi factice »
est un « Moi d'appartenance » ; il est constitué et soutenu par
l'admission du sujet dans une institution (laquelle peut aussi bien être
la relation thérapeutique, la société psychanalytique, un
groupe d'étude ou n'importe quelle autre institution); il n'y a pas
là de « Moi intériorisé » qui donnerait au sujet
sa stabilité interne.
Disons en d'autres termes, que sa
personnalité toute entière est un composé de «
personnages », c'est-à-dire de rôles ou, pour s'exprimer
autrement, que sa personnalité toute entière est une
façade. J'évoque ici le « cas extrême » mais on
est bien obligé de tenir compte des variations quantitatives puisqu'il
n'y a aucun moyen d'abolir complètement ce « Moi factice », ce
qui ne me paraît pas, d'ailleurs, nécessaire en soi.
Le «
pacte » ou réaction thérapeutique négative
représente une parfaite fixation du « non-Moi » du patient dans
le cadre et même sa non-reconnaissance et son acceptation par le
psychanalyste ; qui plus est, nous pourrions dire que la réaction
thérapeutique négative est une réelle perversion de la
relation transfert- contre-transfert. « L'alliance thérapeutique
» est, par contre, une alliance que fait le thérapeute avec la
partie la plus saine du patient (Greenacre, 1959) ; mais ceci est vrai en ce qui
concerne le processus, et non le cadre. En ce qui concerne ce dernier,
l'alliance est établie avec la partie psychotique (ou symbiotique) de la
personnalité du patient (la question de savoir s'il en est de même
pour la partie correspondante de la personnalité du psychanalyste reste
encore pour moi sans réponse) [9]
Winnicott (1947) écrit
: « Pour le névrosé, le divan, la chaleur et le confort
peuvent être symboliques « de l'amour maternel » ; pour
le psychotique, il serait plus juste de dire que ces mêmes choses sont
réellement l'expression physique de l'amour de l'analyste. Le divan
est le giron ou la matrice de l'analyste, et la chaleur est la chaleur vivante
du corps de l'analyste. Et ainsi de suite ».
Quand au cadre, il
est toujours la partie la plus régressive, la plus psychotique du patient
(cela est vrai pour tous les types de patients). Le cadre est une
présence permanente, comme le sont les parents pour l'enfant. Sans eux,
aucun développement possible du Moi ; cependant maintenir le cadre
au-delà de sa fonction nécessaire, ou éviter le moindre
changement de relation à l'égard du cadre ou à
l'égard des parents, peut entraîner une paralysie du
développement. Rodrigué, dans son livre sur le transfert (1966),
compare le processus psychanalytique au processus de l'évolution.
On
a mis l'accent sur le fait que le Moi de l’enfant s'organise en accord
avec la mobilité du milieu qui suscite ses besoins et y pourvoit. Ce qui
du milieu n'engendre pas de besoins, passe inaperçu et subsiste comme
arrière-plan dans la structure de la personnalité, fait qui
jusqu'ici n'a pas reçu la considération qu'il
mérite.
Au cours de toute analyse, y compris celle dont le cadre est
idéalement maintenu, il faut que celui-ci devienne un objet d'analyse. Je
ne veux pas insinuer que cela ne se fait pas dans la pratique de chacun; mon
objet est de souligner la signification ou l'importance de ce qui se fait ou ne
se fait pas. La dé-symbiotisation de la relation analyste-patient est
seulement atteinte à travers l'analyse systématique du cadre au
bon moment. Et c'est ici que nous allons probablement rencontrer la
résistance la plus forte parce quil s'agit de quelque chose qui n'a pas
été refoulé mais clivé et jamais
différencié; son analyse ébranle le Moi et
l'identité la plus mûre qu'ait pu atteindre le patient. Dans de
tels cas, nous n'interprétons pas le refoulé; nous livrons cours
au processus secondaire. L'interprétation se fait non pas à partir
des lacunes de la mémoire mais à partir de ce qui n'a jamais
été mémorisé. Il ne s'agit pas, non plus,
d'identification projective; c'est l’expression du syncrétisme ou
de la « participation » du patient.
Le cadre fait partie de
l'image du corps du patient : c'est l'image du corps dans son aspect non encore
structuré et différencié. C'est aussi quelque chose de
différent de l'image du corps proprement dite ; c'est la
non-différenciation de l'espace corporel (body-space) et de la situation
du corps (body setting). C'est la raison pour laquelle l'interprétation
de gestes et d'attitudes corporelles est si souvent ressentie comme
persécutive parce que nous ne remuons pas tant le Moi du patient que son
« méta-Moi ».
Je voudrais maintenant
présenter un exemple ultérieur qui a également pour
particularité de ne pas me permettre de décrire le « mutisme
» du cadre mais le moment de sa mise à jour, c'est-àdire le
moment où il a cessé d'être muet. J'ai déjà
comparé le cadre à l'image du corps, dont l'étude a
précisément commencé avec la prise en considération
de ses troubles. Dans ce cas, le cadre du psychanalyste était
lui-même vicié.
Un. collègue présentait à
une séance de contrôle l'analyse d'un patient dont la
névrose de transfert avait fait l'objet de ses interprétations
depuis plusieurs années; mais le cas s'était avéré
à ce point difficile à traiter qu'il avait ressenti le besoin de
le soumettre au contrôle. Le patient « respectait » le cadre, et
dans* ce sens « il n'y avait pas de problèmes »; il associait
bien; il n'y avait pas d'acting out; et l'analyste exerçait une
interprétation adéquate à l'intérieur du champ par
lui délimité. Mais le patient et le thérapeute se
tutoyaient parce que le patient l'avait proposé depuis le début de
son analyse, et que le thérapeute avait accepté sa proposition. Il
a fallu plusieurs mois d'analyse du contre-transfert du thérapeute avant
que celui-ci « ose » finalement corriger cette forme familière
de locution, et ne donne au patient une interprétation de ce qui se
passait et de ce qui pouvait se dissimuler là. L'abandon mutuel du
tutoiement familier à la suite de son analyse systématique, mit en
lumière la relation narcissique du patient et son contrôle
tout-puissant, et la manière dont la personne et le rôle de
l'analyste avait été annulée par le biais de cette
familiarité.
En proposant cette forme familière de locution,
le patient avait imposé son propre cadre, débordé celui de
l'analyste, le détruisant en fait. L'analyste fut contraint
d'entreprendre un travail qui requit un effort trop important lors des
séances avec son patient (et dans son contre-transfert) ; cela
entraîna une modification intensive du processus analytique et une rupture
du Moi du patient, qui survivait dans des conditions de grande
insécurité et avec un « spectre »
d'intérêts extrêmement limité, avec des inhibitions
intensives et extensives. La modification de la forme - de locution à
travers l'analyse conduisit à la conclusion qu'on était en
présence non pas d'un caractère obsessionnel phobique mais d'une
simple schizophrénie avec la « façade » d'un
caractère phobo-obsessionnel.
Je ne crois pas qu’il eut
été suffisamment efficace de procéder à une
modification du tutoiement dès le début, puisque
l'analyste-élève n'avait pas encore acquis suffisamment
d'expérience technique pour prendre en charge un patient avec une
organisation fortement narcissique. L'analyste ne doit pas se permettre
d'utiliser une forme familière de locution mais il lui est en revanche
permis de l'accepter de la part de son patient et de l’analyser au moment
approprié (qu'il m'est impossible d'indiquer rétrospectivement).
L'analyste doit accepter le cadre qu'apporte le patient (lequel est son
méta-Moi) parce que c'est là que la symbiose primitive non
résolue se trouve ramassée. Mais nous sommes contraints
d’affirmer, en même temps, que le fait d'accepter le «
méta-Moi » du patient (le cadre) ne signifie pas qu'on doive
abandonner son propre cadre, car il est le seul moyen dont on dispose pour
analyser le processus et pour transformer le cadre lui-même en processus.
Toute interprétation du cadre (non-altéré) touche la partie
psychotique de la personnalité. Cela constitue ce que j'ai appelé
une interprétation clivée. Mais toute relation analyste-patient en
dehors du cadre strictement défini (comme dans l'exemple que nous venons
d'étudier), aussi bien que les relations « extra-analytiques »,
permet au transfert psychotique de se dissimuler et favorise le
développement du « caractère psychanalytique
».
Une autre patiente, Madame C., maintint son cadre
jusqu'à ce que sa grossesse soit bien avancée. Elle ne m'avait
jamais serré la main depuis le début de la cure, mais à
partir de ce moment elle cessa de me saluer aussi bien en arrivant qu'en
partant. J'ai fortement résisté à inclure dans mes
interprétations qu'elle ne me saluait plus, mais je voyais que cela
représentait la mobilisation de sa relation symbiotique avec sa
mère, dont les composantes très persécutives s'activaient
à cause de sa grossesse. La pratique de ne pas se serrer la main en
arrivant et en partant a été maintenue mais là
réside une partie de son « cadre », qui diffère «
du mien ». Je crois même que la situation est encore plus complexe,
car le fait de, ne pas se serrer la main n'est pas un simple détail qui
manque à l’achèvement du cadre, c'est un témoignage
de ce qu'elle possède un autre cadre, une autre Gestalt qui n'est
pas la mienne (celle de la cure psychanalytique) et dans laquelle sa relation
idéalisée avec sa mère reste clivée. Plus nous avons
affaire à la partie psychotique de la personnalité, plus nous
devons tenir compte du fait qu'un détail n'est pas seulement un
détail, mais l'expression d'une Gestalt, c'est-à-dire d'une
organisation aux structures spéciales.
Pour résumer,
nous pouvons dire que le cadre du patient est l'expression de sa fusion la plus
primitive avec le corps de sa mère, et que le cadre du psychanalyste doit
permettre de rétablir la symbiose originelle afin de pouvoir la modifier.
L'éclatement du cadre, ainsi que son maintien idéal ou normal sont
des problèmes d'ordre technique ou théorique, mais ce qui peut
fondamentalement bloquer toute possibilité de cure profonde c'est
l'éclatement introduit ou admis dans le cadre par l'analyste
lui-même; ce qui veut dire, en d'autres termes, que la dépendance
et l'organisation psychologique les plus primitives du patient ne peuvent
être analysées qu'à l'intérieur du cadre de
l'analyste, lequel ne doit être ni ambigu, ni fluctuant, ni
altéré.
Résumé
Je propose de nommer « situation psychanalytique » la
totalité des phénomènes en jeu dans la relation
thérapeutique entre analyste et patient. Cette situation comprend des
phénomènes qui constituent un processus, lequel est objet
d'études, d'analyse et d'interprétation; mais elle comprend en
outre un cadre, à savoir un « non-processus », en ce sens qu'il
représente l'ensemble des constantes à l'intérieur des
limites duquel le processus lui-même se produit. La relation entre ces
deux éléments fait l'objet de la présente étude, et
le cadre est défini comme l'ensemble des constantes à
l'intérieur duquel le processus (les variables) a lieu. L'objectif
principal est d'examiner non pas la rupture du cadre, mais sa -signification
psychanalytique lorsque des conditions « idéalement normales »
sont maintenues.
Ainsi le cadre est étudié en tant
qu'institution à l'intérieur des limites de laquelle des
phénomènes se produisent que nous nommons « 'comportements
». En ce sens, le cadre est « muet », mais non pas inexistant. Il
constitue le non-Moi du patient, sur la base duquel le Moi se 'structure. Ce
« non-Moi » est le « monde fantôme » du patient, qui
réside dans le cadre et représente un «
méta-comportement ».
Le rôle du cadre est illustré
à partir de quelques exemples cliniques qui révèlent le
dépôt dans le cadre de l' « institution familiale » la
plus primitive du patient. Il est ainsi la compulsion de
répétition la plus parfaite, qui fait émerger la
non-différenciation primitive des premiers stades de l'organisation de la
personnalité. Le cadre en tant qu’institution est le
réceptacle de la partie psychotique de la personnalité,
c'est-à-dire de la partie non-différenciée et
non-résolue des liens symbiotiques primitifs. La signification
psychanalytique du cadre ainsi défini est ensuite examinée ainsi
que la pertinence de ces considérations en ce qui concerne le travail
clinique et la technique psychanalytique.
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[1] Le texte espagnol de cet
article a été lu au Deuxième Congrès Psychanalytique
d'Argentine, à Buenos-Aires, en juin 1966. La version anglaise a paru
dans
l’International Journal of Psycho-Analysis, 1966, 48, 511-519.
La présente traduction française est de P. Hutchinson, R.
Kaës et D. Anzieu.
[2] Nous pouvons comparer ici
cette terminologie avec celles qu'ont respectivement utifisée Liberman
(196 2) et Rodrigué (1966).
[3] Cette variation dans le
« méta » ou variation des présupposés fixes ou
constants est l'origine de la géométrie non-euclidienne et de
l'algèbre booléenne (Lieber, 1960). En psychothérapie,
chaque technique a ses présupposés (son cadre) et par suite, ses
propres « contenus » ou processus.
[4] Comme le décrit Little
(1958) chez des patients dont le transfert est illusoire, des associations
corporelles avec des expériences extrêmement archaïques ont
commencé à faire leur apparition chez mon patient. Lorsqu'il s'est
senti immobilisé il a associé avec le fait que,
bébé, il avait été enveloppé dans des bandes
qui le maintenaient dans l’immobilité. Lie non-Moi du cadre
comprend le corps et si le cadre vient à se rompre, les limites du Moi
doivent être recouvertes par des symptômes hypocondriaques.
[5] Cette compulsion de
répétition n'est pas seulement une façon de se souvenir,
c'est aussi une façon de vivre une exigence vitale.
[6] Wender (1966) a dit qu'il y a
deux patients et deux analystes, ce à quoi maintenant j'ajoute : deux
cadres.
[7] C'est sans doute ce qui a
conduit certains auteurs (Christoffel, 1952) à employer la rupture du
cadre comme technique (abandonnant le divan et pratiquant la séance en
face à face), point de vue auquel je ne souscris pas.
[8] J'ai traité de
façon plus approfondie la question du « Moi factice » et du
« Moi syncrétique », du « Moi corporel » et du «
Moi intériorisé » dans un autre ouvrage (Bleger, 1967).
[9] Je ne crois pas que ce
transfert psychotique clivé qui a été projeté sur le
cadre soit la conséquence du refoulement d'une amnésie
infantile.