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Raymond Leroux

Remarques sur les explications "TS" de l'"Esquisse" (Freud)

 
De quoi partons-nous? De ce que plus ou moins ”tout le monde” croit savoir, mais en prenant quelques précautions de langage, soit :
 
D'un monde où bien des ”objets” agissent sur le "sujet", plus ou moins fortement, lequel sujet a à s'y (dans ce monde ou mieux péri-monde, "Umwelt") défendre. Il (ce sujet, désormais: su) perçoit plus ou moins bien ces objets ("O") censés le plus souvent "extérieurs", plus ou moins intrusifs, et il (le su) a à s'y maintenir, parmi ces O et parmi d'autres su. Et d'autres exigences encore plus intrusives lui parviennent de son propre ”intérieur”. Toutefois, tout le monde sait bien que des uns (O du monde "extérieur") comme des autres ("besoins", "pulsions" issus de l'"intérieur") il y a d'une part des effets plus ou moins "forts" sur le su, d'autre part diverses "représentations" ("idées") dites de ces O, et de ces "pulsions", éventuellement ça aussi effets d'iceux, mais n'en disons rien pour l'instant... Lesquels effets "excitent" ou sont des ”stimuli”... Concevons donc un truc plus ou moins fortement excitable et excité. En tant qu'excitable, notre truc serait bien sûr - doit être à la fin! - , un vivant, quoiqu'on commence- sans gêne aucune -  par de la pure mécanique: on verra comment ça se goupille en conséquence... Et évitons de donner à ce que nous visons en premier lieu, à savoir les processus et les changements que ceux-ci entraînent, un nom courant. Parlons, là,  de "Q" ...
 
On sait par ailleurs (le microscope est bien utile...) qu'il y a des "neurones", que des choses "passent" par lesdits, qu'il y a un système nerveux central et que celui-ci "réagit" et semble causer tels mouvements du corps.  Ce qui, là, se passe, ce sont des choses que l'observation clinique est mieux apte à saisir, mieux que le su "normal" pour qui ça va ( i.e. fonctionne)"de soi", ce qui justement est hautement significatif. Si appareil il y a, le fonctionnement se fait mieux voir par les ratages. Nous trouverons peut-être que la machine ne marche que par ratages, ou du moins,si ça ne fonctionne pas ainsi, ça se fait mieux observer: substitution obsessionnelle et phobique, conversion hystérique, évacuation cathartique... Tout est (presque) dit!
 
Annonce, à grand fracas freudien, du point de vue "quantitatif", i.e. "scientifique", mais ça veut dire "économique". Et cet "économique" signifie, e.a., qu'on ne va pas (OCCAM)!) multiplier "praeter necessitatem" ni les "étants" ("entia", ici ça sera les "systèmes", plus tard les "instances") ni les "événements" (= les divers trucs qui s'y passent). Que diable, soyons initialement "mécanistes" (ou "mécanicistes") et ne parlons dès lors que de "quantités", soit de "mesurables", mais ceci sans même nommer ce dont ce sont les quantités, sans prétendre pouvoir dire ce que c'"est", cela que peut-être on mesurera. Pratique scientifique tout à fait courante, qui a le mérite d'éviter que, de par l'usage obligé de métaphores car le dire n'a pas d'autres ressources, l'on ne se trouve piégé dans des "ontologies". On construit un modèle, rien d'autre! Toutefois avec ce ”modèle”, on vise dès l’abord quelque chose, on ne commence donc pas par un système formel pur.  Dans une telle pratique, ce n'est ni un non-sens épistémologique ni un "cercle" que de partir d'observations cliniques pour retrouver ces mêmes observations en fin de parcours. L'option "quantitative" initiale signifie donc ce que tout le monde sait bien: des fois, d’où que ça vienne, c'est faible, des fois c'est fort, des fois c'est plus fort et des fois c'est trop fort ...  Il n'est pas interdit, dans une telle construction théorique, d'intégrer des choses suggérées par..., voire lues dans..., l'expérience, p.ex. qu'il y ait un seul type de neurones, et que ces neurones soient une sorte de cellules... Le "processus cognitif" des éléments de cette "conception", autrement dit: la provenance des "idées" mises en œuvre par FREUD, cela n'a pas à être "escamoté" puisque cela n'importe tout simplement pas, puisqu'on est dans une construction. Ou alors, puisque c'est "a priori", il faudrait aussi critiquer FREUD parce qu'il parle de neurones, d'énergie, d'investissement et d'écoulement libre ou inhibé... La construction, pour parler comme les logiciens, est déjà "modèle" et non point pur système formel, et, pour parler "lacanese", il faut seulement éviter de tomber dans le panneau des ressources métaphoriques, il faut mettre un frein à l'imagination accompagnante et à ses schèmes, ceux qui p.ex., quand nous parlons de "mouvements", nous font immédiatement penser à des corpuscules, à des boules roulant sur une table, ou à du "jus" passant par des tubes...  Quoi qu'il en soit, l'explanandum pour FREUD semble être non point ce que SONT les neurones, mais les relations fonctionnelles entre lesdits, entre conglomérats desdits ("systèmes") et de décrire ce qui se passe, si j'ose dire: "là-entre...".
 
S'il y a principe de l'"Abfuhr", i.e. que les neurones tendent à se défaire des Q, mais que ce "principe" s'entende soit comme tendance à l'ataraxie (zéro Q) soit comme tendance à l'homéostase (équilibre), plutôt que de taxer FREUD d'équivoque, pointons que déjà ont été distingués plusieurs "systèmes", que d' autres se trouvent annoncés; et aussi qu'aucun des 2 types d'"Abfuhr" ne ressemble à une "action" (encore moins "spécifique"!): tous deux sont des réactions, ou, si l'on veut, des effets. Et enfin il semblerait aussi que les  "systèmes" initialement conçus soient "placés" les uns par rapport aux autres. Si tel est le cas, se garder, certes, de voir ce plaçage comme occupation d'un espace au sens ordinaire du terme - pas plus qu'on ne doit prendre tel dessin schématique (dans "Das Ich und das Es") pour une carte de notre cerveau -. Maintenant, si le fonctionnement de ce "truc" est supposé conditionné par des différences de frayage dus aux passages des Q de neurone(s) à neurone(s) et par les effets de ces passages sur les "barrières de contact", c'est que le "truc", en plus d'un "espace (E)", a aussi déjà une histoire, une temporalité (T), ceci même maintenant, soit au niveau de la pure mécanique. Et de même que ni FREUD ni nous n'avons à nous creuser les méninges pour spécifier le genre d'E, ainsi nous pouvons laisser simplement "passer" aussi ce "T".   A ceci près que les différences entre "systèmes" sont supposées, donc, être le produit non pas de différents types de neurones, mais des différences de "frayages" - certains vont jusqu'à la "brûlure" (suppression des ”barrières de contact” -.... Gare, seulement, à notre imagination et à l'inertie de celle-ci, laquelle se traduit dans le fait que ça se prend trop au sérieux. Elle (notre imagination) flotte pour le moment entre l'image d'un appareil hydrostatique et celle d'un appareil électrique.... Et FREUD entre-temps a  introduit une mémoire (ne vous récriez pas! Si c'est l'imprécision que vous lui reprochez, cherchez du côté de la mémoire de votre calculette, voyez si celle-ci diffère significativement de celle-là..., mais sans doute est-il hautement significatif que ce soit cette mémoire qui figure en première place des "explanata"). A quoi s'ajoute un point sur lequel, dans la suite, FREUD ne variera plus jamais dans ses ultérieures constructions métapsychologiques: c'est la différence entre des Q provenant de l'"extérieur" et des Q provenant de l'"intérieur" ("tension intracellulaire": sans doute parce que les neurones sont des cellules...)
 
La reprise de la différence (aussi, mais pas seulement, dans l'E-T du "truc) entre systèmes à fonctionnements différents amène de nouveau qch d'une extrême importance - on peut, si l'on veut, considérer cela comme une "correction de trajectoire"! - : le "libre écoulement" des Q n'est pas l'état originel du "truc". Et FREUD souligne (avec raison, je crois) qu'au lieu d'avoir été contraint à sub-poser une différence entre types de neurones (c'eût été inconsistance, ou pétition de principe!), il a conçu une différence dite "de milieu". C'est donc que neurones et conglomérats de neurones (systèmes) à la fois communiquent, i.e. laissent plus ou moins couler, et empêchent, c'est-à-dire barrent, inhibent, filtrent... plus ou moins, et de diverses manières selon leurs respectives "places", et selon leurs respectives "histoires". Ce qui amène l'auteur à une explication de la douleur. Remarquons que cette "explication" (terme sans doute impropre) n'est ni celle du sens de la douleur, ni celle de sa "fonction", mais uniquement et exclusivement celle de son fonctionnement. Et de nouveau - sans qu'à notre sens il y ait "cercle" ou "escamotage" - , la place de cette "douleur" dans la séquence des explanata est hautement significative: après la mémoire, avant la conscience! Significative pour nous lecteurs, significative aussi ... pour l'histoire, la temporalité, de l'appareil...
 
Passage à "Consciousness Explained". Bien entendu, on ne va pas délirer jusqu'à nier simplement le fait de la conscience (désormais CS pour "conscience" - le nom -; cs pour "conscient(e)" - l'adjectif-. Semblablement: Ics, "l'inconscient", ics : "inconscient(e), adjectif...), et on s'impose l'obligation d'expliquer en particulier l'"altérité", le "Anders" par rapport à ce qu'on a vu jusqu'ici, de ce qu'on prend pour "contenus" de la CS. On remarquera donc que les processus qu'on a vus jusqu'ici sont nécessairement  "autres qu'autres", donc ics. Et sans que je veuille dire que FREUD dispose déjà en ces temps de  son entière notion d'"Ics", une fois de plus qch de capital semble acquis: quoi qu'il ne nous soit pas encore permis de parler d'activité psychique, ce qui sera dit "cs" ne saurait représenter qu'une petite ... heu...partie (je m'exprime certes très mal!) du tout quel qu'il soit. Répétons une chose déjà dite: FREUD doit sans doute maintenant rendre compte de quelque chose comme le surgissement de différences non-"quantitatives", donc "qualitatives"; mais là n'est pas une raison de se rendre délibérément le problème insoluble. Et insoluble, on peut se le rendre de deux manières: la première serait de supposer que le point de vue dit "quantitatif" soit, aussi, un point de vue purement "synchronique": nous pensons avoir vu qu'il ne l'est pas, et ne peut pas l'être au plus tard lorsque du mécanique on est passé au biologique, en fait d'ailleurs auparavant...! La seconde serait de conférer à ces trucs dont les processus seraient à expliquer un statut de mini-"étants", d'en faire exprès des petits "êtres" pour pouvoir et devoir s'interroger justement à n'en plus finir sur leur "être", et corrélativement de faire de la CS (ou de son "intérieur") une sorte de "monde" ou d'arrière-monde (ou, j'allais le dire, de demi-monde!). Ce genre de faute, c'est ce qu'on rencontre p.ex. chez Thomas NAGEL avec son monde spécial de "what it is like to be...", chez ceux qui admettent des "qualia" - non pas seulement par méthode, mais par intention d'en faire l'ontologie! -, comme enfin chez toutes sortes de phénoménologues manquant de radicalisme. Ici donc, "dans la CS", à ce qu'on affirme, règnerait exclusivement la qualité, les différences qualitatives - et plus du tout la quantité. Objection: Quoi? Si je pince la fesse d'Esthella, ne le sent-elle pas comme "plus ou moins fort", et non point comme suite d'instants qualitativement différents? FREUD: Vous semblez oublier que j'ai déjà introduit la "douleur", originairement, oui, ics sans doute ... Il n'y a pas nécessairement non-sens épistémologique à penser que le monde "extérieur" tel qu'apparaissant soit "créé" par le système nerveux; "die Welt (=ce monde que là devant moi je vois) ist meine Vorstellung" (Schopenhauer); mais il ne semble pas qu'on doive admettre que d'après FREUD ce soit là une création "de toutes pièces". Ce monde apparaissant est bien un effet de l'action du monde réel "extérieur" comme "intérieur"  sur notre "appareil", action il est vrai non-directe puisque venant de l'extérieur cela passe par des organes sensoriels. Et même, si nous voulons éliminer l'aspect "magique" de la "causalité", à la façon de MACH, au lieu d'"effet" disons "fonction". Par là même ce monde réel n'est pas du tout sans aucun rapport avec le monde apparaissant ni avec ce qui se passe dans l'"appareil". Ce qui apparaît est donc partiellement fonction de ce qui agit sur l'"appareil". SPINOZA ne dit pas autre chose! FREUD, pour son compte, s'apprête donc à nous expliquer même davantage que ce qu'on en pouvait attendre: non seulement que les "contenus" de la CS peuvent permettre des conclusions sur ce qu'il y a "là dehors" - pas besoin d'être champion pour deviner que ça in-forme! -, mais encore que, du fait que l'appareil fonctionne aussi "pour son propre compte", ces contenus peuvent être quelquefois trompeurs...Seules peut-être des parties propres de l'appareil (mais quelles sont-elles?) tendent, comme dirait SPINOZA, à persévérer dans leur être, le tout n'y tend que très indirectement! FREUD a raison de croire que maintenant surgit "apparemment une énorme difficulté"; il l'aurait davantage en insistant sur "apparemment", car la difficulté n'est réelle donc insurmontable que si j'attribue un statut autre qu'épiphénoménal au monde "trouvé dans" cette CS. Sous une telle hypothèse improprement appelée "idéaliste", et quel que soit le genre de "très intelligentes" questions qui camouflent les prises de position "ontologiques", il y a effectivement cette  obligation étrange d'expliquer en détail le qualitatif à partir du quantitatif, ... ou l'inverse, selon le point de départ choisi! A quoi sert d'ordinaire un tour de passe-passe baptisé "dialectique". J'oserais dire que FREUD justement n’a pas besoin de ça, qu’il fait du "superérogatoire", c'est-à-dire fait plus qu'il n'en faut, ceci lorsqu'il, et précisément parce qu'il... se contente d'être allusif. En fait il refuse d'aller dans les détails d'une explication pourquoi CE mouvement de "Q" se traduit juste dans CETTE CS: il suffirait que les variantes cs soient "couvertes". Ainsi donc, - n'insistons même pas sur les "localisations" des systèmes les uns par rapport aux autres! - les "barrières de contact" ne s'opposeraient qu'aux "quantités", non aux "qualités", desquelles "qualités" FREUD, pensant suite à des "physiciens" que certains "mouvements" auraient un caractère temporel nommé "période", extrait précisément ce (ou "cette") mystérieux (-se) "période".  Peut-être le terme vient-il de la physique des phénomènes vibratoires... En tous cas, nous devons simplement rappeler que la temporalité n'a pas été introduite maintenant seulement dans l'appareil, que la "diachronie" y est déjà, et enfin nous devons nous rendre compte de ce que les Q agissantes ne sont pas des "substances" (notre imagination court par-devant en faisant penser aux corpuscules!) ni sans doute les "périodes" des qualités au sens ordinaire du terme. Voilà pourquoi l'analogie, destinée à réduire FREUD à l'absurde, de la voiture freinée et arrêtée, mais dont la "vitesse" continuerait son chemin, paraît singulièrement tordue! /Voiture/ fait penser à substance, non à quantité, et si voiture il y avait, ce serait une "qualité" de cela, c.p.ex. sa couleur, qui devrait continuer; /vitesse/ n'est pas une "qualité" de la voiture, mais tout au plus de son "mouvement", et alors .... tiens! ne dirait-on pas que ça "colle" de nouveau? On aura remarqué que, dans la situation où je me trouve et avec une imagination aussi tressautante que celle de n'importe qui, je n'ose pas insister sur /période/ et tout le reste. Mais est-il juste de critiquer FREUD en le paraphrasant ironiquement ainsi: "... Freud introduit un troisième système, le système-w. Le système-w constitue le lieu où les périodes sans quantités se transforment en qualités sans quantité et sans période"? Tout le temps les "trucs" dont on parle ont l'air, pour nous, de manquer de "support", ce qui montre bien qu'on pense -illégitimement peut-être! - à des "substances"... A mon tour de n'offrir qu'une analogie: le rouge que je vois, cette "idée d'une qualité seconde", est, en fait, pour le physicien, l'effet d'un certain mouvement vibratoire de telle amplitude etc... Mais ce n'est pas du tout un mystère insondable que ce rouge (qualité sans période?) vu ne vibre pas ... Citation de FREUD: " On n'essayera évidemment pas d'expliquer pourquoi des processus d'excitation sur le plan des neurones w amènent de la conscience. Il s'agit seulement de couvrir les caractéristiques de la conscience..." Dérobade? Si c'en est une, il faudrait aussi reprocher à LOCKE non seulement de n'avoir pas découvert la physique des phénomènes ondulatoires, mais encore de n'avoir pas expliqué comment tel mouvement vibratoire amène la vue de telle couleur pour un œil et un cerveau constitués de telle manière... A mon avis, c'était parfaitement aberrant qu'au lieu de décrire objectivement comment p.ex. la chauve-souris attrape sa proie à l'aide d'ultra-sons, de s'interroger subjectivement sur "what it is like to be a bat...". Un éventuel reproche à  faire à FREUD serait celui de, progressivement, attribuer plus d'importance à des grandeurs dites "intensives", dont on savait dès le début qu'elles apparaîtraient tôt ou tard et qui, maintenant seulement, deviennent "explicites". En sus et supplément, il a introduit la série "plaisir/déplaisir", une série dont la "fonction", si l'on peut dire, est d'apporter le trouble dans les systèmes. Pour notre compte, soulignons enfin ce qui à plus expérimenté paraîtra une trivialité: déplaisir n'est pas douleur. N'oublions pas non plus cette nouvelle (si nouvelle que ça?) "sous-subdivision" des neurones: il y a ceux qui "reçoivent",  (pardon:  sont investis par...) les quantités venues de l'extérieur: neurones-manteau; et il y a ceux, localisés au cœur, qu'investissent les quantités intérieures: neurones-noyau. Les premiers disposant de boucliers protecteurs, les autres sans protection.  Finalement, importante différence de plus, concernant, cette fois, la chose vraiment centrale, soit les fonctionnements, en fonction des "systèmes", des "places" de ceux-ci les uns par raport aux autres, et en fonction, aussi, de l'"histoire" de chaque système (de ses frayages...) comme du tout: la différence entre "dégagement" ("Entbindung") et "simple" transfert - ici au sens premier de transport...
 
La question se pose maintenant, vu que les étapes suivantes sont destinées à amener 2 ou 3 autres "idées" elles aussi constantes dans toute la suite des recherches freudiennes, si les passages sont possibles, autrement dit: avec ce qui précède dans sa construction, FREUD a-t-il assez "en mains" pour y aller? Je ne suis pas en mesure de formuler un jugement définitif, encore que je croie FREUD suffisamment armé et ferai comme si.... Place reste à des objections; je m'en tiendrai à une ou deux. Je me dois pourtant de récuser une objection formulée en note, objection attribuée à GOETHE. Mais est-ce bien lui qui réclame on ne sait quel "geistiges Band" faute de quoi on resterait avec des fragments? On peut le croire à la vue de ses critiques de l'œuvre du baron d'HOLBACH, œuvre qu'il dit "totenhaft"... Mais ce pourrait être aussi une lubie de ce pauvre crétin de FAUST...
 
Quant à l'"exérience de satisfaction"? Rappelons: FREUD (à tort ou à raison) pense avoir déjà introduit et la mémoire, et la douleur, et quelque forme d'expérience, et un fonctionnement grosso modo selon qch qui s'appellera "principe de plaisir" (PdP), ledit plaisir s'étant vu assigner une structure telle que d'un côté la série plaisir/déplaisir "trouble" en quelque sorte le fonctionnement, et que d'autre part /plaisir/ ne soit pas la négation simple ("logique") de /douleur/: sur un carré sémiotique, /plaisir/ s'oppose à /douleur/ sur la ligne d'un côté, à /déplaisir/ sur la diagonale. A d'autres maintenant la tâche de montrer si oui ou non s'explique convenablement la thèse remarquable que, suite aux premières expériences de satisfaction, l'appareil se mette à "halluciner" du fait que ce serait là le plus court chemin, le chemin le plus "investi" ou le mieux "frayé", le chemin le plus "mécaniciste"... , pour amener une précaire nouvelle "satisfaction" débouchant presqu'immédiatement sur une douleur. Je ne saurais d'ailleurs, une fois de plus, décider si "comme FREUD semble le supposer" il s'agit là d'une hallucination sans qualités. Si ce semblant de supposition s'avérait, peut-être serait-ce la catastrophe! Ce n'est en tout état de cause ni la satisfaction elle-même qui est hallucinée, ni l'entière expérience de satisfaction qui se trouverait doublée d'une copie exacte: c'est un composé d'éléments divers de cette situation, la réussite (précaire) du procédé dépendant de ce que ces fragments soient en nombre suffisant et "collent" un peu ensemble (voilà qui aura une incidence sur ce qui, après, se nommera "identité de perception").  Est-il à présent obligatoire de reprendre ce sur quoi le premier LACAN insistera inlassablement, savoir: l'immaturité de l'"infans" humain, le fait qu'il soit davantage que certains animaux (et encore...?) adapté, la nécessité de faire en sorte que d'autres hommes prennent soin, ...? A retenir que tout cela est basé sur le fait qu'il s'agit bien d'un vivant (aussi, répétons-le, déjà "temporalisé"!), qu'il y a donc besoins spécifiques (pas encore d'"action spécifique"!), satisfaction ou non-satisfaction possibles, plaisir et déplaisir, réactions, ... et peut-être même quelque forme d'"apprentissage" de par la fuite du déplaisir et de la fixation des comportements de fuite réussis, même si également cette fuite peut compromettre la survie. Là n'est pas le plus important! Où donc? Maintenant, hurlons à toutes les postérités imaginables, à tous les échos..., que l'idée qui va suivre n'est pas de mon crû. Elle semble bien se trouver prototypisée dans l'Esquisse, et vous la découvrirez p.ex. dans le "Dictionnaire de la psychanalyse" de Laplanche et Pontalis, avec références freudiennes et lacaniennes (article "Désir") à la clef. L'idée est que les "éléments", fragments hallucinés et recomposés, fonctionnent comme des signes non-verbaux (ou pré-verbaux) de la satisfaction, lesquels signes auront leurs propres lois d'association, de même qu'il y a à supposer quelque "traduction" de ces processus sur le plan neurologique où d'autres choses encore s'associeront ou plutôt ”couvriront” les ”associations”..., le tout traduit en "informations d'écoulement de quantités". Peut-être bien que les "signes de qualités" compteront comme "signes de réalité"! Oui, mais pourvu – là est le pas essentiel! - qu'ils soient pris d'abord comme... signes –  (si l'on veut: comme "signifiants",  S ) Et de la sorte cette "hallucination" est bien certes un obstacle à la future "action spécifique"; c'est tout autant une condition pour qu'on y arrive! La "détresse de la vie", tant pour l'"infans" qui la ressent que pour l'adulte proche qui la voit, c'est bien réel! Quid du caractère lamarckien de la démarche freudienne: "la fonction crée l'organe"? S'il en est ainsi dans l'"Esquisse", il n'étonnerait pas qu'on le retrouve dans les textes ultérieurs de FREUD. L'objection serait donc valable du point de vue de la biologie contemporaine, mais je me permets de me demander si le lamarckisme de la "fonction" ne serait pas très aisément remplaçable (n'en déplaise à LACAN!) par un darwinisme du fonctionnement - entendez: sélection naturelle - .
 
"Ego explained"! De par l'introduction de cette "instance", dit-on, est passé en fraude qch de "radical", car: le "moi", certes, n'EST pas le su (cette fois au sens philosophique du terme!), mais il en prendrait tous les taits pertinents, traits en rapport, évidemment, avec l'"action spécifique", laquelle fera en sorte que notre vivant, malgré même des tendances internes, ne meure pas en pleine détresse à peine né, mais apprend "à faire gaffe". Le voilà donc qui, dit-on, guide, inhibe, réfléchit, dévie, déplace, ..."gère" ... bref: opère de ces "actions spécifiques" sur l'"extérieur", "préfère" peu à peu ces types d'actions qui ont "réussi", fuit les autres, apprend à s'abstenir dans certains cas, donc se dote (ou semble se doter...) d'"intentionnalité".  Et finit même par "penser", faire des mathématiques, esquisser des "systèmes formels", construire des "modèles" ou même créer, comme ici, des "rien-que-modèles" qui le concernent... lui-même, "se ipsum"... Le serpent s'avale-t-il par la queue? "Wait a moment!". Au juste, que faut-il qu'on obtienne?
 
Allons-nous devoir obtenir qch qu'on baptisera pudiquement "instance", "moi" ou que sais-je, mais qui en fait est (je dis: est) un bonhomme gestionnaire logé dans quelque centre de commande, face à une table à boutons, commutateurs et manivelles, "ghost in the machine", lequel bonhomme (ou "moi" ou "instance" ou ...) serait "réel" et voit, anticipe, calcule, s'informe, décide et "intentionne"? Non bien sûr! Nous avons besoin seulement de qch qui à la fois :
* a l'air, semble, faire tout cela, quoiqu'en fait il y ait juste un vivant dans son T, parmi d'autres, réagissant avec risques mais arrivant à limiter peu à peu les risques du fait qu'il apprend, soit: réagit de manière plus "informée"... ET AUSSI
* comme c'est un fait indéniable que l'erreur inutile mais décorative du "ghost tout à fait réel in the machine" est tout ce qu'il y a de plus courant, ou pire: exerce la séduction quasi-irrésistible du su-de-l'action, du su dit "éthique" pour le nommer enfin..., il nous faut qch qui, de ce fantôme, permet de parler dans le cadre d'un discours admissible comme vrai, mais  coupé de toute prétention métaphysique. Il faut pouvoir nous permettre de parler "ainsi", parler même d'"intentions", permettre que "ça  pense" sans en inférer que "je suis".  Comment faire?
En considérant le parler-du-gestionnaire avec ses "intentions", ses délibérations et ses dé-cisions exactement comme une "façon de parler", comme une "stance" qui a même, dans certains domaines, l'immense avantage d'être économique. C'est là l'"intentional stance"  répondant exactement à "consciousness explained".  Et pourvu que nous évitions toute prétention métaphysique, jusqu'à un flottement entre ces deux types de discours, le type objectiviste, "à la 3e personne", déterministe dès que ça porte sur des étants un peu complexes, et féru de constructions théoriques, et l'autre, l'"intentional stance", à la première personne, donc subjectiviste, un tel flottement, dis-je, serait inoffensif ... et même économique! Et selon la "stance" adoptée, le même processus observé pourra (devra) apparaître tantôt comme explicable à la déterministe, tantôt comme intentionnellement "librement" choisi ... Question à 10 €: devinez où se tient sans gêne un tel discours dédoublé!
La "petite glande" de DESCARTES, couloir entre le corps et "l'âme", vaut finalement mieux que le "geistiges Band" de cet insupportable bavard de FAUST: ayant honte (KANT est éventuellement passé par là) d'évoquer tout un "Geist" métaphysique, le voilà qui invoque une "liaison sprituelle": c'était bien la peine!!
C'est vrai qu'à un moment donné le FREUD de l'Esquisse semble changer de langage: ayant "gentiment" parlé "physique et biologie" ,  il donne soudain dans la "(méta-)psychologie". Culbute? Non! Economie.

 

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