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Raymond Leroux

La « méconnaissance » selon Bernat (Mb)


 
Essayons de faire une pré-analyse de la notion de Mb : ( 5 traits pertinents, les commentaires en italique)
 
* Je sais (...bien), mais à aucun prix ne veux savoir, donc j'"ignore" autant que faire se peut ...
/ignorer/ ici au sens actif du terme, soit: cet "ignorer" est un /Non-savoir/ ( négation forte), et non pas un /~savoir/, négation "simple" ou "logique". Et ce "savoir" comme cet "ignorer" sont corrélatifs à "réalité" et non pas à " réel"," réalité"  étant ce dont on peut prendre connaissance et ce qui après peut être "su" ... Répétons: /méconnaissance/ est corrélatif à /connaissance/
 
* J'ai tous les trucs pour sauver des "théories" (explicites ou tacites) que j'"entretiens", face tant aux "faits" dits "avérés" que face à des arguments et à des objections d'où qu'ils ou elles viennent
Un corpus théorique, si dit, n'est presque jamais borné à une seule "proposition" (désormais: prop ). Si la "théorie" est dite, elle se montre d'ordinaire un véritable "corpus", fait de props de différents niveaux et qui, comme l'a souligné QUINE contre POPPER, comprennent un noyau, un bord et des marges; cela se différencie ainsi: je suis prêt à rejeter sans trop de réticence telle prop du bord sans vouloir aisément rejeter ce qui appartient au noyau ou aux marges. Certes, si la théorie se limitait à une  prop universelle unique ("tous les corbeaux sont noirs", "tous les maris sont laids"...) un seul contre-exemple suffirait pour l'obligation de rejet. Mais en fait les choses sont loin d'être aussi simples!  En effet, le corpus théorique peut être dit  ou non-dit, et moins c'est dit, moins je suis prêt à le "discuter" sérieusement; le corpus théorique se différencie encore en ce que les frontières entre ce qui est pris des évidences empiriques et ce qui est "construit" sont floues, et même d'autant plus floues que c'est moins "dit". Enfin ,avec cela, on se rend bien compte de l'énorme richesse des "trucs" possibles permettant de "sauver" tout ou partie de "théories". (Bien entendu, la distinction entre props "empiriques" a posteriori  et "constructions théoriques"a priori est qch de très utile)
 
* Des pans entiers de constructions théoriques sont souvent remplacés par du "moins bon", bien qu'après remplacement il reste trace à la fois du "meilleur" des représentations antérieures, mais aussi de l'"affect" qui a pu causer l'élaboration théorique initiale
Nous savons ceci de par l'examen des freudiennes "théories sexuelles infantiles". L'important est que FREUD non seulement nous laisse ouverte la possibilité d'analyser et les représentations "meilleures" à partir des "moins bonnes" plus tardives, et de conclure à des hypothèses concernant les affects ayant donné lieu à la séquence des (ré-)élaborations théoriques. Voilà la raison pour laquelle tel pan d'un corpus théorique - surtout s'il est initialement non-dit, mais aussi s'il se constitue ensuite en discours "objectif-scientifique"-, peut se révéler un "contre-investissement"... donc en somme une (part d'...) auto-duperie à rallonges...Mais les traces restantes, elles, et en tant que telles, ne trompent pas!
 
 
* L'auto-duperie à rallonges, tout comme les "traces restantes", et même plus généralement: n'importe quel corpus dit "théorique", ... ça a des aspects qui se traduisent dans la pratique, pratique apparaissant souvent singulièrement incohérente, p.ex. celle, même, de FREUD maniant les transferts, autrement dit: dans les transferts se trahissent (parfois) des contre-transferts... Mais de toute façon, dans la mise en œuvre de corpora théoriques dans la praxis cognitive, il faut savoir tenir compte des différences souvent implicites de niveaux.
Qu'un corpus théorique soit utilisé dans des démarches "cognitives", et de toute façon il y aura des choses auxquelles le chercheur s'attendra de la part de l'expérience, et des choses qu'il préférerait ne pas voir, ou qu'il refusera de voir, ou qu'il voudra réduire, ou qu'il (ne) consentira (pas) à "expliquer", il y a disposition à accepter certaines "surprises" et à en récuser d'autres ... Les réticences à se conformer aux règles courantes de l'objectivité scientifique seront d'autant plus fortes que l'à-rejeter est moins dit ,d'autant plus qu'il contredit ce à quoi la  théorie "tient",d'autant plus  que le rejeté sera plus ample et nécessitera des reconstructions plus élaborées, etc .... On pourrait aller jusqu'à dire: il y a du "flou artistique" entre ce qui est admis comme "allant de soi" et ce qui est censé "connu" puis "su", entre ce qui "va sans dire" et ce qui est supposé devoir se dire, et, à l'intérieur de  ce qui se dit ou devrait se dire: entre le (supposé) "donné"  empirique et l'expliqué "théorique", entre les divers niveaux des deux précédents, entre le (supposé) "simplement vrai" et les constructions théoriques. Et c'est dans tous ces "flous" que s'installe une imagination qui tend toujours à courir de l'avant, qui constamment "préjuge" avec les schèmes qu'elle brasse, ou mieux pré-forme les "jugements" qui viendront (ou ne viendront justement pas). Les fantasmes sont l'une des réalisations de cette imagination. Cela dit, bien sûr que des spéculations théoriques appelées "constructions" peuvent se constituer "a priori", dans une apparente "liberté" totale, des fois même d'une façon entièrement détachée de toute "expérience", bref: en débutant par le squelette d'un système formel pur qui, ascétiquement, ne lorgne pas vers quelque "modèle" ... Par contre, lorsque dans ces "constructions" on se sert de la langue ordinaire, les ressources mêmes de celle-ci (particulièrement la métaphore!) offrent de multiples possibilités où peuvent s'insinuer des fantasmes de contre-investissement causant des méconnaissances type Mb.
 
* S'en sortir? Il n'y a que deux méthodes possibles, méthodes qui ne promettent, et pour cause, que des résultats provisoires et contestables; et qui comportent le risque de nous enfoncer davantage dans Mb; méthodes qui sont donc à appliquer de manière répétée dans chaque cas: ce sont l'analyse remontant la pente des théorisations, et l'"épreuve de réalité". Les risques mentionnés ci-dessus s'expliquent par le fait que nous ne saurions arrêter la course de l'imagination anticipante et préjugeante, elle-même renforcée par les habitudes prises. Il serait bien illusoire de croire que la procédure d'épreuve de réalité "marche" à tous les coups, d'où nécessité de la répéter. A déconseiller aussi une foi (c'en est une!) comme quoi la réalité finit toujours par s'imposer: voilà qui vaut éventuellement pour le réel faisant irruption, mais non pour la réalité!
Est.il nécessaire d'ajouter que cette imagination avant-coureuse, cet "obstacle épistémologique" (BACHELARD) est d'origine sociale? Que cela se camoufle en "sens commun", voire en "a priori universel et nécessaire", et surtout en "exigences éthiques imprescriptibles"? Et que c'est bien plus profondément ancré que la chose couramment appelée "idéologie"?


(2)

Nous avons vu que FREUD s'identifie à Œdipe, cela très tôt, lequel Œdipe se révèle déjà significativement transformé. On pourra toujours dire que la transformation suit partiellement SOPHOCLE (Œdipe-Roi: c'est moi qui éclairerai ...); n'empêche:
 
* la Sphinge est devenue Sphinx
* Œdipe est devenu surtout déchiffreur d'énigmes, et est d'autant moins celui qui toMbe dans l'abîme d'être baiseur de la Mère, tueur finalement de sa mère, tueur du Sphinx aussi et pas seulement de son père, ... Il y a donc des choses que FREUD ne resémantise pas dans le mythe d'Œdipe.
 
On dit que ce "Freud-Œdipe" oppose le "Geist" (texte, discours, déchiffrage, syMbole, la "Loâ", le masculin...) au "Sinn" ( il faudrait peut-être: "Sinne" au puriel, "Sinnlichkeit", ou "Sinnliches": tendresse, soins, féminité...). Et cela seMble devoir lui servir à rendre centrale la place du Père, ce qui ne va pas sans quelque refus d'autre(s) place(s). Voyons 6 "réactions" de FREUD dans sa pratique:  (commentaires en italique)
 
1. Aux psychanalystes-hommes qui contestent cette place du Père (ABRAHAM, RANK, FERENCZI, GRODDECK, JUNG) il dit : "en tant qu'hommes, vous prenez la place du Père". Voilà un quasi-impératif!
 
2. Il lui arrive d'avoir une réaction "éthique" (abstinence!): le Père incarne la Loâ, et il fait plus que suggérer que l'interdit, c'est la condition du désir Ceci seMble bien marquer qu'il a déjà, largement implicite et de ce fait à l'abri de possibles objections, une théorie dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est peu adéquate à rendre compte de TOUT ce qu'on appellera "LE désir" ...
 
3. Face à un pullulement de petits contre-exemples, FREUD seMble se réfugier dans un fantasme un peu masochiste: au lieu de nier ses échecs techniques, il les étale, allant jusqu'à dire (escomptant quelle réaction, quel "Lustgewinn"?): "Je ne suis pas un grand analyste"
 
4. Voyant comment se comporte Hilda D., FREUD en appelle à une sorte d'évidence: je ne suis manifestement pas à ma place dans la série maternelle. Entre-temps, d'une manière ou d'une autre, quelques "victimes" ont été proprement contraintes d'accepter ce qui se dit "approprié", fonction d'une irréductible et ultime différence anatomique entre sexes. On verra que dans certains cas cette contrainte peut être d'une gande brutalité, syMbolique parfois, réelle à d'autres occasions
 
5. Il est affirmé que "c'est TOUJOURS le Père que nous RENCONTRONS". Il y aurait la barre de l'inceste, et lui, rien que lui, représentant l'interdit. La phrase est bien curieuse: il y a la prétention à l'universalité ("toujours"), et le mot faisant appel à la seule expérience: "rencontrons" ... C'est d'autant plus étrange que nous avons à présent le contre-exemple le plus manifeste: le "petit Hans". Peut-être encore plus manifeste eût été ... celui du petit Sigi!
 
6. A FERENCZI on signifie: pas de tendresse, pas de complaisance! Et il est expressément affirmé que le même FERENCZI a tort d'utiliser la position maternelle.
 
(3)
 
3.1 : Vers une application de Mb aux cures des "non-déflorées": les fils des fantasmes freudiens "méconnaissants"
 
Nous allons essayer de reconstruire les séqences de fantasmes freudiens méconnaissants. Attention! Seules des bribes de ces fantasmes remontent à la surface (quoi que ça veuille dire: conscience, images, dits, traits de pratiques, etc etc). Ces "bribes", croyons-nous, sont en fait des nœuds où se croisent diverses ...heu... chaînes associatives (le sens même de l'idée de "surdétermination"!). Nous soulignons donc notre incapacité de dénouer tous les fils ou d'exposer de manière convaincante comment on passe ("logique"...) d'un nœud à l'autre.  Par là même il appert que la suite du présent paragraphe devrait être totalement en italique
 
En général il paraît que s'opposent :
 
Le "Geist" déchiffreur, explorateur, "conquisdador", interprète ... VS  le tueur incestueux, "atténué" en "défloreur".
On remarque que FREUD, face aux "non-déflorées", tient à remarquer qu'elles sont "nubiles". Le tout aboutit (partiellement) à un des textes les plus curieux: "Das Tabu der Virginität". L'idée de "défloration" remet sur le tapis un épisode (datable, à ce qu'il paraît) de la vie du jeune FREUD, à partir duquel nous trouvons le bout de plusieurs "fils" à suivre:
 
* le fil du "jaune" des pissenlits, très bel exemple de surdétermination
* le fil du rapt d'un bouquet dérobé, lequel transposera la "dé-floration" en l'"atténuant" pour la rendre supportable
* le fil du remplacement du Fils par la figure du Père, au sein d'une "série" qui "officialisera le Père en incarnation de l'interdit, de la Loâ, de ce qui "convient" ou est "approprié"....
* le fil de la collusion entre deux garçons contre une fille, lequel s'"atténuera" en tentative d'endiguer une primordiale féminité dangereuse, effort qui enfin aboutira à une communauté de "scientifiques" où même, à certaines conditions, s'intégreront des femmes
 
La ligne du "jaune"
 
Gisela FLUSS, la porteuse d'une robe jaune, sera "exorcisée" en s'entendant appeler "simplette", soit manquant de "Geist". La supposée nounou de Sergueï ( l'"homme aux loups") se verra attribuer le nom de "Groucha" et une robe jaune, ce que l'analysant osera corriger en pointant qu'en russe, "groucha" = "poire". Et l'on voit que nous passons de l'intérieur d'un "objet" percé à la surface dudit, et de cette surface d'objet(robe, couleur...) à qch qui en est le nom, le "signe", voire le "signifiant" S... Ne manquez pas d'observer les obsessionnels retours du "jaune"!
 
 
La ligne de la "défloration"
 
C'est, dira-t-on, le Père qui est supposé "déflorer" la Mère, quoique le Fils le "désire". Mais dès lors que le "prendre-percer-s'approprier" se trouve atténué en un "dé-florer" fort syMbolique, ce fil bifurque. Le Fils se voulant tueur est remplacé par le Père "syMbolique", le Père interdic-(ta...)teur, prohibiteur de l'inceste, distanciateur, incarnant la Loâ etc... Inévitable résultat: la femme-Mère, dans sa série à elle, ne peut avoir qu'à la fois un rôle passif, et un rôle obstaculaire, atténué en inhibiteur, voire un rôle de résistance quelquefois an-archique à la Loâ ("ce que je veux, cherche, ....etc est, par elle, au moins caché, celé, voilé, mais il lui arrive aussi de 'répondre' activement, voire de m'offrir sa place: insupportable!..."). En même temps le "prendre-percer" est atténué (délicieuse équivoque relevée évidemment par LACAN!) en "dé-rober", le "déflorer" en "dérober des fleurs", et ce même dé-florer concret en signe de la défloration, soit en dérobade d'un secret ou d'un trésor
 
La ligne du rapt et du "percer"
 
Le "percer" (avec la violence encore présente très manifestement dans la prise du bouquet...) a tôt fait de se transformer en le "percer" (par une inspection perspicace!) d'un secret, recherche et découverte d'un trésor, et enfin en la très acceptable et louable démarche consistant à percer, scientifiquement, objectivement,... les secrets de maman Nature, laquelle nouvelle "Mère" ne manque pas d'être soumise à la Loâ...
 
La ligne de la "collusion" monosexuelle
 
Ce fil, de par sa "structure" du "deux contre un" (un "un" joliment désigné, par emprunt à la syllogistique, de "tiers-exclu"!), ne manque pas de rappeler l'Œdipe. Mais sans doute le "contre-investissement" freudien est-il plus "archaïque" (ou alors signe d'un Œdipe non-"normalement" aboli?), puisque cela seMble viser une sorte de féminité primordiale, mystérieuse, puissante, dangereuse... à endiguer.  De quoi, de quel corps féminin vierge, y a-t-il la phobie, quel est le risque auquel le jeune Sigi croit pouvoir ou devoir échapper? Au moins pourra-t-on se hasarder à affirmer que, par les différentes "transpositions" ici opérées (dans lesquelles nous avons presqu'à chaque fois vu une "atténuation") il y a substitution d'un "moins bon", d'un "moins juste", à un original "meilleur". Et de cet "antérieur", il reste toujours trace, il reste toujours une sorte de "savoir"....
 
 
3.2.: face aux "virgines intactae"
 
La dureté de FREUD face à Hilda D. (qui n'est évidemment pas une non-déflorée) se traduit en un véritable geste d'abréaction qui désoriente l'analysante, mais on peut affirmer hardiment que cela n'est RIEN à côté de ce qui arrive à d'autres, ... et qui pourtant s'en tirent de "cures" plus que partiellement échouées, peut-être parce que les méthodes non-analytiques de ce temps l'emportaient grandement en brutalité sur la  pratique freudienne.
 
Au sujet de Dora: FREUD, - est-ce un diagnostic-éclair? - la déclare d'eMblée hystérique, ce qui entraîne certes une longue procédure d'analyse et de déchiffrage au cours de laquelle s'établit d'ailleurs la collusion avec (au moins) le père. Mais en fin de compte, il seMblerait bien que l'assaut incessant du "Geist" déchiffreur ne laisse pas d'autre issue que l'application de la Loâ, soit : qu'elle se range sous la bannière du "pénis universel" , de la génitalité "normale"... Il est curieux que l'analyste ait tout de même failli accepter quelque-chose comme une "gynécophilie de transfert", sans aller jusqu'à admettre un tranfert du genre "monosexuel-féminin". Qu'est-ce qui l'empêche, à ce moment, de suivre ce filon? Peut-être l'existence d'une belle théorie de l'hystérie pour le sauvetage de laquelle certains hommes (mâles) (le père, éventuellement Monsieur K) "connivent" avec le "déchiffreur", lorsqu'en fait ce sera une collusion, pire qu'une "connivence"... Et aussi, peut-être, l'impression qu'il n'y a pas de réponse adéquate au "déchiffrage" qui pourrait camoufler un fantasme de défloration. Alors, que faire d'autre que de tenter d'amener la patiente à la génitalité hétérosexuelle "normale": cela sauverait-il la théorie au prix d'une torsion minimale?
Au sujet de Sidonie, la "jeune homosexuelle", FREUD s'en tire tout autrement: la collusion des "pères" est incontournable, mais FREUD réagit avec un thème récurrent surtout sur le tard: il affiche une ignorance des mystères féminins et recommande en conséquence de s'adresser à des analystes-femmes.  Epingle retirée du jeu de par l'invocation d'un "profond" mystère...
Il convient aussi de rappeler quelques autres épisodes, p.ex. le retentissant échec d'une collusion avec BREUER lors de la fuite de ce dernier devant "Anna O": cela a pu signifier une des rencontres entre FREUD et ce qu'il croit une féminité primordiale, recontre qui sera ré-élaborée dans l'œuvre:"Le tabou de la virginité" (1918). Et puis, il arrive aussi que les non-déflorées répondent, activement, à la manière que nous avons nommée "an-archique", p.ex. en opposant à Œdipe inlassable déchiffreur la masturbation, inacceptable parce que phallique, c'est-à-dire virile. Inacceptable pour qui, en fait? Pour quelque implicite communauté sans doute principalement virile qui accepte la Loâ comme allant de soi et est, en conséquence, supposée prête à la défendre, ce à quoi serviront diverses "collusions". Remarquons que si l'objectif secret freudien est de "sauver" une "théorie" qu'il veut bien "tordre" un petit peu et qui provoque ce qu'il ressent comme une (coupable?) hostilité des non-déflorées, il est toMbé sur un moyen permettant, en matière de théorie, de sauver strictement n'importe quoi. C'est exactement à quoi sert, dans la vie courante, ce "deus ex machina" qu'est un prétendu impératif "éthique", impératif collectif, "universel" ...
 
 
3.3.: "collusions"
 
Nous avons déjà signalé la différence entre "collusion" (objectif: nuire!) et "connivence" (objectif : taire ou cacher ce qui devrait être dit ou révélé). L'exemple le plus pertinent est celui d'Emma Eckstein, dont on nous informe qu'elle a au moins partiellement disparu des "tablettes" qui enregistrent les premiers pas significatifs de la psychanalyse. Là en effet, la "collusion" (2 hommes contre une femme) est évidente, les deux hommes (FREUD s'associant l'ami FLIESS) se "rencontrant" en fait sur le terrain de fantasmes communs, mais prenant leur complicité pour une participation à quelque communauté "scientifique".  En fait, si FREUD a bien découvert d'abord la nature "sexuelle" du "problème" qui se pose, ensuite ce qui sera la grande idée de la "Nachträglichkeit" (le "proton pseudos"...), il paraît qu'il s'associe FLIESS apparemment en tant que dépositaire d'un "savoir", en fait comme un "défloreur de substitution" (tout comme le demi-frère ou le neveu l'a été pour Sigmund face à  Gisela FLUSS).  Cette "substitution" (ou cette "Verdichtung"..., c'est à la fois une métaphore et une métonymie!) trouve d'ailleurs  deux réponses "adéquates", d'abord de la part de la "victime" qui reprend la pratique de provoquer elle-même des saignements de nez pour séduire "un jeune et beau médecin", ensuite de la part de FLIESS qui "déflore" non point elle ni ne s'affaire avec le clitoris, mais y "substitue" qch qui y resseMble vaguement: l'intérieur du nez de Emma. D'où un incroyable massacre chirurgical à séquelles permanentes. Rappelons qu'à l'époque ce genre de réaction à des problèmes révélés sexuels, c'était de fort angoissantes (à juste titre!) pratiques usuelles, pratiques à côté desquelles les menaces de castration quelque 30 ans après, ou même les rappels pathétiques de "la Loâ", cela ne pouvait et ne peut être pris que pour de la blague.
L'appel fait à un "savoir" connaîtra encore des modifications, tout comme d'ailleurs les tentatives de collusion, celle avec FLIESS dérivant d'après ce denier même à une tentative de meurtre. Il se peut que FREUD se rende compte de ce que ceux qui prétendent avoir percé le secret de la féminité, FLIESS, REICH,... sont des paranoïaques, ce pourquoi serait en quelque sorte préférable, de la part de l'Œdipe déchiffreur, en fin de compte, un aveu d'ignorance ("Was will das Weib?"). Mais par ailleurs le savoir désiré se dépose, s’est déposé..., en un autre endroit, sur la scène d'une communauté analytique à laquelle, sous certaines conditions, même des femmes, et jusqu’à ce qu'il seMble, Emma!, trouveront accès. A quelles conditions ? Allons jusqu’à les supposer dotées d’un "savoir" ignoré des hommes (hypothèse sans doute à rejeter ultérieurement). Une fois qu’elles se trouvent admises dans la communauté des savants analystes respectables, ce "savoir" se traduira en pratique spécifique. Également : Antigone finit, comme on sait, par se dévouer à Oedipe blessé, par lui prodiguer ses soins "féminins" que des hommes (les fils !) ne peuvent donner, comme Anna finira par se dévouer au Père. Mais l’important n’est pas par où elle finit, mais par où elle commence : elle toMbe sur un rôle bien à elle comme femme dans cette communauté supervisée par le Père. Peut-être, dans la pratique de la supervision, reste-t-il chez FREUD quelques traces de ses méconnaissances antérieures. Mais aussi cela permet-il, à FREUD, dans la pratique cognitive afférente, de  "relever" un grand noMbre de ces méconnaissances. Antigone oppose, comme on croit le savoir, une AUTRE Loi à la Loâ, et cette relativisation de la Loâ de Créon, de la Loâ socialement acceptée, de la Loâ soi-disant condition de possibilité de la société, cela lui coûte la vie. Socialement parlant, "éthiquement",... cette transgression est un crime, elle est de celles qui ne font pas, comme d’ordinaire, confirmer la Loâ, une transgression seule capable de permettre un regard sur la Loi AUTRE, qui n’en demeure pas moins non-écrite. Anna, "Annantigone", n’a certes pas eu à donner sa vie ; elle a sans doute sacrifié quelques autres choses.
 
Il est heureux que cet exemple ait surgi. Autrement, on aurait pu croire que la méconnaissance Mb eût été, dans le cas de FREUD, une fatalité irrémédiable. On aurait, en suivant FREUD dans les méandres de ses Mb, observé seulement le remplacement d’élaborations théoriques par du  "plus mauvais", on aurait pu croire que jamais, ô grand jamais, il fût possible d’amender une théorie, de passer du mauvais à du meilleur cognitivement parlant. Et nous aurions désespéré de pouvoir jamais appliquer la notion de Mb ... à nous.

 

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