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Friedrich von Schiller

Lettre à Körner

[Extrait d’une lettre de Schiller à Körner*, trouvée par Otto Rank et citée dans la Traumdeutung. Ges. Werke II/III, pp. 107-108]



«  La raison de ta plainte réside, me semble-t-il, dans la contrainte que ton entendement[1] impose à ton imagination. Ici, il me faut esquisser une pensée [Gedanken] et la rendre sensible[2] par une analogie. Il n'est sans doute pas bon, et ce serait même un désavantage pour l'œuvre de création de l'âme, que l'entendement inspecte[3] déjà trop sévèrement les idées [Ideen] affluentes[4] aux portes[5], pour ainsi dire. Une idée, considérée isolément, peut paraître tout à fait insignifiante et même très extravagante, mais peut-être elle devient importante par une autre qui la suit, peut-être elle peut, dans un certain rapport à d’autres, qui paraissent peut-être tout aussi sottes, constituer un chaînon très approprié : — De tout cela, l'entendement ne peut pas juger s’il ne la retient pas assez longtemps pour l’avoir regardée[6] [angeschaut] en rapport aux autres. Par contre, chez une tête créatrice, me semble-t-il, l’entendement a retiré ses gardes des portes, les idées entrent précipitamment pêle-mêle[7], et c’est ensuite seulement qu’il les embrasse de son regard et inspecte le grand monceau.[8]
— Vous, Messieurs les critiques, ou quel que soit le nom que vous vous attribuez par ailleurs, avez honte ou avez peur de la folie instantanée, passagère que l’on trouve chez tous ceux qui créent par eux-mêmes, et dont la durée plus ou moins longue distingue l'artiste pensant du rêveur. D’où vos plaintes d’infertilité, parce que vous rejetez[9] trop tôt et séparez trop sévèrement. »

(Deuxième alinéa de la lettre du 1er décembre 1788, dans la citation de Freud. Cf. l'original de Schiller ci-dessous. Trad. par Th. Simonelli)


* Christian Gottfried Körner (1756-1831) était juriste de formation et occupait les postes de président de la cour de cassation à Dresde (1790-1811), de conseil d'État du Ministère de l'Intérieur prussien (1815-1817) et de Oberregierungsrat du Ministère des Cultes de l'Éducation et de la Santé prussien jusqu'à son décès. Par ailleurs, Körner était compositeur et auteur d'essais d'esthétique qui paraissaient dans les journaux de Schiller Thalia et Horen. Il était ami de Goethe, de W. von Humboldt et très proche de Schiller qu'il soutenait financièrement et qui habitait dans la maison des Körner à Leipzig de 1785 à 1787. Pendant cette période, Schiller travaillait à son drame Don Karlos (1787). Par la suite, Körner s'est surtout fait une renommée comme critique littéraire. Ses appréciations littéraires étaient très recherchées par les auteurs qui s'en promettaient une plus grande publicité. Körner était le premier éditeur des œuvres complètes de Schiller et éditait également les œuvres poétiques posthumes de son fils Carl Theodor Körner (1791-1813).
[1] Si Schiller se réfère à l’usage kantien du terme de Verstand, ce qui est probable, il faudra traduire par « entendement ». L’entendement représente la partie de la raison qui détermine la connaissance, qui examine et sélectionne ce qui ‘vient à l'esprit’.
[2] Je traduis « versinnlichen » par « rendre sensible », comme il semble s’agir d’une idée similaire au « Älteste Systemprogramm » de Schelling, Hölderlin et Hegel. Dans ce fragment dont l’auteur n’a pas pu être déterminé avec certitude, on trouve l’idée que la philosophie doit devenir mythe pour être accessible au « grand public ». Le mythe représente alors une représentation sensible des idées philosophiques. Le sensible réfère à la représentation de l'idée par des images, des métaphores, des allégories, des paraboles, etc.
[3] « Mustern » et « Musterung » relèvent du jargon militaire. « Die Musterung der Truppen » signifie l’inspection des troupes. On passe également une « Musterung » pour être admis à l’armée.
[4] « Déferler » me semble trop violent. Zuströmen fait référence aux courant (Strom) et ne comporte pas cette idée de bris des vagues. Le mouvement est plus doux dans l’affluence (et pourrait même être sous-marin ?).
[5] Die Tore ce sont les portes. On pourrait penser que l’image de Schiller serait celle de l’inspection des passants aux portes d’une ville.
[6] On retrouve ici l’idée de l’intuition sensible.
[7] En français dans le texte.
[8] Schiller n’écrit pas que l’entendement en conçoit le sens ! Schiller ne pense pas au résultat de l’opération, mais l’opération d’inspection elle-même. C’est à partir de cet examen, après-coup, qu’il pourra décider si oui ou non, il y a un sens. Il n’est pas dit que les idées auront nécessairement un sens. La répétition des « peut-être » plus haut souligne la prudence de Schiller. Il s’agit bien de laisser venir les idées, mais toutes les idées ne seront pas bonnes. Sinon, nul besoin d’y revenir après-coup pour en juger. En fait, Schiller propose un ordre chronologique de deux étapes - d’abord on laisse venir, ensuite on inspecte – mais n’élimine ou critique aucune des deux étapes. Nulle part, il ne sous-entend que ce qui vient à l’esprit est, pour cette seule raison, déjà sensé ou même important. Il ne s’agit pas de se défaire de tout jugement, mais de juger au bon moment. Ce qui inhibe les critiques, ce qui les rend stériles ce n’est pas le jugement, mais le jugement précoce, pas le jugement tout court. Leur erreur consiste donc dans le ‘timing’ et non dans le jugement lui-même. La raison en est que Schiller parle du processus de création artistique et non pas des idées [Einfälle] de la cure psychanalytique. Mais même en psychanalyse, on dira difficilement que toutes les idées qui viennent à l’esprit pendant une séance soient des idées sensées ou importantes. Parfois un cigare n’est qu’un cigare.
[9] J’ai préféré rejeter à repousser comme Verwerfen contient le verbe werfen = jeter.





La version originale de la lettre Schiller (cf. http://www.wissen-im-netz.info/literatur/schiller/briefe/index.htm) :



Weimar, 1. December 1788.


Die Schilderung, die Du von Deinem hermaphroditischen, halb schriftstellerischen, halb dilettantischen Zustande machst, ist ordentlich kurzweilig-rührend, und insofern ich Dich deswegen nicht unglücklicher finde, hätte ich mehr Lust darüber zu lachen, als mich zu grämen. Die Unzufriedenheit, die dir diese sogenannte Nichtsthuerei giebt, macht Dir Ehre und zeigt, wie sehr Dein Geist mit seiner Verbesserung beschäftigt ist. Jeder andere und nicht gerade der trägere Mensch würde sich in Deiner Lage gar nicht so mißfallen: denn das wirst Du mich nie überreden, daß bloße Betrachtung fremder Kunstwerke, wenn sie kritisch ist, nicht ebenso gut Thätigkeit sei, als die Hervorbringung war; mit weniger Anstrengung freilich und meinetwegen auch mit einer mäßigeren Belohnung, aber dafür auch mit weniger Einschränkung der Genüsse und mit weniger Mißmuth über die Schranken der Kraft oder des Stoffes verbunden, die dem Künstler seine Freude so oft verbittert. Was dieser an intensiver Wirksamkeit und an dem Grade des Genusses vor dem bloßen Betrachter voraus hat, gewinnt der letztere an Vielfältigkeit und Ausbreitung seines Geschmackskreises wieder.

Sonst finde ich, daß Du Dich sehr richtig beurtheilst. Der Grund Deiner Klagen liegt, wie mir scheint, in dem Zwang, den Dein Verstand Deiner Imagination auflegte. Ich muß hier einen Gedanken hinwerfen und ihn durch ein Gleichniß versinnlichen. Es scheint nicht gut und dem Schöpfungswerke der Seele nachteilig zu sein, wenn der Verstand die zuströmenden Ideen, gleichsam an den Thoren schon zu scharf mustert. Eine Idee kann, isolirt betrachtet, sehr unbeträchtlich und sehr abenteuerlich sein, aber vielleicht wird sie durch eine, die nach ihr kommt, wichtig; vielleicht kann sie in einer gewissen Verbindung mit diesen anderen angeschaut hat. Bei einem schöpferischen Kopfe hingegen, däucht mir, hat der Verstand seine Wache von den Thoren zurückgezogen, die Ideen stürzen pêle-mêle herein, und alsdann erst übersieht und mustert er den großen Haufen. – Ihr Herren Kritiker, und wie Ihr Euch sonst nennt, schämt oder fürchtet Euch vor dem augenblicklichen, vorübergehenden Wahnwitze, der sich bei allen eigenen Schöpfern findet, und dessen längere oder kürzere Dauer den denkenden Künstler von dem Träumer unterscheidet. Daher Eure Klagen über Unfruchtbarkeit, weil Ihr zu früh verwerft und zu strenge sondert.

Übrigens könntest Du Dich, wie mir däucht, über die Entbehrung gerade dieses Genüsses trösten, weil Deine Sphäre um so weiter wird. Wir Künstler arbeiten ja nur für Euch; mit Kenntniß seines Vortheils kann und darf keiner von uns wünschen, Euch anders zu machen. Aber auch ohne Eigennutz, wie oft habe ich Dich beneidet, und wie mancher andere würde es auch gethan haben. Ihr flattert von einer Schönen zur anderen, ohne eine einzige zu heirathen – und das Heirathen ist in Dingen des Geistes fast noch schlimmer, wenigstens führt es fast noch früher zu einer prosaischen Vertraulichkeit, als das Heirathen im eigentlichen Sinne. Bewahre Dir also überhaupt nur ein reges und kritisches Gefühl für das Schöne, so versiegen Deine Quellen des Vergnügens nie, oder derber zu reden, erhalten Dir einen gesunden Appetit und eine gute Verdauungskraft; die Tafel wird immer für Dich gedeckt sein – und jeder von uns kann Dir, der wie ein Sultan schwelgt, nur ein einziges Gericht dazu liefern, welches zuzurichten er Jahre gebraucht hat. Ist die Rede von Schriftstellerei, die Dir einträglich werden soll, wozu brauchst Du Fruchtbarkeit? Zu dieser brauchst Du nichts, als die Gaben, die Du Dir zugesteht. Wähle zweckmäßig aus dem, was andere geliefert haben, und ordne es mit Scharfsinn, so hast Du immer Arbeit genug, und selbst dankbare, nützliche Arbeit. Um hier nur einer Gattung Erwähnung zu thun: Du hast einen ungerechten Widerwillen gegen ein Fach, worin Du sehr schätzbar sein würdest. Das ist die Kritik. Selten, nur selten trifft sich’s, daß in einem Kopfe kritische Strenge und eine gewisse kühne Toleranz, Achtung und Billigkeit gegen das Genie u. s. w. sich beisammenfinden, und das findet sich bei Dir. Wie, wenn Du wichtige Producte aus mehreren Fächern der Literatur in einer angenehmen Einkleidung kritisch durchgingst, wie in den Literaturbriefen von Lessing, im Philosophen für die Welt u. s. w. geschehn ist. Sind es interessante Schriften, die Du beurtheilst, so werden solche Aufsätze jedem Journalisten willkommen sein. Auch der Mercur steht Dir offen.

Dein Project mit der Fronde will ich zwar nicht niederschlagen, Gott bewahre mich! aber Dir nur sagen, daß wir diesmal in eine kleine Collision gerathen – und auch wieder nicht. Die Sache ist die: ich habe mir schon seit mehr als einem Jahre den Charakter des Retz, des Duc d’Orleans, der Anna und des Mazarin, für irgend ein Journal zurückgelegt, weil sich in allen grade soviel historisches und Charakter-Interesse, und auf der anderen Seite wieder soviel interessante modische Kleinigkeiten und Nebenzüge finden, daß eine leichte Darstellung Glück machen muß. Dein Zweck geht ganz von dem meinigen ab; Du willst die Fronde als eine politische Revolution im Ganzen betrachten. Doch hätte Dich diese Entdeckung späterhin vielleicht stutzig machen können; darum sage ich Dir’s vorher; Dein Plan wird übrigens gar nicht dadurch gestört.

Dein Urtheil über meine Geschichte ist von dem meinigen wenig verschieden; aber warum beurtheilst Du Werke meines Fleißes wie Werke des Genies? Wo war ich in der Lage, ich, ein großes historisches Ganze mit einem reifen Blick zu umfassen? Aber Du solltest diese Periode bei einem anderen Schriftsteller lesen, Du würdest mir gewiß Verdienste darum zugestehen.

Mit dem Mercur wird es ungefähr so gehalten werden, wie Du meinst. Man wird ihn dieses 89ste Jahr an Gehalt zu verbessern suchen und dann ohne Geräusch mit dem neuen anfangen. Wieland schickte mir schon Aufsätze, um ihren Werth zu prüfen, und ein großes Gedicht habe ich auch bereits erspart. Im December, der jetzt heraus ist, ist der Beschluß meiner Briefe1). Mein Gedicht schick’ ich Dir nächstens in Manuscript zu. Du solltest jetzt billig auf den Mercur subscribiren, da er gewiß eins der besten Journale wird.

Wegen Huber hast Du einen Feuerstrahl in mein Gewissen geworfen. Suche sein Herz zu bewegen, daß er mir mein langes Stillschweigen verzeihe. Wenn ich seiner Versöhnung gewiß bin und das Vergangene ganz in Vergessenheit senken darf, so will ich ihm frischweg schreiben2).


S.


1) Über den Don Karlos. ­

2) Der nächste Brief war aus Jena vom 24. Nov. 1789. ­

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