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Raymond Leroux

Considérations diverses (1)

A.

Quand on arle e théorisations psychanalytiques, il est question d'une "voie latérale", à côté des deux autres suivantes: l'inspiration "scientifique" (FREUD, REICH), et l'inspiration par quelque chose que CASSIRER identifiera comme "pensée mythique" (Melanie KLEIN): à savoir la voie de l'imitation de la philosophie (JUNG, LACAN, BION). Or, il y aurait un point commun à ces 3 voies: le "récit", la "narration", la "narrativité"...  Pas 3 fois le même type, mais tout de même...

Evidence que les élaborations théoriques psychanalytiques même empruntant la voie "scientifique" se présentent sous forme de "récits". C'est donc, là, quelque chose d'un peu différent de ce que les méthodologies veulent afficher parlant des sciences "dures": système formel, règles de coordination, modèles...

Dans les rêves - je crois - la forme narrative fait partie d'une élaboration certes indispensable (ou du moins automatique et inévitable dans certaines situations comme la situation analytique), mais qui n'en est pas moins secondaire. Serait-ce de même dans les considérations théoriques psychanalytiques? Je ne sais rien de BION; mais l'exemple de REICH paraît très pertinent quant à une possibilité d'"erre" due justement à la narrativité, et que ne parvient pas à contrer  la prétention à la "scientificité"...

Remarquons que la narritivité, elle-même divisée en plusieurs types, n'est sûrement pas TOUT dans la "forme", dans l'a priori  de ces théorisations ...

B.

Ne revenons pas sur un HEGEL probablement inconnu de FREUD.  J'ai essayé ailleurs de montrer que LACAN, qui certes emprunte des choses à HEGEL et plus particulièrement à ce qu'il y a de plus intéressant là, qui certes aussi a parfois des prétentions à concevoir un système fermé, LACAN, dis-je, ne doit pourtant pas être considéré comme celui qui reproduirait sous forme camouflée un système qu'on attribue, à tort ou à raison, au vieil HEGEL.

C.

Il y a plusieurs raisonnements qui visent une conception attribuée p.ex. à Joël BERNAT (JB): la clinique comme "critère de démarquage" (entre quoi et quoi?), la clinique comme "pierre de touche" ...
Il n'est que trop évident qu'"on" impose, chacun, SA clinique, et Melanie KLEIN le fait là où c'est sans doute facile - avec des enfants -, et elle retrouve bien davantage que les autres à tout bout de champ ses propres fantasmes fondamentaux. La question intéressante: les autres ( ceux où ces retrouvailles sont moins hurlantes d'évidence) savent-ils mieux cacher cela? Ou quelque chose de plus "scientifique" chez eux empêche-t-il ce genre de projections "personnelles"? Ou encore - puisqu'après tout c'est cela que JB lui-même constate chez FREUD et chez ... JB - ne peut-on mettre ces projections en évidence que cas par cas? Et si oui, est-ce que l'ascèse qu'impose la volonté: clinique, rien que clinique, d'abord!, est-ce, dis-je, le moyen propre de démasquer ces projections?

Il ne faudrait pas dire que pour KANT "il n'y a pas" de chose en soi: il y en a, quoiqu'inaccessible! ... Lorsque Melanie KLEIN déclare qch comme "l'esprit crée le corps, la conviction crée la technique", pour sûr que ça va un peu loin...

Vrai pourtant que la "conviction" (notion restant à analyser, aussi étymologiquement!) in-forme la clinique, je dis: in-forme, mais en partie! La "conviction" y met une part de la "forme" que ça prend (dans le dire et le faire analytique), une autre part s'y met d'elle-même. Et de ces deux parts ou du moins de la première, l'aspect "fantasmes fondamentaux" est - le moins qu'on puisse dire! - difficilement séparable en pratique.

Les freudiens font des rêves freudiens, les jungiens des jungiens (les lacaniens ? des rêves kantiens peut-être?) : le véhicule de ces insinuations de "formes" personnelles, serait-ce le type choisi ou socialement imposé de narrativité? Ces types ont chacun comme sa propre "logique".

L'idée de JB de sortir la "clinique" de la part de "projection personnelle" qui s'y (re-)trouve est certes intéressante. Mais s'il s'agissait d'une volonté d'en ôter toute "forme" - toute in-formation -, ce serait absurde, et je ne crois pas que JB prétende à ça. Si, d'autre part, on s'embarque dans la galère de Melanie KLEIN (telle que Thierry SIMONELLI (TS) l'interprète), si l'on croit non seulement au pouvoir créateur, mais encore à la transparence des "convictions", alors on en vient effectivement à un "Gestell", un "machin", un "échafaudage". Absurde, à l'ingénuité près: on dirait que Melanie KLEIN parle avec l'honnêteté suicidaire qui parfois caractérise le vieil ARISTOTE.

Mais il y a chez JB comme une "foi" en la clinique, lorsqu'il en fait la "pierre de touche". Remarque finale: le talon d'Achille de ça, c'est peut-être un abus du couple de concepts de la réflexion forme/matière. C'est ça qui mène à l'idée saugrenue que la théorie "s'applique" à ... quoi au juste?, et que la clinique "illustre" la théorie. Une trivialité à rappeler: en pratique ne fût-elle que discursive, se servir d'une loupe, d'une voiture, d'un thermomètre, ou, tant qu'on y est, de la langue française ... c'est déjà de la "théorie"!  Et l'"ouverture" de la théorie à la clinique - une ouverture qui peut n'être pas le "principe" que toute proposition théorique doive être fondée sur la clinique - cette "ouverture est une pratique. On reviendra de suite à la "foi"

 

D.

Les idées e TS sur l'empirisme, le néopositivisme logique de 2e génération, DESCARTES, HUME, et le sujet kantien fermement tenu par son drôle de Dieu, c'est fondamentalement juste, quoique la formulation compromette gravement cette justesse.

L'empirisme comme l'initiale phénoménologie ont certes voulu aboutir à qch comme du donné pur sans élaboration subjective, symbolique etc. HUME, pour ne prendre que lui, constatant qu'on est des animaux dont la nature est "habitude", ne prend pas (je crois) ces habitudes pour "bêtes". Au contraire, l'ironiste invite à une souriante confiance en cette "nature" - du moins aux moments où on n'est pas enfermé dans son bureau ... - .
DESCARTES charge son Dieu de "garantir" aussi les "vérités empiriques", oui, mais là il n'y a que la garantie "morale". Cela veut dire: garantie absolue si j'intuitionne des rapports nécessaires dans une idée claire et distincte, car Dieu n'est pas trompeur. Ordinairement, Dieu ne nous trompe pas non plus dans les vérités "empiriques", mais là non point parce qu'Il est vérace, mais parce qu'Il est bon.

Donc, même se voulant aussi purement clinicien que possible, n'échappe-t-on jamais à ce Dieu qui exige de la "foi"? Je répondrais: ben non, on n'y échappe pas, tant qu'on a l'impression d'avoir besoin de "garanties".

Dur de parler des "counterfactuals", parce que: l'implication (si ... alors) est devenue une partie théorique propre de la logique, que ça a un rapport avec cet opérateur manifestement pas logique qu'est la causalité  (p parce que q) , qu'on se demande si le couterfactual est tout ce qu'il y a dans la causalité ("si pas p, il n'y aurait pas q"...) etc. Et insistance, encore une fois, sur les différences de niveau en matière d'élaborations théoriques: il y a les prétentions "synthétiques-englobantes"; et il y a les élaborations provisoires sur le terrain... Et il y a le 2e WITTGENSTEIN avec peut-être le dictum lacano-millérien que le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même...



 

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