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Raymond Leroux

Concernant « problème de théorie toujours »

L'introduction: soit les énoncés réellement proférés par JB servant de « fictions heuristiques », est à approuver. JB pourrait, « exotériquement », s'efforcer de défendre des énoncés jugés attaqués. Ou, « ésotériquement », critiquer le « sens » attribué aux « fictions ».  Mais dans les deux cas, à défaut de FREUD lui-même, tels de ses lecteurs prétendant  « comprendre » qch à la place que devrait avoir la théorie par rapport à la clinique, défendront « leur » FREUD furieusement. Deux réactions (dont une du public) le mardi 8 avril  méritent d'être mentionnées car situées en-deçà de toute discussion possible. D'abord l'usage de la théorie par JB qualifié de « flexible », ce qui signifia dans ce contexte: vous êtes finalement d'accord avec moi, quoi que je pense ou ne pense pas! Un personnage d'« Achille Talon » dit: « Si l'on me donne raison, je suis ouvert à tous les dialogues ». Autre possibilité: si je ne sais quelle théorie « appliquer » et que je sois très bête , je dirai « cas-limite », i.e. « borderline ».... On ne devrait ni tout permettre, ni prendre comme allant de soi la notion de « théorie appliquée à... »

Il est signalé une différence :

(1) ... est antérieur à, resp. postérieur à...    VS    ... fonde...   (2)

Et (1) en reviendrait à : développement, méthode descriptive; alors que (2) invoquerait quelque cause, qch comme l'un qui « induit » l'autre, bref une méthode explicative. Or, je dirais (mais il se peut que j'aie tout de travers!) que la différence (1)    VS     (2)       ne me paraît pas recouvrir entièrement cette autre :

(3) causalité .... (éventuellement du genre « physicaliste »)    VS     enchaînement « logique » / « langagier »   (4)

Je me trompe peut-être en croyant voir (3) associé à (1) et (4) à (2).  Si l'on préférait associer autrement, cela ne changerait pas grand-chose. Cela ne changerait rien au dualisme tranché!  Remarques:

* Un « modèle » de développement (diachronique) PEUT se faire sans trop d'insistance sur le dégagement de la phase n à partir de la phase (n - 1), surtout si, comme JB le répète inlassablement, il y a toujours rétroaction « nachträglich » de la phase (n + m) sur phase n, (n -1),( n - 2),....., (n - k).

* Il est sans doute possible qu'une obsession de causalité « physicaliste » soit demeurée chez le FREUD tardif depuis les spéculations du jeune FREUD. Mais si cette trace y est, je la verrais plutôt du côté du (2). Quoi qu'il en soit je voudrais préciser que: nous n'avons pas d'analyse générale convaincante de la « causalité » quelle qu'elle soit, et pourtant nous la savons indispensable (pratiquement d'abord!). La causalité fut considérée par les scolastiques comme le type des relations réelles. Comme elle ne peut pas compter comme qch de transparent entièrement, nous en sommes réduits à l'utiliser dans divers jeux de langage, position certes de toute façon inconfortable. Enfin je crois que le dualisme « physicaliste »     VS     « allégorique » n'est pas tellement tranché. Il ne l'est que si précédé d'options métaphysiques fixes ... Le plus inconfortable, ici, c'est la « causalité psychique ». En soi j'y reconnais un bien vieux truc à 2 extrémités: d'une part ARISTOTE, par le jeu de ses 4 causes et diverses hiérarchies qu'on y a importées « tentatively », se montre surtout pragmatique mais ça peut heurter ou mener dans de longues impasses; SPINOZA voit sa « cause » comme cause essentielle: ou bien le trait à expliquer est inscrit dans l'essence, et alors le trait en suit nécessairement, ou alors ça ne l'est pas....  
...  On pourrait cependant remarquer: malgré les difficultés mentionnées ci-dessus, les différences (1)   VS   (2) et    (3)   VS   (4)  sont pourtant pratiquement  et méta-pratiquement utiles.  Et, je le répète, elles ne me paraissent pas se recouvir, dans l'un ou l'autre sens.

Rejoignons maintenant le « (dé-)phallocentrisme » et le constat du « dédoublement des scènes »!

J'ai tenté d'exprimer l'idée de ce « dédoublement » en disant que l'analyste théorisant peut (ou non) garder ses armes analytiques en mains. C'est ce que fait FREUD dans certains des textes cités dans mon précédent écrit; c'est ce qu'il fait surtout dans ce qui pour moi est et reste le texte préféré: »Konstruktionen in der Analyse ».   

On a vu qu'on ne peut transformer la question de la priorité (premier qui? E-p ou E-e??) en question « empirique », même si on aime bien trancher d'une si simple manière cet « Entscheidungsproblem » qui, selon JB, a des conséquences graves selon la décision prise (qui pourrait p.ex. conditionner un véritable renversement des options théoriques, un « changement de paradigme »). Plus important peut-être le constat que ce serait en fait une dé-cision, et que la gravité des conséquences est à son tour fonction d'options théoriques tout à fait hors de toutes questions « empiriques ».  On pointe qu'à FREUD il arrive d'intervenir dans ce sens réducteur, soit dans telle réunion de la Société viennoise, soit, aussi, lorsque, contre JONES et HORNEY (je ne sais dans quelle lettre privée) il affirme: ces gens introduisent des choses admises comme « primaires », mais « indémontrables ». Un exemple de ce que FREUD a parfois des tendances suicidaires?

Il y aurait alors 3 « solutions ».

La première, associée au nom de Mélanie KLEIN: la théorie, à titre d'option, est « avant », et la clinique, si du tout elle intervient, ne peut que sans cesse « confirmer », célébrer des retrouvailles ....
La seconde, « philosophique »: on espère en arriver à une clinique sans théorie du tout. En soi c'est absurde. Mais je répète une mienne suggestion comme quoi il peut s'agir, avec visée à un « noyau de vérité », d'une ascèse certes symptomatique, mais pourtant nécessaire au sens de « indispensable ».
Une 3e « solution » se range sous la bannière de WINNICOTT, solution dont la discussion en est venue à reprendre des conceptions surgies dans le live de JB: le processus psychique et la théorie freudienne.

L'intéressante analogie avec la grammaire:

Oh certes, ça existe, le dualisme grammaire descriptive   VS   grammaire normative! C'est une distinction utile, mais qu'il importe de ne pas « figer », « bétonner »..., sous peine de voir entrer en scène ce paradigme du pseudoproblème: peut-on écrire une grammaire - surtout normative, mais idem si ça prétendait se borner au pur descriptif... -  française en français? La réponse du bon sens est: on peut! Après tout, ce qui est réel est aussi possible! Et ça s'est fait et se fait toujours ...

 

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