Attente / Erwartung
Soit une démarche où l'observation a une fonction essentielle, que l'attente, par sa temporalité, commente. Cette attente relève d'un mouvement impérativement double et indissociable : attente d'une représentation et de la réalité qui en est le support, d'une coïncidence (identité de pensée, au sens de "retrouvaille" dans la réalité de l'observation de l'acquis du déjà connu que l'observateur apporte), mais en repoussant ce par quoi on est soutenu. L’attente est donc aussi liée à la suspension du jugement.
L'attente perlaborative est ce tout, où seul le temps privilégiera un aspect, une existence, ou un renoncement, ce que l'observation apporte n'étant pas identique aux attentes « attribuées » car celles-ci ont une charge affective. L’attente de l’analyste se devrait d’être « non excitée », c'est-à-dire sans but (sinon, ce serait contre-transférentiel).
C’est aussi un impératif dans la mesure où il s’agit d’éviter tout risque d’aliénation (voir ce terme) de son patient.
C’est en s’appuyant sur le système perception-conscience que Freud put définir le fonctionnement psychique idéal de l’analyste : le système Perception doit toujours rester vierge pour percevoir car conscience et mémoire s'excluent1. À l'instar du dormeur se défaisant de toutes ses prothèses, il doit renoncer aussi à la plupart de ses acquisitions psychiques2 : on ne dort pas si l'on est excité, on ne perçoit pas non plus parole et pensée de l'autre ; l'écoute flottante est une façon de virginité du système Perception. Ainsi pour l'analyste, pas de notes en séance, mais se fier à sa mémoire inconsciente : « l'ics de l'analyste doit se comporter à l'égard de l'ics émergeant du malade comme le récepteur téléphonique à l'égard du volet d'appel. »3
L'attention, par exemple, va à l'encontre des impressions des sens, ce qui n'est pas le cas avec l'attente passive4. Ainsi l'analyste ne peut ni ne doit être pré-excité de quelque façon que ce soit afin de préserver sa capacité de réception, et de passage d'une attitude psychique à une autre, évitant ainsi toute rumination mentale.
Ce qui est attendu, suite à la prescription de la règle fondamentale, c’est la survenue de l’Einfall (voir ce terme), l’idée incidente, qui vient rompre le fil associatif.
1 Voir la lettre 52 du 06.XII.1896 de Freud à Fließ, Naissance de la psychanalyse, P.U.F. 1969.
2 Freud S., « Complément métapsychologique à la théorie du rêve », (1915) in Métapsychologie, Gallimard 1968, pp. 125-6.
3 Freud S., « Conseils aux médecins sur le traitement analytique » (1912), in La technique psychanalytique, P.U.F 1972, p. 66. 4 Freud S., « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques », Résultats, Idées, Problèmes I, P.U.F., 1985, pp. 135 à 137.
Joël Bernat |