Inconscient
« Inconscient » désigne en
psychanalyse, tantôt la qualité descriptive d’une formation
psychique, tantôt un lieu psychique, selon la première conception
de l’appareil psychique par Freud, composé de trois
instances : inconscient, préconscient et conscient.
Le
terme d’inconscient est l’élément central de la
psychanalyse et la découverte de Freud. Si le concept existait depuis
longtemps en philosophie, l’inconscient au sens de Freud regroupe deux
dimensions nouvelles : l’une, apportée par les observations
neurologiques mettant en lumière des mécanismes et processus
psychiques strictement inconscients, l’autre, nourrie de
l’expérience clinique et de la découverte progressive de
l’étiologie des névroses. Ces observations feront que le
terme « inconscient » ne sera plus une seule notion
descriptive, mais deviendra un ensemble dynamique à la source et au
centre même de la vie psychique de l’humain.
Il y a donc un
double emploi du terme « inconscient », tantôt comme
substantif, tantôt comme qualificatif.
Comme adjectif, il
désigne des mécanismes, des processus et des formations psychiques
qui, soit resteront toujours inconscients, soit n’ont jamais eut
accès à la conscience, soit ont été refoulés,
c'est-à-dire expulsés du et par le moi à des fins
défensives.
Comme substantif, il désigne un lieu psychique
particulier dans la première conception topique avec des
mécanismes particuliers. Les éléments psychiques y sont
soumis aux processus primaires (définis par les mécanismes du
déplacement et de la condensation) qui fonctionnent selon le principe de
plaisir / déplaisir exclusivement, dans une totale indifférence
à la réalité, ce qui fait qu’il n’y a pas, dans
l’inconscient, de doute, de manque, ni aucune forme de négation, et
donc pas de temporalité.
Mais à partir des années
1920, Freud avancera une seconde conception de la psyché afin de tenir
comptes des acquis de la pratique analytique. Dès lors, il y a
désormais trois inconscients, c'est-à-dire un par instance
composant la psyché.
Le « ça » est une
instance entièrement inconsciente et première (les deux autres
instances en sont des émanations). Régi par les processus
primaires, il a la particularité d’être ouvert sur le
somatique et d’être ainsi le lieu de jonction avec le psychique,
produisant des représentants de pulsions et d’affects. À cet
ensemble viennent peu à peu s’ajouter les éléments
refoulés par le moi (par exemple, la sexualité infantile), ce qui
donne à cette instance sa double dimension.
Le
« moi » se développe progressivement à partir
du ça par son contact avec le monde extérieur et sa fonction
perceptive, tout en restant en contact avec le ça. S’il est le lieu
de la conscience, il se subdivise aussi en une partie inconsciente notamment
composée des mécanismes de défense (le refoulement ou la
projection entre autres), et une partie préconsciente, où Freud
situe le langage.
Le « surmoi », qui est en partie une
instance morale, héritière des problématiques infantiles
(notamment le complexe d’œdipe), est aussi le lieu
d’identifications et d’éléments
phénoménologiquement inconscients (par exemple : une
symbolique « muette » au sens où le sujet n’a
pas participé à son élaboration, ou encore les
héritages culturels transmis, portés par le langage dans lequel
baigne un sujet).
À partir de la seconde topique, l’on ne
peut plus dire « l’inconscient » sans préciser
de quelle instance nous parlons. Or, depuis Freud, des théorisations
« de l’inconscient » ont vu le jour, autorisant bien
des dérives et créant bien des confusions (pour exemple, il y
aurait du manque dans l’inconscient, ou de la logique verbale, etc.) Que
ces dimensions aient quelque chose de qualitativement inconscient, certes, mais
de quel inconscient parle-t-on ? En tous cas, pas du
« ça ».
Indications
bibliographiques :
Y. Brès, 2002, L’inconscient, collection
« Philo », Paris, Ellipses.
S. Freud, 1956, « Esquisse d'une psychologie
scientifique » (1895), dans La naissance de la psychanalyse,
Paris, P.U.F.
S. Freud, 2003, L'interprétation des rêves (1899), Œuvres complètes, IV, Paris, P.U.F.
S. Freud, 1998, « Formulations sur les deux principes de
l’advenir psychique » (1911), dans Œuvres
complètes, XI, Paris, P.U.F.
S. Freud, 1988, « Métapsychologie » (1915),
dans Œuvres complètes, XIII, Paris, P.U.F.
S. Freud, 1996, « Au-delà du principe de
plaisir » (1920), dans Œuvres complètes, XV, Paris,
P.U.F.
S. Freud, 1984, Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1932), Paris, Gallimard.
S. Freud, 1967, Abrégé de psychanalyse (1938), Paris,
P.U.F.
(Joël Bernat)
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