Topique
Selon Freud, la vie psychique se caractérise par trois lieux ou
espaces (instances) différenciés par des mécanismes et
fonctions propres. Il y a eu deux théories topiques :
- La première, à partir de 1895, définissait trois
instances : inconscient – préconscient –
conscient ;
- Puis, en 1920, la topique précédente est réduite
à des qualités et non plus des lieux, puisque la pratique
analytique et la clinique ont montré qu’il y a de
l’inconscient dans chaque instance. La nouvelle topique définit les
lieux psychiques suivants : ça, moi, surmoi,
dans cet ordre d’apparition lors de la formation de la psyché, mais
certaines instances se subdivisent aussi (par exemple, en moi
idéal et idéal du moi).
Ces lieux
définissent un ensemble de relations intrapsychiques. Mais, pour Freud,
ils conditionnent tout autant les relations interpsychiques (terme
préférable à celui d’intersubjectif ou
d’interrelationnel afin d’indiquer précisément que ce
qui règle et organise une relation entre deux sujets est le plus souvent
conditionné par le jeu et la projection des instances psychiques).
a.
La première topique représentée comme un
appartement.
« Nous assimilons donc le système de l’inconscient
à une grande antichambre dans laquelle les tendances psychiques se
pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante
une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel
séjourne la conscience. Mais à l’entrée de
l’antichambre, dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque
tendance psychique, lui impose la censure et l’empêche
d’entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie
une tendance donnée dès le seuil ou qu’il lui fasse repasser
le seuil après qu’elle a pénétré dans le
salon, la différence n’est pas bien grande et le résultat
est à peu près le même. Tout dépend du degré
de sa vigilance et de sa perspicacité.
« Cette image a
pour nous cet avantage qu’elle nous permet de développer notre
nomenclature. Les tendances qui se trouvent dans l’antichambre
réservée à l’inconscient échappent au regard
du conscient qui séjourne dans la pièce voisine. Elles sont donc
tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir
pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées
par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir
conscientes : nous disons alors qu’elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de
franchir le seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement
conscientes; elles peuvent le devenir si elles réussissent à
attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette
deuxième pièce : système de la préconscience. Le fait pour un processus de devenir conscient
garde ainsi son sens purement descriptif. L’essence du refoulement
consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par
le gardien de pénétrer de l’inconscient dans le
préconscient. » [1]
I
– Moi /Ich – et quelques uns de ses mécanismes
Cette instance n’est pas seulement le lieu de la conscience, car
elle se subdivise en une partie préconsciente (par exemple, le lieu du
langage) et inconsciente (par exemple, les mécanismes de défense).
C’est aussi le lieu du narcissisme, des idéaux, des identifications
et le réservoir de libido qui est envoyée sur des objets pour les
investir.
Le moi est l’instance qui assure
l’auto-conservation de soi, et il est déterminé par ce
qu’il a vécu, c’est-à-dire l’accidentel et
l’actuel [2].
La pulsion de mort constitue sa part la plus inconsciente, définie dans
« Au-delà du principe de
plaisir » [3] et développée par la suite sous son aspect de mécanisme
source de la négation.
Freud décrira le moi comme
une sorte de héros tragique, puisqu’il est situé entre de
puissants maîtres qu’il doit servir malgré leurs exigences
contradictoires : les revendications pulsionnelles du ça, celles du
monde extérieur et de la réalité, et celles du surmoi.
Malgré ce que l’on peut croire, le moi n’est pas
maître dans sa propre maison, ainsi que Freud a pu le
décrire :
« L’homme, quelque rabaissé
qu’il soit au-dehors, se sent souverain dans sa propre âme. Il
s’est forgé quelque part, au cœur de son moi, un organe
de contrôle qui surveille si ses propres émotions et ses propres
actions sont conformes à ses exigences. Ne le sont-elles pas, les
voilà impitoyablement inhibées et reprises. La perception
intérieure, la conscience, rend compte au moi de tous les
processus importants qui ont lieu dans l’appareil psychique, et la
volonté, guidée par ces renseignements, exécute ce qui est
ordonné par le moi, corrigeant ce qui voudrait se réaliser
de manière indépendante (...).
« Dans certaines
maladies, et, de fait, justement dans les névroses que nous
étudions, il en est autrement. Le moi se sent mal à
l’aise, il touche aux limites de sa puissance en sa propre maison,
l’âme. Des pensées surgissent subitement dont on ne sait
d’où elles viennent ; on n’est pas non plus capable de les
chasser. Ces hôtes étrangers semblent même être plus
forts que ceux qui sont soumis au moi ; ils résistent
à toutes les forces de la volonté qui ont déjà fait
leurs preuves, restent insensibles à une réfutation logique, ils
ne sont pas touchés par l’affirmation contraire de la
réalité.
« La psychanalyse (...) peut dire au moi : "Il n’y a rien d’étranger qui se soit
introduit en toi, c’est une part de ta propre vie psychique qui
s’est soustraite à ta connaissance et à la maîtrise de
ton vouloir. C’est d’ailleurs pourquoi tu es si faible dans ta
défense; tu luttes avec une partie de ta force contre l’autre
partie, tu ne peux pas rassembler toute ta force ainsi que tu le ferais contre
un ennemi extérieur" (...) ». [4]
Ia.
Identification / Identifizierung
La construction de la personne humaine et de son identité
s’opère en partie grâce au processus de
l’ Identification, processus qui indique le souhait
d’ être comme un autre, en tout ou en partie. Processus que
Freud différencie de celui de l’ Investissement d’objet qui vise, lui un avoir comme l’autre et donc énonce une
envie.
Le moi est ainsi constitué d’une multitude
d’identifications, chacune installant à l’intérieur
(du moi) un fragment d’un autre moi. Nous sommes ainsi constitués
d’une mosaïque d’objets externes et étrangers devenus
internes.
« (...) l’identification n’est pas simple
imitation, mais appropriation fondée sur la prétention à
une étiologie commune : elle exprime un "tout comme si" et se
rapporte à un élément commun qui demeure dans
l’inconscient » [5] car le mécanisme qui la constitue est inconscient (c’est celui de
l’ introjection). [6] L’identification succède, généralement, à un
investissement d’objet par la libido (avoir comme) auquel le sujet a du
renoncer du fait de l’impossibilité de le réaliser
concrètement (par exemple, si je n’ai pas réussi à avoir le pouvoir, je peux être identifié à un
puissant dans l’illusion d’ être comme lui).
Il
faut différencier l’ identification, qui se fait à des
objets, de l’ intériorisation qui est celle d’une
relation intersubjective, et de l’ incorporation qui, si elle porte
sur des choses, confond la relation et l’objet.
Mais il y aussi
plusieurs modes d’ identification. Pour exemple :
- - celle qui enrichit et constitue progressivement le moi et
l’identité d’un sujet, et qui le plus souvent porte sur un
aspect de l’objet (par exemple, l’identification à un
maître : sa façon de parler, sa cravate, etc.) ;
- - celle qui met un objet à la place du moi : par exemple,
l’objet « leader » est substitué
à l’Idéal du moi ;
- - et l’identification à l’agresseur :
c’est un mécanisme défensif qui intervient dans des
situations assez extrêmes de souffrance physique ou psychique et qui
permet, au lieu de subir passivement son bourreau, en s’identifiant
à lui, de devenir activement agresseur ou d’en partager
l’agressivité (par exemple, dans un état tyrannique imposant
d’importantes privations, par l’identification au tyran je ne suis
plus victime mais agresseur et j’ai l’illusion de sauver mon
existence).
Ib.
Idéal du moi / Ichideal (& moi idéal /
Idealich)
L’idéal du moi a une préhistoire
représentée par le moi idéal dont une des
représentations les plus claires serait celle de « Sa
Majesté le Bébé » :
c’est-à-dire un temps où, dans ce que Freud a nommé
« narcissisme primaire », le bébé se sentait
parfaitement aimé, soigné et
tout-puissant. [7] Il était son propre objet d’amour, à l’image de
Narcisse. Puis ce temps disparaît, et tel un « paradis
perdu », le sujet cherche au long de sa vie à retrouver ce
sentiment, figuré après-coup en un idéal dont le
désir nostalgique ( Sehnsucht) reste très puissant.
Dans ses tentatives de retrouver cet état, et sous
l’influence des exigences externes et internes, se construit peu à
peu une autre forme, celle de l’ idéal du
moi.
L’ Idéal du moi correspond alors à la
façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à
l’attente de l’autorité : mais, ici, le sujet – ou
plutôt son moi - s’y soumet par amour, et non pas par crainte
d’une punition comme cela est le cas face au surmoi. Cet Idéal du moi a une origine
narcissique [8] en ce qu’il représente, de façon idéale, les
réalisations attendues effectivement par un sujet, ou le modèle
auquel un sujet cherche à se conformer. C’est un lieu psychique
où converge ainsi un idéal narcissique (« Ah, si
j’étais parfait, on m’aimerait et je m’aimerais
enfin ! »), des exigences libidinales (être beau,
intelligent, riche, etc.), et des exigences culturelles provenant tout
d’abord d’une identification aux parents, qui, par substitutions
successives, devient une identification à des idéaux collectifs,
représentés par un groupe ou une personne telle que le leader – qui incarnent (imaginairement) cet idéal :
mais cela fait du leader un fragment de la psyché du sujet,
d’où son pouvoir (interne et quasi hypnotique) sur le sujet. Pour
Freud, le fanatisme, l’hypnose ou l’état amoureux
représentent trois cas où un objet extérieur (le chef,
l’hypnotiseur, l’aimé) vient occuper la place de
l’ idéal du moi.
Le leader représente une
« forme hypnotique » en ce qu’il incarne ou figure au
plus près l’ idéal du moi d’un sujet (qui,
n’arrivant pas à réaliser son idéal, le projette sur
un leader, personne ou groupe ou système – de pensée par
exemple -). Dès lors, le sujet va se soumettre au leader comme il se
soumettait à son idéal, ce qui a pour effet de
répéter un interdit de penser : c’est le leader
qui pense pour lui. Cette situation ne fait que reproduire la source infantile
et le destin de l’interdit de penser premier (par exemple, adhérer
à la fable de la cigogne qui apporte les bébés, n’est
possible que si l’on se soumet à l’interdit de penser qui est
donné en même temps que la fable).
Mais cette soumission a un
avantage : elle est déculpabilisante (« ce n’est pas
moi qui a pensé cela – je n’ai fait
qu’obéir ») : ce qui n’est pas faux, puisque
la pensée et la possibilité critique sont inhibées et
interdites. C’est cette situation que l’on observe dans chaque
« masse », quelle soit politique, religieuse ou militaire
(et c’en est même une condition principale), et que l’on peut
étendre sans difficulté à toute adhésion massive
à une théorie, fut-elle scientifique.
Ic.
Travail de deuil / Trauerarbeit
Suite à la perte d’un objet d’attachement (personne,
situation, etc.), processus intrapsychique qui permet le détachement, non
plus subi mais actif, du sujet par rapport à cet objet.
Freud
introduit cette notion en 1915, dans son texte « Deuil et
mélancolie – Trauer und
Melancholie » [9],
reprenant des éléments déjà relevés, aussi
bien dans la clinique que dans la vie normale. En effet, un certain travail
psychique se repère dans les états traumatiques (quels
qu’ils soient) : la scène traumatisante est
répétée, soit consciemment, soit dans les rêves ou
sous forme de cauchemars, de nombreuses fois, jusqu’à ce que la
charge affective soit peu à peu réduite puis
éliminée. C’est donc un processus psychique qui, s’il
se déroule normalement, enlève à chaque
répétition, à l’image d’un rabot, cette charge
affective liée à l’objet perdu.
Parallèlement,
se développe une élaboration psychique au niveau qualitatif, celui
des représentations mentales – et non plus des quantités
affectives.
Cette double dimension du travail de deuil se remarque par
l’état de désintéressement du sujet pour le monde
extérieur, signe qu’une grande part de son activité
psychique est consacrée ou occupée par le deuil, le sujet semblant
tout entier plongé, au début, dans la douleur et les souvenirs
jusqu’au point où le moi aurait à prendre une sorte de
décision : disparaître avec l’objet perdu, ou bien
estimer si la vie a encore quelques intérêts narcissiques, ce
dernier choix allant dans le sens d’une sortie du deuil par le renoncement
ou l’abandon des derniers liens avec l’objet perdu. Mais ce
détachement est laborieux : en effet, il ne se fait pas de
façon massive, mais élément par
élément : cela signifie que chaque souvenir, chaque
désir, chaque culpabilité, etc., en lien avec l’objet perdu,
doit être traité séparément, amenant au retrait de
libido, d’investissement sur cet objet. C’est un façon de
tuer chacun des liens à l’objet (de « tuer le
mort » [10]).
Mais
le travail de deuil ne réussit pas à chaque fois, essentiellement
du fait des liens
ambivalents [11] (amour et haine) qui sont les plus difficiles à défaire, et il a y
ainsi des « deuils pathologiques », de différentes
sortes selon les positions suivantes :
- - le sujet s’accuse de la disparition de l’objet (ce qui va de
la simple culpabilité à l’état mélancolique,
où le moi s’identifie à l’objet perdu) : ce sont
les éléments de culpabilité ou de haine (qui ont
existés dans la relation au disparu) qui, ici, se retournent contre la
personne propre ;
- - ou bien il nie cette disparition (exposition de photos, vision du mort au
coin de la rue, etc.) ou encore l’illusion d’une communication avec
le mort (spiritisme) ; une autre forme de négation défensive
contre la perte est représentée par un état maniaque
(hyperactivité, état festif chronique, orgies, etc.) ;
- - ou il se pense influencé (le sujet a la même maladie que le
disparu) : c’est-à-dire que le mort menace de se venger et
peut devenir, selon la formule de Mélanie Klein, un persécuteur
interne (là aussi, c’est la haine dans la relation passée
qui se retourne contre la personne) ;
- - ou il n’arrive pas à réinvestir narcissiquement son
existence (dépression), car, selon le vers de Lamartine, « Un
seul être vous manque, et tout est
dépeuplé »[12] :
comme si le disparu avait emporté avec lui tous les liens d’amour
possibles, laissant le moi du sujet comme
asséché.
Id.
Les négations / Negation
Il n’y a pas de négation dans le ça, car
c’est un processus spécifique du moi. Notons que Freud
emploie le terme allemand de Negation pour spécifier, non pas un
processus ou un mécanisme, mais un résultat : par exemple, le moi
a posé une négation sur un contenu déjà
refoulé, mais il n’y a pas de négation possible, dans le ça, par exemple de la perception sensorielle (qui est toujours
inconsciente tant qu’elle n’est pas représentée). Par
ailleurs, ces mécanismes de négation n’ont pas lieu une
fois, mais sont permanents, c’est-à-dire qu’ils consomment
une énergie psychique, sans cesse. Freud a différencié
plusieurs mécanismes de négation (essentiellement
quatre [13],
qui interviennent à différents niveaux d’élaboration
psychique) dont deux sont employés par Mitscherlich :
Id1.
Le déni (ou désaveu) / Verleugnung
D’abord une remarque : dans la traduction française du
texte des
Mitscherlich [14],
il y a une confusion dans la mesure où Verleugnung fut traduit par négation, terme de Freud habituellement rendu par dénégation. Ceci n’a d’importance que par
rapport au fait que ces termes renvoient à des mécanismes fort
différents. [15]
Face
à une situation traumatisante, le mécanisme du déni permet après-coup d’en effacer et la perception sensorielle et
l’affect d’angoisse, c’est-à-dire d’effacer la
réalité même de la scène comme si elle
n’avait jamais eu lieu.
Si un tel
mécanisme est banal dans l’enfance, il devient, à
l’âge adulte l’élément de base de la
constitution de fétiches et de perversions. Par ailleurs, un
élément dénié ne peu pas être repris par le travail de deuil ou encore associé à une
culpabilité, puisque c’est comme si il n’avait jamais
existé.
Ce mécanisme de négation particulier est
l’élément central de la thèse des Mitscherlich, en
tant que phénomène collectif ou réaction collective (sinon
culturelle [16])
face à des traumatismes : il explique l’absence de signes
mélancoliques et de culpabilité ou de douleur, et dès lors
l’impossibilité d’un travail de deuil puisque le
passé est un comme si il n’avait jamais existé. Sans
passé, l’ identification au leader peu aisément se
déplacer sur un autre leader (ils sont facilement
interchangeables) [17].
Les éléments déniés continuent néanmoins leur
existence inconsciente dans le ça.
Id2.
Le refoulement / Verdrängung
Le refoulement est un mécanisme qui refuse une
représentation pulsionnelle par exemple, qui ainsi devient (ou redevient)
inconsciente (refoulée dans le ça) mais qui fera retour
selon le registre des « formations de l’inconscient »
(par exemple, rêve, lapsus, acte manqué, symptôme, etc.). En
effet, l’élément refoulé ne cesse de faire retour
sous des formes substitutives de compromis, des représentations de
remplacement, ce qui implique que le refoulement est sans cesse
produit.
Lors du travail de deuil, les éléments
refoulés peuvent faire retour dans la conscience et donc être ainsi
progressivement élaborés.
Ie.
sentiment de culpabilité / Schuldgefühl
La culpabilité est le sentiment éprouvé par le moi lorsqu’il est sous l’influence du surmoi. Mais ce
sentiment peut être conscient ou inconscient (sous la forme d’un
« besoin de punition »). Ce sentiment est alimenté,
en grande partie, par les motions de haine refoulées, haine qui se
retourne contre le sujet sous la forme de menaces de représailles et de
punition (ce qui indique aussi que si la haine n’est pas refoulée
et reste consciente, elle sera rarement culpabilisée : par exemple,
l’objet de haine désigné par un État et
partagé par un peuple permet d’exprimer la haine de chacun sur cet
objet sans qu’aucune culpabilité ne vienne
l’entraver).
Par ailleurs, la culpabilité, ainsi que la
formation du surmoi, doivent beaucoup à l’issue du complexe
d’Œdipe et des souhaits de mort envers un des parents. Mais dans ce
cas, le complexe oedipien étant refoulé, la culpabilité est
inconsciente.
If.
Ambivalence / ambivalenz
L’ambivalence des sentiments indique le fait que dans tout
investissement d’objet (personne ou chose), il y a à la fois une
dimension d’amour et une dimension de haine (selon le jeu des deux
pulsions, Éros et Thanatos). Ces deux dimensions ne sont pas le plus
souvent conscientes, l’une d’elles étant refoulée. Ce
qui, dans la relation à l’objet, produit deux tendances de sens
contraires qui peuvent s’exprimer simultanément (l’exemple le
plus courant est celui de l’écart entre ce qui est dit et ce qui
est fait, ou encore « je te punis parce que je
t’aime », etc.) Le paradigme freudien de l’ambivalence est
celui de l’enfant envers ses parents : la haine envers eux est
refoulée, ce qui fait que seul le courant tendre reste conscient, mais la
haine refoulée fera retour sous la forme du loup ou de la sorcière
et deviendra ainsi une source de menace contre l’enfant et une source
d’angoisse (celle d’un châtiment : la haine est
retournée contre lui, ce qui vient renforcer son refoulement par
l’intervention du surmoi.)
II
– ça / Es
Cette instance psychique de la seconde théorie de l’appareil
psychique est la plus ancienne (car première), la plus importante et la
plus inaccessible. C’est à partir du ça[18] que se développe peu à peu le moi (sous l’influence
du contact avec le monde externe). Sa qualité première est
d’être totalement inconscient.
Ce lieu psychique est celui
où s’opère une sorte de jonction entre le somatique et le
psychique, jonction figurée par des représentants particuliers qui
sont nommés pulsions ou affects. De ce fait, cette instance
est le réservoir de l’énergie psychique, la libido,
dont une partie est déléguée aux deux autres
instances.
Le ça peut ainsi être décrit :
« son contenu comprend tout ce que l’être apporte en
naissant, tout ce qui a été constitutionnellement
déterminé, donc, avant tout, les pulsions émanées de
l’organisation somatique, et qui trouvent dans le ça, sous des
formes qui nous restent inconnues, un premier mode
d’expression. » Ainsi, il « représente le
rôle du passé, celui de
l’héritage » [19],
héritage que Freud qualifie de « passé
organique » [20],
c'est-à-dire une dimension phylogénétique. « Le
ça tend à satisfaire les besoins innés, néglige la
conservation de la vie comme la protection contre les dangers. Les pulsions sont
conservatrices par nature car elles représentent les exigences
d’ordre
somatique. » [21] Cela veut dire qu’il n’y a en lui aucun indice de
réalité et que les pulsions sont au service
d’elles-mêmes sans aucune prise en compte de ce qui constitue un
sujet. Du fait de ces particularités, les pulsions sont
« inéducables » (l’exemple serait celui de la
faim : face à cette revendication somatique, le moi ne peut
que chercher à apaiser cette tension).
« Sa seule
qualité est d’être inconscient, comportant des contenus
innés (les pulsions) et des faits acquis dans l’évolution du
moi (le
refoulé). » [22] Soit la seconde particularité du ça : outre les
représentants pulsionnels, viennent s’y ajouter tous les
éléments que le moi a pu refouler au cours de son histoire.
Mais ces éléments refoulés vont y subir des transformations
particulières qui n’ont rien à voir avec les
élaborations moïques, puisque le ça « est le
royaume de l’illogisme et des processus
primaires. » [23] Illogisme est à
entendre ici, non pas comme absence de logique, mais comme une logique autre
sans lien avec celle de la raison, puisqu’il n’y a ni
négation, ni doute, ni réalité, ni temps, etc. Les
représentations inconscientes sont régies par les processus
primaires selon le principe de plaisir.
Il n’y a donc en
lui aucune place pour un sujet - qui est donc vécu, soumis, agi par ces
processus - ni pour des représentations de mots ; la seule
organisation y est pulsionnelle, à quoi s’ajoute le refoulé
qui, lui, vient frayer, structurer cette organisation en une première
élaboration, quelques scènes, fantasmes originaires,
premières structures d’importance.
IIa.
principe de plaisir-déplaisir / Lust-unlustprinzip
Principe régissant le fonctionnement psychique, selon lequel
l’activité psychique a pour but d’éviter le
déplaisir et de procurer le plaisir. Pour Freud, la fonction
première de la psyché est de lutter contre toute ce qui vient
l’exciter (stimuli externes et excitations internes), c'est-à-dire
contre ce qui est source de tension, de déplaisir. Le plaisir
étant ce qui est éprouvé lors de la réduction de
cette tension ou excitation suite à un acte qu’il soit moteur ou
psychique.
Son opposé, le principe de réalité n’intervient qu’au niveau du moi, c'est-à-dire
qu’il n’a aucune influence sur les contenus du ça.
IIb.
processus primaire / Primärvorgang (et processus secondaire /
Sekundärvorgang)
Ce processus est dit primaire en ce qu’il est premier et
localisé dans le ça : il se compose de deux
mécanismes, la condensation et le déplacement. C'est-à-dire
que l’énergie psychique est libre (et non point liée
à des représentations spécifiques), pouvant ainsi investir
librement des formations de représentations (déplacement)
substitutives, ou condensant des représentations inconscientes en un
nouvel ensemble (mécanismes repérables dans le rêve par
exemple). De ce fait, le plaisir est immédiat et il n’est tenu
aucun compte du principe de réalité. C’est la source de la
vie imaginaire (fantaisies) et fantasmatique.
À l’inverse,
avec le processus secondaire qui régule les représentations
des systèmes préconscients ou conscients, l’énergie
psychique est canalisée ou fixée à des
représentations spécifiques qui, elles, tiennent compte du principe de réalité, ce qui, du coup, ajourne ou
diffère l’expérience du plaisir. Ici est la source de la
pensée rationnelle.
IIb.
Pulsions de vie (Éros) et de mort (Thanatos) / Lebenstribe &
Todestriebe
Dans la dernière conception freudienne des pulsions, Éros
regroupe les pulsions sexuelles et les pulsions d’auto-conservation. La
visée d’Éros, sa poussée, est celle d’investir
des objets nouveaux, de créer des unités (des liaisons ou des
liens) toujours plus grandes et de les maintenir. D’une certaine
façon, l’on pourrait dire que c’est Éros qui nous
pousse vers le monde extérieur, qui alimente par son énergie
(libido) la curiosité et la pensée.
À
l’opposé, Thanatos est au service de la déliaison,
c'est-à-dire du principe de base de la vie psychique :
réduire ou supprimer toute forme d’excitation, en défaisant
les investissements d’Éros. C’est donc le moteur des
mécanismes de négation du moi.
Bien
évidemment, dans la vie psychique, ces pulsions ne se présentent
pas à l’état « pur » mais son
mêlées et ainsi deviennent source de
l’ambivalence.
De façon générale, une
pulsion se définit en quatre éléments :
- une source, celle de l’excitation corporelle ;
- un but, celui de supprimer l’état de tension ainsi
créé (but qui est lié au type de la source
pulsionnelle) ;
- une poussée dans la mesure où la psyché est
contrainte à produire un travail (la suppression de la tension en
proposant un objet de satisfaction) ;
- un objet qui est visé comme pouvant au mieux satisfaire ce
but (l’objet est variable et indifférent, seule sa qualité
de satisfaction importe).
III
– surmoi / Über-Ich
Le surmoi, avant d’être isolé comme instance, a
connu plusieurs dénominations dans la première conception
topique : censure, conscience morale, idéal du
moi et sur-moi
critique[24] désignant ainsi la partie du moi qui critique, interdit ou punit une
autre partie du moi pour ce qu’il pense ou produit. La notion de moi
critique, chez les Mitscherlich, est différente et ne relève
pas du lexique freudien (nous y reviendrons). Mais les dimensions de conscience morale, de critique et de censure vont devenir
des qualités de cette nouvelle instance que Freud définit en
1923.
Le surmoi est la dernière instance à
apparaître dans la constitution psychique d’un sujet. Il est le lieu
psychique source des interdits moraux que le moi éprouve et subit,
et qui, spatialement, « coiffe » le moi (d’où son nom : sur, Über[25]).
La
façon même dont le moi éprouve et subit le surmoi comme présence quasi étrangère qui
pèse sur lui témoigne de son origine : en effet, sa
constitution se fait tout d’abord par l’intériorisation
progressive des paroles interdictrices ou limitatrices et des jugements
parentaux adressés à l’enfant (qui, dans un premier temps,
est totalement soumis au principe de plaisir et donc ne connaît pas
de limitations à ses désirs et pulsions). C’est pour cela
que le surmoi est :
- d’une part, essentiellement verbal : dans « le
Moi et le ça », Freud précise que le surmoi ne peut renier ses origines acoustiques, qu’il comporte des
représentations verbales et que ses contenus proviennent des perceptions
auditives, de l’enseignement et de la lecture ;
- et d’autre part, il se manifeste au moi en une sorte
d’extériorité qui le tutoie : « tu ne dois
pas faire cela, tu es nul, etc. » Cette intériorisation des
paroles parentales va donc créer les conditions d’un conflit
interne, entre moi et surmoi : « j’ai envie de – tu
n’as pas le droit, tu ne peux pas ». Il devient
« l’instance judiciaire de notre
psychisme ».[26]
L’enfant
va se soumettre à ces interdits par peur, essentiellement celle de perdre
l’amour (et les soins) parentaux. Il sera désormais face à
une alternative, quant à ses désirs : se soumettre et les
refouler, ou transgresser et risquer la culpabilité et la punition
(l’angoisse éprouvée est le signal d’un danger :
« mon désir me fait courir le risque, si je le réalise,
c'est-à-dire si je transgresse, de perdre quelque chose, l’amour de
mes juges internes »). Mais culpabilité et punition, selon les
cas de figure, peuvent intervenir avant, pendant ou après la
réalisation du désir – ou pas du tout. Enfin, viendra
s’ajouter au surmoi son rôle d’héritier du
complexe d’Œdipe.
Par la suite, un déplacement
s’opère : non plus une figure parentale, mais des figures
extérieures à la cellule familiale (le gendarme,
l’instituteur/trice, Dieu, l’État, un leader, etc.), tout en
conservant le même mode de relation, c'est-à-dire en le
répétant. Ici, on entrevoit le rôle important qu’il
joue dans l’organisation des relations sociales.
Mais la
sévérité d’un surmoi par rapport au moi, en une forme de relation sado-masochiste, n’a rien à
voir avec la sévérité réelle des parents :
« La sévérité originelle du surmoi ne
représente pas ou pas tellement la sévérité subie ou
attendue de la part de l’objet mais exprime l’agressivité de
l’enfant lui-même à l’égard de
celui-ci. » [27] « Les particularités des relations entre moi et surmoi
deviennent compréhensibles si on les rapporte aux relations de
l’enfant avec ses parents. Ce n’est évidement pas la seule
personnalité des parents qui agit sur l’enfant, mais transmises par
eux, l’influence des traditions familiales, raciales et nationales, ainsi
que les exigences du milieu social immédiat qu’ils
représentent. » [28]
Cela
indique que nous ne sommes plus, comme pour le ça, dans la
configuration d’un héritage organique et
phylogénétique, mais dans une transmission, et donc, pour
l’enfant, dans un emprunt (inconscient) à autrui, et donc une
relation à un autre.
En effet, « il convient
d’admettre l’existence du surmoi partout où, comme chez
l’homme, l’être a du subir, dans son enfance, une assez longue
dépendance. » [29] Dans les Nouvelles conférences d’introduction à la
psychanalyse, Freud rappelait que l’institution du surmoi se faisait
par identification avec l’instance parentale, ce que traduit le terme
d’emprunt, processus plus actif que celui de transmission. Dans ce
même texte, Freud précise que l’édification du surmoi
ne se fait pas « en fait d’après le modèle des
parents mais d’après le surmoi parental : il se remplit du
même contenu, il devient porteur de la
tradition. » [30] Ce qui indique que ce n’est pas tant l’observation des parents ni le
discours éducatif et moral qui constituent le surmoi, mais une
identification (inconsciente) à la partie inconsciente du surmoi parental : c’est un point important afin de comprendre que la partie
la plus efficiente de la transmission se fait, en fait, à l’insu
des sujets.
Cela éclaire l’aspect impersonnel de la morale
(par exemple, « tu dois, il faut » et non pas
« je ») tel que le surmoi l’impose au moi qui, ainsi
mis en accusation interne, éprouvera de la culpabilité, une
punition ou un écrasement face à des interdits (ou des
inhibitions).
a
Note sur le « moi critique »
Le surmoi « figure le passé de la civilisation que
l’enfant, au cours de ses courtes années d’enfance, est, pour
ainsi dire, obligé de revivre. (...) Il réunit en lui les
influences du présent et du passé. Dans l’instauration du
surmoi, on peut voir, semble-t-il, un exemple de la façon dont le
présent se mue en passé
(...) » [31] Ce qui permet de comprendre, par exemple, pourquoi un sujet peut être aux
prises avec une morale chrétienne tout en appartenant à une
famille d’athées depuis des générations. Alors, le
projet freudien est celui qu’indique la phrase de Goethe que Freud cite
plusieurs fois : « ce que tes aïeux t’ont
laissé en héritage, / si tu le veux posséder,
gagne-le. » [32] Soit l’indication de s’approprier l’impersonnel et
l’intemporel pour l’individuer, l’adapter à soi et
à son contexte.
C'est-à-dire que le moi devienne son
propre maître dans sa maison, et non plus l’esclave des puissants ça et surmoi : c’est sans doute ce que les
Mitscherlich désignent par l’appellation moi critique :
un moi devenu capable d’écouter les exigences internes et
externes, de les analyser, de les discuter et de les adapter, occupant ainsi un
lieu d’où il peut exercer une critique disons positive de ces
exigences. Ce qui est une des visées de la psychanalyse pour Freud :
« (...) l'action de l'analyse dont le but consiste, non à
rendre les réactions morbides impossibles, mais à donner au Moi la liberté de se décider dans un sens ou dans un
autre » [33].
Joël Bernat
[1] S. Freud, Introduction à la psychanalyse (1916) , Petite
Bibliothèque Payot n° 6, 1969.
[2] S. Freud, Abrégé de psychanalyse (1938), P.U.F. 1967, pp. 4 &
6.
[3] S. Freud,
« Au-delà du principe de plaisir » (1920), in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
[4] S. Freud,
« Une difficulté de la psychanalyse » (1917), in Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, 1971.
[5] S. Freud, L’interprétation des rêves (1900), P.U.F. 1950, p.
115. Voir surtout « Psychologie collective et analyse du
moi » (1921) in Essais de psychanalyse, Payot, 1981, où
le chapitre VII est consacré à cette question.
[6] Processus qui
consiste à transposer, sur un mode fantasmatique, les objets
extérieurs et leurs qualités inhérentes dans les diverses
instances de l’appareil psychique. Le terme d’ introjection est le pendant de celui de projection.
[7] S. Freud,
« Pour introduire le narcissisme » (1914), in La vie
sexuelle, P.U.F. 1969.
[9] S. Freud,
« Deuil et mélancolie », in Métapsychologie, Gallimard 1968.
[10] Selon
l’expression de Daniel Lagache in « Le travail de
deuil », Revue Française de Psychanalyse, X, 4,
1938.
[11] Présence simultanée dans la relation à un même objet,
de tendances, d’attitudes et de sentiments opposés, par excellence
l’amour et la haine.
[12] Lamartine,
poème « L’isolement ».
[13] Verwerfung (rejet ou forclusion), verleugnung (déni), verdrängung (refoulement), verneinung (dénégation).
[14] A. &
M. Mitscherlich, Le deuil impossible, Payot 1972, p. 36 note
1.
[15] Pour
mémoire, la dénégation / verneinung (ou encore (dé)négation -
Laplanche & Pontalis -, ou négation – Laplanche -), porte sur
le dire d’un autre. Ce mécanisme permet à une
représentation d’accéder à la conscience mais son
affect est refusé et reste donc refoulé ; il n’y aura
qu’une reconnaissance intellectuelle. Par exemple : « je ne
dis pas cela pour vous faire du mal, mais... » Freud le définit
ainsi en 1925 : « Un contenu de représentation ou de
pensée refoulé peut donc se frayer un passage à la
conscience, à condition qu’il puisse être
dénié. La dénégation est une façon de prendre
connaissance du refoulé, c’est en fait déjà une
levée du refoulement, mais bien sûr, ce n’est pas
l’acceptation du refoulé. On voit comment la fonction
intellectuelle se sépare ici du processus affectif. À l’aide
de la dénégation, seule l’une des conséquences du
processus de refoulement est annulée, de sorte que son contenu de
représentation n’arrive pas à la conscience. Il en
résulte une sorte d’acceptation intellectuelle du refoulé,
avec persistance de l’essentiel du refoulement. » Voir
« La négation », in Résultats,
idées, problèmes, II, P.U.F., 1985.
[16] Qui
n’a rien de spécifique à une culture particulière et
donc pas à la culture allemande.
[17] Ce qui est
comparable à l’amnésie infantile :
l’identification aux parents se déplace sur des objets
extérieurs comme si les parents n’avaient eu aucun
rôle.
[18] Freud
emprunte ce terme à Georg Groddeck.
[19] S. Freud, Abrégé de psychanalyse (1938), P.U.F. 1967 , p.
4.
[22] Ibid., p. 26 (nos parenthèses).
[24] Dans
l’article « Le moi et le ça » de 1923, in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
[25] Pensons
à l’épée de Damoclès, à
l’œil de Caïn ou encore à la crainte des Gaulois que le
ciel ne leur tombe sur la tête, ou le sentiment d’être
observé, surveillé. Le « démon de
Socrate » en serait le premier témoignage (voir Platon).
[26] Nouvelles Conférences sur la psychanalyse (1933), Gallimard
1984.
[27] Malaise
dans la civilisation (1930), OCF-P XVIII, P.U.F. 1994.
[28] Ibid., p. 5 (je souligne).
[30] Freud S., Nouvelles conférences, op. cit., pp. 87 &
93.
[31] Abrégé, op. cit., p. 86.
[32] Voir Totem et tabou (1912-13), Pour introduire le narcissisme (1913),
A brégé de psychanalyse (1938) p. 86. Goethe: " Was Du
erebt von Deinen Vätern hast, / Erwirb es, um es zu besitzen", Faust
I & II, Paris Flammarion 1984: vers 682-3 de "La nuit"; aussi
traduit : "L'héritage qui t'est venu de ton ancêtre,/ Il te
faut l'acquérir pour le mieux posséder." Ou encore, "Ce que tu as
hérité de tes pères, / Acquiers-le afin de le
posséder".
[33] « Le moi et le ça », op. cit. Une belle
illustration de ce mouvement est donnée par Friedrich Nietzsche dans les
« Trois métamorphoses », in Ainsi parlait
Zarathoustra.
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