Luiz Eduardo Prado de Oliveira
(
www.pradodeoliveira.com)
La formation des psychanalystes et leurs institutions :
revue et commentaires
des principales contributions critiques
notamment au sein de l'IPA
Ce travail est le premier document d'un ensemble qui aura
comme thème et comme titre La violence des
psychanalystes. Toute contribution sera la bienvenue,
qu'elle se présente sous la forme d'un
récit d'expérience ou comme élaboration
théorique. Ce travail est un prolongement de ma
réflexion sur ma propre expérience entamée dans un texte
précédent, Parcours : la violence
institutionnalisée entre psychanalystes. Alors que ma
naïveté m'avait amené à penser mon cas comme unique
ou, du moins, restreint à l'institution psychanalytique où j'ai été formé,
la recherche bibliographique
m'a amené de surprises.
Nous devons de toute urgence nous pencher sur l'incidence de la vie institutionnelle
des psychanalystes sur leurs pratiques
cliniques : soit sur l'incidence de la politique qu'ils appliquent dans
leurs vies sur celle qu'ils
conduisent auprès de leurs patients ;
c'est-à-dire sur la question de l'articulation
entre leur éthique, leur morale et leur pratique de la psychanalyse. Ce
ne sont pas des questions abstraites, même si elles ne peuvent pas avoir
des réponses simples. Elles
ont été posées et elles réapparaissent
de manière chaque fois plus pressante là où il
leur a été possible de se manifester, étant
donné le lien entre l'expérience de la psychanalyse et une solide
tradition démocratique. Il est
urgent d'établir une pratique démocratique
là où règne l'autocratie empêchant l'instauration
d'un large débat et le réduisant à des querelles parcellaires
et partiales. Nous disposons d'un grand nombre de
textes en langue anglaise qui établissent un travail
critique à l'égard de la psychanalyse, de son histoire et de ses
pratiques. Un tel travail critique est quasiment inexistant en d'autres langues.
Il est important de traduire
et de divulguer ces textes. Je les résume ici.
Le refoulement correspond à un refus de traduction. Mais il peut prendre
d'autres formes. Très simplement, il y a
d'abord les résistances suscitées par ces
textes eux-mêmes et qui ne manqueront pas de se produire à l'égard
de ce texte-ci. Celles-ci se
présentent de différents manières : disqualification de
l'auteur du texte, admission béate
des critiques, mais en prétendant qu'elles ne s'appliquent qu'aux autres,
réduction du
scandale à la banalité : « depuis toujours c'est
comme ça », - « cela vous étonne ? » - « on
le sait depuis toujours »- « et alors ? ».
Et alors. Et alors que
l'incurie gagne et frôle l'indigence, parfois des pratiques difficilement
justifiables sur lesquelles plane en permanence l'ombre du charlatanisme, les
uns et les autres
feignent d'être blasés pour mieux se
protéger. Et garder les choses en l'état :
entre perversité et perversion, entre immoralisme et amoralisme, entre
complaisance et complicité.
Alors que la psychanalyse part d'une démarche
essentiellement révolutionnaire, elle aboutit aux formes de
rigidité les plus conservatrices et réactionnaires dans tous les
domaines, qui prennent source dans le
caractère imprécis de ses propositions. Il est
important de réfléchir aux enjeux de cette situation. En grande
partie, cela provient des défenses
particulières que les psychanalystes se sont construit, comme de se camoufler
derrière la psychiatrie. Cependant, la
psychiatrie elle-même part d'une démarche humanitaire, sinon paradoxalement
libératrice, avant
d'aboutir à l'enfermement asilaire ou chimique. Il est aussi important
de réfléchir aux enjeux
politiques de cette situation.
Ma sensibilité a été plus
particulièrement attirée par ces textes. Sans
prétendre à l'exhaustivité, ils
résument des problèmes qui durent depuis longtemps. Depuis toujours,
ils suscitent les mêmes résistances
farouches, d'où leur importance et
l'intérêt de leur divulgation. L'une des formes les plus rudes de
cette résistance, du refoulement de
ces textes, a été le refus de traduction de la plupart d'entre
eux. En France, la discussion sur les
institutions psychanalytiques s'est déroulée à l'ombre de
la scission et de l'exclusion de
Lacan, élargie par les scissions en cascade venues plus
tard. L'étude des institutionnels et professionnels se
sont trouvés préjudiciés d'autant. De
même, la formation des analystes est devenue une fonction de
cette manière particulière de poser et
d'essayer de résoudre les problèmes.
L'approche française de ces questions s'est
trouvé appauvri de ce qui se faisait et se fait en
Amérique Latine et aux Etats-Unis.
Origines, mythes et consolidation
Le document qui propose la création d'une association internationale,
présenté par Ferenczi au 2
ème congrès
de psychanalyse à Nuremberg, est curieux. Signé de Ferenczi,
il est très probable que Freud l'ait fortement inspiré. La description
des menaces et persécutions auxquelles la psychanalyse a du survivre
est assez freudienne. Au sujet de son histoire : « La première époque,
l'époque héroïque pour ainsi dire de la psychanalyse, est
représentée par ces dix années où Freud était
seul à soutenir le combat mené contre lui de toute part et par
tous les moyens
[1]. »
Cette affirmation est surprenante. Freud n'a jamais été seul
pendant dix ans à mener un combat
inégal contre des forces persécutrices. La boutade
freudienne du « splendid isolation » prend source dans
une définition courante à l'époque de la position du royaume
britannique dans le
monde. En s'attribuant cet isolement Freud s'identifie à la couronne anglaise.
Ceux qui viennent après lui
croyaient à une héroïque traversée du
désert qui n'a jamais effectivement existé. Breuer, Fliess, Stekel
et beaucoup d'autres ont soutenu cette
entreprise de différentes manières, même si ce soutien n'a
pas été inconditionnel, comme a
souvent semblé le vouloir Freud. En tout cas, contre lui et les siens
jamais aucun pogrom n'a été dirigé d'aucune façon
avant
l'arrivée au pouvoir de la peste brune.
Une telle caractérisation de cette mythique première époque
se justifie de l'introduction d'une
deuxième époque, inaugurée par Jung. Cette mystification
vise à justifier le dénouement de la
deuxième époque, avec la cabale aussitôt
après son intronisation contre le président
nommé et élu. Elle fonde aussi
l'impératif d'un comité secret comme
noyau d'une troisième époque. Néanmoins, Ferenczi est plus
précautionneux : « Je connais bien la pathologie des associations
et je sais combien souvent dans les groupements politiques, sociaux et scientifiques
règnent la mégalomanie puérile, la
vanité, le respect des formules creuses,
l'obéissance aveugle, l'intérêt personnel, au lieu d'un travail
consciencieux consacré au bien commun. »
Dès ses fondations lancées, les maux qui affligeront une telle
association sont déjà clairement et
précisément décrits, au point que les
documents à venir frôleront l'ennui, lorsqu'ils ne font pas preuve
d'humour
Les premières lettres échangées entre Freud et ses disciples
en vue de la réorganisation de
l'Association psychanalytique internationale à l'orée de cette
troisième époque sont significatives. Dans une lettre du 30 juillet
1912, quand il
s'agît d'établir les nouveaux principes d'une association internationale
dont le fondement est un « comité secret », Jones
fait part à Freud de son pessimisme au sujet des « hommes qui
doivent jouer un rôle dirigeant au cours des trente
prochaines années. » Il critique Jung, Stekel, Rank et Ferenczi.
Il revient à une conversation avec ces
deux derniers : « Nous avons tous convenu d'une chose, que le
salut ne pouvait résider que dans
une incessante auto-analyse, poussée jusqu'à la limite la plus
extrême possible, purgeant ainsi les
réactions personnelles de manière à les chasser aussi loin
que possible. L'un d'eux,
c'était Ferenczi, je crois, a émis le vœu qu'un petit groupe
d'hommes puisse être
systématiquement analysé par vous, en sorte
qu'ils puissent représenter la théorie pure,
préservée de tout complexe personnel, et bâtir ainsi au sein
du
Verein un noyau dur officieux et servir de
centre auprès de qui d'autres (débutants) pourraient venir apprendre
le travail. Si seulement
c'était possible, ce serait une solution
idéale. »
Cette lettre est porteuse des mythes fondateurs de la psychanalyse, comme ceux
de « l'incessante auto-analyse,
poussée à l'extrême », du « petit groupe
d'hommes » ou encore
celui de la « théorie pure ».
La réponse de Freud est enthousiaste. Le 1
er août suivant: « Je
commençais tout juste à écrire l'épilogue du colloque "Onanie" que
réclamait instamment Stekel ¾ le travail littéraire est
si
pénible sous l'effet de la chaleur printanière ¾ lorsque
m'est
arrivée votre lettre qui m'a détourné de mon chemin, en
sorte que je dois commencer par y répondre avant de revenir au fil de
mon propos. » (Lettre
81)
Le comité secret se situe ainsi entre « onanie » et
langueur printanière,
entre idéal scientifique et puérilité, entre institutionnalisation
et fractionnisme. À peine
l'internationale organisée et son président
réélu, à l'ombre de l'idéal
de pureté, les trahisons se préparent. Freud ne fait pas que de
l'humour quand il considère les
psychanalystes comme une « horde sauvage » (Cg, 344)
[2].
Il poursuit sa lettre : « Ce qui a aussitôt
captivé mon imagination, c'est votre idée
d'un conseil secret composé des meilleurs et des plus
méritants d'entre nous affin de veiller au
développement ultérieur de la PsA de défendre la cause contre
les personnalités et les accidents quand je ne serai plus. Vous dites
que c'est Ferenczi qui a eu
l'idée, mais sans doute est-ce moi qui l'a
conçu en des temps meilleurs, lorsque
j'espérais que Jung rassemblerait autour de lui un
cercle composé des dirigeants officiels des associations locales. Je suis
désormais au regret de dire qu'il
fallait former une telle union indépendamment de Jung et des
présidents élus. J'ose dire qu'il me serait plus facile de vivre
et de mourir si je savais qu'il
existait une telle association pour veiller à ma
création. Je sais aussi le côte puéril ou
peut-être romantique de cette conception, mais
peut-être pourrait-on l'adapter pour répondre
aux nécessités de la réalité. Je laisserais libre
cours à ma fantaisie et sans doute vous
abandonnerais-je le rôle du Censeur. »
Le fantasme du lien entre la science comme création « des
meilleurs et des plus
méritants » est non seulement puéril, mais engendre
la quérulence comme instrument de séparation entre ce petit groupe
et le « commun des
chercheurs ». Cette puérilité est
présente dans l'idéal scientifique de
Freud.
Si les métaphores guerrières sont abondantes dans le
texte présenté par Ferenczi à Nuremberg, et la protection
de « l'œuvre de
Freud » un étendard, leur auteur ne semble pas envisager les
conséquences d'une telle institutionnalisation pour les patients des psychanalystes,
pas plus d'ailleurs que l'ensemble des psychanalystes qui participent de ces
débats, à la remarquable exception
de Tausk qui très tôt pointe les dangers d'une « religion
scientifique » pour les patients
comme pour les analystes eux-mêmes
[3].
Entre 1922 et 1924, à l'ombre d'une
extrême idéalisation, a été formalisé le modèle
de formation analytique propre à l'Institut de Berlin, qui allait installer
l'intimidation intellectuelle à la place de la recherche analytique et
organiser ce que Ferenczi avait
prévu. Néanmoins, Eitingon possède encore un courage pionnier
qui disparaît par la suite et ses
critères ne sont pas encore ceux qui s'imposeront. Par
exemple, il considère que la gratuité des
séances ne dérange en rien le déroulement d'une cure, toujours
perturbée en revanche par la
rigidité de l'analyste
[4].
Dans les dix années suivantes, « des voix
critiques se sont élevées contre cette approche. Parmi les disciples
de Freud, outre Tausk, Reik s'est
très tôt montré soucieux des dangers de l'orthodoxie et du
dogmatisme psychanalytiques. Dans son
texte de 1933, présenté au Congrès international de Wiesbaden,
peu avant l'arrivée de
Hitler au pouvoir, il souligne que les véritables et intimes
compréhensions psychanalytiques apparaissent comme des surprises pour
l'analyste et pour l'analysant
[5]. »
En vérité, Reik va bien plus loin. Il est le premier à mettre
en cause les principaux axes de la formation analytique tels qu'Eitingon et
l'Institut de Berlin les
ont établis : « Il ne faut pas croire que les analystes
ont décidé définitivement de la
meilleure voie pour acquérir les connaissances analytiques. La recommandation
de suivre la chaîne : analyse
personnelle –étude de la littérature
scientifique –analyse de contrôle n'est
qu'un schéma grossier et insuffisant. Bien des doutes demeurent chez certains
d'entre nous quant à la
meilleure façon d'étudier la psychanalyse. Chez ceux qui ne doutent
pas, il n'en demeure pas moins toute une
série d'incertitudes, relatives aux postulats, aux
conditions régissant les trois phases qui sont à la base de ce
schéma ; des problèmes concernant
leur portée et la façon dont elles agissent
continuent à se poser. Bien des questions ne pourront pas être résolues
aussi longtemps que nous ne disposerons
pas de l'expérience portant sur des nombreuses
années, sur trois générations au moins
[6]. » Ces
générations se sont succédées et des
nombreuses années se sont passées. Si les
problèmes ne restent pas en l'état, c'est
qu'ils se sont aggravés. Ceux relatifs à la
formation se sont multipliés par ceux relatifs à la reconnaissance
des psychanalystes et aux critères retenus pour le choix de ceux qui auront
la responsabilité de les
former et de les reconnaître.
Reik a souligné l'impératif de rester
accueillant à l'égard de la surprise. Or, les institutions analytiques
se montrent singulièrement
fermées à toute surprise dans leurs modes de fonctionnement. Au
contraire : l'histoire montre
qu'elles se soucient plutôt de la refouler avec violence. De nos jours,
l'institution analytique est parmi
celles qui cultivent la violence, de manière d'autant
plus féroce qu'elles n'admettent aucune
médiation externe.
La sortie de la guerre et la reprise des critiques
Avec la guerre et la mort de Freud, se terminait la période de l'invention
et de la consolidation psychanalytiques. Aussi, cette guerre et cette mort
ont fait taire les critiques contre l'institution psychanalytique. Cependant,
dés la fin de la guerre et probablement de la partie la plus importante
du deuil de Freud, ceux qui s'étaient tus reprennent leurs critiques,
encore dans un climat d'incertitude quant é l'avenir. C'est l'inauguration
de la deuxiéme période de l'histoire de la psychanalyse, soit
celle de son expansion.
Immédiatement aprés la guerre, en 1948, cependant, avant que
cette expansion ne commence, les doutes et les critiques
antérieures reprennent. Au sujet des sociétés psychanalytiques
et de la formation qu'elles dispensent,
Balint écrit que leur é climat rappelle
fortement les cérémonies primitives d'initiation. De la part des
initiateurs ¾ les comités de formation et les
analystes didacticiens ¾ nous observons un esprit de secret au sujet de
nos connaissances ésotériques, proclamations dogmatiques au sujet
de nos exigences et l'utilisation de techniques autoritaires. De la part des
candidats, c'est à dire de ceux qui
doivent être initiés, nous observons l'acceptation volontaire de
fables ésotériques,
la soumission à un traitement autoritaire sans beaucoup de protestation
et un comportement trop respectueux
[7]. » Ayant pu occuper
pendant la durée de la guerre une position
d'observateur privilégié de la vie
institutionnelle, étant donné le confinement que
Jones lui a imposé, Balint a un regard extrêmement critique, qui
va de pair avec sa créativité sans limites. Il a en vue les rituels
kleiniens et annafreudiens à la Société britannique de psychanalyse,
encouragés par Jones, sur fond de ses souvenirs
d'autres expériences institutionnelles.
Peu après, en 1952, un psychanalyste formé auprès de Freud,
ayant une très longue
expérience des institutions analytiques affirme : « Ces
motivations irrationnelles de xénophobie et
ces sentiments de culpabilité ont introduit des traits
mélancoliques dans notre formation. Il se trouve que ces traits correspondaient
assez à l'esprit prussien qui fleurissait parmi les fondateurs de l'Institut
de Berlin. ... En psychanalyse, comme ailleurs, l'institutionnalisation n'encourage
pas la pensée
[8]. »
Ce que confirme, en 1953, lors de son discours inaugural, le
président de Association psychanalytique
américaine : « Le spectacle d'une association nationale
de médecins et de scientifiques se
querellant à propos des critères de formation et cliniques, et
s'accusant mutuellement d'orthodoxie et
conservatisme ou de déviationnisme et dissidence,
n'est pas très attrayant, pour le moins. Ces termes appartiennent aux
religions ou à des mouvements politiques
fanatiques et non pas à la science et à la
médecine. La psychanalyse ne devrait pas être une "doctrine" ou
une "ligne
partidaire"
[9]. »
Peu après, en France, un Lacan d'une première
expérience institutionnelle, n'est pas moins incisif.
Il décrit l'institution psychanalytique : « La tension
hostile y est même constituante de la
relation d'individu à individu. C'est là ce que l'euphuisme, en
usage dans le milieu, reconnaît
tout à fait valablement sous le terme de
narcissisme des
petites différences : que nous traduirons en termes plus directes
par : terreur conformiste
[10]. » Les psychanalystes y apparaissent comme
soumis à une forme dévastatrice et
stérilisante de régime de pensée.
En 1958, un article, qui élargit ces remarques et leur donne un sens
politique, souligne qu'un seul souci oriente les
institutions psychanalytiques : celui du maintien du pouvoir de ses membres
dirigeants
[11]. Nombre de bons mots qui courent l'histoire de la psychanalyse
proviennent de ce texte de
Szasz, comme celui du rapport entre la durée de la formation analytique
et le temps nécessaire à la naturalisation aux Etats-Unis d'un
immigré européen. Plus essentiellement, l'auteur montre comment
la formation
psychanalytique n'est déjà plus à l'époque un système
d'enseignement ou de
transmission, mais un système d'endoctrinement, qui fait tarir sa source
vivante.
Grondements de crise
Aprés une quinzaine d'années d'accalmie pendant lesquelles
l'essor socio-économique d'aprés guerre a donné des ailes é la
psychanalyse en tant que profession, en 1972, Arlow présente une étude
de fond oé il aborde quatre aspects de la formation psychanalytique :
les écarts culturels, l'écologie des institutions, la fréquence
des scissions qui s'y produisent et le réle des analystes didacticiens.
Il rappelle que la psychanalyse est la seule parmi les différentes disciplines é continuer é s'appuyer
de maniére non critique sur des textes vieux de plus de cinquante ans.
Cette fixation au passé porte préjudice é toute possibilité d'apprendre
avec l'expérience. Le modéle de la transmission psychanalytique
reste celui du maétre et de l'apprenti, proprement moyenégeux,
incompatible avec une vie institutionnelle de recherche scientifique. é cette époque
déjé la preuve en était pour lui la fréquence des
scissions parmi les sociétés psychanalytiques nord-américaines :
une demie douzaine rien qu'au sein de l'Association psychanalytique américaine.
Ces scissions montrent l'extension du caractére inadéquat des
modes de transmission de la psychanalyse. En outre, elles ont des conséquences
néfastes et traumatisantes pour les psychanalystes eux-mémes.
Pour se protéger et se défendre contre les angoisses suscitées
par une telle situation, les psychanalystes instituent le systéme de
convoyage, oé un analyste didacticien s'assure une position de prestige
en servant de locomotive é tous ses candidats. La formation psychanalytique
devient ainsi un long rite d'initiation, en tout point similaire é ceux
des peuples primitifs. L'exigence fondamentale faite aux candidats est celle
de s'identifier é leurs agresseurs et la théorie psychanalytique
sert de roman familial aux psychanalystes. L'auteur s'appuie largement sur
Reik, en signalant que le dogmatisme est une conséquence immédiate
du refoulement de l'ambivalence. Néanmoins, la notion de é se
dédier exclusivement é la psychanalyse é est confondue
par lui avec la notion de l'exercice libéral d'une pratique clinique
et n'est pas mise en équation avec le simple exercice d'une clinique
en fonction d'une pensée, ainsi qu'avec l'effort de recherche et d'élaboration
que cela doit impliquer
[12].
Deux ans après, en 1974, Limentani considère que « la
formation institutionnelle est probablement
antithétique à l'analyse ; elle produit un
degré d'infantilisation nuisible au procès d'individualisme et
de maturation encouragé par
l'analyse
[13]. »
Néanmoins, les critiques faites à l'institution psychanalytique
restent éparpillées. Aussi bien
ont-elles quelque tendance à se tarir. Le président de l'Association
américaine ne parvient pas à introduire les modifications qu'il
juge nécessaires.
Lacan ne parvient pas à créer une autre institution qui soit radicalement
différente de celle qu'il
critique.
Un certain épuisement apparaît dans ce domaine quand
apparaît le travail pionnier et révolutionnaire de
Roustang
[14]. Pour la
première fois, un éclairage d'ensemble et
historique est apporté aux maux dont souffrent les institutions psychanalytiques.
Leurs difficultés ne proviennent pas seulement d'une tendance presque
naturelle à la bureaucratisation et de ce qu'engendrent les appareils
administratifs. Elles prennent source dans la
manière qu'avait Freud de considérer la discipline qu'il inaugurait,
de concevoir la science et de
postuler une politique conséquente avec ses vues, en pratique sinon en
théorie. La force séismique de ce livre s'amplifie avec sa rapide
traduction en anglais. Tous les travaux qui paraissent dans cette langue par
la suite le citent
abondamment et y prennent appui, élargissant le champ des
premières critiques.
En 1985, l'institution psychanalytique est comparée à une société secrète,
selon le
modèle défini par Simmel
[15]. L'auteur de cet article,
malgré son courage, reste prisonnier de l'inhibition
de pensée engendrée par son institution d'origine et se trouve
dans l'incapacité de
tirer bénéfice des avancées théoriques
de son précurseur, comme l'articulation
impérative entre les notions de loyauté et de trahison dans l'histoire
des communautés humaines.
L'application de cette articulation à l'histoire de la psychanalyse et
de ses institutions met en lumière le
renouvellement de vœux d'alliance et de loyauté,
toujours liés à leur trahison. L'histoire de la psychanalyse est
tout, sauf le déploiement d'une
découverte dans la certitude de sa valeur.
L'année suivante, en 1986, Kernberg présente le premier de ses
textes au sujet de la vie communautaire des psychanalystes. Ses constatations
sont claires : « L'enseignement psychanalytique de nos jours
est
trop souvent conduit dans une atmosphère
d'endoctrinement plutôt que dans celui d'une
exploration scientifique ouverte. » Et, plus loin, « Je
fais référence à l'atmosphère paranoïde dans
laquelle baignent
souvent les instituts psychanalytiques et à leur effet
dévastateur sur la "qualité de vie" dans
l'enseignement psychanalytique
[16]. »
L'auteur cite une communication personnelle de Dorey,
où celui-ci critique cet état de faits en l'attribuant au fantasme
de la scène primitive
lié à celui du couple œdipien qui exclut les enfants. Kernberg
critique sévèrement cette approche
qui prévaut en France : « L'échec dans l'établissement
d'une distinction entre une institution d'enseignement
et la famille reflet un échec dans le développement et dans la
préservation d'une structure
organisationnelle orientée vers les tâches
qu'elle doit accomplir. » Et, il conclut « Surtout, la
qualité de la foi nécessaire
pour la traversée d'un procès dont le dessein est de mettre un
individu face à l'inconnu et le recouvrement par le secret du travail
et de la personnalité de ceux qui aident l'étudiant, reproduisent
l'atmosphère émotionnelle des monastères et des retraites
religieuses. L'exposition de la
personnalité des candidats à un examen complet, alors
que les personnalités des professeurs sont gardées dans un secret
aussi grand que possible, est une exigence
caractéristique de l'éducation religieuse
[17]. » Roustang
avait discuté de ce lien intime entre psychanalyse et religion que Kernberg
développe dans cet
article
[18].
En 1987, un nouveau pas est fait. Un autre auteur décrit les institutions
psychanalytiques : « D'autre
part, même si l'institution semble fonctionner comme auparavant, selon
des traditions établies, avec des transformations scientifiques et affectives,
avec le souci de la
formation permanente de ses membres et un souci éthique des rapports aux
patients et aux collègues, son visage en fait
se transforme : la franchise et la spontanéité disparaissent,
cédant la place à un comportement
routinier, à des préjugés et à une
adhésion excessive aux règlements statutaires et aux
normes établies.
« Les normes traditionnelles sont abandonnées et
la Société perd à la fois sa mémoire et son histoire.
Les échanges scientifiques et affectifs entre
les pairs, à différents niveaux, deviennent formels et rigides.
Des attitudes agressives apparaissent, parfois
déguisées et parfois évidentes. Les
communications changent : des différences apparaissent entre les
membres et les non membres. L'indiscrétion
prévaut, en tant qu'instrument de pouvoir pour certains et une menace
permanente pour d'autres (J'ai
entendu dire que... ; On dit...)
[19]. »
La « terreur conformiste » et « l'atmosphère "paranogénique" » ne
sont pas
seulement les conséquences d'une structure. Elles s'appuient sur des puissants
leviers de la vie quotidienne, au moyen de pratiques auxquelles chacun et chacune
se livrent avec
délice, et dont les principales manifestations sont les
mondanités et les commérages. L'un et l'autre remplacent l'approche
clinique et scientifique
des patients et de la cure psychanalytique.
L'apogée de la crise
En 1991, la Cinquiéme conférence d'analystes didacticiens
de l'Association psychanalytique internationale a lieu é Buenos Aires,
sous la présidence d'Otto Kernberg. Elle a comme théme é Entre
le chaos et la pétrification : problémes d'intégration
de différents cadres de travail théorico-cliniques dans la formation
du psychanalyste. é Son compte-rendu apparaét deux ans aprés
[20].
L'auteur résume ces débats qui pointent deux dangers principaux : « le
problème de l'infantilisation, de l'abrutissement et de l'étouffement
de toute créativité propre aux structures de formation plus ou
moins autoritaires et rigides, centrées sur les didacticiens » et « le
problème d'une formation plus chaotique et peut-être plus délinquante
liée à une structure plus centrée sur les étudiants
et même dirigée par eux. »
Pour autant il est impossible d'affirmer, d'une part,
que le danger de la délinquance soit écarté des structures
autoritaires, bien au contraire ; d'autre
part, il n'est pas évident que les structures plus
centrées sur les étudiants soient à l'abri de l'infantilisme
et de
l'abrutissement.
Comme les problèmes sont formulés avec
difficulté, les discussions tournent court. Certains
craignent plutôt le risque du chaos, qui mettrait en danger la distinction
si durement acquise, selon eux, entre cure
psychanalytique et cure psychothérapique d'orientation analytique. Ces
distinctions, très à la mode dans les milieux de l'Association
psychanalytique internationale, sont
le plus souvent d'une exaspérante naïveté. D'autres constatent
l'existence d'une « guerre théorique », en appuyant
fortement, encore une fois, sous les vieilles métaphores belliqueuses
freudiennes. Certains rappellent des remarques plus judicieuses, comme celle
de Limentani dans son article
déjà mentionné sur
l'incompatibilité entre institution et formation psychanalytiques, ou
une communication inédite de Zusman,
qui s'appuie largement sur les thèses de Reik, pour qui la racine des
problèmes plonge dans les pratiques de l'Institut de Berlin, une caricature
de l'esprit « germanique » entendu dans le pire sens du
terme.
Lors de cette conférence, les critiques les plus violentes viennent
d'André Lussier, qui attaque « la
rigidité écrasante, l'endoctrinement suffocant,
l'échec à attirer assez de candidats
créatifs, les effets pathogéniques,
intra
muros, des contre-transferts et transferts non-analysés avec leur
cortège d'idéalisation et
d'attitudes paranoïdes »,
caractéristiques des institutions psychanalytiques. Il
dénonce « l'atmosphère d'endoctrinement, d'interdiction
de penser et le
népotisme idéologique », liés à « l'atmosphère
stérilisante
soutenue par ceux d'entre nous qui réservent un regard
méfiant aux tendances des jeunes générations à défier
le
statu quo et à exiger des meilleures conditions pour exprimer
leurs
pensées. » Lussier termine en critiquant la
confusion fréquemment entretenue entre soif de
liberté et révolte adolescente ou chaos. Cette confusion est le
fait de ceux qui y trouvent leur
intérêt
Malgré tout cela, aucune mesure concrète visant à mettre
fin à cette situation n'est
formulé, si ce n'est, éventuellement, la fin de l'analyse didactique
et une plus grande participation des élèves, qui viendraient sans
doute renforcer cette
situation. Le plus grand souci des différents auteurs, en reprenant l'analyse
de Reik, semble être le
démantèlement de la structure tripartite ou ternaire
instituée par Eitingon, à savoir celle qu'exige pour la formation
de l'analyste une analyse didactique, des supervisions cliniques et des cours
théoriques. Les auteurs les plus critiques proposent que chacun de ces
moments de la
formation soient indépendants les uns des autres, revenant
en cela à la « désorganisation » que
préférait Anna Freud lors de ses controverses avec Melanie Klein
dans les années 40
[21].
Urgences
Les critiques s'accélérent : des nouvelles recherches
apparaissent, ceux qui s'y étaient déjé consacrés
y reviennent, avec une insistance accrue et des observations plus aigués.
En 1994, un travail est publié sur les tendances
schismatiques profondément enracinées dans le
mouvement psychanalytique
[22]. Il met en relief de nombreux aspects du fonctionnement
des sociétés secrètes en ce qui concerne la psychanalyse
et son histoire, comme les scissions
classiques, mais, bien pire, le climat d'hostilité en vigueur dans les
institutions et notamment,
l'hostilité envers les analystes en formation. Il
présente une liste assez exhaustive de psychanalystes qui mentionnent
le lien entre intimidation intellectuelle et
idéalisation à l'intérieur de ces
institutions psychanalytiques.
La nature même du travail analytique est à origine de cette situation.
Les psychanalystes semblent incapables de penser leur vie communautaire autrement
que comme une protection contre
leur pratique clinique. Cette incapacité finit par engendrer chez eux,
au mieux, un fort sentiment de leur déficiences, ce qu'ils compensent
par la surestimation de soi et par
l'idéalisation de leur travail. Elle engendre aussi, au pire, un sentiment
d'inauthenticité, de manque de
spontanéité et, enfin, les conduit à des
pratiques charlatanesques. « Le point important, je crois, est qu'ils
ne veulent pas se considérer comme étant limités dans leur
appréciation des faits cliniques par des enjeux politiques. Ce qui menace
vraiment
l'identité professionnelle des psychanalystes n'est pas que ce ne soient
pas des scientifiques, mais que
leurs croyances analytiques peut les empêcher
d'être pleinement à l'écoute du
matériel apporté par leurs
patients. »
« Les conséquences pour les instituts de ces puissantes forces
centrifuges a été paradoxalement,
je crois, la création de systèmes organisationnels
extrêmement fermés (
overbounded) (Alderfer,
1980), systèmes avec des limites imperméables à l'excès,
avec des hiérarchies rigides,
avec des attributions de responsabilités et de rôles inflexibles.
Les instituts montrent tous les signes typiques de
tels systèmes : ils possèdent des
critères d'admission restrictifs et
prétendument stricts ; ils possèdent de
manière typique des structures hiérarchiques rigides
qui mènent à des processus de décision
contraignants ; ils insistent sur la pureté idéologique, sont
réfractaires aux changements, etc.
Les systèmes extrêmement fermés
(
overbound) possèdent une perméabilité
inférieure à celle
qui serait optimale pour
les relations du système avec son environnement, ..., et ils courent le
risque de perdre leur capacité de répondre aux transformations
de cet environnement. Ils tendent à montrer une clarté sans équivoque
et sans compromis
quant à leurs buts, à exhiber des relations
d'autorité hautement centralisées et
monolithiques, à restreindre la libre circulation de
l'information et à inhiber les critiques. ... Ces
systèmes doivent être rigides, contraignants et autoritaires parce
que l'allégeance première de
leurs membres se fait à l'égard des couples psychanalytiques dont
ils font parti, et à l'égard des lignées, des chaînes
inter-bloquées de couples dont ils sont les descendants
[23]. »
Cette situation a des conséquences précises pour les psychanalystes
et pour leur façon d'être. L'auteur conclut que certains de leurs
traits de
caractère sont bien connus : « ...narcissisme fréquent,
arrogance et
dogmatisme, leur insistance à être au-dessus de toute critique,
leur comportement agressif à l'égard
des candidats et leur penchant à fomenter des attachements
de dépendance... », tout « ...en faisant peu de
cas des buts scientifiques... », « ...en utilisant des
critères de
vérification mous, appliqués de manière
inconsistante... ». Les analystes « ...promeuvent inconsciemment
les scissions
qu'ils craignent, car elles confirment leur idée que le monde est un lieu
insoluble, cruel et, en dernière
instance inférieur, un lieu auquel ils n'appartiennent
pas
[24].»
J'ajoute que les déceptions provoquées par
chaque scission sont à la mesure de l'espoir
suscité par ceux qui sont partis et de
l'idéalisation dont ils ont été l'objet. En quelque sorte,
le mépris qu'on leur
voue aujourd'hui est la contre-partie des cimes où on
leur avait haussé autrefois. Jung, bien entendu, mais
rétrospectivement, aussi Stekel ou Adler, et auparavant Bleuler, Fliess,
Breuer et, plus tard, Ferenczi. Par la suite, la scission s'instaure en tant
que modalité primordiale de la vie communautaire des psychanalystes telle
qu'elle a été conçue par Freud et
perpétuée dans des institutions dont il a été l'inspirateur.
Tôt ou tard ces scissions prévues depuis toujours devaient susciter
le rire, plutôt que la frayeur ou les évanouissements, tant leur
côté enfantin est évident. Freud avait l'habitude, lors
de
l'ouverture des congrès, d'inviter les
participants à la solidarité lycéenne.
En 1996, un article de génie apporte ce rire. « Trente manières
de détruire la
créativité des jeunes psychanalystes » (
psychoanalytic
candidates, littéralement, candidats
psychanalytiques, manière des institutions ipéistes
d'assigner à leur place ceux qui leur font une demande de formation et
de reconnaissance).
Ces trente méthodes, que je résume et auxquelles l'auteur apporte
des développement hilares et
indignés, comportent la sacralisation de la pensée freudienne et
du passé d'une manière
générale, avec un dénigrement corollaire du
présent ; le ralentissement à l'extrême de toute vie
sociétaire et la
suspension indéfinie de toute décision ; le
renforcement hiérarchique poussé à l'absurde et rendu opaque
au possible ;
l'étouffement de toute initiative ;
l'instauration d'une rivalité meurtrière
entre les générations et entre les membres
d'une même génération ; la mise à l'écart
de ceux qui montrent des signes de
rébellion, même timides, au moyen de complots de
silence systématiques ; la complète absence de renseignements
précis sur la vie institutionnelle et, quand
ceux-ci sont impératifs, leur caractère
contradictoire et imprécis ; le renforcement de la rumeur comme forme
de communication communautaire dominante ;
l'uniformisation ; et l'écartement enfin de
toute approche théorique prenant en considération la
réalité, l'analyse personnelle devenant toute-puissante comme seul
critère de
réflexion.
L'auteur conclue que la seule question à laquelle
s'intéresse effectivement l'institution porte sur les moyens qu'il convient
d'employer pour inhiber
toute créativité non seulement dans l'institution, mais aussi chez
ses membres. Le but de la formation psychanalytique n'est pas de soutenir les
jeunes
analystes dans la découverte et dans l'exploration
d'une réalité infiniment complexe et fuyante,
mais plutôt de garder intact un ensemble de dogmes dont le questionnement
est interdit. Il est impératif de « garder toujours présent à l'esprit
que là où une étincelle perdure, un feu peut
se déclarer, surtout si elle est au milieu des bois morts
[25].
Nous ne saurons pas si la présidence de l'Association psychanalytique
internationale exercée par l'auteur de
ce texte correspond à une exquise perversion de cette
institution, à un véritable souhait de transformations radicales
ou, plus probablement, aux deux. Toujours
est-il qu'après sa présidence les choses restent strictement en
l'état dans cette Association. Si le souhait de changements profonds a
existé, il
s'est heurté à des résistances encore
plus lourdes et, rétroactivement, a mis à jour sa
perversion.
Elargissements
Trois articles importants ont fait écho é ce texte, tous les
trois la méme année.
Le premier a été présenté en 1995 au
39
ème. Congrès de l'Association
psychanalytique internationale à San Francisco
[26]. Son auteur souligne que
dès 1910, lors des réunions de la
Société psychanalytique de Vienne, Tausk avait
déjà exprimé des réserves quant à la nécessité d'une
organisation
particulière pour la divulgation de la psychanalyse en
signalant en même temps son caractère de religion scientifique.
L'auteur procède également à une lecture critique de travaux
portant sur
l'histoire de la psychanalyse, ainsi qu'à différentes définitions
de la psychanalyse
proposées par Freud. Il parvient à établir un principe historique
pour la psychanalyse, qui se base, en
dernière instance, sur un modèle binaire simple, selon lequel il
n'y a qu'une seule
vérité, mais d'infinies résistances à cette vérité.
Cette situation amène à l'instauration d'un paradoxe : chaque
analyste a besoin d'un modèle théorique
cohérent sur lequel appuyer ses interprétations. Cependant, ces
interprétations ne seront riches que si elles
s'inspirent de différents modèles, selon les besoins de chaque
patient particulier. Il conclut : « Ce texte serait incomplet
si je ne mentionnais pas une
force sociologique qui a favorisé l'orthodoxie. Nous nous souvenons que
Jung a demandé à Freud de transformer la psychanalyse en religion
joyeuse, qui retournerait à Dionysos et combattrait la répression
de la
sexualité. Aucun autre disciple n'a été aussi loin. Néanmoins,
la création de la psychanalyse
a baigné dans une atmosphère religieuse. » Comme si
la psychanalyse venait remplacer la religiosité défaillante de
ses créateurs et de leurs familles
d'origine.
Le deuxième article, signé Muhlleitner, vient étayer cette
thèse. Il procède à une reconstitution historique minutieuse
de la vie des membres de la
Société Psychologique du mercredi et de la
Société psychanalytique de Vienne de 1902 à 1937 : nombre
de participants, provenance socioculturelle, formation professionnelle, profession
de leurs pères, confession religieuse de leur famille d'origine et leur
provenance géographique, leur distribution selon les sexes, autant de
données apportées par cette étude. Le mouvement d'ascension
sociale propre à ce groupe et
le suicide culturel que l'Allemagne opère à travers le nazisme
est clairement et concrètement
perceptible à travers la comparaison de l'origine
géographique des familles des premiers psychanalystes et les
lieux où ceux-ci ont terminé leurs jours.
La fluidité de déplacements des psychanalystes à l'intérieur
de leur mouvement est aussi
remarquable, autant que le travail idéologique permanent auquel ils s'
adonnent les uns et les autres. Parmi les
participants des réunions du mercredi, Sterba remarque
très vite la constitution d'une hiérarchie
stricte basé sur le seul critère de la
proximité physique à Freud. Nunberg, quant à lui, ne semble
pas remarquer les contradictions entre deux de ses affirmations qui se suivent
pourtant : il écrit qu'au cours de son histoire institutionnelle, la psychanalyse
a vu
démissionner certains de ses membres « mais la plupart des
participants sont restés fidèles
jusqu'à la dissolution de la Société en 1938, quand Hitler
a occupé l'Autriche. Cependant,
parmi ceux qui participèrent aux Soirées du Mercredi, seuls Federn,
Hitschmann et Sadger sont restés
jusqu'à la fin
[27]. »
En vérité, parmi les 23 membres de la
Société psychologique du mercredi et de la
Société psychanalytique de Vienne en 1909, parmi les 42 membres
de l'Association psychanalytique internationale en 1910, seuls trois membres
originaires sont encore présents
en 1938, soit à peine 10%, selon les critères retenus. Et l'auteur
ne voit pas de raisons de
s'interroger, sinon de s'inquiéter de cette
situation, mais plutôt l'occasion de s'en
réjouir. De nos jours, les sociétés psychanalytiques n'ont
plus le courage de tenir à jour, publiquement, des statistiques similaires,
quoique leurs
déclarations demeurent toujours contradictoires.
Le dernier de ces articles, tout aussi remarquable, qui reprend parfois les
thèses de son auteur présentées
dans un précédent texte, étudie les
différentes affirmations de Freud quant à son
rôle en tant que leader et en tire les conséquences pour l'organisation
du mouvement psychanalytique. Les
conflits et difficultés de Freud quant à sa propre élaboration
théorique se sont étendus pour
devenir ses difficultés avec ceux qu'il a
chargé de poursuivre le développement de sa
pensée. Il souligne l'importance de l'influence
du groupe sur la création individuelle, plus grande
peut-être que celle du mouvement inverse
[28].
Développements
Aucune solution véritable n'a été apporté aux
problémes de la formation psychanalytique. Les alternatives aux modéles
ipéistes se multiplient. Aucune institution ne semble en mesure de récupérer
le fantasme du é centralisme démocratique é nourrit
autrefois par Freud et par ceux qui ont formé son é comité secret é.
Les urgences se perpétuent. Dans ce contexte, trois critiques d'importance
se distinguent.
- L'approfondissement des préoccupations :
Kernberg
En 2000, paraît un article présenté deux
ans auparavant à la Société psychanalytique
suisse. Signé du président en exercice de la l'Association psychanalytique
internationale, Kernberg, il
reprend l'ensemble de ses propres thèses, en y ajoutant d'autres arguments,
et en les validant de son
autorité
[29]. Encore une
fois, il part de la critique de la « structure administrative oligarchique
qui
contrôle les instituts psychanalytiques et contribue à leur atmosphère
autoritaire. » Cette structure
possède un noyau idéologique, qui est la confusion
entre neutralité technique et anonymat, basée
elle-même sur une mystification du silence. L'anonymat permet toute sorte
d'abus. Seule la plus grande transparence
et l'explicitation d'un total désengagement « politicien » à toutes
les étapes de la vie sociétaire peuvent y mettre
fin.
Apparemment, ces considérations idéalisent le
modèle dit « français ». Kernberg semble
croire que l'apport révolutionnaire de
Roustang se restreint à l'approche historique de la psychanalyse et il
néglige son caractère contemporain. Le discours sur l'histoire
sert à un
commentaire essentiel fait par Roustang : «
de
te fabula narratur. » L'étude de
l'histoire ne s'épanouit dans sa splendeur que
lorsqu'il sert à comprendre le présent.
Celui-ci, à son tour, sert à des approches sans cesse
renouvelées de l'histoire. L'approche de
Roustang éclairait et éclaire toujours
l'actualité de la psychanalyse. Ces livres
ultérieurs poursuivent l'étude critique de
cette actualité
[30]. Kernberg ne se trompe pas, qui revient à la critique
sévère du « modèle français »,
en tant
qu'il engendre « l'insatisfaction, la
désorientation et un sentiment d'abandon ». « Ceci
peut provoquer une distorsion signifiante de ce
qui devrait être un exercice de pensée scientifique et professionnelle.
Il s'ensuit l'accroissement
d'une résistance passive, des craintes paranoïdes et des formulations
malhonnêtes. » L'idéal nord-américain d'une
moralité scientifique et intellectuelle est très éloigné,
y compris dans la jurisprudence, de l'acceptation passive de cette
malhonnêteté.
Kernberg reconnaît un point commun à tous les
modèles d'institution psychanalytiques : « ...la tendance
implicite à décourager la
participation créatrice au développement de la
science psychanalytique. » La conséquence en est
l'étendue de l'ignorance et des tendances isolationnistes. Si les psychanalystes
se trouvent si isolés
et si la profession connaît une véritable crise, c'est que les psychanalystes
sont venus à établir leur exercice en clinique privée et à l'adresse
d'une clientèle aisée et à l'avance gagnée « à la
cause » comme unique critère de la « véritable
psychanalyse ». Aux États-Unis, ils se sont éloignés
des lieux
vivants de la recherche clinique, situés plutôt dans le domaine
publique et orientés vers des populations atypiques. Ailleurs, les institutions
ont tendance à ne pas
reconnaître comme de la "véritable
psychanalyse" celle qui s'exerce dans les lieux de
soins en santé mentale, malgré les prises de position de Freud
auprès de Biswanger par exemple ou malgré l'expérience d'un
Eitingon.
La sélection exclusive « des candidats qui épousent
l'idiosyncrasie ou l'idéologie
particulières de l'institution » stimule un élitisme « qui
peut acquérir aussi bien
une nature provinciale : "nous ne sélectionnons que ceux avec qui
nous pouvons nous entendre". » Les autres seront l'objet « d'attaques
les
plus arbitraires » et « d'inévitables
maltraitances ».
Très probablement, d'après ses propres
déclarations, telle était la politique de Freud, mais rien ne garantit
qu'elle aie été juste. En
outre, au cas où elle aurait été inévitable, il serait
très peu raisonnable de
considérer qu'une orientation si ancienne soit
toujours d'actualité, alors que tout l'environnement scientifique et professionnel
de la
psychanalyse s'est si radicalement transformé et ne
cesse de le faire.
Nous pouvons résumer : si la réalité rejette les
psychanalystes, c'est qu'auparavant ils
l'ont rejeté. « Réalité psychique »,
pour les analystes qui sont venus
après la guerre, n'a pas été un concept à articuler à celui
de « réalité », mais plutôt un concept
qui a servi à nier celle-ci, à la rejeter
et, en dernière instance, à permettre son oubli. Le
concept de « réalité psychique » a servi
au refoulement d'une l'histoire trop douloureuse, et le sert toujours,
plutôt qu'à l'éveil et
l'attention à la contemporanéité, auxquels il ajouterait
une exigence supplémentaire.
Kernberg illustre la psychopathologie de la vie quotidienne des institutions
psychanalytiques : « Les candidats analystes doivent payer
leurs analyses, leur expérience de
supervision et leurs séminaires, tout en supportant une
réduction importante de leurs revenus due aux petits prix de leurs cas
de contrôle. Ceci constitue une contrainte objective qui exige, je crois,
que les instituts psychanalytiques
considèrent activement leurs possibilités d'aider le corps des
candidats à obtenir des patients.
Il y a des instituts qui ne le perçoivent pas comme de leurs
responsabilités.
« Les superviseurs, comme j'ai déjà signalé,
sont relativement protégés de la
réalité sociale du fait même qu'ils ont un certain nombre
de candidats en analyse. Cela constitue souvent une pression subtile dans le
sens de la réduction du nombre des superviseurs et aussi dans le sens
d'un manque de
responsabilité des superviseurs en tant que groupe à l'égard
des difficultés de leurs
puînés à obtenir des
patients. »
Ces difficultés sont une conséquence de l'isolement des psychanalystes
et de leur ignorance de la
réalité. « L'isolement intellectuel
contribue à la réduction du prestige de la psychanalyse dans la
communauté scientifique et donne du
poids aux critiques générales à l'encontre de la psychanalyse
comme étant un
traitement élitiste, subjectiviste, irréaliste et
cher. » Outre la confusion entre neutralité et anonymat, une
autre confusion s'est produite, entre
psychanalyse et exercice libéral de la psychiatrie. Les psychiatres d'exercice
privé se sont approprié la psychanalyse et ont défini ses
conditions comme étant celles de leur exercice, pour le plus grand
préjudice de la psychanalyse. Par exemple, le
caractère obligatoire du payement des séances et leur payement
en cas d'absence n'a jamais été défini, du moins de manière
générale,
ni par Freud, ni par l'Institut de Berlin ni même,
dès 1960 aux Etats-Unis, par Alexander qui introduit le rythme de trois
séances par semaine pour la cure analytique, parmi d'autres variations
techniques, alors que les
prétendus gardiens des ruines du temple
s'évertuent encore à affirmer
l'impératif supposé d'un rythme mythique de quatre, voire cinq
ou six séances par semaine pour le
déroulement de la "véritable analyse"
[31].
Kernberg conclue que l'éducation psychanalytique ne
peut plus prétendre être immune aux transformations culturelles,
sociales, professionnelles, scientifiques et éducationnelles qui constituent
son environnement. Au contraire, elle doit viser un recrutement ouvert et flexible
des
candidats articulé à des pratiques intensives de supervision et
d'enseignement menant très tôt à l'intensification de leurs
capacités
créatrices, reconnaissant pleinement leur appartenance
intégrale « à notre profession tant que ce sont encore
des jeunes adultes. »
Je retiens ceci des longs développements consacrés
par l'auteur à cette partie de son travail : « La présentation
d'un texte scientifique
doit avoir lieu après l'admission, en tant que geste de joyeuse bienvenue,
et non pas en tant qu'un rituel
d'initiation supplémentaire. Le plaisir des contributions scientifiques
ne doit pas être
gâché par leur transformation en pré-condition d'une ascension
hiérarchique dans la structure de
pouvoir de la société. »
Le dilemme posé auparavant au sujet de Kernberg, à propos de
l'oscillation induite par ses thèses, qui
nous mènent à voir l'institution
partagée entre exquise perversion et véritable souhait de transformations
radicales se retrouve à la fin de
son étude : « Quant à la structure d'ensemble de
l'institut psychanalytique, il est
important que les méthodes et les critères de
sélection des membres enseignants, des analystes superviseurs et des candidats,
ainsi que ceux de la progression des candidats, de leur formation, etc. soient
transparents et soient l'objet d'une information publique. L'organisation des
candidats dans une structure administrative dont les organisateurs soient en
contact permanent avec le directeur de l'institut psychanalytique et/ou avec
son comité exécutif peut permettre aux candidats de participer
de manière responsable au processus éducationnel et fournir à chaque
candidat une voie
d'appel pour la correction des erreurs commises à son
encontre
[32].
Pour conclure, l'auteur présente une liste de quinze
critères impératifs à la
caractérisation d'une institution psychanalytique
comme innovante et démocratique. Ces critères
eux-mêmes importent peu ici. Il suffit de signaler qu'aucune des institutions
affiliées à l'Association psychanalytique internationale ne les
satisfait. Celles qui ne lui sont pas affiliées non plus,
d'ailleurs.
Il est impossible de savoir si la constatation de la
possibilité du développement de ces « structures formelles
(
des instituts de
formation) sans leur accorder une autorité réelle
(
aux candidats) » est un danger contre lequel Kernberg met
en garde ou l'ambiguïté d'une
solution qu'il préconise. La pratique montre que la structure des institutions
psychanalytiques, qui définissent
en somme comme leur priorité la préservation de la confusion entre
l'exercice privé de la psychiatrie et l'exercice la psychanalyse, ne peut
pas reconnaître un
réel pouvoir, non pas tant aux candidats, mais surtout à ceux qui
ne font pas de leur exercice privé le
critère de leur pratique psychanalytique.
- Un coureur de fond : Kirsner
L'exaspération qui naît de la
répétition d'une perversion fondamentale de
l'institution, accentuée par une complaisance sans limite avec ses propres
errements, phénomène aux
conséquences particulièrement graves au bout du compte, fait l'objet
d'un très beau livre de D.Kirsner
[33].
En effet, les institutions psychanalytiques apparaissent comme des « associations
pas libres », qui finissent par induire leurs tares chez leurs candidats.
Kirsner étudie
minutieusement quatre « cas » d'institutions psychanalytiques
nord-américaines, celles de New York, de Boston, de Chicago et de Los
Angeles. Pour
chacune d'elles, il a consulté la majorité des documents disponibles,
sinon leur totalité. Il explique
comment les autorités locales refusent l'accès à des documents
qui, par ailleurs, se trouvent dans le
domaine publique à portée de celui qui saura les voir. Outre cette
recherche, il a réalisé plus de 500 entretiens avec ceux qui ont
participé ou participent à l'histoire de ces institutions. Là encore,
il
explique avec humour comment les autorités psychanalytiques locales se
refusent à le recevoir officiellement, mais se
montrent très accessibles et acceptent de collaborer à titre privé.
Il en déduit que si
l'institution assigne à ses membres une position
paranoïaque, en tant qu'individus beaucoup d'entre
eux restent souvent civilisés et courtois. Sans être exclusive des
institutions psychanalytiques, mais sans qu'il
soit possible de la généraliser à toute institution, cette
modalité de relation entre l'individu et le groupe auquel il appartient
reste à étudier.
Une introduction et des conclusions au sujet des troubles des institutions
psychanalytiques cadrent cet impressionnant recueil,
qui raconte en détail la vie et les crises de groupes de gens qui ont
marqué une partie importante de l'histoire de la psychanalyse contemporaine.
Nous
n'avons aucune raison de penser qu'ailleurs cela a été ou est fondamentalement
différent de ce qu'expose l'auteur. Au contraire, il est remarquable que
l'histoire de la psychanalyse demeure à ce point
inconnue en Europe, où aucune recherche similaire n'a
jamais été osée.
Je résume ce que Kirsner écrit dans son
introduction : « Ce livre examine un aspect du
rôle joué par les psychanalystes eux-même dans
leur déclin et leur crise actuelle. Cela s'est fait à travers leurs
propres instituts et leurs institutions psychanalytiques. ... Depuis toujours
et partout les institutions
psychanalytiques ont eu des problèmes. Qu'elles soient
médicales, non médicales, freudiennes, jungiennes, kleiniennes,
kohutiennes ou lacaniennes, qu'elles soient à New York, Chicago, Paris,
Londres ou Sydney, les
institutions psychanalytiques se comportent de manière remarquablement
similaire. ... Quand des institutions sociales ne
s'organisent pas de manière à engendrer la confiance, elles provoquent
la suspicion et la méfiance. ... Pourquoi les institutions psychanalytiques
sont devenues tellement
fermées, sectaires et séminaristes ? ... La psychanalyse a
stagné à partir du moment où le
dogme a remplacé la méthode. ... La psychanalyse étudie
de manière critique comment l'amour de
la vérité rencontre des puissantes
résistances, le plus souvent réussies, dont les
conséquences sont des formations mentales, théoriques et institutionnelles
basées sur notre besoin
d'éviter la vérité. ... La plupart des institutions psychanalytiques
sont des associations pas libres
où l'esprit de la recherche libre a été remplacé par
l'inculcation d'une
vérité reçue et l'onction de ceux
supposés savoir. À travers leurs institutions, les psychanalystes
peuvent facilement devenir aveugles à l'esprit de recherche libre qui
fonde la psychanalyse. Cette
méthode est rarement appliqué à leurs
institutions, composées pour l'essentiel d'oligarchies pas libres, qui
récompensent la
conformité et punissent la
différence. »
Il conclue cette introduction : « Souvent les institutions
sont inamicales avec les idées, même si
elles sont essentielles à leur transmission et à leur application.
En partie, les organisations possèdent leur
propre dynamique, indépendante de leur but manifeste.
Dès que les institutions psychanalytiques ont pris en charge l'administration
et la formation de leurs praticiens, de
manière inévitable, certaines dynamiques se sont
déclenchées, dont celle de l'influence corruptrice du pouvoir.
Ces institutions ont du parcourir un chemin
balisé par des facteurs sociaux, économiques et historiques, ainsi
que par la nature de leur domaine et de leurs
tâches, outre les caractéristiques des personnages qui
y participaient. »
La plus large partie du livre est consacrée à l'étude
de l'histoire des institutions
psychanalytiques déjà signalées et,
particulièrement, à celle des crises qui les ont
atteint. La première de ces institutions est celle de New
York, où l'on dénombre plus de quarante autres institutions de
ce genre, dont trois seules sont liées à l'Association psychanalytique
américaine.
Dans cette ville, le problème de l'exercice du pouvoir parmi les psychanalystes
est apparu de manière
particulière. La conséquence en a été le déclenchement
de crises dont la nature et la
résolution ont été exemplaires de la place de l'institution
psychanalytique dans une société démocratique. Dès
1953, Robert Knight signalait que les querelles si anormalement intenses parmi
les psychanalystes
avaient un seul fondement, à savoir à qui revenait le droit de
former des analystes. Cependant, je pense que la
prétention à déterminer qui peut se revendiquer comme analyste
est antérieure à celle-là. Freud prétendait être
le seul à avoir créé la psychanalyse. L'une des
conséquences de cette position est la constitution d' une mythologie concernant
les origines et la transmission de la
psychanalyse.
La crise accompagne la création de la psychanalyse et court tout au
long de son histoire. Cependant, cette crise n'est
pas toujours féconde. Parfois, elle est d'une
stérilité exaspérante. À New York,
dès ses origines, et jusqu'à récemment,
elle a opposé les analystes d'origine
européenne ou ayant effectué leur formation en Europe à ceux
d'origine américaine ou ayant
effectué l'intégralité de leur formation
aux États-Unis. Les premiers considéraient les
seconds avec dédain et ceux-ci le leur rendaient bien au point que les
uns et les
autres gardaient à peine des relations personnelles.
Kirsner décrit l'apogée de la crise de la
psychanalyse à New York : « Un cas qui a
duré de 1979 jusqu'à 1982 a impliqué quelqu'un ayant un
doctorat en psychologie et accepté par le Comité éducatif
pour une formation
psychanalytique, ce dont il a été informé de
manière non officielle par un membre titulaire. Ce
Comité a ensuite changé d'avis et a
rejeté sa demande de formation, en alléguant des
raisons de santé de la candidate, qui souffrait de la maladie de Hodgkin.
Le Comité a considéré que la formation psychanalytique pouvait
entraîner une profonde
dépression, que celle-ci risquait d'affecter le
système immunologique de la candidate et exacerber sa maladie. L'institut
a prétendu que ce refus était dû à une « psychopathologie
disqualifiante » de la part de la candidate. Au cours du
procès qui s'en est suivi, l'avocat de celle-ci et la Commission des droits
de l'homme ont demandé à examiner les actes des réunions
au sujet non seulement de cette candidate, mais aussi de tous les autres candidats,
pour s'assurer que toutes les candidatures avaient
bénéficié d'un traitement égalitaire. L'institut
s'est refusé à fournir ces documents, justifiant son refus du fait « d'une
atteinte irréparable à la
confidentialité entre les candidats et
l'institut » et que cela risquait de « compromettre le
droits humains des étudiants et
de leurs enseignants en faveur des prétendus droits de la
candidate rejetée. » L'affaire s'est conclut avec le payement
par l'institut de New York de
150.000 US $ à la candidate pour couvrir ses dépenses
légales et par son admission à la formation. La
candidate a guéri, puisqu'il s'agissait d'une maladie auto-limitative.
Aujourd'hui, elle est
analyste didacticienne, n'a eu aucune difficulté à le devenir et
est une enseignante très
respectée.
« L'autre cas a été l'objet
d'un procès mené contre l'institut et
contre ses superviseurs à peu près à la
même époque par une candidate qui n'a pas eu sa formation reconnue.
Après douze ans de formation, la
candidate, épouse d'un analyste, a accusé ses superviseurs de ne
pas l'avoir averti de la
sévérité de leurs réserves quant à son travail.
... La plaignante n'a pas réussi à avoir sa formation reconnue,
la cour ayant reconnu la
compétence de l'institut de New York en matière de formation psychanalytique
et de décision quant aux
formations reconnues. Néanmoins, l'institut a dû payer 100.000 US
$ à la plaignante. » Cette somme
venait récompenser les peines que celle-ci avait encouru du fait de ne
pas avoir été avertie rapidement des
réticences de l'Institut à son égard.
Ces scandales ont énormément contribué au
discrédit de la psychanalyse à New York et aux États-Unis.
À Boston, la crise semble plus confuse : elle porte un élément
de conflit entre analystes anglophiles et
analystes anglophobes, mais parallèlement il y a eu ceux qui se souciaient
d'une intégration communautaire des
analystes à différents milieux sociaux et ceux qui
refusaient à toute intégration, voulant
réserver la qualité de didacticien aux seuls analystes se consacrant
intégralement à leur clinique
privée et excluant tous ceux qui
s'intéressaient à une pratique
hospitalière ou universitaire. La réalité a
résolu ce conflit, en montrant qu'une implantation des psychanalystes
ailleurs que dans leurs cabinets était
devenue impérative à la survie de la psychanalyse et
des psychanalystes.
L'institution psychanalytique de Chicago a connu un destin
encore plus catastrophique. « Le système a eu une fin abrupte
quand, en 1988, George Pollock, le directeur depuis
1971, a été accusé d'un comportement peu éthique
en recevant des dons d'une patiente,
accusations qu'il a rejeté avec
véhémence. » Une riche veuve venait de mourir, laissant
200.000 US $ à son fils, quelques milliers
de dollars à ses petits-enfants et 5 millions de dollars à un institut
dirigé par Pollock, dont elle était aussi directrice, après
avoir été une de ses patientes. Les enquêtes ont montré que
depuis des années cet institut, financé par cette femme, procurait
80.000 US $ de revenus annuels à l'institut
et à Pollock lui-même, ainsi qu'à d'autres membres de sa
famille. En sa défense, Pollock justifiait son comportement en soutenant
que Freud en avait fait
autant. Dans un entretien accordé à Kirsner au sujet des instituts
de formation psychanalytique, un éminent
analyste de l'époque déclare : « Ne pensez pas
un seul instant qu'il
s'agisse d'autre chose que d'un collège technique. C'est comme s'il s'agissait
d'un lieu
destiné à l'enseignement de la mécanique
automobile ! » Il oubliait de préciser
qu'à Chicago, la technique et l'automobile
appartenaient pour l'essentiel à la Mafia.
Un autre analyste éminent de l'époque
décrit le fonctionnement du système. Lorsqu'un
problème semble inévitable, une commission est
nommée pour l'étudier. Le résultat de
cette étude sera connu une dizaine d'années plus tard. Ensuite,
une nouvelle commission sera nécessaire à l'actualisation des résultats
de la
première. Toute recommandation sera finalement écartée comme étant
dépassée.
La « commercialisation de la psychanalyse », expression
due à ce même analyste, a impliqué un appauvrissement de
la recherche et un élargissement des campagnes de donation, promotionnelles
ou médiatiques. En
1993, une étude sur la situation de la psychanalyse à Chicago concluait
que cette profession se trouvait « en état de déclin
provoqué par des menaces
compétitives et une piètre image
publique. »
L'histoire de la psychanalyse à Los Angeles
n'est pas différente de celle de ces autres villes. En 1964, une longue
crise commence, après qu'une patiente
se soit plainte d'avoir été physiquement
attaquée par son analyste et qu'un collègue de cet analyste porte
témoignage d'avoir dû les
séparer, alors qu'ils se battaient par terre. Les observateurs de l'Association
psychanalytique
américaine, dépêchés sur place, en
général toujours éloquents au sujet de chacune des villes
mentionnées, sont encore plus significatifs et
clairs ici.
Ils signalent « la relation destructive » existant parmi
les membres de l'institution. « Les
plaintes semblent dépasser les bisbilles habituelles si
souvent rencontrés et doivent donc être pris plus
sérieusement en considération par tous ceux
concernés par la formation psychanalytique à Los Angeles. Les tensions
et l'angoisse qui nous ont été révélées sont
maximales et ne laissent rien augurer de bon pour l'avenir. Les descriptions
entendues par les enquêteurs comprennent des
termes tels que "autocratique", "paranoïde", "vindicatif", "dominé par
la peur", "égoïste", "auto-centré", etc. » Ces
observateurs mentionnent les « commérages malicieux les uns
au sujet des autres auxquels s'abandonnent
les analystes plus âgés lors de rencontres sociales. Ces vengeances
malicieuses se donnent devant des laïcs, mais
aussi bien en présence de jeunes analystes. » Le rapport se
poursuit : « Cette image devient encore
plus négative quand des "jeunes" psychanalystes
ne présentent pas de textes puisqu'ils
n'oseraient pas présenter une conférence à la société.
S'ils le faisaient, ils
s'exposeraient à des critiques dévastatrices, destructrices et
dures, d'après nos
renseignements. » Ce rapport sera à l'origine d'une inutile
réorganisation de cette
institution.
Des guerres idéologiques se déclarent dès que les kleiniens
commencent à s'installer dans cette ville. Greenson se fait un honneur
de les vider de Californie et
promet à Anna Freud de « les
détruire », après avoir suivi leurs
supervisions à Londres. Les observateurs de l'Association psychanalytique
américaine signalent, en
1973 : « Si quelqu'un croit pouvoir se
débarrasser d'un groupe quelconque et que cela
résoudrait les problèmes de l'institut à Los Angeles –
il
est fou. Le problème central de cet institut est la corruption et
l'immoralité qui
y existent et y ont existé depuis des années,
même après la
Réorganisation. »
Vingt ans plus tard, un de ces analystes se souvient : « Souvent
les candidats se plaignaient de leurs craintes de dire quoi que ce soit. Ils
devaient plaire à leurs analystes, surtout s'ils avaient atteint le
stade des supervisions. Ils racontaient qu'un superviseur disait une chose
et un autre une toute autre chose. En particulier, s'il
parlaient des déviations par rapport à l'orthodoxie, parfois ils
avaient des difficultés avec leurs didacticiens. Cela travestissait presque
la formation - le candidat souhaitait terminer sa formation, croyait qu'on lui
demandait d'être spontané et de parler librement, tout en sachant
qu'il en serait puni ou que ce
serait au moins dangereux. C'était ça le climat
des réunions et partout ailleurs dans
l'institution. »
Un juge, consulté sur la situation de l'institution, la met en demeure
d'expliciter si elle est un « country club », au quel
cas elle aurait le
droit à une sélection arbitraire de ses membres, ou
une entité scientifique semi-publique, auquel cas la commission des droits
civiques du gouvernement pourrait
s'intéresser à ses affaires.
Mais, encore une fois, là aussi la réalité est venue corriger
les errements des institutions psychanalytiques de
cette ville. D'une manière générale, « avec un
nombre décroissant de patients des
institutions psychanalytiques affiliées à l'Association psychanalytique
américaine et avec le
déclin général du prestige et de
l'intérêt de la psychanalyse en tant que
thérapie, particulièrement pour les psychanalystes de formation
médicale, l'idée d'une
filiation est de moins en moins attirante. »
Kirsner remarque : « Un aspect majeur du
problème, comme je l'ai observé dans l'introduction, est qu'une
discipline fondamentalement
humaniste s'est conçue et s'est promue en tant que science positiviste
tout en s'organisant institutionnellement comme une religion. ... Nous pouvons
imaginer
que le rôle joué par les analystes dans
l'accélération du déclin actuel de leur
discipline reflète une mauvaise conception de cette discipline en tant
que système... ».
Et, plus longuement : « Dans la mesure où la psychanalyse
est une méthode de recherche fondée sur le scepticisme au sujet
des aspects inconnus de l'esprit humain, elle est plus proche de la philosophie
ou de la
littérature que de la médecine ou des sciences naturelles. La nature
elle-même de sa recherche, en outre,
semble présupposer que la psychanalyse doit
s'organiser autrement qu'à travers des superstructures institutionnelles
hiérarchiques et rigides
qui gouvernent, disons, les associations médicales. Les
problèmes majeurs avec la codification et l'institutionnalisation de la
psychanalyse, qui l'ont écarté de toute critique interne ou externe,
sont la
conséquence d'une valorisation du mouvement
psychanalytique au détriment de la méthode psychanalytique, situation
qui dure depuis des décennies. L'une des plus grandes erreurs de Freud,
dans ce sens,
dérive de son souci d'affirmer le caractère scientifique de la
psychanalyse au détriment de son
caractère thérapeutique. Ce souci l'a
amené à consolider le mouvement, attitude qui à la longue,
a compromis le développement
lui-même et les ambitions de sa « science », tout
en faisant la promotion
d'un impérialisme antithétique à la
méthode de recherche psychanalytique, supposée sans entrave. En
outre, l'absence de liberté et, permettez-moi de le dire, le narcissisme
des institutions
créées par le mouvement psychanalytique se sont
montrés régressifs de plusieurs manières. En fait, quelques
unes des réactions négatives à la psychanalyse de ceux qui
aujourd'hui « attaquent Freud » sont très
liées aux prétentions exagérées et presque tout-puissantes
au sujet de l'efficacité thérapeutique de la psychanalyse. La psychanalyse
en tant
que panacée est un fantasme et non pas une
réalité. Mais pendant très longtemps, du moins aux Etats-Unis,
elle a été vendue comme un
remède contre un éventail remarquablement large des souffrances
et désordres émotionnels. Cette
exaltation, issue d'une auto-célébration
illusoire et décevante, n'a pas seulement
contribué à ternir la réputation de la psychanalyse, mais
elle aussi trahi la capacité tristement
limité de la discipline à l'introspection
authentique et à l'auto évaluation critique dans un monde plein
de défis et en rapide
transformation. »
Kirsner réserve la dernière phrase de son livre à une
citation de Bollas : « Il suffit à la psychanalyse de
survivre au "mouvement
psychanalytique". Si elle survit aux psychanalystes et à leurs écoles,
alors elle croîtra et se
développera. Mais cela reste à voir
[34]. »
-
Encore Kirsner
L'IPA ne craint plus d'instaurer ouvertement une
gérontocratie, au moyen de la création d'une
instance supplémentaire de contrôle de leurs publications. Cette
instance porte un nom plus proche des consoles électroniques de jeux enfantins
que de la recherche
scientifique,
The Body of Guardians. Composée de sept membres,
elle entend obéir à la rêverie
freudienne des paladins moyenâgeux. Il n'est pas étonnant, dans
ces conditions, que des nouveaux textes
critiques apparaissent.
Immédiatement après son livre, encore en 2001, Kirsner vient
d'en présenter deux. En fait,
Unfree
Associations, est un travail si riche qu'il se
présente comme source de nombreuses nouvelles
recherches.
Le plus bref de ces articles en est un excellent exemple. Il se concentre sur
une question bien précise qui n'aurait pas surpris ceux qui connaissent
les méandres de la
Société britannique de psychanalyse. Alors
qu'un étudiant universitaire ou qu'un
diplôme d'une université le sont quelle que soit
l'université qu'ils fréquentent ou
qu'ils auront fréquenté, la
Société britannique ne reconnaît comme psychanalyste que
ceux qu'elle forme, à l'exclusion de tout autre, et que ceux-là même
qui ont bénéficié d'une autre formation
avaient jusqu'à récemment tendance à accepter cette ségrégation
et à ne pas se
considérer comme analystes. Bien évidemment, l'IPA essaye d'exporter
ce modèle à toutes les institutions qui lui sont affiliées,
mais seules
quelques unes se conforment à ce comportement
caricatural.
La réponse de Kirsner est aussi complète que
complexe : « Je crois que ce sont là des
problèmes difficiles et je n'attaque pas certains analystes ou l'IPA.
Je crois que ce sont là des
problèmes difficiles et structuraux et non pas personnels. Le transfert,
l'identification et le dénigrement, si
centraux à la transmission de la psychanalyse ont été incorporés
aux enjeux propres à la question de savoir qui est un analyste. ... L'institutionnalisation
de la psychanalyse semble avoir pris
modèle sur les deux prototypes d'organization que
Freud dédaignait tant : l'église et
l'armée. » Et, plus loin : « Puisque il y a
si peu d'accord sur les
définitions de la psychanalyse ou des concepts psychanalytiques, il est
quasiment impossible
d'établir des jugements sérieux à propos
de la compétence dans la discipline, particulièrement parce que
nombreux sont ceux qui ne présentent pas leurs travaux en public. ...
La formation est proche d'une
bénédiction, où le candidat reçoit sa
consécration et dont l'autorisation provient de la
place occupée par son propre analyste. J'ai
montré que dans la discipline psychanalytique le niveau de connaissance
réelle est bien inférieure au niveau de
la prétendue connaissance sur laquelle se base la
qualification des psychanalystes
[35]. »
Pourtant, j'ajoute, la psychanalyse est un domaine où les connaissances
réelles peuvent être évaluées sans difficultés,
en fonction de l'amplitude de la clinique de chacun, selon
l'éventail de pathologies ou, plus simplement, des
façons d'être dans le monde auxquelles il peut
avoir accès, et, en même temps, en fonction de l'amplitude de ses
propres champs
d'intérêt culturels et théoriques, ce
dont il peut témoigner de manière
créatrice.
Lorsque la Société britannique, ou d'autres
institutions liées à l'IPA, prétendent que tous ceux qui
exercent la psychanalyse sans avoir été consacrés par leurs
rituels s'adonnent au charlatanisme, elles cachent et refoulent les sentiments
fréquents de leurs propres membres
d'être en position de charlatans. En effet,
l'étroitesse de leur clinique, le plus souvent
confinées à leurs cabinets, à certaines
pathologies liées à certaines classes sociales, est garante d'une
remarquable pauvreté.
Mais aussi, le nombre de courants théoriques divergents et parfois violemment
opposés à l'intérieur
de l'IPA elle-même empêche tout établissement clair et net
de barrières entre les
détenteurs d'une théorie et d'une
clinique supposés pures et ceux qui n'exerceraient que
des succédanées supposés de moindre
qualité.
Parfois, de manière dérisoire, les critères de
différenciation supposée entre psychanalyse et
psychothérapie semble se restreindre au nombre de
séances hebdomadaires ou à leur durée.
Cependant, ces différences ne sont pas bien établies, vu que des
nombreux membres de l'IPA s'adonnent à des pratiques qu'ils auraient beaucoup
de mal à avouer en public. J'ajoute, pour ma part, que les pratiques des
pionniers de la psychanalyse, et même de Freud, étaient extrêmement
variables. Les règles
dictées par l'IPA ne sont pas issues de leurs
pratiques, mais plutôt de formations réactionnelles
défensives contre les menaces, plus imaginaires que
réelles, liées aux conflits des années 30 à 50 à la
Société britannique et aux
Etats-Unis, même si leurs enjeux différaient
[36].
Après avoir repris une citation d'Arlow dans un texte en date de 1970,
Kirsner souligne, à très juste
titre : « Les raisons pour lesquelles il est si difficile de
différencier la thérapie psychanalytique de la psychanalyse proprement
dite est qu'il n'y pas de distinction universelle entre elles. Ce que Freud a
inauguré et que d'autres ont repris a été une
méthode ou une démarche pour essayer de comprendre
notre expérience au moyen de techniques comme la libre association, ou
le repérage du transfert et des
résistances, dont le but est d'aider à traduire
le désir inconscient en paroles. Cela ne se prête pas à nommer
ceux qui sont capables de conduire une analyse, combien de fois par semaine ou
quoi que ce soit d'autre. Évidemment la compétence est une question
importante
et en général un nombre plus grand de séances hebdomadaires
est mieux que, disons, une séance par semaine.
La formation dispensée par l'IPA peut avoir de
nombreuses qualités, mais il reste encore à démontrer qu'elle
apporte une plus grande
compétence lorsqu'elle est comparée à la
formation dispensée par d'autres
institutions.»
La citation qui sert de point de départ à l'auteur est elle-même
assez révélatrice,
ainsi que son année de publication : « J'ai souvent entendu
dans cette Commission la
mise en garde de "ne pas adultérer l'or pur de la psychanalyse avec les
gangue de la psychothérapie". Vu le fait que trois des quatre panels du
programme de cette Association n'ont pas pu se mettre d'accord sur les
critères de différenciation entre la psychanalyse et
la psychothérapie, nous ne pouvons que nous émerveiller et envier
ceux qui possèdent de
manière si certaine le dernier mot à propos
d'un sujet si difficile
[37]. »
La discussion est ainsi bien ancienne. À chaque fois que les institutions
liées à l'IPA se sentent
menacées, que ce soit dans leurs théories ou
d'un point de vue économique, dans l'exercice de leur profession, par
l'arrivée de nouveaux
concurrents, ces vieilles antiennes sur les différences entre psychanalyse
et psychothérapie réapparaissent
comme un effort de réinvestissement d'une
identité qui se perd.
Kirsner reprend également des thèmes qu'il a
déjà abordés dans le deuxième article, mais en les
examinant autrement. À partir d'une
constatation quant à la situation actuelle de la psychanalyse, une des
questions qui s'impose est celle de
savoir si sa crise actuelle est due principalement à des facteurs externes,
comme veulent souvent le faire croire les
Body of Guardians de toute nature
ou bien est-ce que des
facteurs internes au mouvement psychanalytique ont joué un
rôle essentiel ? Dans quelle mesure la psychanalyse a-t-elle reconnu
les transformations majeures du siècle
précédent et s'est-elle préparée à jouer un
rôle important dans le siècle qui
commence ?
Les réponses à ces questions sont
sévères. Les facteurs propres au mouvement analytique tel qu'il
se définit déterminent pour
l'essentiel son destin. Le poids des « facteurs
externes » devient écrasant à cause des
déformations de ce mouvement. Les institutions
psychanalytiques ont été et sont d'un
aveuglement criminel à l'égard des changements culturels, sociaux
et politique au sens le plus large. « Souvent, elles se sont retirées
et
retranchées dans la perpétuation d'un
système de pensée renfermé et dans l'inaction. Elles ont
accusé le reste du monde pour
leurs malheurs et ont opposé des résistances aux changements internes
au nom de l'or mythologique de la
pureté analytique. Elles se sont accrochées à des manières
de pensée conservatrices dans lesquelles si souvent elles s'engluent et
ce n'est
qu'à contre cœur que le plus souvent elles
acceptent quelque réalité. Elles se barricadent pour
résister à des ennemis externes imaginaires, alors que ce serait
un tout autre approche qui s'imposerait pour que les analystes puissent s'engager
dans le monde
contemporain de manière à lui apporter des contributions psychanalytiques
significatives
[38]. » Même si certaines transformations
s'annoncent, notamment à l'Association psychanalytique américaine,
l'auteur doute qu'elles puissent être aussi larges et aussi rapides qu'il
aurait été nécessaire. « Alors que le trait distinctif
de la technique psychanalytique est la libre association, les institutions psychanalytiques
semblent s'organiser selon des
principes strictement opposés à ce trait, se constituant en tant
que des associations pas libres. » C'est le titre de son livre si
récemment paru.
- Nouveaux efforts, reprises : Eisold
Avec la multiplication des théories et des techniques psychanalytiques,
des nouvelles questions se présentent qui, au-delé de l'institution
psychanalytique, questionnent la pratique méme de la psychanalyse, suivant
une orientation posée par Roustang. La question peut se résumer :
est-ce que le fondement des déformations institutionnelles des psychanalystes
réside dans leur pratique clinique elle-méme ou plutét
l'inverse ? Cette question, ainsi formulée, ne peut pas trouver
de réponse satisfaisante. Une ébauche de solution de ce dilemme
devrait se fonder sur la notion de
praxis, si souvent oubliée.
Mais l'effort de répondre à une question imprécise peut
se révéler riche d'enseignements. C'est à un tel effort
que se livrera Eisold, dont les contributions ont déjà été mentionnées
[39].
Maintenant, cet auteur reprend un travail paru en 1997 et
présente d'autres modalités d'approche du
sujet qui nous intéresse ici. Dans ce travail de 97, quatre analystes
ont questionné leurs pairs au sujet des
critères qu'ils employaient pour considérer « véritable » une
cure analytique,
indépendamment du bénéfice qu'en tire le
patient. Huit critères semblent ainsi désigner des processus qui
se déroulent au cours de l'analyse.
Cependant, ces critères ne sont pas communs à tous les analystes
et certains n'appartiennent qu'à un nombre restreint d'entre eux, qui,
pour leur part,
n'accordent pas d'importance aux critères
retenus par les autres.
Les critères retenus par la totalité des analystes étant
les associations libres,
l'interprétation, la perlaboration, les rêves ou fantasmes, le transfert,
les souvenirs ou la résistance,
aucune unité n'existe parmi eux ! Si une
majorité considère que l'établissement
d'une relation transférentielle est essentielle au
déroulement d'une cure, d'autres existent pour qui cette relation n'a
aucune importance et seule une petite
minorité accorde une importance quelconque aux souvenirs et à la
perlaboration, ainsi qu'aux rêves ou aux
fantasmes.
Il est donc impossible de déterminer ce qui constitue la « véritable » psychanalyse. « Si
un concept essentiel au discours et à la
théorie psychanalytique ne possède aucune
signification opérationnelle cela ne témoigne pas
d'une diversité, mais d'un manque de rigueur. En
l'absence de toute définition consensuelle, toute discussion clinique
portant sur le PA (processus analytique) se trouve compromise. Nous croyons que
l'ambiguïté qui entoure la définition et la signification
clinique du PA
ne lui sont pas uniques, mais existe bien par rapport à d'autres concepts
de la psychanalyse, par exemple celui de
l'adéquation entre le patient et le thérapeute, celui du contre-transfert
ou de l'analysabilité. En clinique, la bonne technique exige que l'analyste
s'assure de comprendre pour chaque patient la signification
singulière des mots les plus communs et les fantasmes qui
lui sont associés. Une fois que le patient et
l'analyste définissent un mot, il peut devenir un
raccourci pour désigner une construction dont la dynamique est plus complexe
et qui sera mutuellement comprise. Il semble que lorsque les analystes se parlent
entre eux en utilisant le terme PA leur communication est illusoire. Elle est
sabotée par la
croyance erronée du partage d'une
compréhension. Il se peut que les analystes soient plus
efficaces en parlant à leurs patients qu'en se parlant
l'un à l'autre
[40].»
En 1999, lors du colloque de la Société internationale pour l'étude
psychanalytique des
organisations, Eisold reprend ce même questionnement : « que
se passe-t-il dans notre travail avec autrui –que ce soit de la psychothérapie
brève ou à long terme, ou en groupe, ou lors de consultations
d'organisations –qui le rend "psychanalytique"
[41] ? » Ses premières
réponses sont d'indiquer le caractère essentiellement trouble du
travail psychanalytique et
l'intensité des angoisses qu'il suscite, avant
de conclure à l'impossibilité actuelle de
parvenir à une définition commune de la psychanalyse.
Il conclue : « Cela porte des conséquences, internes et
externes. D'un point de vue interne, sans
clarté au sujet de la nature du travail que nous entreprenons, nous sommes
dans une position difficile pour penser à la formation et à un
développement professionnel correct. D'un point de vue externe, nous ne
sommes pas en mesure de nous différencier de nos concurrents. Incapables
de le faire, non seulement nous sommes dans
une mauvaise position pour nous protéger des attaques qui
nous sont adressées, mais aussi nous ne sommes pas en mesure d'affirmer
clairement ce que nous pouvons offrir et qui nous
particularise. Il est compréhensible que le public soit
troublé. »
Eisold reprend ce questionnement l'année suivante, à partir d'une
constatation : « En
fait, tel qu'elle se déroule de nos jours dans la plupart des institutions,
la formation est inconsistante,
contradictoire et, parfois, auto-destructrice
[42]. » L'auteur y étudie de manière
très détaillée
le système tripartite de formation établi par l'Institut de Berlin
au début des années 20 du
siècle dernier, ainsi que les critiques successives dont ce
système a été l'objet. Il constate
l'abîme qui s'est creusé non seulement
entre ce système et ce que nous connaissons aujourd'hui de la psychanalyse
et des formations sociales en
général, mais aussi entre ce système tel qu'il est aujourd'hui
et tel qu'il a été conçu au départ.
Je signale un point particulier : alors que le système
conçu essentiellement par Eitingon, à Berlin, avait comme aspiration
la libre circulation internationale des psychanalystes, sa mise en pratique de
nos jours a des buts
diamétralement opposés à l'idéalisme des origines,
aboutissant au renfermement des analystes dans leur institution d'origine. En
effet,
l'étranger est devenu source d'angoisse et
crainte, plutôt qu'incitation à l'émerveillement et à la
découverte. La
défense contre cette angoisse suscitée par
l'étranger est à inscrire parmi celles
qu'Eisold spécifie, au nombre de cinq
[43].
Premièrement, l'institution psychanalytique
aujourd'hui vise avant tout à se protéger
contre l'examen sérieux de son mode de fonctionnement.
Elle cherche à se protéger par tous les moyens contre l'angoisse
d'être jugée. Il est clair, j'ajoute, que la situation sociale de
la psychanalyse de nos
jours constitue, elle-même, déjà un jugement à ciel
ouvert. Ceux qui ont conduit les institutions
psychanalytiques jusqu'à maintenant l'ont fait
de manière catastrophique et sont en grande partie responsables de la
situation actuelle de la psychanalyse.
La deuxième source d'angoisse contre laquelle se
protège l'institution est celle qui jaillit de son ignorance et, plus
précisément, celle de
reconnaître l'ignorance là où domine la
prétention au savoir. Les différentes
communautés psychanalytiques s'organisent autour de
différents paradigmes de certitude théorique et rivalisent entre
elles au nom de la possession arrogante de la
vérité.
Les institutions se protégent, en troisième lieu, contre les
angoisses issues de leur vague perception de l'amplitude des transformations
qui deviennent peu à peu impératives à leur survie. Elles
doivent
reconnaître leur caractère obsolète,
au-delà de tout exercice rhétorique mettant en avance
leur « inactualité », selon un mot de
Nietzsche, à un moment où ceux qu'elles peuvent
encore prétendre former doivent envisager leur parcours professionnel
plutôt avec pessimisme, la demande
d'analyse devenant une véritable peau de
chagrin.
En quatrième lieu, les institutions craignent
l'effondrement du système des castes qu'elles
ont constitué et qui les constituent, dont le seul but est
de protéger le narcissisme de leurs membres. Ce narcissisme se fonde sur
la supposition du savoir et de la compétence professionnelle des membres
des castes supérieures. Une
perversion particulière aux castes psychanalytiques est que
même ceux qui prétendent ne pas disposer de ce savoir et de cette
compétence se voient crédités
d'un savoir et d'une compétence encore plus
grandes.
Ces défenses, qui ne sont pas liées intimement aux
impératifs d'un travail, présentent
d'autres problèmes. Elles ne fonctionnent que de
manière intermittente, imparfaite et sélective. Surtout, elles
empêchent ceux qui l'utilisent
d'acquérir une perspective plus réaliste de leur travail. Ainsi,
le système de castes ne protège
pas contre les rivalités internes à une même
caste, les défenses contre l'ignorance ne
protègent pas contre la perception de cette ignorance et de
l'incompétence fondamentale qui lui est
attachée par les nouvelles générations d'analystes, les
défenses contre tout changement
institutionnelle ne protègent pas contre les changement de
la réalité environnante. Il est peu probable qu'aucun membre des
castes supérieures ne
perçoive cet état de faits ou qu'ils manquent tous d'empathie avec
les nouvelles
générations.
La cinquième source d'angoisse contre laquelle lutte l'institution psychanalytique
provient de la crainte des
responsabilités professionnelles clairement reconnues.
D'une manière générale, les analystes didacticiens ou les
superviseurs n'ont jamais eu à rendre compte de leur travail. Toute critique à leur
encontre a été écartée, étant
attribuée à l'envie, à la paranoïa
ou à la rivalité de la part de collègues insuffisamment
analysés. Le système institutionnel en vigueur a tout fait pour
se rendre invisible. « Le
déclin général de la psychanalyse a
stimulé le questionnement de postulats admis depuis longtemps, non seulement
au sujet de la théorie et de la pratique, mais aussi au sujet de la formation
elle-même.
Alors qu'il est devenu de plus en plus évident que les analystes didacticiens
n'ont pas réussi à défendre la psychanalyse contre l'érosion
et
les attaques, leur proéminence a été questionnée
et des nouvelles pratiques et procédures
démocratiques ont commencé à apparaître. En outre,
au fur et à mesure du déclin de la
popularité de la psychanalyse, de moins en moins de cliniciens cherchent
l'assurance illusoire autrefois
liée à l'institution. Il est possible de dire
que le démantèlement du système traditionnel de formation
est en bonne route. ... Cela arrive bien trop tard et
la démocratisation des pratiques institutionnelles est un
remède bienvenu contre le caractère secret et autoritaire des pratiques
d'autrefois. En même temps, cela comporte de profondes implications pour
l'avenir. De
même que l'actuel système de formation
s'est établi sans aucune réflexion quant à son mode de fonctionnement,
il est maintenant
transformé sans aucune réflexion quant aux
conséquences de ces réformes. Quels seront les fondements de la
formation psychanalytique dans
l'avenir ? Où et comment les futurs psychanalystes trouveront-ils
une sécurité institutionnelle ? »
Eisold présente quelques suggestions quant aux points forts des transformations
en cours. La première, évidente,
est que le système de validation de la formation
psychanalytique doit être autonome par rapport au
système de la formation proprement dite. Autrement dit, les psychanalystes
doivent être responsables devant des instances
publiques quant à la formation qu'ils
prétendent dispenser. Je rappelle que cela a
déjà été le cas de jurisprudence à New York,
comme l'a montré les situations étudiées par Kirsner. Le
système actuel de formation psychanalytique renferme analystes et candidats
dans des
relations spéculaires extrêmement malsaines et
violentes. La deuxième suggestion d'Eisold,
communément admise, est celle d'une large participation des analystes
en formation dans la conception des
modalités de cette formation et de sa validation, visant à écarter
toute rivalité destructrice et tout
jugement intempestif.
L'auteur conclut : « Ce dont nous avons
besoin est d'une redéfinition fondamentale des institutions psychanalytiques
en tant que lieux de formation à travers la pratique de la psychanalyse.
Cette
redéfinition exigerait une nouvelle approche de
l'apprentissage, de manière à écarter l'apprenti de l'infantilisme
et de la dépendance
où il s'est traditionnellement trouvé. Notre travail nous apprendra
alors à être des meilleurs citoyens, et plus responsables aussi,
de nos communautés psychanalytiques. D'autres pourront alors apprendre
avec
notre expérience. »
En fait, l'effort pour comprendre la diversité des
pratiques analytiques étant peu conclusif, les
différents auteurs reviennent vite à l'étude et à la
discussion de l'institution psychanalytique. Un autre texte d'Eisold
de la même année le montre. Alors qu'il porte un
titre qui se réfère immédiatement à la clinique psychanalytique,
les considérations
nécessaires à son approche se réfèrent à l'incidence
de la vie communautaire des
psychanalystes sur leur pratique : « Je pense que
là réside une profonde source du malaise des psychanalystes dans
leur travail. Nous luttons pour garder notre
intégrité clinique alors que nous affrontons la
diversité théorique. Pire, peut-être, est l'impact de nos
réputations. Nous devons en permanence
reconnaître combien notre savoir est bien inférieur à ce
que nous aurions souhaité qu'il soit, combien les dissensions internes
nous affligent, ainsi que tous nos
errements passés
[44]. »
Le dernier article d'Eisold résume de manière magistrale ses
précédents travaux et avance des
nouvelles considérations, exemplaires à tout point de
vue
[45]. En
conséquence de leurs succès, les analystes se sont
habitués à se penser comme « hors du
monde », comme vivant sur des petits nuages roses
théoriques sans aucune considération des
réalités concrètes de leur exercice professionnel. Cependant,
alors que la réussite sociale
contribuait au refoulement de difficultés internes à l'institution
et à la pratique psychanalytique
elle-même, ces difficultés grandissantes et élargies par
les difficultés externes menacent maintenant de faire crouler la psychanalyse.
Les psychanalystes se
sont protégés et se protègent de
différentes manières de ces menaces. L'une d'entre elles, historiquement
la plus importante, est
l'emprunt d'autres identités professionnelles,
dont l'identité psychiatrique a été la plus importante.
Cette identité, non seulement offre une surface sociale acceptable, reconnue
et valorisée, enlevant à la psychanalyse son caractère scandaleux
et
provocateur, mais elle a infiltré jusqu'à l'élaboration
théorique des psychanalystes, en
quête de précisions diagnostique et pronostiques assez étrangères à la
création originale de
leur savoir.
Eisold se restreint dans son approche à d'autres
identités sociales des psychanalystes dans leur souci
d'intégration professionnelle, comme celle du psychologue et des travailleurs
sociaux. Aux États-Unis en
effet des formations psychanalytiques réservées aux assistantes
sociales existent et sont de bonne qualité. En France, les psychanalystes
se sont protégés en
faisant appel à d'autres boucliers. Aux psychologues et aux psychiatres
se sont ajoutés les professeurs
d'université, les philosophes, les religieux de
différents credo, les éditeurs et d'autres. Cet élargissement
commence à peine à atteindre les
Etats-Unis, mais le problème du parasitisme psychiatrique de la psychanalyse
est loin d'être posé en France
de manière conséquente et aucune solution ne se
dessine à l'horizon, vu l'inféodation du
corps médical aux régimes d'assurance sociale publique. Cette situation
serait ailleurs comprise comme un abus de position dominante, une entente sur
les marchés et une
atteinte à la libre concurrence.
Partout, trois problèmes majeurs portent préjudice à la
psychanalyse, à savoir la fragmentation du domaine d'exercice de cette
profession, les
difficultés d'établissement d'une
autorité sur le domaine et, enfin, la définition de
ses particularités. Inutile de s'attarder sur le
problème de l'extrême fragmentation de la
théorie, de la clinique et des institutions psychanalytiques, toutes se
réclamant de la pureté et
de l'exclusivité du dogme. Inutile de s'attarder également sur
les problèmes de la reconnaissance
d'une autorité dans le domaine de la
psychanalyse.
Mais, bien plus essentiellement, les résultats de la cure psychanalytique
sont questionnables. Les recherches sur ses
résultats sont inexistantes ou douteuses. Les meilleurs d'entre elles
montrent que la psychothérapie est utile, mais rien ne prouve que la cure
individuelle soit plus
efficace que la cure en groupe, ou que des séances à un rythme
de trois ou quatre fois par semaine sont plus efficaces
que des séances à un rythme d'une fois par semaine, ou que des
cures payantes dans le privé sont plus efficaces que des cures gratuites
dans le service public. Tout
simplement, aucune recherche n'a été entreprise
et aucune donnée ne permet d'affirmer quoi que ce
soit.
L'incapacité des psychanalystes à étayer toute affirmation
sur leur pratiques cliniques se reproduit sous la
forme d'une incapacité similaire à étayer toute affirmation
sur les procédures de formation psychanalytique ou de validation de cette
formation.
Même si nous accordions toute confiance aux plus âgés d'entre
nous, qui en pratique s'occupent des supervisions, de l'enseignement et de la
reconnaissance des plus jeunes, là encore, aucun étayage ne permet
d'affirmer quoi que ce soit. La formation psychanalytique et sa validation sont
largement
basées sur les traditions et des légendes ésotériques.
Pire : malgré les critiques successives et la
dénonciation des déformations imposées par les situations
existantes, rien n'est fait pour les
transformer.
« En résumé : comme aucune preuve
n'existe du caractère effectif de la psychanalyse, comme la recherche
sur la formation est inexistante, comme
l'évaluation des procédures d'examen des
compétences est rare, comme les institutions et d'autres organisations
professionnelles ont tendance à être conservatrices et à défendre
des pratiques établies, l'autorité de ceux qui ont la charge de
sauvegarder la psychanalyse est profondément compromise.
... En vérité, la profession est minée par
l'aliénation et par le mépris
fréquemment exprimé.
« D'une manière plus large, cela se
manifeste à travers des formes rivales de
légitimation. Différentes institutions psychanalytiques luttent
pour se faire reconnaître et, ce faisant, bien entendu, elles sapent la
crédibilité les unes des autres. » La reconnaissance
et la
validation de la formation, même lorsque les institutions
possèdent une assisse internationale, est absolument locale et paroissiale.
Ceux qui accèdent à la profession ne
sont jamais évalués de manière
indépendante selon des critères basés sur leur
compétence. »
Quelques éléments corroborent de manière
intéressante ces propos. Premièrement, à la suite de quelques
textes extrêmement critiques à l'égard des procédures
de sélection des
candidats à la profession de psychanalyste, en 1967, l'Association psychanalytique
internationale a
décidé examiner ce sujet à fond. Après
dix ans d'étude, la commission qui en a été responsable
concluait que les critères de
choix et les procédures de leur application étaient
très insatisfaisants. La présence ou l'absence de traits psychopathologiques
chez un candidat, à l'exception des cas les plus graves, n'a pas été considérée
un critère
probant et, en tout cas, ce critère aurait invalidé toute l'histoire
de la psychanalyse. Le seul critère
acceptable aurait été d'admettre à la formation psychanalytique
quiconque peut être analysé,
déclare souhaiter être analyste et a réussi sa vie jusqu'au
moment de ce choix pour qu'il soit
possible de croire à ses possibilités
d'accomplir ce qu'il prétend
[46].
Deuxièmement, une étude portant sur des candidats
acceptés à la formation dans une institution
déterminée montrent que ceux à qui cette
formation est refusée n'abandonnent pas pour autant
leur projet, le réussissant même très bien, alors que parmi
ceux qui échouent se retrouvent à la
même proportion ceux qui ont été acceptés comme ceux
qui ont été refusés
[47].
En troisième lieu, presque une vingtaine
d'années d'observation des procédures de
sélection et de formation dans une institution psychanalytique hollandaise
apportent des résultats fort inattendus, comme l'importance de la richesse
de
l'expérience clinique de ceux qui effectuent ces
sélections, de leur souplesse plutôt que de leur dogmatisme ou de
leur prétendue rigueur et ainsi de suite.
En somme : « Il n'existe aucune
définition de ce qui est un "bon analyste", nu
aucune méthode vérifiable de sélection.
Lorsque nous sélectionnons des gens pour une formation psychanalytique,
nous ne savons pas (avec précision) ce que nous faisons dans le but de
réaliser quelque chose que nous
ne pouvons pas expliquer (avec précision)
[48]. »
Eisold montre que, confrontés à cette situation, les analystes
cherchent à se défendre au moyen d'une certaine forme de double
nationalité, qui les
protège à l'égard du public et les
aliène par rapport à leurs véritables
problèmes. Les analystes de formation psychiatrique, psychologique ou
de travail social sont reconnus par
l'état en vertu de leur formation professionnelle; en
fait pré-analytiques. Ils peuvent ainsi négliger les questions
relatives à leur statut professionnel en tant que psychanalystes vu que
leur situation antérieure à l'analyse leur garanti une inscription
en somme politique,
d'après moi, à l'égard du publique, de la loi, des assureurs
ou de la sécurité sociale. Dans l'état actuel des choses,
quelle que soit leur formation, les psychanalystes sont sans cesse
attirés vers le pré-analytique.
La dernière partie du travail d'Eisold s'interroge sur ce qu'il est
encore possible de faire
pour maintenir la psychanalyse vivante, en écartant soigneusement les
mots d'ordre et les slogans qui jalonnent
si généreusement son domaine, et constituent une
véritable langue de bois. La première tâche dans ce sens
est de préciser très clairement la nature du travail qui s'y accomplit,
ce qui implique une
définition claire de la compétence psychanalytique. Sans cela,
la formation psychanalytique et sa reconnaissance
deviennent des idéologies de plus en plus paroissiales. En
effet, à quoi forme-t-on des professionnels s'il est impossible de savoir
ce qu'ils feront ?
Eisold insiste sur le fait que ce manque de définitions
précises et l'immense confusion qui en résulte
accentue le caractère conservateur et réactionnaire
de la pensée psychanalytique. Cela apparaît clairement
dans la deuxième tâche proposée pour son
renouvellement.
La psychanalyse, à ses origines, correspond à un questionnement
révolutionnaire. Ce qui a
caractérisé la force de son développement a été sa
capacité de contrer le bon sens conventionnel et de saper les certitudes,
de décaper les
conventions et les habitudes établies, les rationalisations, les dogmes
et les croyances qui restreignent la curiosité et
la capacité de penser les nouvelles expériences, tout en gardant
toujours vivants une capacité aiguë de
questionnement.
Comment les psychanalystes ont-ils pu prétendre à la
respectabilité et à la stabilité d'un statut professionnel
alors que la psychanalyse ou bien est
révolutionnaire ou bien perd son sens premier ? « Je ne
dis pas que la psychanalyse doit viser la transformation sociale. Mais j'affirme
que son travail exige
la liberté de questionner des vérités sociales
bien établies, et je pose des questions sur la
possibilité d'articuler cette exigence à d'autres exigences, propres
aux professions bien établies. De ce point de vue, il serait mieux que
la psychanalyse redevienne un mouvement, toujours en devenir, peu
sûre de la place que le monde lui réserve et devant la
recréer à chaque pas. »
La boucle et encore un tour
Ainsi, la boucle semble bouclée. Lors des é grandes
controverses britanniques é, Anna Freud écrit é Kris,
faisant preuve d'une sensibilité révolutionnaire assez en avance
sur son temps : « Je pense que la formation doit de nouveau
se faire de manière dispersée, comme au début. Les gens
doivent aller ici et là, trouver l'analyse qu'ils veulent, choisir
les conférenciers qui ont quelque chose à leur apporter. Mon
propre travail remonte à l'époque où la formation était
dispensée sous forme diffuse, et je sais tout ce que cela a comme
inconvénients. Mais si j'ai à choisir entre des déformations
organisées de l'analyse et des inorganisées, je préfère
les dernières. ... Je ne veux pas former une nouvelle société au
moment précis où j'ai perdu ma foi en la fonction des sociétés [49]. »
Ce genre de formation qui permettrait le rétablissement de la libre
circulation des analystes et des idées, mettant fin au confinement
propre au système tripartite établi par l'Institut de Berlin,
ne doit pas faire oublier le caractère le plus fertile des contributions
de cet Institut, comme le signale un article récent [50]. Outre l'analyse personnelle, les cures supervisées
et les séminaires théoriques, cet Institut exigeait un travail
de recherche permanente et la pratique des cures gratuites. Les auteurs insistent
sur le fait que la disparition de ces deux derniers volets de la formation
de l'analyste a accentué toutes les déformations dont les trois
premiers volets étaient porteurs, à mon sens non pas de manière
intrinsèque, mais par leur confinement dans des institutions sectaires. À la
faveur de leurs thèses, les auteurs rappellent qu'Eitingon et Freud
visaient une offre de cures gratuites à des patients en difficulté.
Ils citent Brenner, qui, en 1995, rappelle les conclusions d'Eitingon : « On
ne demande pas aux patients de payer parce que le payement leur permettrait
de parler plus librement. On exige qu'ils payent parce que les analystes
en vivent [51]. » Ceux qui affirment l'impératif du
payement doivent produire les résultats comparatifs de leur recherche.
Kachele et Thoma considèrent que l'institution psychanalytique met
en danger les capacités cliniques de l'analyste. Ma propre expérience
montre que, au-delà de cette sensibilité clinique, certes essentielle,
la pensée elle-même de ceux qui rejoignent des groupes fermés
se trouve restreinte, malgré tous les efforts d'ouverture de leur
part et, même, de ceux qui les accueillent dans de tels groupes.
Freud n'a jamais admis que la psychanalyse puisse être une branche
de la médecine et il a critiqué la déformation propre à cette
perspective. Au contraire, pour lui, la psychanalyse était une psychologie
des profondeurs et, pendant tout le siècle dernier, la psychanalyse
a constitué la contribution la plus importante de la psychologie à la
psychiatrie, à la philosophie, aux sciences humaines et sociales,
ainsi qu'à d'autres approches de la pensée. C'est dans l'ordre
des choses que les psychologues examinent de près leur domaine, une
fois surmontées les barrières dressées par différents
corporatismes.
Un article récent va à contre-courant des critiques les plus
communes à la psychanalyse. « L'argument que je veux exposer
comporte trois point principaux. Premièrement, je crois que la psychanalyse
s'est faite une perception idéalisée de la science et de la
vie universitaire, qui a donné lieu à une représentation
excessivement polarisée de la psychanalyse et de la religion, de telle
sorte que les analystes ont été perplexes et honteux de découvrir
des éléments "religieux" persistants dans l'organization de
l'enseignement psychanalytique et dans la vie de leurs institutions. Deuxièmement,
j'affirme que les hypothèses de Kelley en sociologie des religions
quant aux exigences "strictes" de la confession religieuse offrent des nouvelles
possibilités de compréhension de la fonction de l'orthodoxie
psychanalytique. Troisièmement, à la lumière de cette
nouvelle compréhension, je décris quatre structures expérimentales
internes d'une institution psychanalytique relativement nouvelle qui essaye
de se frayer une voie pour honorer les réformes psychanalytiques en
cours [52]. »
Alors que la psychanalyse a été considérée comme
une religion, même si c'était une religion scientifique, et
son enseignement comme de l'ordre de la transmission religieuse, cet auteur
montre que, au contraire, elle n'est pas assez religieuse et son enseignement
est plutôt sectaire que religieux.
« Ma thèse est que ce que nous, psychanalystes, souhaitons
comme des universités idéalisées existe déjà dans
différents cadres séminaristes, même si après réflexion
la plupart d'entre nous rejetteraient ce modèle "avec véhémence" (Kernberg,
1986), cela est profondément ironique. Quand nous posons la question –"Est-ce
que les institutions psychanalytiques peuvent changer de manière à offrir
des cursus universitaires à temps plein, avec un enseignement inter-disciplinaire,
avec des exigences d'activités de recherche et dans un climat capable
de favoriser les défis, le doute et les débats (Holzman, 1976) ?" –nous
sommes peut-être en train de décrire des modèles existants
de l'enseignement théologique. Il y a bien plus d'écoles religieuses
que des institutions psychanalytiques associées aux universités
les plus importantes et leur enseignement est à temps complet, avec des
professeurs inter-disciplinaires en linguistique, herméneutique, anthropologie
culturelle, sémiotique, histoire intellectuelle et en recherche en sciences
sociales, entre autres, pour qui le doute est inévitable et le débat
essentiel. Je pense que :
"L'enseignement théologique contemporain en Amérique du nord prépare
les étudiants à l'histoire intellectuelle, à la nature de
la science herméneutique, à l'anthropologie inter-culturelle, à la
constitution du sens à travers les rituels symboliques communautaires
et à la réflexion personnelle dans le dialogue. S'il y a une plainte
commune aux principales confessions protestantes est que leurs séminaires
transforment des étudiants conservateurs en libre-penseurs libéraux.
Souhaitons que cela soit le problème typique de l'enseignement psychanalytique
organisé (Sorenson, 1994) ! » Je rappelle que le terme « libéral » désigne
aux Etats-Unis ce que désigne ailleurs de terme de « gauche ».
Une note montre tout l'humour de cet article : « De ce point
de vue, le commentaire de Kernberg (1993) au sujet du danger de lire Freud
dans une seule traduction, celle de Strachey pour la Standard Edition,
semble porteuse d'une mise en garde particulière : "Le danger
existe toujours, bien sûr, que la lecture de Freud devienne lecture
de la Bible –un exercice religieux plutôt que scientifique".
Or, la Bible possède un grand nombre de traductions en anglais, une
ou plusieurs traductions nouvelles paraissant tous les deux ou trois ans,
chacune relevant d'équipes de 50 à 100 savants en linguistique
qui débattent de lectures chacune hautement contestée. Si la
lecture de Freud était vraiment analogue à la lecture de la
Bible, nous en aurions une centaine de traductions anglaises, ainsi que des
débats vivants et savants sur le sens de mots et des phrases particuliers
dans leur contexte culturel propre. En comparaison, la lecture de Freud en
anglais est quasiment un exercice pré-religieux. »
Pour redresser cette situation, l'auteur préconise des systèmes
de formation psychanalytique entièrement basés sur les analystes
en formation, avec la reconnaissance de toute supervision entreprise auprès
d'un analyste reconnu, quelle que soit son institution d'appartenance, selon
un système de relations croisées inter-institutionnelles. Ce
système, dont la mise en pratique est déjà avancée
en Amérique Latine, présente à ses yeux un danger majeur, à savoir,
celui d'être détourné par les superviseurs en provenance
de l'American psychoanalytical association, branche locale majoritaire
de l'Internationale, qui, menacés, ne craignent plus de proposer la
qualité de membre à des analystes formés dans d'autres
institutions que les leurs. Ce faisant, cependant –ce que l'auteur
de l'article ne semble pas voir –les sociétés liées à l'International
psychoanalytical association ne font rien d'autre que de se comporter
comme toute autre institution non affiliée. Le danger réside
dans le risque de dévoiement des analystes en formation, qui ayant
choisi des systèmes de formation plus libres, seraient tentés
de s'octroyer le prestige de la traditionnelle Association psychanalytique
américaine.
Récemment, par exemple, certaines institutions psychanalytiques, dans
un souci relevant d'une exquise perversion, d'un véritable souhait
de transformations radicales ou, plus probablement, des deux, comme indiqué pour
les démarches de Kernberg, offrent au lecteur intéressé leurs
règlements et leur parcours de formation professionnelle. Leurs mouvements
internes ainsi formalisés laisseraient croire à une démarche
transparente. Ce que cette formalisation néglige de préciser
est le caractère contradictoire de ces mouvements internes, régis
par les jeux hasardeux des transferts et contre-transferts, des désirs
des analystes qui composeront au fur et à mesure de son parcours les
divers comités chargés d'évaluer un candidat. À aucun
moment, nulle part, le candidat ne sera en mesure de questionner les jugements
qui auront été portés à son sujet. Officiellement,
il ne les connaîtra même pas. Ainsi, la transparence devient
opacité et la démarche démocratique défectueuse
devient camouflage d'une persistance discrétionnaire, sinon totalitaire,
traditionnelle.
Un dernier article insiste sur les dangers pour la psychanalyse de se couper
entièrement du champ de la psychologie. Son auteur ne semble pas concevoir
que la psychanalyse a constitué le plus large domaine de la psychologie
tout au long du siècle écoulé. « Même
si la psychanalyse a autrefois dominé la psychologie, les faits indiquent
maintenant la disparition de l'influence de la théorie psychanalytique
sur la science psychologique, sur le diagnostique psychiatrique et sur l'enseignement
universitaire et pré-universitaire. Je décris dans cet article
sept comportements auto-destructeurs propre aux psychanalystes et qui ont
contribué à la précipitation du déclin de la
théorie psychanalytique ces dernières années. J'ébauche
ensuite trois stratégies pour garder ce qui est utile dans la psychanalyse à la
fois d'un point de vue clinique et d'un point de vue scientifique, tout en
abandonnant ce qui daté et inapproprié. Ces stratégies
peuvent permettre aux psychologues scientifiques et aux cliniciens de renforcer
la théorie psychanalytique pendant le 21e siècle [53].
Les considérations de cet article se basent sur les résultats
d'une recherche empirique montrant que moins de 2% des textes qui paraissent
dans les principales publications en psychologie se réfèrent à la
psychanalyse et que les principales publications psychanalytiques n'y sont
jamais mentionnées, alors que dans les principaux textes d'introduction à la
psychologie, aux théories de la personnalité, au développement
humain ou, encore, à la psychopathologie, toutes les références à la
psychanalyse sont négatives. Parallèlement, moins de 1% des
thèses de doctorat en psychologie pendant les trente dernières
années portent sur des thèmes psychanalytiques. Aussi intéressantes
soient-elles, ces données laissent à désirer. Il est
possible de les interpréter comme des indicateurs de la pauvreté de
la psychologie aux Etats-Unis, par exemple. Elles pâtissent surtout
de ne pas être confrontées aux résultats de recherches
similaires en psychiatrie. Si la présence de la psychanalyse parmi
les psychiatres nord-américains se révélait aussi faible
que parmi les psychologues, la question se poserait de savoir qui s'intéresse
encore à la démarche inaugurée par Freud. Même
si les psychanalystes de formation psychiatrique se plaignent souvent du
désintérêt de leurs jeunes collègues à l'égard
des théories qui les ont inspiré, le fait est que la psychanalyse
n'est jamais absente des congrès et autres rencontres psychiatriques
aux Etats-Unis, y occupant le plus souvent une place de choix.
Cependant, les démarches actuelles des psychiatres nord-américains
confirment assez les thèses présentes dans l'article que je
discute maintenant : la psychanalyse ne pâtit pas d'être
confrontée à d'autres modes d'approche du psychisme. « La
psychanalyse souffre essentiellement d'avoir été malmenée
depuis beaucoup trop longtemps par ses adhérents. Plutôt que
d'avoir contempler l'avenir (vers les exigences grandissantes de la science
et de la pratique) et son environnement (vers les idées e les découvertes
dans d'autres domaines de la psychologie et de la médecine, la plupart
des psychanalystes ont préféré regarder le passé (vers
les contributions fondamentales, mais datées des premiers praticiens
de la psychanalyse) et leur propre domaine (vers les écrits spéculaires
de leurs propres collègues). »
Conclusions temporaires
Je veux prendre deux exemples des propositions encore avancées en
France.
La première d'entre elles propose que si la vie institutionnelle des
psychanalystes est à ce point
problématique, cela proviendrait sans doute de la
difficulté des analystes à faire le deuil de leur propre analyse.
Cet approche a été critiquée
par Kernberg dès 1986, dans le texte que je mentionne ici. Comme pour
les traductions, les français semblent prendre
par ailleurs, systématiquement au moins deux
décennies de retard par rapport à ce qui se passe ailleurs. La
critique de Kernberg, je rappelle, souligne que ce
genre de postulat échoue à établir les
différences topiques dans la réflexion sur les
problèmes propres à la psychanalyse. Ainsi,
réduire un problème professionnel et institutionnel à des
problèmes transférentiels correspond à l'incapacité foncière à les
traiter là où ils se posent. J'ajoute que le
caractère fallacieux de la réduction du
problème institutionnel à l'impossibilité de faire un deuil
implique, d'un
point de vue strictement analytique, à la négligence
quant à la véritable nature de ce deuil. Si les
psychanalystes éprouvent des difficultés à faire le deuil
de leur analyse, cela reviendrait à ce que,
foncièrement, ils auraient été incapables de faire le deuil
de leur rapport à leur mère, ou
plutôt à leurs parents. La proposition fallacieuse sur l'origine
des troubles institutionnels des psychanalystes le
néglige. Ce faisant, elle se met dans
l'impossibilité de comprendre que les analystes n'ont jamais d'autres
relations à leurs
institutions que celles qu'ils ont pu y transférer de leurs rapports familiaux
originaires, en recréant dans
l'institution une famille idéalisée et jamais accomplie. Ce postulat
bien établi, la proposition relative
au deuil impossible disparaîtrait d'elle-même
pour donner lieu à une compréhension réaliste et politique
de la situation des analystes. Tout se passe comme si le mythe de la toute-puissance
du transfert, ancré dans la
légende de la toute-puissance des relations familiales et enfantines,
servait aux analystes comme plage de sable où,
autruches, ils éviteraient de faire face à leurs
problèmes de survie en tant qu'analystes.
La deuxième proposition fallacieuse exemplaire est la suivante : « l'analyse
pure exige que, à l'exclusion de toute réalité objective,
seules les relations transférentielles propres à l'analyse
de chacun soient prises en considération à tout instant pour
l'évaluation d'un parcours analytique et d'une formation en tant qu'analyste ».
Outre le fait que cette proposition possède une histoire qui la rend
proche des thèses de Jones et de Klein plutôt que de celles
de Freud, cette proposition implique la forclusion de la dure réalité.
Comme pour d'autres constellations psychiques, la question s'impose de connaître
la réalité qui vient remplacer l'autre scène, exclue.
Il est évident que toute institution ou pensée analytique qui
soumet la réalité objective à la forclusion vise à s'instituer
en tant que seule réalité et son approche de la théorie
psychanalytique en tant qu'idéologie totalitaire prétendant
couvrir tout le champ de la réflexion analytique possible.
Ces deux propositions orientent une vie communautaire des psychanalystes
plutôt retardataire en France, où le débat, d'une manière
générale, supporte mal d'être confronté à la
contradiction, sans rien dire de l'ensemble de déviations possibles.
Les psychanalystes français qui ne participent pas de l'IPA se comportent
toujours comme autrefois les psychanalystes britanniques qui ne participaient
pas de la Société britannique à l'égard des auto-proclamations
de cette société, en acceptant leur auto-définitions
sans aucune critique.
Si incisives et dévastatrices que soient ces critiques faites à l'institution
psychanalytique et à la formation qu'elle dispense, ces errements
ont été le prix à payer pour la survie de la psychanalyse.
Ces critiques ne doivent pas le faire oublier. Elles proviennent, elles-mêmes,
de l'idéalisation de la psychanalyse, qui ferait croire que son histoire
aurait pu être différente. Les transformations proposées,
aussi impératives soient-elles, à ne pas en douter, ne manqueront
pas de poser d'autres problèmes et exiger des nouvelles solutions.
Le problème essentiel des institutions psychanalytiques de nos jours
réside dans les errements autoritaires de leurs membres, de leur caractère
sectaire, d'autant plus prétentieux, méprisant et conformiste,
qu'ils montent en grade. Ces déformations sont communes à toute
secte. Ce serait erroné de prétendre qu'ils sont propres à une
théorie, car ils visent essentiellement au maintien d'une réserve
de marché protégée.
Les remarques de Kirsner qui établissent une différence entre
les individus en tant qu'ils exercent leurs fonctions et ces mêmes
individus dans leur vie privée, y compris dans leur vie professionnelle,
tout en étant observables, ne doivent pas induire une négligence
quant aux imbrications entre les différents niveaux de la vie de chacun.
Les "candidats", pour leur part, gardent le plus souvent une vision hautement
idéalisée de la psychanalyse, avec très peu de connaissances
de ce que l'exercice de cette profession et de cet art peut leur réserver.
Leur formation ne leur apporte nullement les outils cliniques et humains
réels dont ils auront besoin à un si haut point pour exercer
leur sensibilité, leur créativité et leurs capacités
critiques et innovatrices.
Ces éléments ont une lourde influence sur l'exercice quotidien
de la psychanalyse et sur les idées que les uns et les autres nourrissent
au sujet de leur façon d'être auprès de leurs patients,
dimensions politique, éthique et morale de leur existence trop vite
confondues, à la fois les unes aux autres, et toutes avec une technique
psychanalytique aux définitions imprécises.
L'histoire de cette technique réserve bien de surprises, comme l'écart
considérable entre les pratiques de Freud, Ferenczi, Abraham ou d'autres,
ou bien les différences substantielles de la façon d'être
de Freud avec chaque patient ou à divers moments de son exercice.
Malheureusement, de nos jours, la technique analytique se réduit le
plus souvent à l'intimidation intellectuelle et au harcèlement
moral : absence de réponse à des questions précises
et fondées, établissement de contraintes absurdes et injustifiées
où l'analyste essaie de se démarquer de toute profession libérale
pour mieux servir ses intérêts personnels, mépris de
la parole d'autrui postulé comme fondement de l'accès à l'expression
du désir, sadisme intéressé imposant un masochisme contrit,
tous deux érigés en méthode d'ascèse. Rarissimes
ont été et sont les recherches cliniques portant sur les variations
des mesures thérapeutiques ou du cadre.
Il est évident que l'élargissement de la démocratie
et du libre accès à l'information comporte des paradoxes, parmi
lesquels la crainte de la liberté, liée aux despotismes. De
tout temps, la libre réflexion a été un exercice périlleux
et souvent solitaire, auquel beaucoup préfèrent la soumission à la
pensée de l'autre. Cependant, à la longue, les méthodes
autoritaires et ésotériques ne conviennent pas à des
citoyens exercés à la libre réflexion et à l'étude
critique de chaque situation, ayant à leur disposition des outils
de pensée chaque fois plus précis et sophistiqués. L'indigence
de la vie communautaire des psychanalystes et de la clinique qu'elle engendre
se font chaque jour plus criantes, de telle sorte que leurs institutions
sont devenues depuis longtemps antinomique à la psychanalyse, à ses
découvertes et à sa créativité clinique. À l'inverse,
l'éloignement de cette institution, dans des bonnes conditions, peut
ouvrir la possibilité de la surprise et de l'invention.
Ni les mesures administratives prises par les directions des institutions,
ni les scissions ayant en vue la création de nouvelles institutions
obéissant à des nouveaux critères ne sauront palier à cette
situation. Comme l'église autrefois ou le parti communiste récemment,
l'institution psychanalytique a une longue vie devant elle. Les modes de
pensée les plus rigides ou les plus infantiles, les caractères
autoritaires ou naïfs, les personnalités idéalistes ou
conformistes, ceux qui ne peuvent vivre qu'en dehors des réalités
de leur temps, tous continueront à s'abriter dans de telles structures.
Après tout, comme toujours, l'institution en général
et l'institution psychanalytique en particulier, sont d'exceptionnels terrains
pour l'exercice de nos pulsions sado-masochistes .
La pensée psychanalytique, elle, se nourrit de productions culturelles
de son temps et fleurit sur le terrain de la clinique et de qu'elle atteste,
critères essentiels pour déterminer l'activité du psychanalyste.
Ce texte a été enrichie des corrections et remarques apportées
par Laurent Levaguerèse et, essentiellement, Simone Bateman, à qui
je dois la précision de certaines formulations.
[1] S. Ferenczi, « De
l'histoire du mouvement
psychanalytique »,
Œuvres complètes, tome 1, Payot,
1968, trad. J. Dupont en collaboration avec Ph.
Garnier, pp. 162-171.
[2]. Roustang signale le
caractère meurtrier de cette horde et les intrigues politiques de Freud
pour induire et garder ses élèves
en état de querelle permanente. Cf. : F. Roustang,
Un destin si
funeste, Minuit, 1976, pp. 12-13.
[3] Discussions du 6
avril 1910,
Les premiers psychanalystes : minutes de la
Société psychanalytique de Vienne, vol II, 1908-1910, Gallimard,
1979, trad. N. Bakman.
[4] M. Eitingon, "Report of the Berlin
Psycho-Analytical Policlinic",
Bulletin of the International Psychoanalytcial
Association,
4, 254-269.
[5]. M. S. Bergmann, "The Historical
Roots of Psychoanalytic Orthodoxy",
International Journal of Psychoanalysis,
1997, 78:
69-86.
[6] T. Reik,
Le
psychologue surpris, Denoël, 2001, p. 323, trad. D. Berger. Je signale
que ce texte est publié dès
1935.
[7] M. Balint, "À propos
du système de formation
psychanalytique",
Amour primaire et technique
psychanalytique, trad. J. Dupont, R. Gelly et S. Kadar, Payot, 1972, pp.
285-308
[8]. S. Bernfeld, "On Psychoanalytic
Training",
Psychoanalytic
Quarterly, 1962, 31: 453-482.
[9] R. Knight, "The present status
of organized psychoanalysis in the United
States",
Journal of the American Psychoanalytical
Association, 1953, 1: 197-221.
[10] J. Lacan, "Situation de la
psychanalyse en 1956",
Écrits, Seuil, 1966, pp. 459-491, ici
p. 489.
[11] T. S. Szasz, "Psycho-Analytic
Training : a Socio-Psychological Analysis of
its History and Present Status",
International Journal of
Psychoanalysis, vol. 39, 1958, pp. 508-613.
[12] J. A. Arlow, "Some Dilemmas
in Psychoanalytic Education",
Journal
of the American Psychoanalytical Association, 1972, 20: 556-566. Je reviendrai
plus loin à une contribution
antérieure de cet auteur, dont la méconnaissance est
vraiment dommageable.
[13] A. Limentani, "The Training
Analyst and the Difficulties in the Training
Psychoanalytic Situation",
International Journal of
Psychoanalysis, 1974, 55 : 71-77.
[14] F. Roustang,
Un destin
si funeste, Minuit, 1976.
Dire Mastery : Discipleship from Freud
to Lacan, John Hopkins University
Press, 1982.
[15] M. Rustin, "The social organization
of secrets : towards a
sociology of psychoanalysis",
International Review of
Psychoanalysis, 1985, 12, 143-159. G. Simmel,
Secret et
sociétés secrètes, Circé, 1991, trad. S. Muller
et P. Wattier, paru originairement comme une partie
d'
Untersuchungen über die Formen der
Vergesellschaftung, Duncker et Humblot, 1908.
L'importance de la pensée de Simmel pour la
psychanalyse ne doit pas être négligée.
[16] O. Kernberg, "Institutional
Problems of Psychoanalytic Education",
Journal of the American Psychoanalytical
Association, 1986,
34: 799-834, ici pages 799 et 804-805.
[17] Idem, p. 805 et
810.
[18] F. Roustang,
Un destin
si funeste, op. cit., p. 31 et suivantes. Jones a
essayé de rejeter ce lien, sans convaincre. Son effort cependant montre
qu'il avait été établi
de manière informelle depuis longtemps. Voir, E. Jones,
Free Associations :
Memoirs of a Psycho-Analyst, Basic
Books, 1959.
[19] D. Zimmermann, "The Institutional
Structures of Psychoanalysis and Their
Effects on the Training of the Analyst",
The Annual of
Psychoanalysis, 1987, 15 : 337-351.
[20] R. S. Wallerstein, "Between
Chaos and Petrification : a Summary of the Fifth International Psychoanalytical
Association Conference of Training
Analysts",
International Journal of Psychoanalysis,
1993, 74 : 166-178.
[21] Cf. : Prado
de Oliveira, "Un transfert venu d'ailleurs :
réévaluation des controverses entre Melanie Klein et Anna Freud
(Du bruit et du silence —de ceux qui se sont
occupés d'enfants et de ce qu'ils ont fait croire),
La Psychiatrie
de l'Enfant, vol. 38, 1995.
[22] K. Eisold, "The Intolerance
of Diversity in Psychoanalytic
Institutes",
International Journal of Psycho-Analysis, 1994 :785-800.
En français, "L'intolérance à la diversité dans les
sociétés psychanalytiques",
Revue
internationale de psychosociologie, 1998-1999, vol. V, n° 10-11, pp.
87-107, trad. T. Aube.
[23] Idem, pp. 789-792, de la version
anglaise.
[24] Ibidem, pp.
795-796.
[25] O. F. Kernberg, "Thirty Methods
to Destroy the Creativity of Psychoanalytic
Candidates",
International Journal of Psychoanalysis,
1996, 77: 1031-1040.
[26] M. S. Bergmann, "The Historical
Roots of Psychoanalytical Orthodoxy",
International Journal of Psycho-Analysis,
1997,
78:69-86.
[27] E.
Mühlleitner et J. Reichmayr, "Following Freud in
Vienna : the Psychological Wednesday Society and the Viennese Psychoanalytical
Society, 1902-1938",
International Forum
of Psycho-analysis, vol. 6, 1997, n° 2, 73-102.
[28] K. Eisold, "Freud as a Leader :
the Early Years of the Viennese
Society",
International Journal of Psychoanalysis,
1997, 78:87-104.
[29] O. F. Kernberg, "a Concerned
Critique of Psychoanalytic Eduacation",
International Journal of Psychoanalysis,
2000,
81 :97-120.
[30] Cf. : F.
Roustang, "...
Elle ne le lâche plus",
Minuit, 1980, trad. en anglais "
Psychoanalysis Never Lets
Go", Johns Hopkins University Press, 1983, trad. N.
Lukacher, , et "
Comment faire rire un
paranoïaque ?", Odile Jacob, 2000, trad. en
anglais "
How
to Make a Paranoid Laugh : Or, What Is Psychoanalysis
?", University of Pennsylvania Press, 2000, trad. Anne C.
Vila.
[31] Un ensemble
d'idées malencontreuses, pour dire le moins, à ce sujet sont réunies
dans P. Froté et J.-L. Donnet,
Cent Ans Après, Gallimard,
1999.
[32] redress of
grievances, cette expression anglaise se prête a des multiples
interprétations. J'ai choisi celle qui me semble la moins agressive dans
le contexte.
[33] D. Kirsner,
Unfree Associations
: Inside Psychoanalytic Institutes,
Process Press, Londres, 2000.
[34] A. Molino,
Freely Associated :
Encounters in Psychoanalysis with Christopher Bollas, Joyce McDougall, Michael
Eiguen, Adam Phillips
and Nina Coltard, Free Association Books, 1997.
[35] D. Kirsner, "Off the Radar
Screen",
Psychoanalytic Studies,
Carfax Publishing, 2001, vol. 3, n° 2, pp. 245-254. Le titre
fait référence au fait que les radars de l'IPA
n'enregistrent même pas l'existence ce ceux qui
leur sont étrangers, si ce n'est comme des
ennemis.
[36] Cf. : Mon
texte précédemment cité ici au sujet des controverses entre
Anna Freud et Melanie Klein.
[37] J. Arlow, "Group psychology
and the study of institutes",
conférence faite à la Commission de la qualité professionnelle" (
Board
on Professional Standards).
Manuscrit inédit, 1970.
[38] D. Kirsner, "The Future of
Psychoanalytic Institutes",
Psychoanalytic Psychology, The American
Psychological
Association, 2001, vol. 18, n° 2, pp. 1-17.
[39] Voir notes 22 et
28.
[40] S. C. Vaughan, R. Spitzer,
M. Davies et S. Roose, "The Definition and
Assessment of Analytic Process : Can Analysts
Agree ?",
International Journal of
Psychoanalysis, 1997, 78: 959-973.
[41] K. Eisold, "A Clinical Theory
of Psychoanalysis : The Common Ground
of Psychoanalytic Practice", manuscript.
[42] K. Eisold, "Psychoanalytic
Training : The « Faculty
System »",
Psychoanalytic Inquiry, à paraître.
[43] Pour ma part,
j'ai étudié le parcours et le destin de la
notion d'étranger dans un groupe psychanalytique
français. Voir, Prado de Oliveira, "L'énigme, l'étranger",
dans
Schreber et la paranoïa : le meurtre
d'âme, L''Harmattan, 1996, pp.
15-34.
[44] K. Eisold, "The Rediscovery
of the Unknown : An Inquiry into
Psychoanalytic Praxis", William Alanson White Institute, New York, 2000, document
interne.
[45] K. Eisold, "The Self-Destructiveness
of Psychoanalysis : A Failed
Profession", manuscript, 2001.
[46] "Report of the Study Commission
on the Evaluation of Applicants for
Psychoanalytic Training", 143
rd Bulletin of the
IPA,
International Journal of Psychoanalysis, 1977, 59: 79-85, cite par
W. Kappelle, "How Useful is
Selection ?"
International Journal of
Psychoanalysis, 1996, 77: 1213-1232, ici p. 1215.
[47] H. R. Klein, "Selection techniques",
Psychoanalysis
in
Training, cité par Kappelle, p. 1218.
[48] Kappelle, idem, p.
1229.
[49]. E. Young-Bruehl, op. cit.,
pp. 254-255.
[50] H. Kachele et H. Thoma, "On
the devaluation of the Eitingon-Freud model of psychoanalytical education", International
Journal of Psychoanalysis, 2000, 81: 806-807.
[51] C. Brenner, "Some remarks
on psychoanalytic technique", J. Clin. Psychoanal, 1995, 4 :
413-428. Je rappelle qu'Eitingon soulignait qu'il était impossible
de montrer que le fait de payer ou non avait une influence quelconque sur
le déroulement des cures.
[52] R. L. Sorenson, "Psychoanalytic
Institutes as Religious Denominations : Fondamentalism, Progeny and
the Ongoing Reformation", Psychoanalytic Dialogues, v. 10, 6, 2000.
[53] R. F. Bornstein, "The Impending
Death of Psychoanalysis", Psychoanalytic Psychology, 2001, vol. 18,
n° 1, 3-20.