Thierry Simonelli

Thierry Simonelli

De la psychologie au pouvoir

controlDans sa contribution « Petite chronique d’une guerre : les derniers Juifs », Jean-Claude Schotte relate la déclaration de l’un des représentants de la Société Luxembourgeoise de Psychologie, nous désignant de « dernière génération » de psychanalystes au Luxembourg.

Des personnes apparemment mieux avisées suggèrent de ne pas prendre de tels énoncés au pied de la lettre. Le législateur, pensent-ils, ne se laissera pas abuser par les velléités de pouvoir de l’intérêt particulier d’un petit groupe d’influence.  

Pourtant, ces conseils bienveillants ne semblent plus aujourd’hui convaincants. Les velléités de pouvoir ont déjà eu un impact réel sur le texte du projet de loi. De fait, ils le déterminent de part en part.
Et quand il sera voté, le texte déterminera à son tour ce qu’il en sera de la réalité concrète de toute une profession.  

Le pouvoir, selon l’une des définitions les plus concises, consiste dans « la capacité d’une personne ou d’un groupe de personnes d’affecter les résultats de manière à ce que leurs préférences l’emportent sur les préférences d’autres ». [1]

Pourquoi la psychanalyse risque-t-elle de disparaître du Luxembourg ?

censureQuand les scientifiques se mettent à raisonner en des termes aussi abstraits et grandiloquents que certains chefs d’État, il est important de dresser l’oreille.

Alors que l’« exposé des motifs » de la première version du projet de loi luxembourgeois sur la psychothérapie nomme la psychanalyse parmi les approches thérapeutiques ayant fourni les preuves d’une « validité scientifique tangible », alors que le discours ministériel et politique a toujours exprimé sa bienveillance et sa « bonne foi » à l’égard de la psychanalyse, alors même que les auteurs du projet de loi se sont toujours dits ouverts d’esprit, les premiers concernés, certains cliniciens travaillant sur le terrain ont rapidement senti le roussi.

Car ce qui se manigance derrière les beaux discours de l’ouverture, ce qui se mijote derrière les belles faces de la tolérance n’est rien de moins qu’une attaque radicale de la diversité thérapeutique.

Les psychanalystes sont loin d’être les seuls à avoir attiré l’attention sur cette contradiction entre la face publique – la publicité mensongère – et la signification pratique et concrète de la règlementation monopolistique d’une profession.

La psychanalyse existe

Luxembourg, le 29 septembre 2014 La Commission parlementaire de la Santé, de l’Égalité des chances et du Sport va bientôt adopter une législation sur les psychothérapies dont l’effet – et peut-être l’intention – est de dépouiller une profession de sa diversité. Cette diversité est officiellement affichée, de même que les intérêts des patients qui doivent être protégés d’apparents graves dangers de thérapeutes travaillant hors du cadre d’une “science” définie nulle part. Mais de fait, les conditions d’accès à la formation, au titre et à la profession postulées par la nouvelle loi excluent, sans autre détour, tout psychothérapeute qui ne soit ni médecin, ni psychologue, ou qui n’ait pas fait ses études de psychothérapie à l’Université du Luxembourg. Alors que la procédure législative est plus ou moins bouclée, la Commission de la Santé invite les représentants de quatre groupes de psychothérapeutes pour un dernier échange d’idées de 30 minutes.

La Société Psychanalytique du Luxembourg est consciente que sous sa forme actuelle, la loi Luxembourgeoise condamne l’avenir de la psychanalyse au Luxembourg. Ainsi, le Luxembourg sera le seul pays en Europe où de futurs psychanalystes ne pourront plus exercer du fait de ne pas avoir de formation calquée sur le modèle de Master en Psychothérapie de l’Université du Luxembourg. (Inversement, les personnes ayant réussi ce Master ne pourront le faire valoir nulle part ailleurs qu’au Luxembourg.) Lire la suite ... >>>

The Other Scene

The Other Scene

We are very happy to announce the first issue of the internet journal The Other Scene.

The aim of The Other Scene is to publish papers on psychoanalysis and on the different applications of psychoanalysis in a variety of intellectual and artistic pursuits such as literature, film and other arts, sociology and political theory, philosophy and pedagogy: anywhere it can be seen as relevant.

Obviously, psychoanalysis started as a therapeutic practice and it still has its foundation in this practice. However, as Freud pointed out already in 1926: “The use of analysis for the treatment of the neuroses is only one of its applications; the future will perhaps show that it is not the most important one .” (“The question of lay analysis.” SE, 20: 179-250.) Lire la suite ... >>>

Psychothérapies sans risques

(Le texte qui suit a originellement paru dans le mensuel luxembourgeois Forum, n° 320, juillet 2012.)

Sans RisquesUn nouveau spectre hante le Luxembourg. Après les médecins fripons et les enseignants fainéants, voici donc le fléau des psychothérapeutes dangereux.

Ce danger est-il récent ? S’est-il renforcé progressivement au cours des dernières décennies ? Y a-t-il eu des blessés ? Des morts ? Des personnes se sont-elles plaintes auprès de la police ? Des jugements ont-ils été émis contre des malversations ou des fautes professionnelles ? Et quelqu’un a-t-il relevé ces faits, dressé des listes, établi des statistiques ?

Assurément, il n’est pas difficile de se sentir pris de vertige, à feuilleter les rubriques ‘psychologues’ ou ‘psychothérapeutes’ des pages jaunes nationales. Un minimum d’ordre et d’information n’y apporteraient certainement pas de préjudice. Pourtant, en regardant par-delà les frontières nationales, un éventail psychothérapeutique autrement plus impressionnant s’ouvre devant les yeux des curieux.

J. Edgar – sharp dressed man

During an evening out at the club, J. Edgar Hoover suddenly urges his friend and lover Clyde Tolson to leave in a hurry. They just came from a movie that was of important symbolic value:  Hollywood had eventually shifted from the sympathetic gangster hero to the heroic police officer. Hoover feels so gratified by what he considers to be a public recognition of his work that during the ride home, he holds his lover’s hand. The gesture has a slight scent of provocation since his mother, Anne, sitting in front of the car, could not but notice. And she would pay him back for this daring move soon enough.


That evening though, nothing seemed to stop J. Edgar. At first, at least. After dropping his mother off, he and Clyde continue to their club, where they get to sit at a table with three beautiful, admiring actresses. Here we see the new hero of the Bureau of Investigation, inspiring comic strips and now movies,  bragging about some incredibly important secrets he cannot reveal. Young, radiating, gorgeous Hoover seems overspilling with power, wits and overall success. Until one of the actresses, trying to get beyond sitting and listening, first invites and then urges him to dance. At this point J. Edgar loses it.

Agitated, distressed, n

A Dangerous Method

True to historic facts, Cronenberg’s A Dangerous Method holds some interesting surprises – naturally, considering the director and the actors’ work on the subtlest staging details. (See the Cronenberg interview).
Some of those details lie on the more comical side, such as Freud’s character.
So far I had imagined Freud in different ways, but the idea of a Viennese cigar-munching Godfather had not occurred to me. Cronenberg’s Freud comes across as a slow talking, sometimes cynical, sometimes despicable plotter of institutional schemes. A hard-nosed professional subversive who seems impressed only by the ever-growing anti-semitism that besieges him and his new science. And when Jung finally falls out of favour, the only sense that comes to Freud’s mind is his designated successor’s “Aryanism”.
With Spielrein and Jung’s respective characters, things immediately seem to run deeper. The first time we see Spielrein, she’s literally howling mad. But she seems to get better with an astonishing speed, each and every time Jung addresses her like a normal human being. One can only imagine what it must have been like in the asylums of the late 19th and early 20th centuries. But Bleuler and Jung’s Burghölzli looks very much like the Anti-Psychiatrist‘s dream. Patients, not inmates, are being cared for, offered interesting humane work and most of all are treated like fully responsible grown-ups. In this utopian castle, Spielrein not only turns out to be the gifted psychologist that Jung suspected right away, but she also learns how to accept and enjoy her sexual fantasies. Although, with some practical help of her therapist, who does not show the same ease towards his own fantasies.