L’étrange hypnose des masses

Une lecture critique du livre The Psychology of Totalitarianism de Mattias Desmet.

Parmi les effets étranges de la pandémie du Covid, on a vu la naissance d’experts et de scientifiques suivant la grande ligne de partage binaire départageant les vrais scientifiques, les progressistes et les solidaires des populistes, conspirationnistes et autres imposteurs (voir Stiegler, 2021).

Parmi les célébrités des ainsi-dits « médias alternatifs », Mattias Desmet, professeur de psychopathologie à l’université de Gand, expliquait dans d’innombrables interviews les comportements des personnes adhérant aux politiques sanitaires, de même que ceux des critiques conspirationnistes. Dans l’ensemble, les défenseurs et les détracteurs des politiques sanitaires auraient été sujets à une hypnose de masse, à une « formation de masse », voire, selon certaines formulations, à une « psychose de formation de masse ».

D’après Mattias Desmet la pandémie du Covid reposait donc pour une large part sur une « hypnose de masse » ou une « formation de masse » ; termes utilisés comme synonymes des symptômes psychiques de la pandémie.

En juin 2022, le livre de Desmet parut avec le titre sensationnel de La psychologie du totalitarisme.1 À la surprenante affirmation d’une hypnose collective devenue mondiale, Mattias Desmet rajoute la conviction, non moins étonnante, que le monde dans son ensemble est devenu totalitaire.

Le totalitarisme du monde

Un beau matin de Novembre 2017, Mattias Desmet, séjournant au chalet d’amis dans les Ardennes, fut pris d’une intuition soudaine : « J’ai été saisi par la conscience palpable et aiguë d’un nouveau totalitarisme qui avait laissé sa semence et fait se raidir le tissu de la société. » (Desmet, 2022, p. 1)

Mattias Desmet, auteur d’une centaine d’articles sur la dépression, l’alexithymie et l’évaluation des psychothérapies, se rendit compte en 2017 qu’il était « devenu indéniable » que les gouvernements nous privaient de notre liberté, que les « voix alternatives » n’étaient plus tolérées, que les « forces de sécurité » augmentaient de façon spectaculaire, « et bien d’autres choses » (Desmet, 2022, p. 1, 90). Soit, mous explique l’auteur, ce qu’il est communément convenu d’appeler « totalitarisme », selon la « vision dystopique » (sic) de la philosophe juive allemande Hannah Arendt.

Mais, d’après Desmet, ce que la philosophe n’a pas compris dans sa « vision », c’est la profonde différence qui existe entre les dictatures traditionnelles et le totalitarisme. Selon Arendt elle-même, l’objet des quelques 900 pages de l’ouvrage tient justement dans l’élaboration de la nouveauté historique radicale des régimes nazi et soviétique : « Ce livre traite des origines et des éléments de la domination totale, telle que nous l’avons connue en tant que nouvelle « forme d’État », je crois, dans le troisième Reich et dans le régime bolchevique. » (Arendt, 1991, p. 16)

De toute manière, il semble surprenant d’appuyer un diagnostic ou même une analyse du totalitarisme sur le seul ouvrage de Hannah Arendt en 2022. D’une part, la notion de totalitarisme a connu bon nombre de développements et de discussions critiques autant en philosophie politique qu’en sociologie, en sciences politiques ou dans l’histoire. (Voir à ce sujet Losurdo, 2004) D’autre part, la conception essentialiste du totalitarisme par Arendt repose sur trois éléments constitutifs : la constitution de masses dépolitisées à la suite de la Première Guerre mondiale, le dédoublement des institutions étatiques soutenant une mobilisation constante par l’usage d’une propagande aux fins du mouvement, et la terreur comme « essence » du totalitarisme, qui trouve son modèle dans la construction des camps de concentration.

Or, si l’on voulait en effet discuter de la question des masses dans les démocraties libérales du XXIe siècle, on n’y trouverait ni de mouvement fasciste, nazi ou socialiste totalitaire, ni la terreur des camps de concertation ou des Goulags dans l’Europe occidentale actuelle. Si la psychologie du totalitarisme se propose non seulement comme lecture du totalitarisme historique, mais du supposé totalitarisme actuel (de 2017 et au-delà), on voit difficilement à quoi Desmet pourra bien se référer en réalité.

Le totalitarisme comme psychologie

« Il est tout à fait évident que ni le manque d’information ni le lavage de cerveau ne sont responsables du soutien des masses à un système totalitaire. » (Arendt, 1991, p. 629)

Pour Mattias Desmet, Arendt n’a pas touché à la véritable nature du totalitarisme. D’après le professeur de psychologie, la vraie différence entre les dictatures traditionnelles et le totalitarisme n’est pas politique ou sociologique, elle est psychologique ! Et seule la psychologie permet de comprendre les mécanismes intimes du totalitarisme. (sic, Desmet, 2022, p. 2)

Les dictatures classiques reposeraient sur des « mécanismes psychologiques primitifs », comme le climat de la peur. Mais, les « populations totalitarisées », sacrifiant leur intérêt personnel pour la collectivité, seraient sujet à la « formation de masse » (mass formation). Et c’est cette psychologie de la « formation de masse » qui distinguerait le totalitarisme de la dictature. Ainsi, Desmet peut-il balayer 70 ans de discussions et de critiques politiques, sociologiques, historiques et philosophiques de la notion de « totalitarisme » grâce à sa « conscience palpable » du monde. De la même manière, il peut ignorer la critique explicite de Hannah Arendt de toute psychologisation du totalitarisme, pour se réclamer d’une pensée contraire à la sienne. Car pour Hannah Arendt, il semblait absurde d’expliquer le totalitarisme par une fascination hypnotique ou un quelconque « envoûtement magique » des masses.2

Mais si la notion de « formation de masse » semble donc fondamentale dans l’analyse du totalitarisme, le lecteur en attendra en vain une véritable définition dans La psychologie du totalitarisme.3 De même, le terme de « mass formation » semble d’abord relever d’une création conceptuelle originale de Mattias Desmet. Car on la cherchera en vain dans les bases de données scientifiques internationales telles que PubMed, Scopus, Web of Science, ScienceDirect, oumême Google Scholar etc. Comme nous allons le voir, le mystère de la « formation de masse » se dissipe aisément, quand nous suivons la seule référence ‘scientifique’ de l’ouvrage.

Le professeur de psychologique nous explique  : la « formation de masse » est en fait une « hypnose de masse » qui constitue « une sorte d’hypnose de groupe qui détruit la conscience éthique de soi des individus et les prive de leur capacité à penser de manière critique » (Ibid., p. 2-3) Par une analogie thermodynamique, la « formation de masse » représente donc un « phénomène complexe et dynamique qui peut être comparé à la façon dont les motifs de convection apparaissent dans l’eau ou le gaz lorsqu’ils sont chauffés » (Desmet, 2022, p. 93)4. Ainsi, « la formation de masse amènerait les individus à un nouvel « état de mouvement » psychologique » (Ibid.) où l’hypnose collective « détruit la conscience éthique de soi des individus et les prive de leur capacité à penser de manière critique » (ibid., p. 92).

Le retour inattendu de Gustave Le Bon

Dans cette « sorte d’hypnose » que décrit Desmet, le lecteur reconnaîtra aisément la psychologie des foules de Gustave Le Bon. Car derrière le nouveau terme de « formation de masse », on retrouve l’ancienne « formation des foules » (une seule occurrence dans l’ouvrage de Le Bon) et son résultat : « l’âme des foules » ou « l’âme collective » de Le Bon. Sans surprise, c’est Gustave le Bon qui constitue aussi la seule source, en matière de psychologie sociale de la « formation de masse ». Et sans surprise, la « formation de masse » récapitule les traits les plus marquants de l’« âme des foules » de Le Bon.

Dans l’âme des foules, pense Le Bon, « la personnalité consciente s’évanouit » (Le Bon, 2013, p. 9), l’individualité s’efface (ibid. p. 12), et elle est absorbée par « l’unité mentale des foules » (ibid., p. 11), pour finir par ressembler à une « réunion d’imbéciles » (ibid., p. 12), capable des « actes les plus sanguinaires » (ibid., p. 14, 18, 42).

De même chez Desmet : « Les masses sont enclines à commettre des atrocités contre ceux qui leur résistent et les exécutent généralement comme s’il s’agissait d’un devoir éthique et sacré. » (Desmet, p. 103-104)

Pourtant Desmet ajoute une dimension ‘spirituelle’ qui, comme nous allons le voir, n’est pas un simple accessoire dans sa pensée : « Les foules et leurs dirigeants sont aveuglément entraînés dans un maelström de destruction, jusqu’à ce qu’ils soient confrontés à la conséquence ultime du raisonnement qui a monopolisé leur esprit : la logique mécaniste d’un univers mort et sans âme. » (Desmet, p. 119-120)

L’âme des foules sans foules

Quelle que soit la proximité de la « formation de masse » à l’« âme des foules », Desmet semble en même temps se dispenser de toute différenciation quant aux foules. Alors que Le Bon propose une classification des foules en foules hétérogènes – les foules anonymes et non-anonymes – et foules homogènes – les sectes, les castes et les classes –, qui manifestent chacune de leurs propres structures et propres dynamiques, et que même Arendt fait encore une distinction moralisatrice entre les tribus, la populace, les masses, les foules appauvries et la population, Desmet ne connaît qu’une seule foule, celle de ladite population mondiale totalitarisée.

Une autre originalité que Desmet introduit dans commentaire littéraire dissimulé de Le Bon, tient à sa définition idiosyncratique de la foule. Pour Le Bon, et l’ensemble des psychologues sociaux jusqu’à ce jour, les foules constituent toujours des phénomènes éphémères de personnes physiquement réunies en un seul endroit, en même temps. C‘est ce que rappelle F. E. H. Wijermans dans sa thèse de doctorat de l’université de Groningen : quelques que soient entre les définitions psychologiques de la foule, elles « partagent toutes la notion d’un nombre de personnes se trouvant au même endroit au même moment » (Wijermans, s. d., p. 12).

Or il n’en est rien pour Desmet. Contrairement aux foules psychologiques de la psychologie sociale, les foules de la « formation de masse » commencent peut-être par être éphémères, mais finissent par être durables. De même, l’unité du lieu et du temps n’est plus requise : les individus de la « formation de masse » peuvent se retrouver isolés, enfermés dans leurs appartements pendant des mois et des années et toujours manifester tous les phénomènes de désindividualisation d’irrationalité, d’hypnose et de psychose qui naissent de la « dissolution » supposée dans la « masse ». En fait, explique Desmet, ce phénomène de « formation de masse » s’est imposé de manière de plus en plus régulière et persistante depuis les Lumières (Desmet, 2022, p. 92).

Par-delà le principe de réalité

La question qui ne cesse de s’imposer au lecteur de la Psychologie du totalitarisme est : de quoi Desmet parle-t-il ? Où trouver ces masses « hypnotisées » prêtes à toutes les atrocités et comment les reconnaître ? Que faut-il d’ailleurs entendre par « hypnose de masse » ou « psychose de masse » ? Et si le monde est devenu totalitaire et les foules hypnotisées, comment se fait-il que le professeur ait pu y échapper ?

On se demandera aussi pourquoi Desmet, enseignant de psychothérapie psychanalytique et chercheur en processus de psychothérapie psychanalytique5, ne mentionne nulle par les contributions psychanalytiques aux questions de la psychologie des foules. Sans même mentionner la psychologie des foules de Freud, critique de Le Bon, et la fameuse Psychologie de masse du fascisme De W. Reich, auquel Desmet emprunte manifestement son titre, il existe littérature psychanalytique sur ces questions qui aurait certainement pu contribuer à la discussion. Évidemment, ces approches auraient tôt fait de remettre en question l’héritage de l’hypnose, de la suggestibilité, de la contagion et de l’irrationalité des foules, nécessaire aux développements saugrenus de la psychologie imaginaire du totalitarisme.

Ainsi, Desmet passe d’une politique-fiction à une psychologie-fiction – il va sans dire que depuis 1895, les intuitions originales de Le Bon quant à l’âme des foules ont été falsifiées dans leur ensemble (voir Van Ness & Summers-Effler, 2016, Borch, 2013) – en passant par une histoire-fiction, pour en arriver à proposer une interprétation du monde dans son ensemble, ou encore y voir la solution de tous nos problèmes politiques, culturels et sanitaires.

Dans cette posture, on aura reconnu la figure de l’expert universel, si chère à Le Bon qui, partant du mépris des foules, proposait une psychologie à l’usage de l’élite culturelle et politique. Si la psychologie de Le Bon a fini par profondément marquer la psychologie populaire (Cf. Rubio, 2008) jusqu’à ce jour, on oublie le fait que ses analyses psychologiques avaient aussi une intention politique clairement affichée et assumée.

Le Bon n’était pas l’ami des foules. Au contraire, il pensait que les « civilisations ont été créées et guidées […] par une petite aristocratie intellectuelle » (Le Bon, 2013, p. 4), jamais par les foules. C’est ce qu’ont montré la Révolution française ou la Commune de Paris. Les foules détruisent l’ordre rationnel et instaurent le règne de l’irrationnel : « À partir du moment où la Révolution descendit de la bourgeoisie dans les couches populaires, elle cessa d’être une domination du rationnel sur l’instinctif et devint au contraire l’effort de l’instinctif pour dominer le rationnel. » (Le Bon, 2021, p. 56) Et quand Le Bon écrit « foules », il pense toujours aux mouvements et aux « classes populaires ».

La politique du totalitarisme psychologique

Ainsi, la psychologie des foules et son nouveau nom, la « formation de masse » portent-elles la marque de l’élitisme conservateur. Mais chez Le Bon, la psychologie des foules s’adresse à l’homme d’État qui ne pourra plus gouverner la « barbarie primitive » (Le Bon, 2021, p. 64) des classes populaires sans le nouveau savoir psychologique, mais qui essayera du moins « ne pas être trop complètement gouverné par elles. » (Le Bon, 2013, p. 5) Desmet renverse la perspective en partie : les foules sont bien hypnotisées, irrationnelles et psychotiques, mais il revient aux experts de les libérer de leurs liens politiques et historiques. La psychologie de la « formation de masse » tente de sauver le peuple.

La liberté négative qu’envisage Desmet est donc aisée à concevoir : c’est la liberté du totalitarisme imposé par les « agences de sécurité », par l’« avancement général de la société de surveillance », par la « pression grandissante sur la sphère privée » et l’augmentation de la dénonciation entre citoyens, la « perte de support pour les principes démocratiques » et par « l’imposition d’un programme de vaccination expérimentale » (Desmet, 2022, p. 90‑91).

Mais c’est la liberté positive, non pas la liberté de, mais la liberté à, qui distingue la politique psychologique originale de Desmet. Car ce que Desmet revendique n’est pas moins qu’une révolution spirituelle à échelle mondiale, censée nous libérer de « l’idéologie mécaniste » (sic) des Lumières.

Le spiritualisme salvateur de l’univers vivant

Comment donc, demande Desmet, transcender la mécanistique morte les Lumières ? Car l’« idéologie » (sic) des Lumières voit l’univers comme une « interaction mécanistique entre des particules élémentaires mortes » (Desmet, 2022, p. 148). De fait, cette idéologie existait déjà en 400 av. J.-C. chez Leucippe et Démocrite, mais qu’à cela ne tienne. Ne nous encombrons pas plus des détails historiques que des bagatelles psychologiques, scientifiques ou politiques. C’est la situation globale qui compte.

Or, ce qu’ont montré « Einstein, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger, Louis de Broglie, Planck, Bohr, Wolfgang Pauli, Sir Arthur Eddington, Sir James Jean » dans leurs « œuvres contemplatives » (sic, ibid., p. 180), c’est que l’être humain doit « transcender la rationalité » pour réaliser sa pleine potentialité (ibid., 90-91). L’« ultime connaissance […] vibre dans toutes les choses » (ibid.) de l’Univers vivant.

Concluons donc avec Desmet : « La conscience qu’aucune logique n’est absolue est la condition préalable à la liberté mentale. Le vide dans la logique ouvre littéralement un espace pour notre propre style et pour le désir de créer. […] Peut-être, pourrait-il également fonctionner contre les virus ? » (Desmet, p. 188)

Sous les pavés des particules élémentaires de l’univers mort des Lumières,  la plage de la conscience universelle vivante déterminant les particules élémentaires (ibid., p. 162) dans une « causalité circulaire » (ibid., p. 164) allant de l’esprit à la matière et retour.

Aux vrais experts de l’univers vivant de montrer la sortie du totalitarisme au peuple hébété : c’est avec l’expert des vibrations vitales universelles que le peuple pourra transcender la rationalité, dépasser la séparation de la matière et de l’esprit, sortir de son hypnose, débucher de sa psychose, se guérir des maladies physiques et mentales (ibid., p. 168), et développer une force physique inimaginable (ibid., p. 166).

Assurément, Desmet nous montre la voie du dépassement de la rationalité et l’effet du style personnel de la création loin de la réalité de l’univers « mort ». Mais ses analyses politiques ou psychologiques problématiques ne s’en sortent pas plus convaincantes pour autant.


Notes

  1. Toutes les indications de pages se réfèrent à la version électronique du livre. ↩︎
  2. Dans sa discussion nuancée du « charme magique » et de la fascination exercée par Hitler, p.ex., Arendt s’oppose très explicitement à la psychologisation du totalitarisme : « Croire que les succès d’Hitler reposaient sur sa « force de fascination » est tout à fait absurde ; avec elle seule, il ne serait pas allé plus loin que le salonnard. » (Arendt, 1991, p. 658) Bien évidemment, Desmet ignore complètement les discussions arendtiennes sur la nature et les fonctions des « masses » dans le totalitarisme nazi et soviétique. ↩︎
  3. La raison en est probablement parce que pour Mattias Desmet, « formation de masse » et « totalitarisme » sont deux noms différents pour une même réalité intuitionnée. ↩︎
  4. Gustave Le Bon utilisait une métaphore organique pour exprimer cette même propriété émergente : « La foule psychologique est un être provisoire, composé d’éléments hétérogènes pour un instant soudés, absolument comme les cellules d’un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède. » (Le Bon, 2013, p. 11) ↩︎
  5. Voir la page CV du projet mentally : http://mentally-project.eu/partners/team/matthias-desmet- ↩︎

Bibliographie

Arendt, H. (1991). Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft : Antisemitismus. Imperialismus. München. Piper Taschenbuch.

Borch, C. (2013). The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology. Cambridge University Press.

Desmet, M. (2022). The Psychology of Totalitarianism. White River Junction, Vermont. Chelsea Green Publishing.

Le Bon, G. (2013). Psychologie des foules (9e édition). Paris. PUF.

Le Bon, G. (2021). La Révolution française et la psychologie des révolutions.

Losurdo, Domenico. 2004. « Pour une critique de la catégorie de totalitarisme ». Actuel Marx 35(1):115‑47.

Rubio, V. (2008). Psychologie des foules, de Gustave le Bon. Un savoir d’arrière-plan. Sociétés, 100(2), 79‑89.

Stiegler, B. (2021). De la démocratie en Pandémie : Santé, recherche, éducation. Gallimard.

Van Ness, J., & Summers-Effler, E. (2016). Reimagining Collective Behavior. In S. Abrutyn (Éd.), Handbook of Contemporary Sociological Theory (p. 527‑546).

Wijermans, F. E. H. (s. d.). Understanding crowd behaviour : Simulating situated individuals. Groningen. University of Groningen.

Une lecture critique du livre The Psychology of Totalitarianism de Mattias Desmet.

Parmi les effets étranges de la pandémie du Covid, on a vu la naissance d’experts et de scientifiques suivant la grande ligne de partage binaire départageant les vrais scientifiques, les progressistes et les solidaires des populistes, conspirationnistes et autres imposteurs (voir Stiegler, 2021).

Parmi les célébrités des ainsi-dits « médias alternatifs », Mattias Desmet, professeur de psychopathologie à l’université de Gand, expliquait dans d’innombrables interviews les comportements des personnes adhérant aux politiques sanitaires, de même que ceux des critiques conspirationnistes. Dans l’ensemble, les défenseurs et les détracteurs des politiques sanitaires auraient été sujets à une hypnose de masse, à une « formation de masse », voire, selon certaines formulations, à une « psychose de formation de masse ».

D’après Mattias Desmet la pandémie du Covid reposait donc pour une large part sur une « hypnose de masse » ou une « formation de masse » ; termes utilisés comme synonymes des symptômes psychiques de la pandémie.

En juin 2022, le livre de Desmet parut avec le titre sensationnel de La psychologie du totalitarisme.1 À la surprenante affirmation d’une hypnose collective devenue mondiale, Mattias Desmet rajoute la conviction, non moins étonnante, que le monde dans son ensemble est devenu totalitaire.

Le totalitarisme du monde

Un beau matin de Novembre 2017, Mattias Desmet, séjournant au chalet d’amis dans les Ardennes, fut pris d’une intuition soudaine : « J’ai été saisi par la conscience palpable et aiguë d’un nouveau totalitarisme qui avait laissé sa semence et fait se raidir le tissu de la société. » (Desmet, 2022, p. 1)

Mattias Desmet, auteur d’une centaine d’articles sur la dépression, l’alexithymie et l’évaluation des psychothérapies, se rendit compte en 2017 qu’il était « devenu indéniable » que les gouvernements nous privaient de notre liberté, que les « voix alternatives » n’étaient plus tolérées, que les « forces de sécurité » augmentaient de façon spectaculaire, « et bien d’autres choses » (Desmet, 2022, p. 1, 90). Soit, mous explique l’auteur, ce qu’il est communément convenu d’appeler « totalitarisme », selon la « vision dystopique » (sic) de la philosophe juive allemande Hannah Arendt.

Mais, d’après Desmet, ce que la philosophe n’a pas compris dans sa « vision », c’est la profonde différence qui existe entre les dictatures traditionnelles et le totalitarisme. Selon Arendt elle-même, l’objet des quelques 900 pages de l’ouvrage tient justement dans l’élaboration de la nouveauté historique radicale des régimes nazi et soviétique : « Ce livre traite des origines et des éléments de la domination totale, telle que nous l’avons connue en tant que nouvelle « forme d’État », je crois, dans le troisième Reich et dans le régime bolchevique. » (Arendt, 1991, p. 16)

De toute manière, il semble surprenant d’appuyer un diagnostic ou même une analyse du totalitarisme sur le seul ouvrage de Hannah Arendt en 2022. D’une part, la notion de totalitarisme a connu bon nombre de développements et de discussions critiques autant en philosophie politique qu’en sociologie, en sciences politiques ou dans l’histoire. (Voir à ce sujet Losurdo, 2004) D’autre part, la conception essentialiste du totalitarisme par Arendt repose sur trois éléments constitutifs : la constitution de masses dépolitisées à la suite de la Première Guerre mondiale, le dédoublement des institutions étatiques soutenant une mobilisation constante par l’usage d’une propagande aux fins du mouvement, et la terreur comme « essence » du totalitarisme, qui trouve son modèle dans la construction des camps de concentration.

Or, si l’on voulait en effet discuter de la question des masses dans les démocraties libérales du XXIe siècle, on n’y trouverait ni de mouvement fasciste, nazi ou socialiste totalitaire, ni la terreur des camps de concertation ou des Goulags dans l’Europe occidentale actuelle. Si la psychologie du totalitarisme se propose non seulement comme lecture du totalitarisme historique, mais du supposé totalitarisme actuel (de 2017 et au-delà), on voit difficilement à quoi Desmet pourra bien se référer en réalité.

Le totalitarisme comme psychologie

« Il est tout à fait évident que ni le manque d’information ni le lavage de cerveau ne sont responsables du soutien des masses à un système totalitaire. » (Arendt, 1991, p. 629)

Pour Mattias Desmet, Arendt n’a pas touché à la véritable nature du totalitarisme. D’après le professeur de psychologie, la vraie différence entre les dictatures traditionnelles et le totalitarisme n’est pas politique ou sociologique, elle est psychologique ! Et seule la psychologie permet de comprendre les mécanismes intimes du totalitarisme. (sic, Desmet, 2022, p. 2)

Les dictatures classiques reposeraient sur des « mécanismes psychologiques primitifs », comme le climat de la peur. Mais, les « populations totalitarisées », sacrifiant leur intérêt personnel pour la collectivité, seraient sujet à la « formation de masse » (mass formation). Et c’est cette psychologie de la « formation de masse » qui distinguerait le totalitarisme de la dictature. Ainsi, Desmet peut-il balayer 70 ans de discussions et de critiques politiques, sociologiques, historiques et philosophiques de la notion de « totalitarisme » grâce à sa « conscience palpable » du monde. De la même manière, il peut ignorer la critique explicite de Hannah Arendt de toute psychologisation du totalitarisme, pour se réclamer d’une pensée contraire à la sienne. Car pour Hannah Arendt, il semblait absurde d’expliquer le totalitarisme par une fascination hypnotique ou un quelconque « envoûtement magique » des masses.2

Mais si la notion de « formation de masse » semble donc fondamentale dans l’analyse du totalitarisme, le lecteur en attendra en vain une véritable définition dans La psychologie du totalitarisme.3 De même, le terme de « mass formation » semble d’abord relever d’une création conceptuelle originale de Mattias Desmet. Car on la cherchera en vain dans les bases de données scientifiques internationales telles que PubMed, Scopus, Web of Science, ScienceDirect, oumême Google Scholar etc. Comme nous allons le voir, le mystère de la « formation de masse » se dissipe aisément, quand nous suivons la seule référence ‘scientifique’ de l’ouvrage.

Le professeur de psychologique nous explique  : la « formation de masse » est en fait une « hypnose de masse » qui constitue « une sorte d’hypnose de groupe qui détruit la conscience éthique de soi des individus et les prive de leur capacité à penser de manière critique » (Ibid., p. 2-3) Par une analogie thermodynamique, la « formation de masse » représente donc un « phénomène complexe et dynamique qui peut être comparé à la façon dont les motifs de convection apparaissent dans l’eau ou le gaz lorsqu’ils sont chauffés » (Desmet, 2022, p. 93)4. Ainsi, « la formation de masse amènerait les individus à un nouvel « état de mouvement » psychologique » (Ibid.) où l’hypnose collective « détruit la conscience éthique de soi des individus et les prive de leur capacité à penser de manière critique » (ibid., p. 92).

Le retour inattendu de Gustave Le Bon

Dans cette « sorte d’hypnose » que décrit Desmet, le lecteur reconnaîtra aisément la psychologie des foules de Gustave Le Bon. Car derrière le nouveau terme de « formation de masse », on retrouve l’ancienne « formation des foules » (une seule occurrence dans l’ouvrage de Le Bon) et son résultat : « l’âme des foules » ou « l’âme collective » de Le Bon. Sans surprise, c’est Gustave le Bon qui constitue aussi la seule source, en matière de psychologie sociale de la « formation de masse ». Et sans surprise, la « formation de masse » récapitule les traits les plus marquants de l’« âme des foules » de Le Bon.

Dans l’âme des foules, pense Le Bon, « la personnalité consciente s’évanouit » (Le Bon, 2013, p. 9), l’individualité s’efface (ibid. p. 12), et elle est absorbée par « l’unité mentale des foules » (ibid., p. 11), pour finir par ressembler à une « réunion d’imbéciles » (ibid., p. 12), capable des « actes les plus sanguinaires » (ibid., p. 14, 18, 42).

De même chez Desmet : « Les masses sont enclines à commettre des atrocités contre ceux qui leur résistent et les exécutent généralement comme s’il s’agissait d’un devoir éthique et sacré. » (Desmet, p. 103-104)

Pourtant Desmet ajoute une dimension ‘spirituelle’ qui, comme nous allons le voir, n’est pas un simple accessoire dans sa pensée : « Les foules et leurs dirigeants sont aveuglément entraînés dans un maelström de destruction, jusqu’à ce qu’ils soient confrontés à la conséquence ultime du raisonnement qui a monopolisé leur esprit : la logique mécaniste d’un univers mort et sans âme. » (Desmet, p. 119-120)

L’âme des foules sans foules

Quelle que soit la proximité de la « formation de masse » à l’« âme des foules », Desmet semble en même temps se dispenser de toute différenciation quant aux foules. Alors que Le Bon propose une classification des foules en foules hétérogènes – les foules anonymes et non-anonymes – et foules homogènes – les sectes, les castes et les classes –, qui manifestent chacune de leurs propres structures et propres dynamiques, et que même Arendt fait encore une distinction moralisatrice entre les tribus, la populace, les masses, les foules appauvries et la population, Desmet ne connaît qu’une seule foule, celle de ladite population mondiale totalitarisée.

Une autre originalité que Desmet introduit dans commentaire littéraire dissimulé de Le Bon, tient à sa définition idiosyncratique de la foule. Pour Le Bon, et l’ensemble des psychologues sociaux jusqu’à ce jour, les foules constituent toujours des phénomènes éphémères de personnes physiquement réunies en un seul endroit, en même temps. C‘est ce que rappelle F. E. H. Wijermans dans sa thèse de doctorat de l’université de Groningen : quelques que soient entre les définitions psychologiques de la foule, elles « partagent toutes la notion d’un nombre de personnes se trouvant au même endroit au même moment » (Wijermans, s. d., p. 12).

Or il n’en est rien pour Desmet. Contrairement aux foules psychologiques de la psychologie sociale, les foules de la « formation de masse » commencent peut-être par être éphémères, mais finissent par être durables. De même, l’unité du lieu et du temps n’est plus requise : les individus de la « formation de masse » peuvent se retrouver isolés, enfermés dans leurs appartements pendant des mois et des années et toujours manifester tous les phénomènes de désindividualisation d’irrationalité, d’hypnose et de psychose qui naissent de la « dissolution » supposée dans la « masse ». En fait, explique Desmet, ce phénomène de « formation de masse » s’est imposé de manière de plus en plus régulière et persistante depuis les Lumières (Desmet, 2022, p. 92).

Par-delà le principe de réalité

La question qui ne cesse de s’imposer au lecteur de la Psychologie du totalitarisme est : de quoi Desmet parle-t-il ? Où trouver ces masses « hypnotisées » prêtes à toutes les atrocités et comment les reconnaître ? Que faut-il d’ailleurs entendre par « hypnose de masse » ou « psychose de masse » ? Et si le monde est devenu totalitaire et les foules hypnotisées, comment se fait-il que le professeur ait pu y échapper ?

On se demandera aussi pourquoi Desmet, enseignant de psychothérapie psychanalytique et chercheur en processus de psychothérapie psychanalytique5, ne mentionne nulle par les contributions psychanalytiques aux questions de la psychologie des foules. Sans même mentionner la psychologie des foules de Freud, critique de Le Bon, et la fameuse Psychologie de masse du fascisme De W. Reich, auquel Desmet emprunte manifestement son titre, il existe littérature psychanalytique sur ces questions qui aurait certainement pu contribuer à la discussion. Évidemment, ces approches auraient tôt fait de remettre en question l’héritage de l’hypnose, de la suggestibilité, de la contagion et de l’irrationalité des foules, nécessaire aux développements saugrenus de la psychologie imaginaire du totalitarisme.

Ainsi, Desmet passe d’une politique-fiction à une psychologie-fiction – il va sans dire que depuis 1895, les intuitions originales de Le Bon quant à l’âme des foules ont été falsifiées dans leur ensemble (voir Van Ness & Summers-Effler, 2016, Borch, 2013) – en passant par une histoire-fiction, pour en arriver à proposer une interprétation du monde dans son ensemble, ou encore y voir la solution de tous nos problèmes politiques, culturels et sanitaires.

Dans cette posture, on aura reconnu la figure de l’expert universel, si chère à Le Bon qui, partant du mépris des foules, proposait une psychologie à l’usage de l’élite culturelle et politique. Si la psychologie de Le Bon a fini par profondément marquer la psychologie populaire (Cf. Rubio, 2008) jusqu’à ce jour, on oublie le fait que ses analyses psychologiques avaient aussi une intention politique clairement affichée et assumée.

Le Bon n’était pas l’ami des foules. Au contraire, il pensait que les « civilisations ont été créées et guidées […] par une petite aristocratie intellectuelle » (Le Bon, 2013, p. 4), jamais par les foules. C’est ce qu’ont montré la Révolution française ou la Commune de Paris. Les foules détruisent l’ordre rationnel et instaurent le règne de l’irrationnel : « À partir du moment où la Révolution descendit de la bourgeoisie dans les couches populaires, elle cessa d’être une domination du rationnel sur l’instinctif et devint au contraire l’effort de l’instinctif pour dominer le rationnel. » (Le Bon, 2021, p. 56) Et quand Le Bon écrit « foules », il pense toujours aux mouvements et aux « classes populaires ».

La politique du totalitarisme psychologique

Ainsi, la psychologie des foules et son nouveau nom, la « formation de masse » portent-elles la marque de l’élitisme conservateur. Mais chez Le Bon, la psychologie des foules s’adresse à l’homme d’État qui ne pourra plus gouverner la « barbarie primitive » (Le Bon, 2021, p. 64) des classes populaires sans le nouveau savoir psychologique, mais qui essayera du moins « ne pas être trop complètement gouverné par elles. » (Le Bon, 2013, p. 5) Desmet renverse la perspective en partie : les foules sont bien hypnotisées, irrationnelles et psychotiques, mais il revient aux experts de les libérer de leurs liens politiques et historiques. La psychologie de la « formation de masse » tente de sauver le peuple.

La liberté négative qu’envisage Desmet est donc aisée à concevoir : c’est la liberté du totalitarisme imposé par les « agences de sécurité », par l’« avancement général de la société de surveillance », par la « pression grandissante sur la sphère privée » et l’augmentation de la dénonciation entre citoyens, la « perte de support pour les principes démocratiques » et par « l’imposition d’un programme de vaccination expérimentale » (Desmet, 2022, p. 90‑91).

Mais c’est la liberté positive, non pas la liberté de, mais la liberté à, qui distingue la politique psychologique originale de Desmet. Car ce que Desmet revendique n’est pas moins qu’une révolution spirituelle à échelle mondiale, censée nous libérer de « l’idéologie mécaniste » (sic) des Lumières.

Le spiritualisme salvateur de l’univers vivant

Comment donc, demande Desmet, transcender la mécanistique morte les Lumières ? Car l’« idéologie » (sic) des Lumières voit l’univers comme une « interaction mécanistique entre des particules élémentaires mortes » (Desmet, 2022, p. 148). De fait, cette idéologie existait déjà en 400 av. J.-C. chez Leucippe et Démocrite, mais qu’à cela ne tienne. Ne nous encombrons pas plus des détails historiques que des bagatelles psychologiques, scientifiques ou politiques. C’est la situation globale qui compte.

Or, ce qu’ont montré « Einstein, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger, Louis de Broglie, Planck, Bohr, Wolfgang Pauli, Sir Arthur Eddington, Sir James Jean » dans leurs « œuvres contemplatives » (sic, ibid., p. 180), c’est que l’être humain doit « transcender la rationalité » pour réaliser sa pleine potentialité (ibid., 90-91). L’« ultime connaissance […] vibre dans toutes les choses » (ibid.) de l’Univers vivant.

Concluons donc avec Desmet : « La conscience qu’aucune logique n’est absolue est la condition préalable à la liberté mentale. Le vide dans la logique ouvre littéralement un espace pour notre propre style et pour le désir de créer. […] Peut-être, pourrait-il également fonctionner contre les virus ? » (Desmet, p. 188)

Sous les pavés des particules élémentaires de l’univers mort des Lumières,  la plage de la conscience universelle vivante déterminant les particules élémentaires (ibid., p. 162) dans une « causalité circulaire » (ibid., p. 164) allant de l’esprit à la matière et retour.

Aux vrais experts de l’univers vivant de montrer la sortie du totalitarisme au peuple hébété : c’est avec l’expert des vibrations vitales universelles que le peuple pourra transcender la rationalité, dépasser la séparation de la matière et de l’esprit, sortir de son hypnose, débucher de sa psychose, se guérir des maladies physiques et mentales (ibid., p. 168), et développer une force physique inimaginable (ibid., p. 166).

Assurément, Desmet nous montre la voie du dépassement de la rationalité et l’effet du style personnel de la création loin de la réalité de l’univers « mort ». Mais ses analyses politiques ou psychologiques problématiques ne s’en sortent pas plus convaincantes pour autant.


Notes

  1. Toutes les indications de pages se réfèrent à la version électronique du livre. ↩︎
  2. Dans sa discussion nuancée du « charme magique » et de la fascination exercée par Hitler, p.ex., Arendt s’oppose très explicitement à la psychologisation du totalitarisme : « Croire que les succès d’Hitler reposaient sur sa « force de fascination » est tout à fait absurde ; avec elle seule, il ne serait pas allé plus loin que le salonnard. » (Arendt, 1991, p. 658) Bien évidemment, Desmet ignore complètement les discussions arendtiennes sur la nature et les fonctions des « masses » dans le totalitarisme nazi et soviétique. ↩︎
  3. La raison en est probablement parce que pour Mattias Desmet, « formation de masse » et « totalitarisme » sont deux noms différents pour une même réalité intuitionnée. ↩︎
  4. Gustave Le Bon utilisait une métaphore organique pour exprimer cette même propriété émergente : « La foule psychologique est un être provisoire, composé d’éléments hétérogènes pour un instant soudés, absolument comme les cellules d’un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède. » (Le Bon, 2013, p. 11) ↩︎
  5. Voir la page CV du projet mentally : http://mentally-project.eu/partners/team/matthias-desmet- ↩︎

Bibliographie

Arendt, H. (1991). Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft : Antisemitismus. Imperialismus. München. Piper Taschenbuch.

Borch, C. (2013). The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology. Cambridge University Press.

Desmet, M. (2022). The Psychology of Totalitarianism. White River Junction, Vermont. Chelsea Green Publishing.

Le Bon, G. (2013). Psychologie des foules (9e édition). Paris. PUF.

Le Bon, G. (2021). La Révolution française et la psychologie des révolutions.

Losurdo, Domenico. 2004. « Pour une critique de la catégorie de totalitarisme ». Actuel Marx 35(1):115‑47.

Rubio, V. (2008). Psychologie des foules, de Gustave le Bon. Un savoir d’arrière-plan. Sociétés, 100(2), 79‑89.

Stiegler, B. (2021). De la démocratie en Pandémie : Santé, recherche, éducation. Gallimard.

Van Ness, J., & Summers-Effler, E. (2016). Reimagining Collective Behavior. In S. Abrutyn (Éd.), Handbook of Contemporary Sociological Theory (p. 527‑546).

Wijermans, F. E. H. (s. d.). Understanding crowd behaviour : Simulating situated individuals. Groningen. University of Groningen.

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